00:00Le Grand Matin Sud Radio, Parlons Cash.
00:02Et oui, c'est l'heure de Parlons Cash, votre rubrique porte-monnaie.
00:06Ce matin, on parle de l'éventuelle augmentation des prix dans les auto-écoles.
00:10D'abord, quel est le constat, Clara Pierne?
00:11Alors, on parle souvent du prix du permis de conduire, en moyenne 1800 euros en France.
00:16Ce que l'on dit moins, c'est que ce prix est directement indexé sur le prix du carburant.
00:20Une auto-école, c'est une flotte de voitures qui tourne plusieurs heures par jour.
00:24Donc, quand le gasoil augmente, la note suit.
00:27Et oui, logique. Concrètement, qu'est-ce que ça change pour les élèves?
00:30Une heure de conduite qui coûtait 45 euros il y a deux ans approche désormais les 55, voire 60 euros
00:35dans certaines agglomérations.
00:37Sur un parcours classique de 25 à 30 heures de conduite, c'est donc 200 à 400 euros de plus
00:43sur la facture finale.
00:44Et pour les ménages modestes qui ont souvent le plus besoin du permis pour travailler, c'est parfois le seuil
00:50de trop.
00:50Alors, est-ce que les auto-écoles ont des recours?
00:53Très peu. Ce sont en majorité de très petites entreprises, souvent un patron, deux ou trois moniteurs.
00:58Elles n'ont pas les marges pour absorber un choc sur le carburant.
01:01Certaines ferment, d'autres se regroupent.
01:04Résultat, moins de concurrence, moins d'offres.
01:06Donc, les prix grimpent encore.
01:08Le permis de conduire est devenu en fait l'un des investissements les plus lourds pour entrer dans la vie
01:12active.
01:13Eh bien, on va voir quelles sont les options qui s'offrent à cette profession.
01:18On est avec Boris Grabowski, patron d'auto-école à Châteauroux, vice-président du pôle éducation et sécurité routière du
01:24syndicat Mobiliant,
01:25qui est la première organisation professionnelle des exploitants d'école de conduite.
01:29Bonjour Boris Grabowski.
01:32Bonjour.
01:33Soyez le bienvenu sur Sud Radio.
01:35Est-ce qu'à l'évidence, vous pensez que la profession va devoir augmenter les prix?
01:39Et si oui, de quel ordre?
01:42Alors, oui, de toute façon, comme vous venez de le citer, les auto-écoles n'ont pas le choix.
01:47Elles ont la corde autour du coût.
01:48Le tarif doit impérativement augmenter très rapidement.
01:52Pourquoi? Parce que nos contrats bloquent un tarif.
01:55Au moment où l'élève s'inscrit, le tarif est bloqué par ce contrat.
01:59Le problème, c'est que la crise du carburant augmente les charges des auto-écoles.
02:02Ça augmente en moyenne de 215 euros par mois par enseignant.
02:06Donc, pour une auto-école classique, c'est 650 euros par mois de charges en plus.
02:10Donc, depuis le début de la crise, les auto-écoles ont perdu 5000 euros.
02:13C'est pour ça qu'il faut impérativement répercuter une hausse sur le coût d'une heure de conduite
02:19pour à la fois récupérer cette perte qui a eu lieu, parce que sinon, les auto-écoles vont faire faillite.
02:25Et à la fois pour anticiper la future hausse qu'il va y avoir.
02:28Parce qu'on se doute bien que le carburant, de toute façon, ne va pas stagner, va continuer d'augmenter.
02:32Et c'est pour cela qu'on est obligé, en fait, de faire du trading.
02:36On parie sur le prix du carburant au moment où l'élève vint s'inscrire.
02:40C'est-à-dire que celui qui s'inscrit aujourd'hui va conduire à peu près au mois de décembre.
02:44Il faut qu'on essaye de ne pas perdre d'argent au mois de décembre.
02:46Ah oui, c'est intéressant.
02:47On fait une sorte de calcul de la moyenne de carburant qu'il aura, lui, durant ses prochains 6 ou
02:5312 mois de conduite.
02:55Exactement.
02:55On est obligé de parier là-dessus.
02:57Et là, en plus, on est obligé de récupérer ce qu'on a perdu avant.
03:01Vous voyez, pour information, hier, j'ai une auto-école qui m'a appelé.
03:04Et elle m'a dit, Boris, c'est la première fois en 35 ans que mes comptes sont dans le
03:09rouge.
03:10Je n'y arrive plus à cause du carburant.
03:11J'ai reçu ma dernière facture de carburant.
03:13C'est elle qui m'a mis dans le rouge.
03:15Et en 35 ans, je ne sais pas si vous vous rendez compte, c'est énorme.
03:18Et donc, on a beaucoup d'auto-écoles qui se retrouvent dans cette situation.
03:22Donc, moi, le message que je lui ai passé, c'est, augmente tes tarifs.
03:25Tu n'as pas le choix.
03:26Tu n'as pas le choix.
03:27Est-ce qu'il y a d'autres alternatives, comme les biocarburants, par exemple, ou bien passer à l'électrique
03:35?
03:36Alors, le biocarburant, nous, par exemple, on n'y a pas le droit.
03:39Les constructeurs refusent.
03:40Ce sont des véhicules que l'on a en location, pour la plupart.
03:42Parce que c'est des véhicules de location.
03:44Et donc, on n'a pas le droit, au moment où on les restitue, on aura une facture très importante.
03:49Ce n'est pas quelque chose que vous pourriez demander aujourd'hui,
03:51au nom de la profession.
03:53On l'a demandé, mais les constructeurs le refusent systématiquement.
03:56Dans ces cas-là, il faudrait acheter le véhicule.
03:58Mais aujourd'hui, les trésoreries des auto-écoles ne permettent pas d'acheter un véhicule.
04:02Si je puis me permettre, voilà un exemple de mauvaise gestion.
04:05Je ne dis pas vous de votre côté, mais enfin, d'une certaine façon, globalement.
04:08Parce que ça ferait réduire la facture considérablement pour tous vos affiliés.
04:13Alors, ça ferait réduire la facture, oui, ça c'est sûr.
04:16Mais le problème, c'est qu'aujourd'hui, on ne veut pas répercuter ce coût pour les jeunes.
04:20Comme vous l'avez dit en introduction tout à l'heure, c'est un coût qui est très important pour
04:26rentrer dans la vie active, le permis de conduire.
04:28C'est pour ça que nous, on sait très bien que cette crise est éphémère.
04:30Elle ne va pas durer dans le temps.
04:32Et c'est pour cela qu'on demandait une aide du gouvernement pour ne pas avoir à impacter les jeunes.
04:36Parce que là, en fait, le gouvernement ne nous a même pas répondu.
04:39On a fait plein de notes, plein de notes de précision.
04:42On nous a demandé plein de choses que l'on a fait systématiquement pour aider les jeunes.
04:46Et même pas, on daigne nous répondre.
04:48C'est une honte.
04:49Boris Grabovski, pour terminer, vous nous rappelez exactement ce que vous demandez ?
04:54Nous, ce qu'on demandait, c'était 35 centimes d'euros par litre de carburant.
04:59Exactement comme avaient les pêcheurs.
05:01Donc, ça représentait sur l'enveloppe du gouvernement d'1,4 milliard, ça représentait 20 millions.
05:06Pour la mobilité des jeunes.
05:07Merci infiniment Boris Grabovski, patron d'auto-école à Châteauroux et vice-président du syndicat Mobiliance.