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  • il y a 20 minutes
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Transcription
00:0013e film, premier péplum et déjà le plus gros succès de sa carrière, Ulysse a battu Batman.
00:07Après Oppenheimer, Christopher Nolan s'attaque à l'un des plus grands récits de l'humanité.
00:122 millions de mètres de pellicules IMAX 70, un budget pharaonique et un casting à faire palir un péplum de
00:19la MGM.
00:20Même les figurants sont des méga-stars.
00:23Après Seul sur Mars, il faut sauver le soldat Ryan et Interstellar.
00:26Matt Damon essaie encore de rentrer chez lui.
00:29Philippe, le film est-il le chef-d'oeuvre en IMAX qu'il pense être ?
00:33Ben oui, absolument, absolument.
00:35Je vous l'avais dit, c'était une histoire pour Nolan parce qu'il y a tout ce qu'il
00:39a déjà raconté.
00:41C'était une évidence.
00:42Le voyage, l'impossible, le retour du protagoniste, la mémoire égarée, le récit en vrac.
00:49Donc, il y a tout ça et il a eu le temps à gérer, il a eu une carrière pour
00:53y penser avant de se frotter.
00:54Je pense que c'est l'histoire originelle pour Nolan.
00:57C'est quelque chose vraiment qui est là.
00:59Et du coup, ce qui est intéressant, c'est que c'est un grand film de Nolan, mais c'est
01:03aussi un grand péplum.
01:04C'est-à-dire qu'il réussit à nous donner cette fois-ci une crédibilité.
01:10On n'est pas dans un réalisme à la noix, ce n'est pas ça que je veux dire.
01:14Mais les problématiques brassées, voilà, on les comprend.
01:17On comprend, en fait, pourquoi Ulysse ne veut pas rentrer à la maison.
01:22On comprend ce que c'est que le traumatisme de la guerre.
01:25Pour une fois, c'est la première fois dans l'histoire du cinéma, on rentre dans le cheval de Troie.
01:30Le cheval de Troie, on l'a toujours vu comme une espèce de jouet d'enfant avec des trucs à
01:33roulettes, mais grands, avec des types dedans.
01:35C'est quelqu'un qui n'était pas content de ne pas voir les roulettes.
01:37Mais là, le cheval de Troie, c'est un cheval vertical, un cheval qui se cabre.
01:43Et puis, ce qu'on nous dit, c'est que pour que la blague prenne, pour attraper les Troyens, il
01:47fallait bien être là depuis longtemps.
01:50Donc, ils sont restés une semaine.
01:52Et donc, je ne vous explique pas ce qui s'est passé pendant une semaine coincée.
01:56Je veux dire, c'est la vue et les odeurs.
01:58Et c'est ça que raconte le film.
02:00Et là, tout d'un coup, on est dans cette histoire-là.
02:03On comprend ce que c'est que Pénélope.
02:05On comprend pourquoi la nuit, elle détisse ce qu'elle fait dans la journée.
02:08On comprend pourquoi elle passe 20 ans sur son métier assisé.
02:11Et justement, ce n'est pas trop explicatif, cette chose-là.
02:13Je vois ça.
02:14Mais il y a des idées de cinéma à chaque scène.
02:16Mais c'est ça qui est important.
02:18La statue décapitée.
02:20La statue d'Athéna décapitée qui revient comme un mantra.
02:24Ça, c'est des idées de cinéma.
02:26Simon, il avait une musique d'ascenseur dans la tête.
02:27Pendant que tu défendais Nolen, qu'est-ce qu'il se passe ?
02:29Très belle musique d'ascenseur.
02:31Tout simplement, il y a toujours un risque, un danger.
02:33Quand un auteur, un aussi grand auteur que Nolen, se frotte à un projet rêvé,
02:37à un projet qui, sur le papier, aligne toutes ces thématiques,
02:40enfin, on va dire, cette rencontre parfaite, parfois, elle ne tourne pas très bien.
02:44Et moi, ce qui me gêne dans le film, c'est que j'ai l'impression de sentir encore Nolen
02:47« Grand brûlé de ténètes », qui était son chef-d'œuvre, qui était son film.
02:50« Grand brûlé de ténètes ».
02:51Oui, qui était un film qu'on annonçait, en plus, c'était juste après la pandémie,
02:54qu'on annonçait comme le renouveau, qui allait sauver les cinémas.
02:56C'est le film palindrome.
02:57Oui, voilà.
02:58Et ça ne s'est pas passé comme tel.
02:59Ça a été un grand changement, un grand changement de paradigme dans sa carrière.
03:05Et j'ai l'impression que depuis, il essaye de ne pas trop en faire.
03:08Il essaye de tenir son récit.
03:09Et c'est pour ça qu'on a ce héros pleurnichard, que je trouve, moi, terriblement insupportable,
03:13qui est comme un étoufoir sur le récit.
03:16Et finalement, vouloir nous raconter la culpabilité de l'Occident,
03:19et « Ouin, oin, j'ai pas envie de rentrer à la maison »,
03:21j'ai plus l'impression d'avoir l'Odyssée d'Homère Simpson que l'Odyssée d'Homère.
03:25– Petit bel, un peu gratuit.
03:27– Et qu'est-ce qu'il fait de toutes les femmes ?
03:29Parce que toutes les déesses aussi, parce qu'on sait que ce n'est pas forcément son fort de filmer
03:32les femmes.
03:33Ava, qu'est-ce que tu penses de ça ?
03:34– Non, c'est sûr.
03:35Alors, elles ont beau être multiples, effectivement, à l'écran,
03:39ces femmes, moi, je trouve que malheureusement,
03:40elles manquent cruellement d'épaisseur psychologique et de complexité morale.
03:45En fait, leur rôle est réduit par l'ultra-focalisation qu'il y a sur Ulysse.
03:50Et je te rejoins sur le personnage d'Ulysse,
03:52c'est-à-dire que moi, j'y ai vraiment vu la synthèse de tous les héros nolaniens.
03:57– Oui, parce qu'il a toujours filmé des hommes perdus dans les navires du temps.
04:00– Bien sûr, c'est ça.
04:00Mais on pense à Batman pour la dualité et la croix de l'héroïsme apportée.
04:05On pense à Leonard Shelby, le héros de Memento,
04:08qui est prisonnier de son propre esprit.
04:09On pense aussi, évidemment, à Joseph Cooper, le héros d'Interstellar,
04:12qui est tiraillé entre son instinct paternel et la mission pour laquelle il a…
04:18– Et la difficulté concrète de rentrer.
04:20– Absolument.
04:21Après, moi, ce qui m'intéresse dans ce film,
04:22c'est plutôt le commentaire de Nolan, effectivement, sur l'héroïsme.
04:26– Et de mélancolie.
04:27– Exactement.
04:27En fait, il s'intéresse à la noirceur guerrière.
04:31C'est vraiment l'examen de conscience que nous présente Nolan,
04:36le personnage d'Ulysse.
04:37Après, ne me jette pas de tomates, s'il te plaît.
04:40Je trouve le film extrêmement froid.
04:44Il n'est jamais vraiment émouvant,
04:46alors que les personnages traversent des choses très bouleversantes.
04:49– Moi, j'étais même surpris, disons, par rapport à d'autres films de Nolan,
04:52de le trouver très émouvant, ce film.
04:53C'est-à-dire qu'à la fin du film, on ne va peut-être pas le révéler,
04:58s'il reste un spectateur sur cette terre qu'il n'a pas vu,
05:01quand à la fin, il est auprès de son épouse,
05:06dans un costume de mendiant à ce moment-là.
05:07Moi, j'ai trouvé qu'à ce moment-là, tout se concentrait.
05:10C'est-à-dire vraiment qu'il y avait une sorte d'entonnoir
05:11de tout ce qui avait été vécu, de toutes les épreuves qui avaient été traversées,
05:14de tout ce que nous avions ressenti comme spectateurs,
05:16qui, à ce moment-là, étaient concentrés dans le discours
05:19et dans ce qu'il allait avouer à sa femme.
05:21C'est assez étonnant parce que Nolan racontait dans une interview
05:24qu'en fait, il s'était surpris, en relisant l'Odyssée,
05:28de se rendre compte qu'en fait,
05:31Homer avait lui-même un système temporel un peu compliqué à la Nolan.
05:35Mais ce n'est pas récilinaire.
05:37Et donc, effectivement, comme disait Philippe,
05:39c'est comme si l'Odyssée était le récit originel,
05:41le récit matriciel, comme tu le disais aussi,
05:43de tous les récits qu'il va produire.
05:46Moi, ce qui m'a beaucoup étonné,
05:47c'est qu'on sait que Nolan, c'est quelqu'un qui va très vite.
05:49Ça va très, très vite.
05:50Et d'ailleurs, ça en est presque surprenant.
05:51C'est-à-dire que là où n'importe quel réalisateur,
05:53dans n'importe quel péplum, dans n'importe quel blogluster,
05:56s'arrêterait, prendrait du temps,
05:57lui, il va très, très vite.
05:58Et ce dont je me rendais compte,
05:59c'est que toutes les épreuves que traverse Ulysse,
06:02les sirènes, le cyclope, etc., etc.,
06:05j'en comprenais la valeur symbolique dans le film
06:08sans que jamais il se départisse du narratif.
06:11Et j'ai trouvé ça très étonnant.
06:12Ça veut dire qu'il n'a jamais la possibilité d'être lourd.
06:16Il est très bien, il est sérieux comme un pape.
06:18Mais moi, je ne le trouve pas lourd,
06:19parce qu'il ne prend pas le temps de s'apesantir sur un symbole.
06:22Il est toujours en train de raconter une histoire.
06:24Moi, je ne suis pas d'accord.
06:25J'ai trop d'une de Villers.
06:26Il est dans l'action permanente.
06:27Je ne sais pas, mais en tout cas,
06:28là où je vous rejoindrai sans doute tous les deux,
06:30c'est que c'est peut-être son film le mieux rythmé.
06:31Ce qui n'a pas toujours été une réussite chez lui,
06:33y compris dans des films que j'aime beaucoup.
06:35Mais là, pour le coup, oui,
06:37il y a un sens de l'équilibre.
06:38Ça commence avec un rappeur.
06:40C'est Travis Scott, le rappeur texan.
06:42Et c'est ça qui est très beau.
06:43Mais si, parce que c'est les visions de l'avenir
06:46qui se conjuguent dans les ruines du passé.
06:48Et là, on atteint au mythe.
06:50Et c'est vrai que cette sanction,
06:52il est là dans ce banquet-là.
06:54Et c'est une espèce d'ouverture opératique.
06:57Et c'est intéressant par rapport au rythme.
07:00En tout cas, ça a lancé une Odyssée mania.
07:03Il y avait les livres de l'Odyssée partout.
07:05C'est les jeunes qui ont envie de relire l'Odyssée,
07:07donc on le remercie.
07:08Et les gens t'ont plutôt suivi.
07:10Le blockbuster qu'on a eu,
07:11c'est-à-dire qu'on a eu vraiment littéralement
07:13des blockbusters cet été,
07:14c'est-à-dire des salles de cinéma
07:15où le tour de l'immeuble,
07:17comme au temps de Dents de la mer,
07:19faisait vraiment le tour.
07:20Il y avait des films à temps.
07:22Le tour du pâté de maison.
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