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  • il y a 5 semaines
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Télématin reçoit Dany Brillant pour son premier roman "Paris ne meurt jamais" et Alan Geaam, chef étoilé.

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Transcription
00:00On va accueillir Dany Briand, parce que je sais que vous l'attendez.
00:03Et quand je vois tes yeux, je suis amoureux.
00:06Et quand j'entends ta voix, je suis fou de joie.
00:10Quand je vois tes yeux, je suis amoureux.
00:13Bonjour Dany, installez-vous là.
00:14Bonjour Dany.
00:15Vous êtes à la gauche de votre plus grande fan, Emma.
00:19Elle nous a laissé des boucouilles hier, toute la journée.
00:23Quand je vois tes yeux, elle a un joli brin de voix.
00:25Peut-être un duo.
00:26Elle a des beaux yeux en plus.
00:27Elle a des gens.
00:28Allez, c'est parti.
00:29On a perdu Emma pour un petit quart d'heure, le temps qu'elle se remette de cette phrase.
00:34Dany Briand, on est très heureux de vous accueillir.
00:37Chanteur, acteur et maintenant écrivain.
00:40Écrivain avec un premier roman qui est très réussi, qui s'appelle Paris ne meurt jamais.
00:44C'est un livre dans lequel on va croiser Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Daniel Gélin.
00:49On est dans le Paris d'après-guerre.
00:51C'est un roman que j'ai trouvé très cinématographique.
00:53On va en parler tout au long de l'émission avec Thomas.
00:56Ça fait longtemps que vous êtes habité par cette envie d'écrire parce que vous avez un vrai sens du
01:01récit.
01:01Vous avez attendu 60 ans pour nous sortir ça.
01:04J'écris des chansons entre-temps.
01:06Oui, pas mal.
01:07Je connais un peu l'écriture, mais l'écriture de la chanson à un moment était un peu corsetée parce
01:11que une chanson c'est trois minutes.
01:13Il faut être très efficace, il faut quelques phrases et on n'a pas toujours le temps de développer.
01:17Mais ça doit être efficace une chanson en trois minutes.
01:19Et là un bouquin, je me suis éclaté parce que j'ai pris 350 pages et là j'ai eu
01:24le temps de développer des personnages, des psychologies, de la philosophie.
01:27Sur un sujet que je porte depuis 20 ans parce que j'adore le Paris de l'après-guerre.
01:31Je n'aime pas tellement le Paris de la guerre, mais de l'après-guerre des années 40.
01:35Oui, il y a une espèce de libération.
01:36Voilà, de liberté.
01:38De liberté.
01:39Un souffle de liberté.
01:40Et surtout qu'après 44, il y a deux quartiers qui se disputent la vedette.
01:45C'est Pigalle et Saint-Germain.
01:46Et j'ai développé en fait les deux quartiers.
01:48Voilà, qui sont un peu les héros du livre.
01:50On va d'abord donner quelques chiffres sur votre carrière.
01:53Dany a commencé par neuf.
01:54C'est le nombre de films dans lesquels vous avez joué.
01:57Le plus célèbre étant La Vérité si je m'en 3.
02:00On s'en souvient.
02:01Il faut rappeler que vous avez d'abord voulu être comédien, Dany, avant de devenir chanteur.
02:07Est-ce que ça reste un regret chez vous de ne pas avoir davantage joué la comédie au cours de
02:11votre carrière ?
02:12Non, parce que d'abord, c'est grâce au film que je suis devenu chanteur.
02:15Puisque, bon, les gens connaissent l'histoire, mais c'est en allant au cours Florent que j'ai rencontré Francis
02:19Huster.
02:19Oui, on va raconter dans un instant.
02:21Donc, c'est grâce au cinéma que je suis arrivé dans la chanson.
02:24Donc, moi, j'ai été où ça souriait.
02:25Et le cinéma, il n'y avait pas grand-chose, il n'y avait pas drôle.
02:28Mais en revanche, la chanson que j'avais écrite à l'époque, qui s'appelait Suzette, m'a ouvert les
02:31portes de ce métier et j'ai continué.
02:33Mais je me suis toujours comporté comme un acteur parce que dans mes clips, dans ma façon d'écrire, même
02:39dans le livre, il y a toujours une influence du cinéma.
02:41C'est pour ça qu'on sent votre passion pour le cinéma.
02:43Donc, c'est pour ça que je me disais, est-ce qu'il n'y a quand même pas ce
02:45regret de ne pas avoir davantage joué, qu'on n'ait pas fait davantage appel à vous ?
02:49Écoutez, on dit toujours dans le cinéma qu'il faut l'âge de ses rôles.
02:52Peut-être que maintenant, je l'ai.
02:53Ah oui, c'est peut-être une nouvelle carrière qui va arriver.
02:5723 maintenant, là, c'est un nombre de semaines et un record personnel.
03:01Je ne sais pas si ça vous parle, 23 semaines.
03:03Ça vous dit quelque chose ou pas ?
03:04C'est le nombre de semaines qu'a passé Suzette dans le top 50.
03:09Votre tout premier tube, Danny Brillant, qui a été un carton absolu.
03:14Et cette chanson, vous l'avez donc écrite en cinq minutes, à la demande de Francis Huster, dont vous nous
03:20parliez.
03:21Exactement.
03:22Moi, j'étais au cours Florent, voulant être acteur.
03:24Comme beaucoup de jeunes de notre génération, Francis Huster était vraiment notre ligne de mire.
03:29Dans le théâtre et le cinéma, c'était le jeune premier, c'était Gérard Philippe, de l'époque, il l
03:34'est toujours d'ailleurs.
03:35Et donc, on allait tous au cours Florent, il y avait tout le monde là-bas.
03:38Tous les gens que vous voyez démarrer aussi sont passés par cours Florent.
03:41Et donc, en 86, l'été 86, il réalise son premier film qui s'appelle « On a volé Charlie
03:46Spencer ».
03:47Et il engage les comédiens de son école, dont je faisais partie.
03:51Et en parlant un peu avec lui, il me demande ce que je fais.
03:55Je lui disais que le soir, je joue dans des cabarets, je chante des chansons.
03:58Mais ce n'est pas les miennes, c'est des reprises pour payer mes cours, parce que les cours étaient
04:02assez chers.
04:03Et ce n'est pas pourquoi, et là, le coup du destin, il me demande d'écrire une chanson pour
04:07le film.
04:07Et ce qu'il faut savoir, c'est que l'héroïne du film, qui s'appelle Suzette, bien sûr, est
04:12le prénom de sa mère.
04:13C'est la mère de Francis Huster.
04:15Tous ces gens qui se sont demandés pendant des années, mais c'est qui cette Suzette ?
04:18C'est la mère de Francis Huster.
04:19C'est la mère, c'est la maman de Francis Huster.
04:21Voilà. Et alors, cette chanson, je crois qu'elle a été coupée au montage, finalement ?
04:25Alors, donc, oui.
04:26Et votre rôle aussi, d'ailleurs ?
04:27On a tous été coupés, on a beaucoup été coupés.
04:30Et ma chanson, que j'ai interprétée peut-être une dizaine de fois dans le film,
04:34eh bien, oui, quand la projection est arrivée, j'ai amené tous mes copains.
04:38Je dis, oui, je jouais avec Francis Huster, la star de l'époque.
04:43J'ai écrit une chanson pour le film, enfin, j'ai tout fait.
04:45Et quand je regarde le film, aucune présence, ni de ma chanson, ni de moi.
04:50Vous êtes passé pour un mythomane, quoi.
04:52Exactement, pour un baratineur.
04:53C'est terrible.
04:54Et puis, j'ai gardé la chanson, et je l'ai mise dans mon spectacle de cabaret,
05:00sans dire que c'est moi qui l'avais écrit, parce que moi, j'en chantais d'autres.
05:02J'ai chanté « Fly Me to the Moon », des trucs de Sinatra.
05:05Et les gens adoraient.
05:06Donc, ça m'a encouragé à être autant que mon signe.
05:07J'en ai écrit d'autres.
05:08J'ai écrit via un Saint-Germain, tout ça.
05:10Et puis, au bout d'un an, j'avais un tour de chant qu'avec mes chansons.
05:13Et donc, c'était parti.
05:14C'était parti.
05:15Un dernier petit chiffre, peut-être le plus important, finalement, pour vous.
05:18Trois.
05:19Vous avez trois enfants.
05:21Léa, Lino et Dean.
05:23Alors, Dean, j'imagine évidemment que c'est un hommage à Dean Martin, une de vos idoles.
05:28Lino, je vois le rapport avec Lino Ventura.
05:31Léa, je me suis demandé s'il y avait un hommage aussi.
05:33Je ne vois pas.
05:34Léa Drucker.
05:35Ce truc qui n'a rien à voir.
05:36Non, parce que je suis un fan du cinéma italien.
05:38Et il y a une actrice que j'adorais qui s'appelait Léa Massari.
05:40Ah.
05:41Je ne sais pas si vous avez connu.
05:42D'accord.
05:42Voilà.
05:42Donc, c'est vrai que, comme vous dites, mon influence du cinéma, je l'ai mis dans…
05:46Non, mais parce que c'est des prénoms qui font rêver.
05:48Quand j'appelle Dean, je ne sais pas, je vois mon fils, je vois Dean Martin.
05:51Lino, Lino, c'est notre père à tous.
05:55On a toujours pris des forces près de lui.
05:57Quand je ne vais pas bien, je regarde un film de Lino, je ne sais pas, il me remonte le
06:00moral.
06:00Et vous avez eu l'impression d'être un père présent ou que votre carrière a pris le dessus, parfois
06:05?
06:06Non, j'ai essayé d'être présent, mais je n'ai pas pu.
06:08Parce que j'étais souvent en tournée et j'étais souvent en train d'enregistrer les albums.
06:13Mais je regardais de loin et j'ai eu une chance exceptionnelle.
06:15J'ai eu des mères, des mères exceptionnelles qui les ont super bien élevées.
06:19Mais j'étais là quand même pour donner des conseils.
06:21Mais physiquement, c'est vrai, comme beaucoup de gens qui font ce métier, on a une petite frustration.
06:25Oui, mais à chaque fois que vous passez un moment avec vos enfants, c'est un moment précieux au moins.
06:28Aussi, c'est vrai.
06:29C'est ça qu'on donne tout.
06:31Alors, Danny Briand, je ne sais pas si vous savez, dans cette émission, dans Télé Matin, la suite, on aime
06:34provoquer des rencontres.
06:36Vous, votre famille a quitté la Tunisie quand vous étiez tout petit pour tout recommencer en France.
06:41Lui, il a grandi au Liban, marqué par la guerre civile, avant de quitter son pays pour tenter sa chance
06:48en France.
06:49Et comme vous, il a persévéré, persévéré pour réaliser son rêve, non pas de devenir chanteur, mais de devenir grand
06:56cuisinier.
06:57Et ses efforts ont payé, malgré, croyez-moi, beaucoup d'obstacles sur son chemin.
07:02Cet invité, c'est Alan Geham, le seul chef libanais au monde à avoir décroché une étoile au Guy de
07:08Michelin.
07:10Bonjour, chef.
07:11Oh là là, merci beaucoup.
07:13Il n'est pas venu les mains.
07:14On est matinale, c'est avec le petit déjeuner, c'est la nouchée.
07:17Voilà, merci mille fois d'être la chaîne.
07:20Installez-vous.
07:21Bonjour, bonjour, grand fan, grand fan.
07:24Cher téléspectateur.
07:25Oui, alors en plus, si vous êtes grand fan de Dany Briand, ça te plaît.
07:27C'est connu au Liban.
07:28Qu'est-ce que vous nous proposez là ?
07:30Écoutez, le matinal, c'est le manouché au Liban.
07:32Du coup, manouché fromage, manouché zathar.
07:35Zathar, qu'est-ce que vous avez ?
07:36C'est le zathar, c'est le thym avec de romarin, de marjolaine, de sariette.
07:38On peut le faire soi-même, le zathar ?
07:40On peut le faire nous-mêmes.
07:41C'est quoi, c'est thym romarin ?
07:42Thym romarin, sariette, sésame, sumac, un peu d'huile d'olive.
07:46On l'étale sur une pâte très fine, on le cuit dans le four et ça fait le manouché.
07:50Votre père était épicier, non ?
07:51Oui, tout à fait.
07:51Les épices, les fragrances.
07:54Moi, je suis né au Maghreb.
07:56Oui, je suis né en Tunis, donc je ne sais pas si c'est le Moyen-Orient, le Maghreb.
07:59Et c'est vrai que j'ai été élevé dans les épices, dans les choses très orientales.
08:04Et donc, je reconnais un peu cette… qui était dans tout le bassin méditerranéen.
08:09Exactement, le zathar, on le voit de bassin méditerranéen jusqu'à pays Lévantine, pays Perse.
08:13C'est d'origine de là-bas et du coup, c'est vraiment le produit phare de la cuisine Lévantine.
08:18Alors, j'imagine, Dany, ça vous fascine ces parcours quand même.
08:20On part de rien tout à coup.
08:22On est le seul chef libanais à avoir une étoile au guide Michelin.
08:25Ce sont des parcours qui vous touchent particulièrement ?
08:28Oui, parce qu'il est parti de rien.
08:29J'imagine que vous n'avez pas de famille qui était cuisinier.
08:32C'était votre passion, mais vous étiez guidé uniquement par la passion.
08:36Et puis, vous y êtes allé.
08:37On va raconter votre histoire parce qu'elle est assez incroyable.
08:40Vous êtes né au Libéria en Afrique, déjà premier déracinement quand même.
08:44Et puis ensuite, votre famille a déménagé au Liban pour fuir la guerre.
08:48Mais là aussi, c'était la guerre civile.
08:50Vous gardez quel souvenir de cette période ?
08:53Le souvenir d'enfance, c'est très compliqué.
08:56C'est toujours les images de la guerre, l'image…
08:59J'ai grandi dans la ville des Trèspolis quand même, c'est très important.
09:02Dans le nord du Liban, c'est des quartiers très populaires et une vie sociale, je ne veux pas dire
09:08pauvre, parce que mes parents, ils m'ont donné tout qu'à ce qu'ils ont, mais il n'y
09:12avait pas grand-chose.
09:13Du coup, les jours qu'on mangeait un œuf, c'était une fois peut-être par semaine, ou voir le
09:18poulet ou la viande, c'était…
09:19Vraiment, on était beaucoup végétarien en fait, parce qu'il n'y avait pas le moyen d'acheter de viande
09:22et tout ça.
09:23Un bombardement, du coup, l'école, c'était quand il n'y avait pas de guerre.
09:27J'ai beaucoup dormi dans la cave, ou dans le baignoire aussi, parce que dans le baignoire, ça protège un
09:32peu de bombardement, ça protège des vitres et des états-chambres et tout ça.
09:36Et deuxième souvenir, c'est deux choses très importantes dans ma vie et dans ma carrière, c'est mes parents.
09:41Mon père, du coup, épicier.
09:43Il m'a ramené avec lui à l'âge de 10 ans pour travailler.
09:46Il m'a appris comment se lever le matin.
09:48Du coup, je suis très matinale, jusqu'à maintenant, je me lève à 5 heures pour aller bosser.
09:53En fait, c'est mon père qui m'a mis ça à l'intérieur de moi et travaillait très dur,
09:57passait 15 heures par jour dans son épicerie.
09:59Et surtout, ma mère, elle est en train de cuisiner tout le temps parce qu'elle a trouvé la paix
10:03dans la cuisine.
10:03Ça vient de là, alors.
10:05Et surtout, en fait, elle cuisinait pour nous.
10:07Elle s'est cachée peut-être dans sa cuisine.
10:09Et sa cuisine, c'est juste…
10:11Ce n'est pas un addiction, c'est juste un truc…
10:14Un chéréchaud ?
10:15Oui, avec de bois ou avec une bouteille de gaz quand il y avait de gaz.
10:18En train de méjoter des plats, l'odeur des épices dans la maison ou dans la cave.
10:23Elle invitait tout le monde.
10:24Du coup, elle a vraiment mis à l'intérieur de moi cette côté hospitalité, générosité, s'occuper des gens,
10:31savoir aimer les gens avant de cuisiner pour eux.
10:34Elle nous a donné beaucoup d'amour par sa cuisine.
10:35Et mon père, c'était un peu militaire.
10:37Cinq heures du matin, debout, tu travailles, il n'y a pas d'argent.
10:40Donc, le goût de l'effort et en même temps, quand même, le goût de la cuisine avec votre maman.
10:44Dany Briand, est-ce que vous êtes parti de Tunisie très, très petit ?
10:48Mais est-ce qu'on garde quand même toujours une espèce de déracinement ou en tout cas, le goût du
10:52pays qu'on a quitté ?
10:54Le fait d'être chassé, c'est ça qui est traumatique.
10:58C'est un petit côté dépressif.
11:00Mais moi, j'ai tellement aimé la France.
11:02Ça m'a guéri de tout.
11:04La culture, je suis allé à l'école, j'ai découvert les écrivains.
11:07C'est un pays merveilleux.
11:08Moi, j'étais content de partir.
11:11Oui, on comprend.
11:12Vu la carrière que vous avez faite après, vous avez été bien inspiré.
11:15Alors, c'est rigolo parce que vous, c'est en regardant la Coupe du monde de foot, 98,
11:20que vous vous êtes dit, j'ai envie d'aller en France pour cuisiner.
11:24En fait, vous savez, la culture française, on parle de la cuisine, elle a traversé la frontière.
11:29Et on voyait dans les magazines ou sur la télé en blanc et noir, les grosses télés à l'ancienne,
11:34et on voyait des chefs comme M. Bocuse ou M. Rebouchon commençaient à faire des recettes en purée et tout
11:40ça.
11:41Ça, c'était vraiment avant.
11:43Et la France, la France, la France, la France, la musique, la France, la culture.
11:46Tout le monde rêve, une fois dans sa vie, voir le Tour Eiffel.
11:48C'est un idée de gosse qu'un jour, j'irai à Paris pour apprendre comment on fait une baguette
11:53ou comment faire cette cuisine.
11:55Pour moi, c'était plus de tableaux d'art ou de peinture, parce que nous, on mange avec une grosse
11:58gamelle,
11:59on mange à la cuillère, avec les pitas.
12:01Et c'est vrai, on voit l'art de table à la française, la fourchette, les couteaux, tout est détaillé,
12:05tout ça.
12:05Du coup, c'est une idée de gosse, mais aujourd'hui, mon chemin, elle m'a ramené à faire mon
12:08service militaire.
12:09Mais en fait, vous avez passé le pas quand même jeune, parce que vous aviez 24 ans.
12:13On est en 1999.
12:15Voilà, 99, c'est arrivé.
12:16C'est arrivé, j'ai rencontré quelqu'un pour me dire, oui, je te ramène à Paris, avec un chemin
12:23un peu…
12:23C'était compliqué d'avoir un visa en cas de séjour.
12:26Du coup, je suis arrivé avec un passeur, on peut le dire, clandestin.
12:30Du coup, je suis arrivé à Paris en 1999.
12:32Directement, comme j'adore le goût du luxe, je suis allé directement en bas de Tour Eiffel,
12:36et je dormais là-bas dans le jardin Chambre de Mars.
12:39Et ensuite, au bout de quelques nuits, c'est le Travaux qui m'a fait sortir de la rue.
12:43Je commençais dans le bâtiment.
12:45Le premier chantier, c'était dans le quartier Duchoux à Gréteil.
12:48Je travaillais clandestinement là-bas.
12:50Je montais sur le sofoda, j'ai nettoyé les immeubles.
12:52Au bout de quelques mois, je trouvais un deuxième job comme plongeur dans un snack,
12:56dans le 16e, dans le snack libanais.
12:58Du coup, le matin dans le chantier, le soir dans la plonge, je commençais à apprendre.
13:02Du coup, en fait, la cuisine libanaise, on ne l'apprend pas.
13:05C'est une cuisine d'héritage.
13:06Du coup, c'est maman, elle donne à sa fille.
13:08Tellement en cuisine à la maison, du coup, tout le monde connaît les bases de la cuisine et tout ça.
13:12Est-ce que vous vous exprimiez au travers de la cuisine ?
13:14Parce que vous ne parliez pas un mot de français, il faut quand même le dire.
13:17En fait, dans le chantier, j'étais dans le milieu levantine, on peut le dire.
13:20On parle du coup beaucoup d'arabe, la langue arabe.
13:24Et ensuite, dans le snack libanais, bien sûr, beaucoup du libanais.
13:27Du coup, il n'y avait pas de problème, barrière de la langue.
13:30Et comme j'ai envie d'apprendre la cuisine française,
13:33j'ai eu mon cas de séjour au bout de un an et demi.
13:36Du coup, je dirais, c'est presque un an et demi sans papier.
13:39Du coup, j'ai laissé le milieu de chantier et la plonge.
13:44Et je suis parti travailler autant plongeur dans un restaurant français.
13:47Et là, c'était la grande barrière.
13:49Tout va changer.
13:50Dany Briand, vous, vous avez commencé dans les cabarets.
13:53Personne ne vous connaissait.
13:53Vous avez vécu ce moment où on se sent un petit peu seul,
13:56où on se demande quand même si on va réussir à réaliser son rêve.
13:59Oui, c'est vrai que je suis arrivé dans les cabarets par hasard
14:02parce que j'étais étudiant en médecine.
14:04J'ai un copain qui m'a dit, viens, on va jouer dehors, dans les rues.
14:07Puis, de fil en aiguille, je suis arrivé dans les cabarets.
14:08Mais il n'y en avait plus beaucoup.
14:09Il en restait un ou deux.
14:10Il n'y a plus de cabarets aujourd'hui, vous savez.
14:12Mais c'était le The Voice de l'époque.
14:17Et donc, j'ai trouvé que c'était une école formidable,
14:19mais une école très dure, parce que les gens mangeaient.
14:22Donc, il fallait les capter pendant une heure.
14:24Et ça, c'était compliqué.
14:25Mais je m'étais donné un cap.
14:26J'avais commencé vers 19 ans.
14:28Je me suis dit, si à 25 ans, ça ne me sourit pas,
14:30je vais faire autre chose.
14:30Parce que j'avais envie d'avoir une famille, des enfants.
14:32Et puis, c'est arrivé à 25 ans, mon truc.
14:34C'est l'âge que j'avais décidé.
14:36Presque le moment où vous aviez décidé de lâcher.
14:38C'est souvent comme ça.
14:39Oui, c'est rigolo.
14:40C'est au moment où tout à coup, on s'agit plus sur notre rêve qui vient à nous.
14:44Alain, vous étiez plongeur dans un restaurant libanais.
14:47Et puis, alors, un soir, là, vraiment, c'est coup du destin.
14:50Le chef de service du restaurant se blesse.
14:53Il doit partir aux urgences.
14:54C'est la panique.
14:55Et vous prenez sa place derrière les fourneaux.
14:57Vous faites votre premier service.
14:59Exactement.
14:59C'était le moment magique.
15:00J'arrive de chantier à 18h45 ou 17h30.
15:03Quand j'ai fini à Gretaille, j'arrive dans le 16e.
15:05Je vois le patron devant la porte de snack.
15:08On est en stress.
15:09Il mange ses angles.
15:10Il m'a dit, je n'ai pas de cuisinier aujourd'hui.
15:12J'ai des commandes.
15:13Je dis, ah, tu ne t'inquiètes pas, je vais m'occuper de tout.
15:16Je gère.
15:16Du coup, j'allais me sauter.
15:17J'ai vu l'opportunité dans ma vie.
15:19Je dis, c'est maintenant, je vais le saisir.
15:21J'ai fait un grand bordel dans la cuisine, il faut le dire aussi.
15:23Mais ensuite, j'ai cuisiné.
15:25Par contre, j'ai cuisiné des choses.
15:26Vraiment, ça vient de cœur, en fait.
15:29Ma mère, elle m'a donné, en fait, cet côté émotion, hospitalité.
15:34Et du coup, les clients, ils s'étaient ravis.
15:35Vous n'avez pas fait ce qui était à la carte ?
15:37Je fais qu'est-ce que je peux faire avec ce que j'ai vu.
15:41Tu faisais les bases.
15:42Exactement, les gens s'en adoraient.
15:44Et ensuite, il m'a préparé, il m'a aidé à faire mon premier contrat.
15:48J'ai eu mon cadre de ce jour et je suis parti.
15:50C'était la virage dans mon carrière.
15:52Je suis parti dans la gastronomie française et j'ai affronté la barrière de la langue.
15:58Parce que là, avant, personne ne parlait français avec moi.
16:01Et là, j'ai vu que si on ne parle pas français, on ne peut pas avancer en France.
16:04Du coup, c'était très dur.
16:05Au bout de deux semaines, le chef m'a envoyé à la maison parce que je n'arrivais pas à
16:10comprendre.
16:10Et là, j'ai demandé de me donner ma dernière chance.
16:13Je vais faire beaucoup d'efforts pour apprendre la langue française.
16:15Oui, c'est marrant parce que vous avez appris avec des livres de grammaire et avec ça aussi.
16:20Je t'aime !
16:24Je t'aime !
16:26Là, je suis un peu mal à l'aise.
16:30Mais un peu plus tard, on demandera quand même à Emma de vous faire un petit je t'aime avec...
16:35Oui, devant Dany, oui, Dany Briand.
16:37Oh, oui.
16:38Alors, pourquoi elle a un Fabien ?
16:39En fait, parce que c'était en 2000, je pense, au 2001.
16:43C'était le période que je suis allé dans la gastronomie française.
16:47Elle a sorti un album, celui-là.
16:49Les paroles sont faciles.
16:50C'est vrai, je t'aime, c'est quelque chose de très beau.
16:52En plus, ça chante de ventre, de trip.
16:54Du coup, je vous dis maintenant, le premier deux ans, c'était très, très, très difficile.
16:59Mais quand...
17:00Je ne vais pas dire plus difficile que la guerre civile.
17:02Mais voilà, c'est des moments qui sont très, très, très durs pour moi.
17:05Du coup, je chantais.
17:07J'ai appris quelques mots là.
17:08Et j'ai eu la chance de rencontrer Madame Fabien.
17:12Elle est venue manger dans mon restaurant.
17:13Et j'ai raconté cette histoire.
17:16Et voilà, je suis un peu dans l'émotion.
17:18Et Emma, quand elle a dégusté le plat,
17:21donc Dalaan, elle a chanté...
17:22Je t'aime !
17:23Voilà.
17:24Je vous avais prévenu que c'était quand même pas ça.
17:25Du coup, c'est un parcours de vie, c'est un combat de vie, en fait,
17:28entre la langue française, la cuisine française.
17:30Je commençais par là, mais des écoles, je suis 100% antédidacte,
17:34mais des écoles, c'est bien sûr mon père,
17:37travaillé, le courage, la volonté d'aller sur le terrain à 5h du matin,
17:41et ma mère cuisinait avec beaucoup d'émotion.
17:43C'est ça, mes deux écoles qui m'ont accompagné toute ma vie.
17:46Et puis, c'est quand même cette histoire qui est digne d'un film,
17:48c'est-à-dire ce point bascule tout à coup,
17:50le chef de la cuisine qui part aux urgences.
17:53Il y a eu chez vous, Danny Briand, un point de bascule qui a fait que vous avez réussi ?
17:58C'est un peu les circonstances assez similaires.
18:03C'est que j'avais sorti mon premier disque, comme je vous l'ai dit, il y a 25 ans.
18:06Ça ne marchait pas tellement, je n'arrivais pas à déboucher.
18:09Et un jour, il y avait une émission de Patrick Sabatier,
18:11qui s'appelait Tous à la Une,
18:13et il y avait la même chose, un chanteur qui est tombé malade.
18:16Et donc, il y avait la directrice de l'époque, elle a dit,
18:18tiens, tu n'as qu'à appeler ce jeune, il vient de sortir son truc,
18:22que tu n'as qu'à le faire venir.
18:24Et j'ai fait cette émission, et ça passait à 21 heures.
18:26C'était énorme.
18:27À l'époque, c'était 15 millions.
18:29Oui, c'est ça.
18:30Donc, j'ai fait ce truc-là,
18:33et le lendemain, tout le monde voulait le dise dans le magasin.
18:35Donc, j'ai eu aussi un concours de 50 ans
18:37à cause d'un mec qui était malade, ça arrive souvent.
18:39Il faut savoir saisir sa chance, c'est ce que vous avez fait.
18:41Oui, c'est l'opportunité qui se présente, il faut le saisir.
18:43Après, toute la vie, c'est des opportunités qui viennent,
18:46il faut savoir, en fait, il faut travailler dur,
18:48il faut être passionné, rien lâcher, jamais baisser les bras.
18:51Là, on parle vite dans un grand parcours.
18:53J'ai pris beaucoup de claques, j'ai eu beaucoup d'échecs.
18:55Chaque étape que j'ai faite dans ma vie, c'était derrière un échec.
18:58Je continue à prendre des baffes, je vous assure jusqu'à maintenant,
19:00parce qu'actuellement, je gère beaucoup de choses,
19:02parce que j'ai envie de grandir, j'ai envie de montrer aussi
19:04qu'en France, c'est une terre qu'on réalise des rêves,
19:07ce n'est pas qu'aux États-Unis.
19:08On peut commencer des zéros, on peut faire une grande carrière,
19:11et moi, j'ai choisi mon chemin, c'est la cuisine et la gastronomie.
19:16C'est avec nous, parce que, bien sûr, on ne va pas le laisser partir
19:18sans qu'il cuisine, vous nous connaissez.
19:20Votre maman, elle habite toujours à Tripoli,
19:22donc elle vous regarde de là.
19:23Ma mère, elle habite à Tripoli, dans le nord du Liban,
19:26dans le même quartier, à côté du marché.
19:29Du coup, elle a ses habitudes, elle ne va pas lâcher le quartier.
19:32Et quel regard elle porte sur votre parcours ?
19:35Elle est toujours inquiète, parce que je travaille beaucoup.
19:38Là, il ne faut plus s'inquiéter, là.
19:39Je travaille beaucoup, elle s'inquiète pour mes enfants,
19:41pour ma vie de famille, pour ma petite femme,
19:43elle me dit toujours, il faut s'occuper de ta famille,
19:45et moi, je suis passionné chez Afon et tout ça.
19:47Qu'est-ce que c'est que tout ça ?
19:48C'est merveilleux, je vois du chou-fleur.
19:50Qu'est-ce que c'est ça ?
19:51C'est des petits oignons ?
19:52J'espère, tout le monde aime le chou-fleur, quand même.
19:55Tout le monde ?
19:55Parce que là, ce matin, c'est toujours là.
19:57Tout le monde. Alors, qu'est-ce qu'on va faire ?
19:58Là, j'ai fait un plat, normalement,
19:59il y a un plat dans la cuisine libanaise
20:00qui s'appelle Baba Ganouj, c'est autour de l'aubergine.
20:03Et comme c'est la fin d'été,
20:04moi, j'ai échangé l'aubergine par le chou-fleur,
20:07du coup, chou-fleur rôti.
20:08J'ai déjà préparé en avance
20:10parce que ça prend ça contenu dans le four.
20:11Ah, quand même !
20:12On va le concasser au couteau,
20:13mélanger avec de l'abnée, tahiné, citron.
20:16Ça fait comme, je l'appelle ma maganouj,
20:18c'est ma création.
20:20Et dans le milieu, on va mettre
20:21une petite salade de chou-fleur frit,
20:22grenade, coriandre, un peu de miel
20:24et vinaigre balsamique.
20:25Alors, toutes ces recettes,
20:26on va vous les laisser sur les réseaux sociaux, bien sûr.
20:28Mais ça, ça paraît à peu près à notre portée.
20:30Donc, on vous laisse commencer à mélanger
20:32tout ce que vous avez commencé à préparer.
20:34On va le déguster tout à l'heure.
20:36Oh, bah oui, on va s'y génier.

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