00:10L'autorité de la concurrence tire la sonnette d'alarme sur les enjeux concurrentiels de l'IA agentique dans son
00:16avis du 17 juillet dernier.
00:18Pour faire le point sur cette question, j'ai le plaisir de recevoir Alban Curral, avocat directeur associé au sein
00:24du cabinet FIDAL.
00:25Alban, bonjour.
00:26Bonjour Arnaud, le plaisir est pour moi.
00:28On va faire le point sur cet avis du 17 juillet dernier.
00:33Mais tout d'abord, pourquoi l'autorité de la concurrence est saisie de cette question et quel est l'enjeu
00:39central de cet avis ?
00:41Alors, l'enjeu tient finalement en une phrase.
00:45Demain, entre vous et les services numériques, il y aura probablement un seul intermédiaire et c'est l'agent d
00:51'IA.
00:51Hier, l'enjeu, c'était d'être référencé correctement et très bien par les moteurs de recherche.
00:59Aujourd'hui, l'enjeu est différent puisque l'agent d'IA ne va pas simplement vous donner dix liens.
01:07Il va décider, planifier et parfois, il achète.
01:10L'enjeu donc, la question aujourd'hui, c'est quelle est la porte, quelles sont les règles et qui détient
01:19cette porte ?
01:20Qui détient les règles et que cette personne va-t-elle en faire ?
01:25Alors, il y a une distinction qui est importante pour bien saisir la portée de cet avis et de ce
01:30qui est l'IA agentique.
01:32Quelle est la différence entre l'agent conversationnel et l'IA agentique ?
01:38Oui, alors, tout à l'heure, vous avez parlé d'alerte.
01:41C'est une alerte de vigilance, d'accord ? Ce n'est pas un coup de sifflet.
01:46Alors, pour répondre à cette question, la différence entre l'assistant conversationnel et puis l'agent d'IA,
01:51nous allons prendre un exemple.
01:53Imaginons que vous prépariez un week-end à Rome.
01:56Votre assistant conversationnel, il va comparer des vols, il va vous rédiger un joli texte
02:03et il va vous proposer des idées d'hôtel et des idées de restaurant.
02:08L'agent d'IA va aller beaucoup plus loin.
02:11Il va choisir le vol, il va le payer.
02:14Il va choisir l'hôtel, il va le payer.
02:16Il va choisir le restaurant et il va même payer la table.
02:21La différence, ce n'est pas la puissance du modèle, c'est l'autonomie.
02:27Parce qu'à chacune de ces étapes, l'agent d'IA va agir en toute autonomie sans repasser par vous.
02:33La Commission européenne définit l'agent d'IA comme un logiciel qui perçoit son environnement,
02:39c'est important, qui agit en autonomie sans l'intervention d'un humain.
02:45D'accord, ça veut dire qu'il peut faire tout un processus tout seul ?
02:49Du début à la fin, Arnaud, vous donnez à votre agent d'IA,
02:53je voudrais partir le vendredi, ce vendredi à Rome et revenir dimanche, il fait tout.
03:00D'accord.
03:00Et il paye pour vous.
03:02Et si je devais prendre un exemple, vous me permettrez,
03:06entre l'assistant conversationnel et l'agent d'IA,
03:10vous passez du conseiller au majordome.
03:14D'accord.
03:16Alors, l'autorité de la concurrence n'a pas attendu cet avis pour s'intéresser à la question de l
03:21'intelligence artificielle.
03:24Comment, justement, cet avis se place-t-il dans la continuité des travaux de l'autorité ?
03:30Vous avez absolument raison, cet avis ne sort pas de nulle part.
03:33En réalité, depuis maintenant plusieurs années, l'autorité de la concurrence démonte méthodiquement la chaîne de l'IA.
03:41En 2023, c'était le cloud, ce que l'on peut dire, c'est la tuyauterie, les infrastructures.
03:47En 2024, c'était l'IA générationnelle qui est les modules, les outils.
03:56Aujourd'hui, c'est finalement l'amont.
03:59En 2025, c'était l'empreinte énergétique.
04:02Et aujourd'hui, c'est l'aval, c'est l'accès à l'utilisateur au travers des agents d'IA.
04:09Alors, l'autorité de la concurrence, elle est, je dirais, très active dans le domaine de l'IA.
04:15C'est l'une des autorités en Europe qui l'est le plus.
04:20Et son objectif, ici, c'est de poser les jalons tant que les positions ne sont pas figées.
04:27C'est de préparer le terrain en prévision de futurs contentieux.
04:30D'accord.
04:31Ça veut dire que j'imagine qu'il y a beaucoup d'enjeux concurrentiels en la matière.
04:37Quels sont les principaux enjeux, justement, en matière d'IA agentique ?
04:42Alors, je ne vais pas vous faire l'inventaire à la prévère que nous propose l'autorité.
04:48Parce que nous n'avons pas le temps.
04:49Je vais en sélectionner trois.
04:50Alors, pour moi, le premier foyer, c'est l'accès à l'utilisateur.
04:55Aujourd'hui, fabriquer un agent d'IA, c'est assez facile.
04:59Le difficile, c'est l'accès à l'utilisateur.
05:02Or, aujourd'hui, les grands acteurs possèdent une longueur d'avance extrêmement nette sur tout le monde.
05:08Pourquoi ?
05:09Parce que leurs agents sont d'ores et déjà présents dans les smartphones, dans la messagerie, dans la suite bureautique.
05:16Une illustration récente.
05:18La Commission européenne, il y a peu, a imposé des mesures conservatoires à Meta de rouvrir WhatsApp aux agents concurrents.
05:28Le deuxième foyer, c'est la visibilité dans la réponse.
05:35L'agent d'IA ne communique que très peu de ses sources.
05:40Le spectre, c'est le favoritisme, c'est la discrimination.
05:43Quid d'un agent d'IA qui, demain, va discriminer des opérateurs au profit de partenaires ?
05:50Et le troisième moyen, ou le troisième foyer de contentieux, c'est la désintermédiation.
06:02De quoi s'agit-il ?
06:03Alors, c'est important, effectivement.
06:05Alors, aujourd'hui, le système, ou du moins le monde web, tel que nous le connaissons, est fondé sur l
06:10'intermédiation.
06:11Pourquoi ? Parce que les moteurs de recherche.
06:13Pourquoi ? Parce que les comparateurs.
06:17Et ces intermédiaires ont une fonctionnalité qui est double, effectivement.
06:22C'est de rendre un service, par exemple, le moteur de recherche.
06:26Vous formulez une recherche, votre requête va donner des réponses, c'est le service.
06:31Moyennant, effectivement, parfois, des écrans publicitaires.
06:34C'est la même chose, par exemple, pour la presse, qui, lorsqu'elle publie sur le web, vous savez, il
06:38y a des publicités, c'est un intermédiaire.
06:41L'agent d'IA, aujourd'hui, pèse 5% des achats dans le monde, en direct.
06:48C'est-à-dire que ce n'est pas un être humain qui achète, c'est un agent d'IA.
06:51À l'horizon 2030, nous parlons de 25 à 30%.
06:55Ce qui veut dire que le monde tel que nous le connaissons, le monde web, les commerçants sur le web,
07:01par exemple la presse aussi,
07:03les intermédiaires, moteurs de recherche, comparateurs, vont vaciller, de fait, puisqu'ils vont perdre une manne qui est énorme.
07:11Nous sommes en 2026, je parle de 2030.
07:145% versus quasi 30%.
07:17C'est considérable.
07:18Ça veut dire qu'il y aura des changements de modèle à trouver pour les acteurs qui perdent, justement, cette
07:22manne dont vous parlez.
07:23C'est justement tout l'enjeu de cet avis, qui n'est pas un avis de contrainte, qui ne sanctionne
07:29personne, qui ne vise personne.
07:31L'autorité nous alerte, nous informe, pose des jalons, aujourd'hui, pour informer le public et aussi le marché.
07:40Et quand je dis le marché, ce sont aussi les opérateurs qui arrivent.
07:43Quel rôle jouent les standards d'interopérabilité pour structurer ce marché, justement ?
07:49Alors, pour simplifier, je dirais que pour agir seul, les agents d'IA ont besoin de parler le même langage.
07:55Nous parlons des standards techniques communs.
07:58Sans eux, rien ne fonctionne.
08:01Le risque, c'est d'avoir un acteur qui détient la norme et qui décidera d'en faire ce qu
08:07'il a envie d'en faire.
08:08C'est-à-dire ouvrir la porte à certains et la refuser à d'autres.
08:12A l'inverse, si aucune norme ne devait prévaloir sur d'autres, Internet se fractionnerait, puisque les agents d'IA
08:18ne pourraient plus parler entre eux.
08:20Pour finir, comment vous voyez le développement, justement, de ce marché, les perspectives à venir ?
08:29Alors, peut-être un peu rapidement.
08:32D'abord, louer la sagesse de l'autorité de la concurrence, qui n'a pas voulu ajouter au cadre réglementaire
08:38actuel et maintenir l'existant.
08:41C'est-à-dire le droit de la concurrence, le DMA et puis le règlement sur l'IA.
08:48C'est sage parce que la technologie va beaucoup plus vite que le droit, nous le savons.
08:53Deux réserves.
08:54La première réserve, le DMA ne s'intéresse qu'aux grandes plateformes désignées, Apple, Google, Meta.
09:01Pas les natifs IA.
09:03C'est un angle mort.
09:04Seconde réserve, c'est un avis qui n'est pas contraignant pour personne, pas même pour l'autorité de la
09:09concurrence.
09:10Et donc, nous ne savons pas ce qu'elle va en faire demain.
09:13Je reste optimiste, toutefois, pourquoi ?
09:16Parce que le marché a déjà ses propres antidotes.
09:19Les utilisateurs jonglent déjà entre plusieurs agents d'IA.
09:23Le marché est ouvert et la place est encore très grande pour des grandes IA spécialisées, par exemple en droit,
09:29en santé ou plus souverains.
09:31On va finir sur cet optimisme.
09:33Alors, merci à Alban Curral.
09:35Je rappelle que vous êtes avocat, directeur associé chez FIDAL.
09:38Je vous remercie.
09:46Une sanction pénale, on va regarder ça à l'aune de la dernière jurisprudence.
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