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  • il y a 2 minutes
Dans son édito du 17/09/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Alors, c'est une vidéo virale et on doit s'y intéresser parce que je crois qu'on est rendu
00:03à pas loin d'un million de gens qui l'ont regardée.
00:05Elle est d'une violence, en fait, et lorsqu'elle suscite autant de passion dans la population, ça dit quelque
00:12chose.
00:13Alors, de quoi s'agit-il d'une vision de compression, d'un entretien d'un peu plus d'une
00:20heure qu'elle a accordée,
00:21qui a été diffusée sur YouTube le 9 septembre, donc sur le thème large de la décolonisation aujourd'hui de
00:27la Palestine, de l'Algérie,
00:29du rapport entre le monde, les peuples issus de la colonisation et le monde occidental.
00:34Et là, on a une version, autrement dit, condensée.
00:36Et je tiens à dire que le montage ne trahit pas le propos.
00:40J'ai regardé l'entretien au complet.
00:41Le montage ne trahit pas le propos de Louisa Youssefie.
00:45C'est viral, pourquoi ?
00:47Parce que cette vidéo, on peut la retrouver partout sur YouTube, sur Twitter, et ainsi de suite.
00:51C'est parce qu'elle provoque un effet de sidération.
00:54On a cinq minutes, en fait, de, on pourrait dire, de haine.
00:59Elle a tout le moins d'aversion déclarée pour ceux qu'elle appelle les Blancs.
01:03Une aversion qu'elle ne cache pas.
01:05Une aversion qu'elle revendique.
01:07Une aversion revendiquée qui est presque une manière de dire,
01:11nous allons inverser le rapport à l'humanité et on y arrivera.
01:15Vous, les Blancs, n'êtes plus véritablement des humains.
01:18Elle le dira à peu près comme ça.
01:20Alors, c'est l'expression décomplexée du fond de l'idéologie contre-coloniale, décoloniale.
01:26Aux États-Unis, on dit aujourd'hui communisme racial.
01:29Donc, c'est le fond décomplexé.
01:31Donc, avec tout ce qu'on y voit, un revanchisme contre-colonial,
01:34nous détestons à jamais celui qui nous a conquis un jour,
01:37et c'est à notre tour de le conquérir.
01:39Un revanchisme racial, donc les catégories nationales ne sont plus mobilisées.
01:43C'est le revanchisme racial qui est présent.
01:45Et il y a cette idée aussi que nous vous civiliserons.
01:50Vous, les Blancs, vous n'êtes plus civilisés.
01:52Nous, les immigrés, nous, les personnes issues d'immigration,
01:56nous sommes en position de vous civiliser.
01:58Alors là, c'est quand même brutal.
01:59C'est beaucoup de choses en même temps.
02:00Qu'est-ce qui l'amène à dire cela?
02:02Louisa Youssefi nous dit, la France, comme d'autres pays européens,
02:06en s'étendant à travers le monde,
02:07ont exercé un rapport de domination sur des peuples.
02:09Elle parle notamment de l'Algérie.
02:11Et la France se serait déshumanisée en dominant l'Algérie,
02:16en la constituant, on dirait certains.
02:17Donc, celui qui domine, le maître,
02:19dans la dialectique du maître de l'esclave,
02:21disons-tu comme ça,
02:22le maître est celui qui se déshumanise véritablement.
02:25Et puisque les Blancs, entre guillemets,
02:27ne seraient pas conscients d'avoir exercé ce rapport de domination atroce,
02:32eh bien, les Blancs se seraient exclus de l'humanité.
02:35Donc, ils n'appartiendraient plus, je la cite, à l'humanité générique.
02:38Ils s'en sont désengagés.
02:40Donc, c'est quand même violent.
02:41Vous, les Blancs, à cause de votre histoire,
02:43vous n'appartenez plus à l'humanité.
02:46Certains pourraient y voir des propos haineux.
02:48Pas tous.
02:50Non, mais des propos haineux, de la division,
02:53je veux dire, ce qui est souvent reproché à d'autres.
02:55Oui, oui, oui, mais là, elle va loin quand même.
02:57J'ai rarement souvenir d'avoir entendu des gens,
02:59les très méchants de l'autre camp, dire,
03:01vous n'êtes pas des humains.
03:02Quoi qu'il en soit, donc presque des monstres.
03:05Et là, elle nous dit, mais comment pourraient-ils redevenir des humains?
03:08Bonne question.
03:08Comment les Blancs pourraient-ils renouer avec l'humanité?
03:11Eh bien, elle dit, ils doivent adopter la perspective
03:13de ceux qu'ils ont hier dominés.
03:15De quelle manière, notamment, dans le rapport à l'histoire?
03:19Donc, dans le rapport à l'histoire, par exemple,
03:21les Français ne devraient plus dire
03:22« nous avons perdu la guerre d'Algérie »
03:24parce que c'est la victoire de l'émancipation.
03:27La guerre d'Algérie, le peuple algérien se libère et s'émancipe.
03:30Donc, les Français devraient dire, par exemple,
03:31« nous avons gagné la guerre d'Algérie.
03:34Nous avons gagné parce qu'à travers notre défaite,
03:37l'humanité a progressé et a gagné. »
03:39Donc, les Français devraient réécrire leur histoire
03:41à l'encre du regard du décolonisé d'hier.
03:45Ils devraient finalement se voir avec les yeux
03:47de ceux qu'ils ont dominés.
03:48Et dès lors, ils pourraient peut-être redevenir humains.
03:51Alors, cette thèse-là n'est pas si nouvelle.
03:52Je précise que Sadri Kiyari,
03:53qui est l'intellectuel théoricien des Indogènes de la République,
03:56en 2009, l'avait déjà appliqué sur la question de l'Indochine.
03:59Donc, la guerre d'Indochine, la France l'a gagnée, en fait.
04:02L'a gagnée parce que les humains se sont libérés
04:04et se sont délivrés de son emprise impériale.
04:07Alors, est-ce qu'elle veut convaincre les Blancs?
04:09Parce que c'est un discours un peu violent, encore une fois.
04:10Est-ce qu'elle veut convaincre les Blancs, les Français, les fachos,
04:13ces trois concepts tournent un peu en boucle chez elle?
04:15Elle dit non. Non, non, non, c'est pas convaincre.
04:17Je veux pas les convaincre, ces gens-là.
04:18On peut pas les convaincre. Ils sont perdus.
04:21Mais je leur fais la guerre. Je leur fais la guerre.
04:23Je cite, la guerre, c'est l'état de la vie.
04:25La guerre, c'est l'instinct vital.
04:27Et elle ajoute, j'écris comme si on était en guerre.
04:30Au moins, c'est clair.
04:32Et elle nous dit, par ailleurs, qui sommes-nous?
04:34Nous, nous sommes l'islam, dit-elle, mais pas que.
04:37Nous sommes, finalement, la part irréductible de la France
04:41qui est capable, aujourd'hui, de la mater chez elle,
04:44de la casser chez elle.
04:45Donc, je comprends qu'avec un tel discours exprimé
04:47dans un français rigoureux, par ailleurs,
04:49et peut-être un peu d'exaltation,
04:51eh bien, on puisse se dire que ça fait une vidéo virale
04:53qui suscite quelques méfiances.
04:55Posons une question peut-être difficile.
04:58Mathieu, si elle se présente comme une exilée en France,
05:01pourquoi il reste-t-elle?
05:03Ah, je me pose la même question.
05:05Franchement, si vous détestez ce pays à ce point-là,
05:07mais vous savez, ils ont inventé le bateau, l'avion,
05:10le deltaplane, qu'importe,
05:12vous n'êtes pas obligés de rester dans un endroit
05:14que vous détestez à tout prix.
05:15Je dis ça par humanisme.
05:18Mais, quoi qu'il en soit, ce n'est pas ce qu'elle dit.
05:20Parce qu'elle nous dit, je suis en exil ici,
05:22nous sommes si nombreux à être en exil.
05:24Alors, on pourrait répondre pourquoi elle ne part pas.
05:27La réponse vulgaire,
05:28mais je la mentionne sans la faire mienne,
05:30c'est que la vie qu'elle a aujourd'hui,
05:32elle ne pourrait pas l'avoir dans son Algérie.
05:34La vie, on lui a tout donné.
05:36Les meilleures écoles, les plus beaux parcours,
05:37une résidence à la Vida Médicis,
05:39combien sont-ils à espérer avoir le début d'un quart de huitième de ça.
05:44Donc, vous pourrez croire qu'elle a une forme de gratitude,
05:47peut-être au fond d'elle même,
05:48ou à tout le moins la conscience de ses intérêts.
05:50Bon, c'est sûr que la France, c'est globalement un pays de déchets,
05:53mais c'est quand même là que je peux avoir une vie merveilleuse.
05:56Donc, aussi bien quand même en être consciente.
05:58Mais pas vraiment, parce que son vocabulaire est un peu différent.
06:01C'est le vocabulaire de la prise de guerre, en quelque sorte.
06:04Là, elle ne le dit pas comme tel, c'est moi qui l'interprète.
06:06« Je suis ici, je me suis emparé de cela. »
06:08Et ce qui je m'en suis emparé, c'est qu'à l'échelle de l'histoire,
06:10le rapport de nomination s'inverse.
06:12L'heure de la correction contre-coloniale arrive,
06:15et dès lors, il est naturel que je m'empare de ce qui est disponible,
06:19parce que nous sommes aujourd'hui en train de corriger
06:21la situation dont on a été victime au fil de l'histoire.
06:25Donc, je suis légitimement tel un conquérant.
06:27Elle ne le dit pas comme ça, c'est moi qui l'interprète.
06:30Tel un conquérant, j'arrive, je prends,
06:33et je ne dis pas merci, je ne dis pas merci.
06:36En fait, dites-moi merci de venir prendre chez vous,
06:39car si j'accélère votre décolonisation,
06:42qui vous permettra de cesser d'être des Blancs
06:44et de renouer avec votre humanité dont vous vous êtes vous-même arrachés ?
06:48Alors, comme dirait l'autre, c'est beau, vraiment tordu,
06:50mais néanmoins, c'est le raisonnement qu'elle fait.
06:53Alexandre Devecchio a fait le portrait de Louisa Youssfi
06:57dans son livre « Nous vivions côte à côte ».
07:00Il raconte qu'elle était une jeune femme en voie d'assimilation.
07:04Aujourd'hui, c'est le contraire.
07:05Et qu'est-ce qui s'est passé concrètement ?
07:06C'est passionnant.
07:08Le livre de Devecchio, dont on a dit grand bien avec raison,
07:10il l'a connu, il l'a rencontré dans ses études.
07:13Il dit que c'est une jeune femme assimilée,
07:15on dirait parfaitement républicaine,
07:17tous les termes qu'on utilise pour dire que ça fonctionnait bien.
07:20Mais c'est comme si, dans son portrait,
07:22comme si elle s'en voulait d'avoir adhéré à ce qu'elle détestait.
07:26Et dès lors, elle est dans un processus,
07:28c'est ce qu'on décrit dans deux livres,
07:29elle a fait deux livres.
07:31La Grande Méthode, c'est le dernier,
07:33puis le premier, je n'ai pas le titre en tête,
07:34je crois, restons barbares, je crois.
07:36Elle veut se désassimiler.
07:38Elle veut se désassimiler.
07:40Et c'est d'ailleurs le récit du deuxième livre,
07:42parce que c'est le récit notamment du père meurt,
07:44qui était venu d'Algérie,
07:45et au moment de mourir, après sa mort,
07:47en fait, il veut être enterré dans son pays d'origine.
07:49Donc, il ne veut pas être enterré dans le pays qui l'a accueilli,
07:52il veut revenir chez lui.
07:53Ça nous fait presque penser à Zemmour qui disait
07:55« Là où on enterre, c'est mort, là où on appartient véritablement. »
07:58C'est intéressant.
07:59On l'avait blâmé, Zemmour, pour avoir dit ça.
08:01Et ce qui est intéressant là-dedans,
08:02c'est que Youssefie s'éloigne complètement des conceptions,
08:06on pourrait dire désincarnées, flottantes, éthérées de l'identité.
08:09Elle nous dit « Il y a l'Orient, il y a l'Occident,
08:12il y a les identités irréconciliables,
08:14et on a beau avoir tout fait pour s'assimiler, dit-elle,
08:17en dernière instance, l'assimilation n'est soit pas possible,
08:20soit pas souhaitable. »
08:22Ce n'est pas mon point de vue,
08:23mais je comprends que c'est le sien à travers cela.
08:26Donc, la question qu'on se pose,
08:27c'est dans quelle mesure l'assimilation est-elle possible
08:29si on n'a pas les mêmes appartenances primordiales,
08:31la religion, les racines profondes,
08:33la lignée, la civilisation.
08:36Assimiler des Européens,
08:37je ne dirais pas que c'est facile,
08:38mais on l'a fait à travers l'histoire.
08:40L'assimilation de gens de différents peuples
08:42à l'intérieur d'une même civilisation,
08:43c'est possible, on l'a vu.
08:45Ce qu'elle semble nous dire,
08:46c'est que ce n'est plus nécessairement possible aujourd'hui,
08:49peut-être que ça n'a jamais été une assimilation rejetée
08:51parce que nous n'avons pas les mêmes racines primordiales.
08:54C'est le cœur de son propos.
08:55Je pense que depuis quelques années,
08:57en Occident, partout,
08:58on constate qu'il y a une vérité
08:59dans cette assimilation,
09:01quelquefois impossible, bien que désirée.
09:03Quoi qu'il en soit,
09:04elle est là, elle dirait que de la France
09:05qu'elle ne l'aime pas,
09:06qu'elle ne l'aime vraiment pas.
09:07Je suis persuadé néanmoins
09:08qu'elle continuera d'en profiter.
09:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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