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  • il y a 8 minutes
Morad Djabari, reporter à RTL qui suivi la crise de gilets jaunes

Mathieu Plane, économiste, directeur adjoint du département Analyse et prévision de l'OFCE

Arthur Belier, journaliste au service politique de RTL
Regardez La preuve par trois avec Anne-Sophie Lapix du 15 septembre 2026.

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Transcription
00:08C'était il y a 8 ans, une pétition en ligne contre le prix du carburant avait rassemblé des centaines
00:14de milliers de signatures,
00:15puis un appel à bloquer les routes le 17 novembre avait mobilisé 300 000 personnes.
00:20Le mouvement des Gilets jaunes était né, il allait durer des mois, être marqué par des violences et aboutir à
00:25une série de mesures pour le pouvoir d'achat.
00:27A l'heure où les appels à retourner sur les ronds-points le 17 octobre se multiplient, on va se
00:32poser la question, que reste-t-il des Gilets jaunes ?
00:36Trois interviews de journalistes témoins experts pour répondre à cette question, c'est la preuve par trois.
00:41Bonsoir Maura Djavari.
00:43Bonsoir Anne-Sophie, bonsoir à tous.
00:44Vous êtes reporter à la rédaction d'RTL et vous avez suivi les Gilets jaunes en 2018.
00:49On a l'impression que les mêmes causes provoquent les mêmes effets.
00:53La raison de la colère il y a 8 ans, c'était la hausse des prix des carburants.
00:56Oui, une décision du gouvernement, celle de l'augmentation d'une taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques.
01:03A ce moment-là, le diesel est à 1,50€, l'essence à 1,48€.
01:08Après cette annonce du gouvernement, très vite sur les réseaux sociaux, des pétitions, des appels à manifester, pullule.
01:14Nous sommes en mai 2018, mais il ne se passe rien.
01:17Puis en octobre 2018, les premiers blocages, certaines personnes investissent les ronds-points.
01:21Le gilet jaune apparaît comme objet de ralliement, un symbole enfilé sur le dos ou posé sur le tableau de
01:27bord.
01:27Mais la mobilisation reste timide.
01:29C'est en novembre 2018 que les premières manifestations d'ampleur apparaissent avec 280 000 personnes à Paris, selon la
01:36préfecture.
01:36C'était le 17 novembre.
01:38Ensuite, chaque samedi, des milliers de personnes défilent en région et à Paris.
01:41Un mouvement spontané, sans direction locale ou nationale.
01:44Alors, les prix des carburants et cette taxe, c'était l'étincelle, mais il y avait une colère plus profonde
01:48qui couvait dans une partie de la France ?
01:50Oui, le point de départ, c'est la hausse du prix des carburants avec cette taxe.
01:54Dans le cortège, on rencontre surtout des salariés, des retraités.
01:57En tout cas, au tout début, une partie de la France qui dépend de sa voiture pour aller travailler, aller
02:02chez le médecin ou faire ses courses.
02:03On parle de ces Français, des zones périurbaines, des campagnes.
02:07Et très vite, d'autres colères s'agrègent à ce mouvement.
02:10Le pouvoir d'achat, les inégalités, le sentiment d'abandon dans les zones rurales.
02:14Bien souvent, les manifestants nous disaient que les politiques sont à Paris et ils sont déconnectés de la vie des
02:20Français, déconnectés de leur réalité, de leur quotidien.
02:23Et alors, quelle a été l'ampleur de ce mouvement ?
02:25Eh bien, très suivi, de décembre à février 2019, à Paris et en région.
02:30Chaque manifestation du samedi est appelée acte, acte 1, acte 2, acte 3, etc.
02:35Lors de ces premiers actes, il y a une violence qui surprend et qui choque.
02:40La dégradation de l'Arc de Triomphe, des magasins pillés, des voitures calcinées.
02:44Les manifestants arrivent devant les grilles de l'Elysée, même lors d'un samedi de manifestation.
02:49Plusieurs semaines de suite, des centaines de milliers de personnes se rassemblent.
02:51Donc le samedi, crient leur colère dans la rue et s'affrontent aussi avec les forces de l'ordre.
02:56Le ministère de l'Intérieur dénombre plus de 2200 manifestants blessés.
03:0146 grièvement, 700 policiers blessés sur l'ensemble du mouvement.
03:06Ou le maintien de l'ordre pose encore question aujourd'hui.
03:09Les forces de l'ordre, c'est vrai, sont exposées à une situation exceptionnellement violente.
03:13Mais est-ce que la réponse était proportionnée, adaptée face à l'ampleur et la gravité des blessures ?
03:17Notamment avec l'utilisation du LBD, le lanceur de balles de défense.
03:21Ça a duré des semaines, des mois, pourquoi si longtemps ?
03:24Parce que chaque manifestant avait une revendication différente.
03:28Et il pouvait l'exprimer, il pouvait exprimer sa colère dans ce mouvement des Gilets jaunes.
03:32Et puis au fur et à mesure, des figures ont émergé, comme Jérôme Rodriguez par exemple.
03:37Mais il n'y a pas eu de représentant pour négocier avec le gouvernement.
03:41C'est un mouvement apolitique, pas de parti ni syndicat dans les cortèges.
03:44Le samedi, c'est jour de manif, jour de colère.
03:46Et le reste de la semaine, on se retrouve sur les ronds-points.
03:49Et même s'il y a eu de moins en moins de monde dans les cortèges au fil des semaines,
03:53le soutien sur les réseaux sociaux reste large, massif.
03:56Et donc les manifestants avaient le sentiment de représenter la colère d'une grande partie des Français.
04:02Alors il y a eu finalement des réponses du gouvernement.
04:04Il y a eu d'abord des réponses sonnantes et trébuchantes.
04:07L'État a débloqué 10 milliards d'euros en décembre 2018.
04:10Mais à l'époque, ça n'avait pas vraiment convaincu.
04:12Écoutez une réaction de Gilets jaunes.
04:14Nous ici, ce qu'on veut, c'est le pouvoir d'achat.
04:17Je suis dans la classe moyenne et je n'ai rien obtenu.
04:18Et les 100 euros pour le SMIC, ça ne me concerne pas.
04:21Avec des salaires, la prime d'activité, on n'a pas le droit.
04:23On veut tout simplement vivre de nos salaires.
04:25Parce que sinon, demain, je me mets au chômage, j'aurai tout, j'aurai le droit à tout.
04:28Il n'y a pas de souci.
04:29Alors on va voir quelles étaient quand même ces concessions du gouvernement.
04:32Avec Mathieu Plannes, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE.
04:37Bonsoir.
04:38Bonsoir.
04:39D'abord, il y a eu le renoncement à cette ambition écologique avec cette hausse de la taxe carbone.
04:45Ça devait quand même rapporter 4 milliards.
04:48Oui, tout à fait.
04:50C'est d'ailleurs un dégain, on va dire, important dans les revendications.
04:54C'était d'annuler la hausse des prix des carburants avec cette hausse de la fiscalité écologique.
05:00Et ça représentait près de 4 milliards sur une seule année.
05:03Mais il était inscrit, normalement, une augmentation successive sur plusieurs années.
05:08Jusqu'à la fin du premier quinquennat, il y avait une trajectoire de hausse de la taxe carbone
05:12qui a été d'abord annulée dès la première année.
05:16Mais les augmentations suivantes aussi ont été supprimées.
05:20Donc, ça a été déjà un point important dans le gain, en tout cas, et les revendications des Gilets jaunes.
05:26Donc, cette taxe n'a plus jamais bougé, en fait.
05:28Elle n'a plus jamais augmenté.
05:30Non, elle n'a plus augmenté.
05:31D'ailleurs, elle est un peu tabou aujourd'hui.
05:33Dès qu'on parle de taxe carbone, on pense aux Gilets jaunes.
05:35Alors même qu'effectivement, il y a des propositions autour de ça.
05:38Alors, certainement moins en ce moment, vu les prix de l'essence et de l'énergie des carburants.
05:42Mais de dire, voilà, l'idée de fiscaliser plus ce qui pollue plus,
05:47donc avec nos taxes carbone, est une idée qui circule quand même beaucoup.
05:52Mais par contre, on voit que ça a un impact quand même très rapide sur le point d'achat de
05:56certains ménages,
05:56notamment ceux qui sont très dépendants de leur voiture, de leur véhicule,
05:59et qui ont cette dépense contrainte.
06:01Donc, c'est toujours compliqué, parce qu'il y a toujours la question de la fin du mois
06:05versus la fin du monde dans cette histoire-là.
06:06Et puis, il y a eu, par ailleurs, la hausse de 100 euros par mois du SMIC via la prime
06:10d'activité,
06:11la défiscalisation des heures sup, la prime Macron.
06:15Les mesures ont avant tout porté sur les salaires.
06:18Pourquoi ? C'était un mouvement de travailleurs pauvres ?
06:22Oui, alors je pense que c'était quand même d'abord une revendication plutôt de...
06:29C'est vrai qu'il y avait des retraités dans les cortèges,
06:31mais il y avait quand même aussi beaucoup de salariés qui disaient qu'ils n'arrivaient pas à terminer les
06:35fins de mois.
06:35Donc, plutôt des actifs, mais du bas, on va dire, de la catégorie des travailleurs,
06:40c'est-à-dire une partie de la classe moyenne, mais pas plutôt bas de la classe moyenne.
06:45Et donc, voilà, je pense que les mesures fiscales, elles ont visé à cibler ça,
06:48c'est-à-dire la revalorisation de la prime d'activité.
06:50Donc, c'est plutôt les personnes qui sont autour du SMIC, la défiscalisation des heures sup,
06:55notamment.
06:56Voilà, il y a eu la prime exceptionnelle de cours d'achat, la prime Macron qui a été mise en
07:00place.
07:00C'est quand même assez conséquent.
07:02Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que le gain, là-dessus, il est près de 11 milliards
07:07par an.
07:08D'ailleurs, ça a été un peu une surprise, parce qu'on ne s'y attendait pas forcément.
07:11Et d'ailleurs, ça n'a pas été non plus financé.
07:13D'où, aujourd'hui, une grande question sur les déficits.
07:16Oui, justement.
07:17Et puis, il y a eu 5 milliards de plus en baisse d'impôts et de revalorisation des petites retraites.
07:21Donc, ça, c'était en avril 2019, en fait.
07:22Donc, en tout, effectivement, on a parlé de 15 à 17 milliards.
07:26C'est là qu'on a creusé définitivement le trou du budget.
07:33Donc, ça a commencé là.
07:34Ça a commencé là.
07:35C'est-à-dire que ce n'était pas du tout prévu dans le programme d'Emmanuel Macron.
07:38C'est-à-dire qu'il y avait une espèce d'idée d'une trajectoire budgétaire avec certaines mesures fiscales,
07:43dont la hausse de la taxe carbone.
07:44Il y avait d'autres choses.
07:45Mais ça, ce n'était pas prévu.
07:47Et effectivement, ces 17 milliards,
07:48alors, on redonnait quand même un peu de pouvoir d'achat à ces catégories de personnes.
07:53Peut-être pas suffisant.
07:54Mais en tout cas, c'est un effet.
07:55Mais c'est vrai que la question du financement, ce n'est pas posé.
07:59Et aujourd'hui, elle se pose un peu plus.
08:01Et d'ailleurs, on le voit dans les revendications actuelles.
08:03La question, c'est que le gouvernement, désormais, a plus du tout de marge de manœuvre.
08:07Merci beaucoup, Mathieu Plannes.
08:08Alors, la réponse n'a pas été seulement financière,
08:10car le mouvement des Gilets jaunes a aussi exprimé un malaise profond.
08:13Emmanuel Macron a imaginé un grand débat national
08:15et l'ouverture de cahiers de doléances.
08:17Bonsoir, Arthur Bélier.
08:18Bonsoir.
08:19Vous êtes journaliste au service politique d'RTL.
08:21D'abord, est-ce que les Français ont joué le jeu et rempli ces cahiers de doléances ?
08:23À l'époque, oui, ça avait été un vrai succès.
08:26Quelques 20 000 cahiers ouverts physiquement dans les mairies,
08:28ce qui donne 200 000 contributions.
08:30Donc, 200 000 personnes qui, physiquement,
08:32se sont déplacées dans les mairies pour 450 000 pages
08:35qui ont toutes été numérisées
08:37et qui sont aujourd'hui dans les archives départementales.
08:40Je rajoute les 2 millions de contributions en ligne.
08:43Ça donne le plus grand exercice, en fait, de paroles citoyennes
08:45depuis les cahiers de doléances de 1789 au moment de la Révolution.
08:49Et ça a servi à quoi ?
08:51Alors, à remplir les étagères des archives départementales, déjà.
08:54Non, il y a eu des cabinets privés de consultants
08:57qui en ont fait des synthèses dont on n'a jamais eu connaissance.
09:00Emmanuel Macron devait rendre compte,
09:02lors d'une grande conférence de presse, le 15 avril 2019.
09:04Mais ce soir-là, Notre-Dame a pris feu.
09:07La conférence de presse a été décalée.
09:09En fait, on n'en a jamais vraiment eu de conclusion au niveau de l'État.
09:12Emmanuel Macron avait promis, le 1er mai de cette année,
09:16qu'il ouvrirait, dans le courant de l'année,
09:18la consultation facilement en ligne de ses cahiers de doléances.
09:21Mais on attend toujours.
09:22Et puis, le grand débat.
09:22On se souvient que le président a un peu mouillé la chemise.
09:25Il allait, dans les différentes provinces,
09:28débattre directement avec les citoyens.
09:30Oui, 92 heures de débat.
09:32J'ai repris un décompte de BFM TV cumulé pour le président,
09:35face beaucoup à des maires dans une dizaine de villes.
09:38Donc, face à des maires, l'exercice était plutôt républicain,
09:40plutôt courtois, plutôt maîtrisé.
09:42Mais parfois, il a quand même fait face à de la vraie colère.
09:44Et ça a permis quand même de refroidir la machine.
09:46Même si aujourd'hui, c'est devenu pour le président un exercice de communication.
09:49À l'Élysée, dès qu'on met Emmanuel Macron au milieu d'une scène,
09:51avec des gens autour et un micro,
09:53on appelle ça un format grand débat.
09:54Donc, ça a un peu fini sur un exercice de communication.
09:58Merci beaucoup, Arthur Berlier.
10:00Merci à vous trois.
10:01C'était la preuve.
10:01Par trois.
10:02Par trois.
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