00:01Face à le chiffre, Jean-Marc Daniel, ce matin 8h45 sur BFM Business, RMC Live, Canal 25.
00:06Bonjour à tous les deux. Bonjour. Bonjour à tous. Et bienvenue.
00:09Alors sur RTL, Patrick Martin évoque un décrochage du pays.
00:13Ce matin, il parle de la fébrilité des entreprises.
00:16Il est vrai que depuis 2024, la France est à l'arrêt économiquement.
00:20En tout cas, la croissance faiblit, la dette se creuse, le chômage repart, les taux augmentent.
00:24Pour Gabriel Attal, il y a une explication. Il était hier au French Digital Day. On l'écoute.
00:31Avant la dissolution, on avait tutoyé les 2% de croissance.
00:36Aujourd'hui, on est quasiment en croissance nulle.
00:38Tout est parti en live, entre guillemets, avec cette dissolution qui a contribué à quasiment flinguer l'économie française.
00:45Voilà, l'économie a été flinguée par la dissolution. Voilà ce que dit Gabriel Attal.
00:49Emmanuel Lechypre, est-ce que le politique a autant de poids sur l'économique que le dit Gabriel Attal ?
00:55Alors, peut-être pas flinguée au sens où elle allait très bien avant et puis depuis tout va mal.
01:02Mais incontestablement, la dissolution, elle a eu un impact négatif sur l'économie française.
01:09On a quand même eu, depuis la dissolution, 4 gouvernements.
01:13On a eu toutes les campagnes, etc.
01:17On a eu les discussions budgétaires compliquées.
01:19L'OFCE nous dit, grosso modo, que depuis la dissolution, l'économie française a perdu en PIB à peu près
01:271 milliard d'euros par mois.
01:29Alors pourquoi ? Il y a déjà aussi là-dedans beaucoup de psychologie et d'attentisme.
01:33Comment ça se voit ? Comment expliquer, par exemple, que les ménages français soient ceux dont le pouvoir d'achat
01:42a peut-être le moins reculé de tous les grands pays
01:44et ceux qui ont le plus augmenté leur taux d'épargne ?
01:47C'est quand même un mystère.
01:49On voit bien que là, il y a un comportement, incertitude.
01:50Qu'est-ce qui va tomber demain sur la tête en termes de nouveaux prélèvements ?
01:55On voit bien que les entreprises aussi, elles ont nettement revu en baisse leurs projets.
01:59Après la dissolution, vous avez plein d'enquêtes de conjoncture, notamment toutes celles faites auprès des PME, BPI, Palatine,
02:07qui vous disent, bah oui, on a reporté nos projets d'investissement, une entreprise sur cinq dit qu'elle a
02:13reporté des projets d'investissement
02:15et la moitié des entreprises disent qu'effectivement, l'environnement politique est préjudiciable à leur activité.
02:22Après, ça c'est l'effet psychologique, mais il y a l'effet mécanique, par exemple,
02:27incertitude politique égale incertitude budgétaire égale taux d'intérêt plus élevé.
02:31On le voit concrètement aujourd'hui au moment où l'écart entre les taux allemands et français est au plus
02:36haut.
02:37Et on se dit, il y a une prime de risque politique dans tout ça.
02:40Qu'est-ce qui va se passer sur le plan budgétaire ?
02:43Et ça, les ménages, les entreprises le subissent aussi.
02:47Et puis, dans un pays aussi étatisé que la France, dans un pays où la moitié du PIB, c'est
02:53de la dépense publique,
02:56forcément, le politique a un impact sur la dépense publique et donc sur l'économie française.
03:00Donc, oui, moi, il me semble quand même que l'environnement politique a un impact direct sur la vie économique.
03:07On voit bien les conséquences de cette dissolution.
03:10En tout cas, vous nous l'avez dit.
03:11Vous allez prendre le contre-pied, Jean-Marc Daniel.
03:13Pour vous, il n'y a pas d'impact ?
03:14Oui, je pense que la dissolution a flingué uniquement la carrière de Gabriel Attal.
03:18Mais à part ça, je crois qu'elle n'a rien flingué.
03:21Et donc, que Gabriel Attal soit amer, je le comprends.
03:26Qu'il exprime une forme de lassitude face à ce qui lui est arrivé, je le comprends aussi.
03:31Mais alors, concrètement, quand on regarde avec un peu de recul,
03:34alors, je ne dis pas que la politique n'a jamais d'impact.
03:36Quand vous déclarez une guerre, ça a un impact sur la vie économique.
03:38Quand vous bloquez le pays pendant 55 jours du fait de la pandémie de la Covid,
03:44ça a un impact sur la croissance économique.
03:46Mais si vous regardez sur le moyen et long terme,
03:49quand vous regardez la croissance française depuis 1950,
03:53vous apercevez qu'elle a été particulièrement élevée,
03:55particulièrement porteuse d'emplois dans les années de la Quatrième République,
03:59où on changeait de gouvernement tous les six mois.
04:01Entre 1946 et 1958, il y a eu, sur les 12 ans, il y a eu 24 gouvernements.
04:07Donc, la politique était assez perturbée.
04:09Et puis, il n'y avait pas de majorité à l'Assemblée,
04:11donc ils étaient obligés de faire des alliances,
04:13de truquer plus ou moins les élections par des accords électoraux bizarres.
04:16Et malgré ça, on avait une croissance, il y a eu une croissance exceptionnelle.
04:19Si vous regardez depuis le début de notre siècle,
04:22quel est le trimestre où il y a eu le plus de croissance économique ?
04:25C'est le premier trimestre de 2017.
04:29Je vous mets au défi de vous souvenir qui était Premier ministre à l'époque.
04:32C'était Bernard Cazeneuve, pour qui j'ai beaucoup d'estime, voire d'amitié.
04:35Mais concrètement, sa présence a été très brève.
04:39Et on ne peut pas dire que les décisions qu'il ait prises,
04:40puisqu'il n'y en a eu aucune, aient eu des conséquences sur la croissance économique.
04:44La croissance économique, c'est un enchaînement de tendances,
04:49de productivité, innovation, plus un cycle économique qui perturbe cette...
04:53Et plus des aléas.
04:55Alors, le politique, c'est dans les aléas.
04:56Mais ces aléas, pour être véritablement perturbateurs de la croissance économique,
05:00il faut qu'ils soient d'une très grande ampleur, d'une très grande violence.
05:03Je prends assez souvent l'exemple de deux 10 mai.
05:07Le 10 mai 1871 et le 10 mai 1981.
05:11Le 10 mai 1871, nous avons signé un traité de paix avec l'Allemagne.
05:14Et donc, la France était massacrée, au sens propre du terme,
05:19par ce qui venait de se passer.
05:21Et elle a été obligée de verser 5 milliards de francs d'indemnité à l'Allemagne.
05:25Quatre ans après, tout ça a été effacé.
05:27Au point que l'Allemagne se disait, mais c'est exceptionnel,
05:30il va se passer le fait qu'ils vont vouloir se venger.
05:32Donc, le 10 mai 1981, c'est beaucoup plus anodère l'apparence.
05:37Mais quatre ans après, on n'en était pas remis.
05:39Quarante ans après, on n'en est toujours pas remis.
05:41Parce que la retraite à 60 ans, ça continue à être un désastre.
05:44Et donc, des décisions qui sont des décisions qui paraissent relativement banales,
05:48peuvent avoir effectivement un impact considérable.
05:50Mais la vie quotidienne de la politique, même quand elle est très spectaculaire,
05:53n'a pas de conséquences en général sur la réalité des entreprises.
05:57Est-ce qu'on pourrait dire qu'il y a du court terme et du long terme ?
05:59Alors oui, il y a un côté pernicieux, effectivement.
06:04Ce qui est intéressant, c'est de voir au quotidien
06:06qu'est-ce qui se passe finalement dans la tête d'un chef d'entreprise.
06:10Et je concède ce point à Jean-Marc.
06:14Un chef d'entreprise au quotidien, il est à la recherche de clients,
06:18il doit satisfaire ses clients, il doit faire ses commandes, etc.
06:21Et effectivement, je pense qu'au quotidien,
06:25il n'est pas les yeux rivés sur les chaînes de télé en continu
06:30pour suivre la moindre évolution de discussions politiques.
06:34Je ne suis pas sûr, par exemple, que comme nous,
06:37on a passé notre temps à le faire au moment du budget 2026,
06:41ils auscultent jour après jour l'évolution du moindre amendement
06:45qui n'a d'ailleurs aucune perspective de durée de vie raisonnable
06:49par tel ou tel parti de l'Assemblée nationale, etc.
06:52Donc oui, effectivement, au quotidien, dans ces décisions,
06:56je pense que ce n'est pas la priorité du chef d'entreprise.
06:59Je pense quand même, et c'est une des conséquences, mine de rien,
07:03alors qu'il peut paraître paradoxal, de l'impact de la politique,
07:06c'est que l'instabilité réglementaire, fiscale, etc. est telle
07:12que justement, c'est devenu, dans l'ADN des chefs d'entreprise,
07:15d'apprendre à faire sans.
07:17Mais la réalité, c'est que ce qui vous impacte de façon diffuse au quotidien
07:21a quand même un impact macroéconomique.
07:24Quand vous regardez, par exemple, ce que vous dit l'OCDE
07:26sur le poids de la complexité réglementaire, fiscale, de l'instabilité, etc.,
07:31l'OCDE vous dit, toute cette complication, toutes ces paperasseries,
07:34ça coûte 60 milliards d'euros par an.
07:36Donc, effectivement, c'est diffus, ça a un coût global,
07:41mais peut-être qu'au quotidien, c'est pas ça, effectivement,
07:44qui va faire que le chef d'entreprise va prendre telle ou telle décision.
07:47Peut-être un petit mot très rapidement, Jean-Marc Daniel,
07:49mais sur, effectivement, cette instabilité économique,
07:51on le voit là avec l'incertitude sur le budget, sur 2027,
07:55ça peut freiner les investissements des entreprises ?
07:58Non, pas du tout. En revanche, là où je suis assez d'accord
07:59avec ce que vient de dire Emmanuel, c'est que la propension naturelle de l'État
08:04à se mêler de la vie quotidienne des entreprises
08:06au travers de la réglementation, ça, c'est un impact.
08:08Et ça, mais c'est très ancien, vous savez,
08:10Jean-Baptiste Cé a laissé des propos absolument merveilleux sur Napoléon
08:13en disant qu'il a ruiné l'économie, non pas au sens de Gabriel Attal,
08:18il a flingué l'économie en voulant se mêler des affaires économiques.
08:22La meilleure chose qu'il aurait dû faire, c'est ne rien faire.
08:25Surtout ne pas s'y toucher.
08:26Je me rappelle d'ailleurs, c'était une enquête qui avait été faite
08:29par Parainé la Croissance, qui était une association de patrons,
08:33de 2000 patrons, qui avait répondu à une enquête,
08:35c'était avant la présidentielle de 2012, vous voyez, 2012,
08:38et on leur avait dit, mais quelles sont pour vous les actions prioritaires ?
08:41Il y avait 80% quand même des chefs d'entreprise qui avaient dit
08:43surtout ne faites rien.
08:45Surtout ne touchez rien.
08:45Et on ne s'arrête pas.
08:47Surtout ne touchez rien non plus.
08:49Surtout ne bougez plus.
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