00:00Ici Occitanie, pour bien commencer la journée, d'ici matin.
00:05Jeudi 24 septembre 2026, c'est 8h moins le quart et c'est l'invité d'ici matin en direct
00:11à la radio, à la télé.
00:12Il a fait de la lutte contre le trafic de stupéfiants son chantier numéro 1 depuis son arrivée à Toulouse.
00:17Il y a maintenant deux ans, le procureur de la République est ce matin l'invité d'ici matin.
00:21Bonjour David Charmatz. Est-ce que vous êtes d'accord pour dire que les dealers aujourd'hui opèrent en toute
00:28impunité ?
00:29Non, certainement pas. Vous savez, 80 personnes qui participent au trafic de stupéfiants sont jugées en comparution immédiate chaque mois
00:39au parquet de Toulouse, depuis le début de l'année.
00:42Donc ça veut dire qu'on défère, dès qu'on arrête, dans le cadre du trafic de stupéfiants, on défère.
00:47On ouvre aussi des informations judiciaires auprès de nos collègues juges d'instruction dans les dossiers les plus importants.
00:52Il faut savoir qu'en 2026, on a eu deux cours d'assises spéciales à la Cour d'Aspel de
00:57Toulouse.
00:58On en aura deux en 2027. C'est là où on juge le haut du spectre du trafic de stupéfiants.
01:03Des gens qui prennent des peines dont vous avez fait écho de 27 ans, de 14 ans, enfin des peines
01:07très lourdes.
01:07Des gros bonnets.
01:08Des gros bonnets. Donc il n'y a certainement pas d'impunité.
01:10Par contre, ce qu'il y a, c'est une multitude de petites mains qui, bien évidemment, compte tenu de
01:15l'argent que génère ce trafic, sont à disposition des organisateurs.
01:18Je vous pose la question parce que franchement, on a l'impression qu'ils ne se cachent même plus.
01:21On a même des menus directement tagués sur les murs dans certains quartiers de Toulouse pour afficher les prix du
01:26cannabis ou de la cocaïne.
01:27Alors, dans certains quartiers de Toulouse et plus particulièrement dans les quartiers défavorisés, vous l'aurez noté.
01:32Moi, je pense notamment au Grand Mirail où mon parquet s'est déplacé lors du dernier assassinat,
01:36où je suis moi-même allé avec les services de la BST, du commissariat et de la BAC.
01:40Quartier Bellefontaine.
01:41Quartier Bellefontaine, Rênerie, La Farouette, Bagatelle.
01:45Il faut d'abord, derrière ces chiffres, derrière ces tags, il faut imaginer qu'il y a à peu près
01:5045 000 personnes au Grand Mirail qui vivent dans un quartier qui, en réalité, est quadrillé, littéralement, par une vingtaine
01:57de points de deal.
01:58Donc, la réalité qui me préoccupe, moi, c'est celle de cette population qui n'a rien à voir avec
02:02le trafic et qui vit un jour sur deux des tirs de kalachnikov, d'armes de guerre,
02:07qui vit, bien évidemment, depuis le début de l'année, vous l'avez rappelé, cinq homicides volontaires,
02:11et puis qui vit avec ces gens qui ont l'air d'être installés chez eux, sur des chaises, dans
02:15les espaces publics, etc.
02:17Mais ça, vous n'arrivez rien à faire pour endiguer ce phénomène-là ?
02:21Jean-Luc Moudinque, par exemple, propose, réclame davantage de policiers nationaux à Toulouse.
02:26Il le demande au ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.
02:29Ça peut vous aider ? Ça va changer quelque chose ? On a l'impression que c'est un problème
02:32insolvable ?
02:33Je ne pense pas que la lutte contre le trafic de drogue n'est pas qu'un problème toulousain, c
02:37'est un problème national, vous le savez bien.
02:38C'est la lutte contre le narcotrafic, il y a une loi sur la lutte pour sortir la France du
02:43piège du narcotrafic.
02:44Donc on voit bien qu'on est effectivement dans une situation de piège, tellement ce narcotrafic s'est développé.
02:49Les masses financières sont très considérables, encore une fois.
02:52On n'est pas du tout sans moyens d'action.
02:55Je vous rappelais le nombre de déferments chaque mois au parquet de Toulouse, les ouvertures d'information.
02:59Mais effectivement, il faut des moyens supplémentaires de policiers, et aussi ensuite de magistrats et de greffiers.
03:05Est-ce que votre enquête progresse après la mort de ces deux jeunes ?
03:09Vous y faisiez référence, deux jeunes qui sont morts en moins de dix jours au début du mois, sous des
03:13balles.
03:14Vous avez interpellé les tirs à présumer ?
03:15Alors je ne donnerai pas d'éléments sur les dernières enquêtes, parce qu'elles sont couvertes par le secret,
03:20et puis il faut laisser la police travailler de façon minutieuse et importante.
03:25Ce que je peux vous dire, parce que c'est quand même très important,
03:27c'est que sur les cinq crimes qui ont été commis en lien avec le trafic de stupéfiants depuis le
03:32début de l'année,
03:33deux sont policièrement élucidés, puisqu'il y a des personnes mises en cause dans ces assassinats,
03:40qui sont sous les verrous.
03:41Certes, ils sont présumés innocents à ce jour, mais ils seront jugés pour les faits qu'ils ont commis,
03:45à l'encontre desquels le parquet estime qu'il y a des charges importantes.
03:48Cinq, c'est déjà plus que l'an dernier, et l'année n'est toujours pas terminée.
03:52Comment est-ce que vous expliquez cette recrudescence de violences ?
03:56C'est une guerre de gang, une guerre de territoire, presque comparable à ce qu'on peut voir au quartier
04:00nord de Marseille ?
04:01Alors, je ne comparerai pas Toulouse à Marseille, parce que la sociologie du trafic de stupéfiants est très différente.
04:07À Marseille, on sait qu'il y a deux bandes rivales historiques.
04:10À Toulouse, il y a des quartiers avec beaucoup plus d'organisations variées,
04:15entre guillemets, pas forcément toujours adversaires d'ailleurs.
04:18Et puis, la situation est différente aussi, compte tenu des volumes.
04:21Mais il faut savoir quand même, ce qui est très important pour nous en termes d'inquiétude et de travail,
04:25c'est que cette année, nous avons plus de règlements de comptes dans le département de Haute-Garonne que dans
04:30les Bouches-de-Rhône.
04:31Le procureur de la République de Toulouse, David Charmatz, est ce matin l'invité d'ici Occitanie.
04:36Le fonds de commerce aujourd'hui, pour ces dealers, c'est encore le cannabis,
04:40où il y a de plus en plus de drogues dures en circulation, type MDMA, type cocaïne ?
04:46Alors, sur les points de deal historiques, c'est ça qui fait la spécificité toulousaine.
04:50C'est que ce n'est pas cette année qu'on découvre le trafic de stupéfiants dans les quartiers, notamment
04:54du Grand Mirail.
04:54Ça fait 20 ans, en réalité.
04:56Donc, c'est des trafiquants qui sont installés dans un territoire qu'ils estiment être le leur.
05:01Et qui font, entre guillemets, la guerre d'espace public avec les citoyens honnêtes.
05:04Et c'est là où est notre combat, c'est-à-dire d'arriver à les sortir de ces endroits
05:08-là.
05:08C'est beaucoup plus difficile que dans le quartier de Saint-Aubin,
05:11où récemment la police nationale a réussi à démanteler un point de deal qui n'avait pas d'ancrage historique.
05:16On a trouvé la solution, ce n'est pas parfait, bien sûr, mais en tout cas, ce point de deal
05:21est éradiqué.
05:22Dans un quartier comme le Grand Mirail, c'est plus difficile, parce qu'il y a de l'histoire, justement.
05:25Il y a cette possession du territoire.
05:27L'essentiel de la drogue qui est vendue, ça reste du cannabis et de la cocaïne.
05:31Les drogues de synthèse, c'est plus de l'Ubercheat qui fait usage de ce type de produit.
05:35Oui, c'est ces dealers qui sont appelés directement par des clients et qui livrent presque à domicile.
05:41Justement, le trafic de drogue, est-ce que c'est encore une histoire de grande ville ?
05:44On a l'impression, là aussi, que ça gagne nos campagnes, de plus en plus, ces dernières années.
05:48Avec ce phénomène Ubercheat dont vous parlez, Oïg.
05:51Résolument, on a affaire à des chefs d'entreprise qui gagnent des parts de marché.
05:57Toulouse est sous le feu des projecteurs de la police nationale.
06:01La zone de gendarmerie est surveillée par la gendarmerie nationale.
06:05Mais bien évidemment, l'organisation géographique du territoire fait qu'on a plus de chances, peut-être,
06:11de passer sous les mailles des radars ou du filet.
06:13Et donc, effectivement, les zones périurbaines, voire agricoles, ou en tout cas rurales, sont touchées par le trafic de drogue.
06:22Monsieur David Schermatz, les buralistes se sont récemment mobilisés.
06:27Vous avez peut-être suivi leur manifestation pour dénoncer le marché noir dont ils s'estiment victime.
06:31Ils pestent notamment contre ces barbershops, ces salons de coiffure,
06:35qui sont parfois ouverts très tard dans les rues, notamment à Toulouse.
06:39Ils les accusent de vendre du tabac en arrière-boutique.
06:42Est-ce que c'est une réalité dont vous avez connaissance ?
06:45Alors, à ce jour, non.
06:46Il n'y a pas d'enquête ouverte, en tout cas, qui est aboutie sur un trafic de cigarettes contrefaite
06:51ou frauduleusement importé des pays où les taxes sont moins importantes,
06:55où le tabac est donc moins cher et qui font concurrence à un protocole de l'État.
07:01C'est l'État qui demande aux buralistes de vendre le tabac.
07:05Donc, à ce jour, non.
07:06Il n'empêche que c'est tout à fait envisageable.
07:08Ce que disent les buralistes, je n'ai pas de raison de le remettre en question.
07:11La douane est un service spécialisé sur le trafic de tabac.
07:15J'imagine que la douane s'est attachée à regarder de près ce type de nénonciation.
07:19David Schermatz, procureur de la République de Toulouse.
07:22On vous remercie beaucoup d'être venu en studio ce matin, invité ici à Occitanie.
07:26C'est moi qui vous remercie. Bonne journée.