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  • il y a 38 minutes
Interview ou reportage d'une émission cinéma produite par CANAL+ autour d'un film disponible sur CANAL+ ou sortant en salles, un événement ou une actualité du 7ème Art
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Transcription
00:00Un photographe déprimé couche avec une inconnue lors d'une soirée.
00:04Au petit matin, il se réveille dans son corps, à elle.
00:07Le body swap, d'habitude c'est de la comédie.
00:09Harari, lui, il en fait une errance existentielle d'un réalisme anti-spectaculaire.
00:14Neil Schneider y incarne David Zimmerman, comme le vrai nom de Bob Dylan.
00:18Face à lui, Léa Seydoux, ou plutôt le corps de Léa Seydoux qu'il vient habiter.
00:23Identité, mémoire, désir, disparition.
00:25Et en filigrane, quelque chose de cette âme errante de la tradition juive, le Dibouk.
00:30Ligne de fracture à cadre entre ceux qui l'a subjugué et ceux qui l'a perdu en route.
00:35Dans quel team tu étais, toi, Ava ?
00:37Moi, ce film m'a hypnotisé, il me hante.
00:40J'ai encore les images, les visages, les corps en tête.
00:44Alors, l'expression peut paraître galvaudée,
00:45mais en réalité, c'est vraiment une expérience immersive totale que nous donne à vivre Harari.
00:51Et je dirais que c'est moins un film cérébral qu'un film sensoriel.
00:54Pour moi, ce n'est pas un film qui développe des théories, mais qui révèle des gouffres, en fait.
00:57Et plus on avance dans les intrigues, plus les mystères s'épaississent, plus on s'enfonce dans le brouillard,
01:04plus les personnages en savent, moins ça devient logique en réalité.
01:08Et ça, je trouve ça assez bouleversant, en même temps que c'est évidemment cauchemardesque.
01:12Alors, je vous ai ramené un extrait qui se niche au début du film.
01:17C'est, David est à une fête et il va croiser Eva.
01:21Tu disais qu'il était photographe.
01:23Il se trouve qu'il a photographié Eva à son insu quelque temps plus tôt.
01:27Donc, il lui a volé son image sans son consentement.
01:31Je vous propose qu'on regarde.
01:35Donc, voilà David entouré d'inconnus qui sont déguisés, masqués, maquillés.
01:40Et vous allez voir, voilà, la caméra va braquer son attention ailleurs sur Eva,
01:44qui apparaît comme une vision, comme un fantôme.
01:47Elle est partout où que David regarde.
01:52Et par le cadre, on s'aperçoit déjà que tout est chancelant, que tout est instable.
01:57Il est aimanté par le personnage d'Eva.
02:00Eva qui est un petit peu le limpain blanc qui a fait glisser Alice dans son terrier.
02:07Sauf que là, ce n'est pas un terrier, mais c'est une porte ouverte.
02:09Une porte qui ouvre sur une autre dimension.
02:13Peut-être la quatrième.
02:14Oui, il y a ce truc, on le voit, il y a des zooms.
02:17Il y a beaucoup de zooms dans le film.
02:18Je crois qu'il parle, Philippe, de pulsionscopiques, de filmer l'acte de voir.
02:22Je trouve qu'il y a quelque chose d'intéressant.
02:23On est là-dedans.
02:24Parce que cette idée de, on a des corps, mais on ne voit pas l'intérieur des corps.
02:29C'était la thématique de Cronenberg et tout ça.
02:31Mais là, il le traite différemment.
02:33Comment, si mon apparence, mais je parle de toute mon apparence,
02:36ma voix, mon corps, n'est plus le mien.
02:38Comment j'existe ?
02:39Que reste-t-il de moi ?
02:40Et donc, à partir de là, c'est le regard.
02:44Quand le regard de l'être aimé, quand le regard de votre mère ne vous reconnaît pas,
02:48qu'est-ce qui se passe ?
02:49C'est quelque chose d'assez passionnant.
02:51C'est intéressant, c'est au-dessus du récit.
02:53Voilà, et du coup, c'est un cinéma, on le voit bien là, c'est un cinéma de gros plan.
02:56Et il adore ses acteurs, il faut dire que, je veux dire, ils sont extraordinaires.
03:00Les Assez doux et féminins.
03:01Et il dit, les Assez doux, c'est un paysage à filmer.
03:04Ce qui me plaît beaucoup, c'est la volonté de réalisme.
03:07Le refus du fantastique, le refus du burlesque.
03:10Et du coup, il y a presque un cauchemar à la Kafka.
03:14C'est un geste, oui, c'est très kafkaïen.
03:16Il y a un geste d'une radicalité totale sur 2h20, ça en a perdu certain.
03:20Mais hanté, le mot !
03:21Hanté, oui.
03:22Toi, Simon, t'étais de quel côté ?
03:24Je n'ai pas eu le sentiment.
03:25Je vais aimer que le film me perde.
03:26Je voudrais revenir un instant sur son ouverture,
03:28parce que j'ai plein de problèmes avec le film,
03:31mais vraiment, ce premier geste, ce premier quart d'heure,
03:33ce premier mouvement du film,
03:35c'est peut-être un des trucs les plus prodigieux qu'on a vus à Cannes cette année.
03:37Mais vraiment, c'était exceptionnel.
03:39De récits, de mise en scène, de montage.
03:41C'est un moment d'intranquillité remarquable.
03:44Et après ça, moi, j'ai eu un peu le sentiment de voir It Follows avec un pied beau,
03:47parce que le film ne fonctionne qu'en soustraction.
03:49Il ne veut rien me dévoiler, pourquoi pas ?
03:51Il ne veut pas me donner les clés des personnages,
03:53bon, passe encore.
03:54Il ne veut pas trop me dire où on se trouve.
03:56Et j'ai l'impression qu'à force de tout refuser,
03:59le film, finalement, me délègue énormément de choses à relier.
04:04Mais tu n'apprécies pas cette confiance.
04:04Pourquoi tu ne dis qu'il ne donne pas les clés des personnages ?
04:05Moi, je suis à fond avec le personnage.
04:07Ah ouais.
04:08Je vis son cauchemar à chaque seconde.
04:10En fait, pour l'avoir revu, le problème,
04:13moi, je rejoins plutôt Simon,
04:14le problème du film, c'est qu'il commence sur une note.
04:16Il commence sur une note qui est assez incroyable,
04:18qui est une note où on est indifférent au monde,
04:20on ne comprend pas, on est étranger à ce qui se produit.
04:22On l'a vu dans l'extrait d'Ava,
04:23on est dans une fête, on est dans une fête funèbre.
04:25On suit cette note-là.
04:27Et le film, dans une deuxième partie, va transvaser,
04:29lui aussi va changer.
04:30Et on reste sur cette même note.
04:33Et à ce moment-là, le film me lâche complètement.
04:35Mais me lâche complètement,
04:36ça veut dire que je suis étranger à ce qui se produit,
04:39étranger parce que le film est devenu monocorde.
04:40Alors, on peut rester tout à fait en dehors,
04:43et ça, j'entends très bien que vous n'ayez pas aimé le film
04:45et que vous soyez ennuyés.
04:47Mais ce qu'il faut dire, c'est que c'est un film
04:49qui demande au spectateur de le suivre.
04:51C'est-à-dire que c'est un film...
04:52C'est un pacte que tu noues avec...
04:54Il y a un cri de l'anamorphose.
04:56Vous savez, l'anamorphose en peinture.
04:58Il faut se décaler pour voir.
05:00Et si on n'accepte pas ce décalage,
05:02on ne voit rien.
05:03On ne voit rien.
05:04Et c'est un film où on peut rester,
05:05effectivement, totalement extérieur.
05:07Mais si on accepte de jouer ce jeu,
05:09si on se laisse prendre,
05:11c'est une expérience.
05:12C'est cet enfermement.
05:13L'enfermement a toujours été le thème d'Harraric,
05:15que ce soit Diamant Brut, que ce soit...
05:16L'effacement de l'homme aussi.
05:18L'effacement, l'enfermement,
05:20et c'est l'adaptation d'une BD.
05:21C'est le cas de David Zimmerman,
05:23qui est le nom du personnage.
05:25Il a co-écrit avec son frère.
05:26Et ce qui est très intéressant,
05:27c'est que c'est exactement la même histoire,
05:28mais avec un traitement complètement différent.
05:31Et pour moi, c'est un peu comme dans 2001.
05:33Le film et le livre de Clark,
05:35le livre est plus explicatif que le film.
05:37Il faut parler de la métamorphose des acteurs.
05:37La BD peut être plus explicative que le film.
05:40Il faut parler de la métamorphose des deux acteurs
05:42qui sont inconnus, presque, à notre regard.
05:44Alors que ce sont des acteurs qu'on connaît par cœur.
05:46Mais moi, ce que je trouve fascinant,
05:47c'est ce que fait Léa Seydoux avec son corps.
05:50C'est-à-dire qu'on aurait pu attendre...
05:52Jouer un homme.
05:52Mais voilà, mais elle ne le joue pas, justement.
05:54Elle ne joue pas un homme.
05:55Elle ne singe pas ça.
05:57Elle est le troisième sexe, d'une certaine manière.
05:59Et ça, je trouve ça bouleversant.
06:00Il serait...
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