00:00Europe 1. Pascal Pro et vous.
00:03Chura Saïed est avec nous, détecter les intentions. C'est un livre formidable, le manuel d'une ancienne profileuse.
00:08On veut toujours, on aimerait connaître complètement l'autre.
00:12C'est vrai.
00:13Formidable.
00:14Bon, et vous écrivez par exemple 100 000 secondes, c'est la durée pendant laquelle votre rétine
00:24transmet une image au cortex visuel.
00:26Votre cerveau a émis un verdict avant même d'avoir fini de voir la personne.
00:29Ce réflexe est si rapide, si fluide, si confortable qu'il se présente à votre conscience
00:34comme une évidence alors qu'il s'agit d'une hypothèse.
00:36Et c'est précisément là que tout déraille.
00:39Pourquoi ça déraille ?
00:40Oui, ça déraille parce qu'en fait en un battement de cils, vous allez vous faire un jugement
00:44sur quelqu'un alors que vous ne le connaissez pas.
00:47Donc très souvent, le cerveau a besoin de conclure très vite en fait.
00:51Donc c'est pour ça que ça déraille parce qu'on va voir à travers nos biais, à travers
00:55ce que l'on connaît déjà.
00:57Et donc conclure très vite, c'est la première erreur.
01:00On est tous pareils ?
01:03Tous pareils, alors ça dépend.
01:05Ça dépend si on a travaillé sur soi ou pas.
01:08Il y a quand même le travail d'introspection qui va être important.
01:11D'ailleurs j'en parle.
01:12Avant de pouvoir profiler les autres, il faut se profiler soi-même.
01:15Donc il y a du travail.
01:17Il y a des personnes qui arrivent à ralentir.
01:19Le jugement.
01:20Mais malgré tout...
01:21A retenir leur jugement.
01:22A retenir leur jugement.
01:23Mais malgré tout, on se fonde tous une première impression.
01:26Et paraît-il que la première impression est toujours la bonne, surtout si elle est mauvaise.
01:32Mon mentor de l'époque m'a dit quelque chose qui me sert encore aujourd'hui.
01:35Chaque jour, dans chaque observation, la physiologie parle d'émotion, jamais d'intention.
01:40Elle indique une activation.
01:42Elle dit quelque chose se passe, elle ne dit jamais, c'est lui.
01:46Expliquez-nous cette phrase.
01:47Alors, ça c'est important en profilage.
01:50Notamment quand vous allez profiler des criminels, parce que vous pouvez accuser des innocents à tort.
01:55C'est prendre le temps.
01:56En fait, ce qui se passe, c'est qu'à un moment donné, lorsqu'il y a de l'émotion
01:59dans ce que vous émettez.
02:01Que ce soit dans une relation, que ce soit dans quelque chose que vous connaissez déjà.
02:07Dès que vous y mettez de l'affect, vous vous trompez en règle générale.
02:11Donc nous, et c'est ce que me disait toujours mon mentor, c'est attention avant de conclure.
02:16Il faut prendre le temps de bien réfléchir et de ne pas mettre d'émotion à ce que l'on
02:21voit.
02:21Parce qu'on projette souvent ce que l'on voit de l'autre.
02:24C'est une part de nous qu'on n'a pas envie de voir.
02:28Le regard fuyant, l'agitation, le toucher du nez, ses comportements sont des corrélats du stress, de l'inconfort, de
02:35l'anxiété sociale.
02:37Le stress est démocratique, il touche les coupables, les innocents avec la même impartialité.
02:46Une personne accusée à tort transpire autant qu'une personne qui ment.
02:49Bah oui, le signal est identique, la cause est opposée.
02:52Elle est très forte cette phrase, une personne accusée à tort transpire autant qu'une personne qui ment.
03:00Et peut-être même davantage encore celle qui est accusée à tort et on pourrait surinterpréter cette transpiration.
03:09Oui, tout à fait. Je vais vous raconter peut-être un interrogatoire que moi j'ai eu, sur lequel j
03:14'ai pu me tromper.
03:17En fait, la personne transpirait énormément.
03:20Donc c'est vrai que nous, on fait passer un certain nombre de choses en interrogatoire.
03:25On va faire passer le test du polygraphe et d'autres tests, évidemment.
03:29Et puis on va être plusieurs enquêteurs à interroger.
03:32Et c'est vrai que ce coupable, présumé coupable, en tout cas transpirait beaucoup.
03:38Mais parce qu'il était finalement accusé à tort.
03:41Et en plus de ça, il avait fait quelque chose qui n'était pas celle qu'on lui reprochait.
03:45Donc en fait, il était finalement, lui, il nous a avoué que c'était pas un meurtre, mais un vol
03:50qu'il avait commis.
03:51Donc c'est pour ça qu'effectivement, il ne faut pas analyser les signaux de façon individuelle.
04:00Souvent, on va vous raconter que du coup, vous vous mettez en retrait, vous vous croisez les bras, vous vous
04:05transpirez, etc.
04:06Ça veut dire si.
04:07Sauf que nous, on va prendre vraiment un ensemble de choses, le contexte, avant d'analyser la personnalité de la
04:13personne.
04:14On ne part pas du tout d'un signal isolé.
04:17Et heureusement, parce que sinon, on se tromperait souvent.
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