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  • il y a 3 minutes
Le dérèglement climatique est le sujet prioritaire de préoccupation des Français, avant la prochaine élection présidentielle, selon la consultation citoyenne présentée ce mercredi par le réseau ICI avec ODOXA. Karine Weiss, spécialiste de l’éco-anxiété à l'Université de Nîmes, apporte son éclairage.

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Transcription
00:007h45, on va tenter de décrypter avec votre invité Quentin la première consultation, dites-le ici, consacrée à nos enfants.
00:06Oui, avec Karine Veils, bonjour à vous.
00:09Bonjour.
00:09Vous êtes donc chercheuse à l'université de Nîmes et votre champ de compétences va nous être bien utile.
00:15La psychologie sociale et environnementale, alors ça mérite d'avoir une petite explication, c'est quoi au juste ?
00:22Alors, la psychologie sociale et environnementale consiste à réfléchir sur la façon dont nous réagissons sur certains sujets en tenant
00:33compte de notre environnement physique et social.
00:35Donc, le contexte dans lequel nous vivons et nos interactions avec les différentes personnes et les différents groupes avec lesquels
00:43nous vivons également.
00:45Donc, contexte dans lequel nous vivons, il y a notamment le changement climatique.
00:48Dans notre enquête Odoxa, il arrive en tête des inquiétudes des sondés quand ils pensent à l'avenir de leurs
00:54enfants, devant même les difficultés liées au coût de la vie ou encore du système scolaire.
00:59Ça, ça vous inspire quoi, vous ?
01:01Ça m'inspire que l'enquête, elle est récente et que forcément, nous venons de vivre un été extra-caniculaire,
01:08on pourrait dire.
01:09Donc, il y a un effet de contexte aussi qui explique que ce résultat arrive vraiment en tête par rapport
01:15à d'autres difficultés.
01:16Peut-être que si on avait fait l'enquête pendant un hiver plus rigoureux, on n'aurait pas tout à
01:22fait eu les mêmes résultats.
01:23Vous avez raison de le souligner. Par honnêteté, je me dois de le rappeler aux auditeurs, cette enquête a été
01:28réalisée entre la fin août et le début septembre.
01:31Donc, ceci expliquant peut-être cela.
01:33Alors, on parle quand même, ça parle de l'éco-anxiété. C'est quoi exactement l'éco-anxiété ?
01:39L'éco-anxiété, c'est les préoccupations justement pour le changement climatique essentiellement.
01:45Aujourd'hui, quand on parle d'éco-anxiété, on parle plutôt d'anxiété climatique finalement.
01:50C'est quoi la nuance ?
01:52C'est que l'anxiété touche vraiment le dérèglement climatique. On est anxieux, on a peur par rapport à tout
02:00ce qui peut se passer par rapport au changement climatique.
02:02L'éco-anxiété, de façon plus large, on pourrait la définir plutôt par rapport à tous les changements environnementaux,
02:07notamment la perte de la biodiversité, la pollution des sols, l'aridité, la sécheresse, etc.
02:14Donc, pas seulement les phénomènes climatiques, mais l'ensemble des dérèglements qui sont tous liés les uns avec les autres,
02:20certes.
02:20Mais finalement, aujourd'hui, quand on parle d'éco-anxiété, il y a plutôt la question du climat qui est
02:26en arrière-plan.
02:26Mais comment est-ce qu'on l'éprouve ? Parce que je me mets à la place de certains auditeurs
02:29qui doivent se dire
02:30« Moi, l'éco-anxiété, ça ne me réveille pas la nuit. »
02:34Alors effectivement, pour la plupart des gens, finalement, c'est un terme un peu générique, c'est un terme parapluie,
02:39l'éco-anxiété.
02:39Et derrière ça, on met l'éco-inquiétude, sur laquelle nous avons pas mal travaillé également,
02:45l'éco-colère, l'éco-culpabilité, en fait, toutes les émotions négatives
02:49qui peuvent être associées à cette crainte liée au changement climatique.
02:53Mais est-ce que ce n'est pas un mot-valise destiné justement à, entre guillemets, je caricature un peu,
02:58mais faire la promotion du combat contre le réchauffement climatique ?
03:01Plus qu'une réalité vécue, une réalité qu'on ressent, en tout cas en soi.
03:06Oui et non. Alors, une réalité vécue, l'éco-inquiétude est présente plus que l'éco-anxiété.
03:12C'est-à-dire que ce n'est pas pathologique.
03:14C'est ça la différence avec l'anxiété, quand on va parler de l'anxiété d'un point de vue
03:17clinique.
03:18Mais après, est-ce que ça sert à faire un combat ? Je ne suis pas sûre.
03:22Que ce soit l'émotion, l'anxiété qui permettent le plus de combattre.
03:26On a vu dans pas mal d'études que la colère, par exemple,
03:29était beaucoup plus motrice pour des comportements d'engagement pour l'environnement
03:34ou de comportement pour s'engager socialement par rapport à ces questions climatiques.
03:40Donc, ce que vous êtes en train de dire, c'est que ça peut être contre-productif, l'éco-anxiété,
03:43pour lutter contre le réchauffement climatique.
03:45De parler d'anxiété, si justement les gens ne se reconnaissent pas derrière cette émotion-là,
03:50ça peut être contre-productif.
03:53Justement, si je veux voir un médecin et que je lui dis
03:55« Docteur, je souffre d'éco-anxiété », qu'est-ce qu'il va me répondre ?
03:59Alors, s'il est formé à prendre en charge ça,
04:05il va essayer de comprendre qu'est-ce que vous mettez derrière ce terme-là,
04:10derrière ce terme d'éco-anxiété,
04:11et donc savoir à quel niveau d'anxiété vous êtes,
04:14est-ce que c'est de l'inquiétude,
04:16une anxiété pathologique qui vous empêche de fonctionner au quotidien,
04:19et donc dans ce cas-là, l'approche sera complètement différente.
04:22Mais il existe des traitements contre l'anxiété ?
04:26Donc voilà, on peut avoir la même approche.
04:29Et ensuite, on commence à développer des traitements,
04:33pas vraiment médicamenteux, mais des approches cliniques
04:37qui permettent de tenir compte de cet aspect vraiment éco-anxiété,
04:41en travaillant justement sur le lien à la nature,
04:45notamment en essayant de comprendre quelles sont les actions
04:49qui feraient du bien aux patients,
04:51comme le fait de s'engager dans des actions collectives pour l'environnement,
04:55parce qu'on sait que le collectif fonctionne beaucoup mieux
04:57que les actions individuelles pour réduire le niveau d'éco-anxiété.
05:01Et qu'est-ce qu'on peut faire soi, Karine Weiss,
05:04à son échelle pour peut-être lutter contre cette éco-anxiété-là ?
05:09Alors justement, à son échelle, ça va être...
05:12Vous le dites s'engager, mais ça c'est dans des solutions collectives,
05:15moi je vous parle d'une solution individuelle.
05:16L'individuel peut passer par du collectif à une échelle locale,
05:19comme par exemple le fait de mettre en place des actions dans son quartier,
05:26dans l'école de ses enfants, etc.
05:28Et ça, ça va être beaucoup plus efficace que tout seul,
05:31aller essayer de changer le monde,
05:34parce que là on va être vite dépassé,
05:36on va se rendre compte de son impuissance face à l'ampleur du problème,
05:39et ça risque au contraire d'aggraver l'éco-anxiété.
05:41Donc en fait, ce que vous dites, c'est qu'il faut agir.
05:43Il n'y a pas 36 médicaments, il faut agir.
05:45L'action est le meilleur des médicaments, oui.
05:48Mais une action concrète qui n'amène pas ce sentiment d'impuissance,
05:53c'est une action qui est réalisable,
05:55et pour le coup qui va être réalisable avec un petit collectif.
06:00Et pour laquelle on peut voir des effets concrets assez vite.
06:03Marie-Ève Tomasini, vous vouliez intervenir.
06:05Non, non, je voulais poser une question,
06:06pas du tout d'éco-anxiété,
06:08puisque je fais partie de ces éco-anxiété,
06:09et je le revendique telle une bannière.
06:11Mais Karine Weiss, vous qui n'avez pas quitté l'école,
06:13puisque c'est mon sujet tout à l'heure à 9h,
06:15vous êtes chercheuse à l'université de Nîmes,
06:17donc ça veut dire que depuis la primaire, vous êtes à l'école.
06:19Quel regard posez-vous sur l'enseignement aujourd'hui ?
06:22Sur l'enseignement, par exemple, justement, au milieu scolaire,
06:24école, premier niveau, école primaire ?
06:26Alors, je ne suis pas spécialiste.
06:28Non, je ne sais pas.
06:29Je vous demande juste votre ressenti personnel.
06:32J'avoue, je ne saurais pas répondre,
06:34parce que mon fils a quitté l'école primaire depuis un petit moment déjà.
06:38Ton lui, il n'est pas dans le classement des 15 ans.
06:40C'est-à-dire qu'on est 15e en France sur l'éducation.
06:43Oui, ça j'ai vu.
06:46Je pense que le problème majeur de l'école aujourd'hui
06:49et de l'éducation aujourd'hui, c'est les moyens qu'on y met.
06:53On tape beaucoup sur les types d'enseignement, sur les enseignants.
06:57Leurs conditions de travail sont dramatiques.
06:59Moi, j'ai beaucoup d'amis qui sont enseignants.
07:05Et je trouve que vraiment, c'est un métier qui est extrêmement dur,
07:08qui est devenu de plus en plus dur, avec de plus en plus de revendications,
07:11de la part des parents, de la part du ministère,
07:13de la part du fait de faire de l'inclusion avec pas de moyens du tout pour le faire, par
07:20exemple.
07:21Et tout ça, je trouve que ce sont des conditions de travail qui sont inacceptables
07:26et qui font que, probablement, le niveau va s'en ressentir
07:30parce qu'aujourd'hui, beaucoup d'enseignants sont proches du burn-out.
07:34Et ça, je trouve que c'est peut-être ça le cœur du problème,
07:36mais tant qu'on ne mettra pas les moyens...
07:38Voilà, c'est l'honneur de la guerre.
07:39Karine Weiss, je vous remercie beaucoup.
07:41Merci d'avoir été avec toi aussi.
07:42Merci d'être venue mettre les points sur les i,
07:45donc sur l'éco-anxiété, puisqu'on parlait d'école.
07:47Mais vous, vous êtes chercheuse en psychologie sociale et environnementale
07:51à l'Université de Nîmes.
07:52Karine Weiss, merci beaucoup.
07:54Merci à vous.
07:56Merci à vous.

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