00:00Sainter, il est donc 9h50, Daphné Burki, vous vouliez absolument nous présenter votre nouvelle tête ce matin.
00:06Elle est réalisatrice, elle s'appelle Sarah Arnold et son premier long métrage,
00:12L'espèce explosive, quel titre de dingue, sort le 7 octobre.
00:16Et Sonia, je vais t'expliquer, je vais vous expliquer.
00:19Oui, on est sans cesse, vous voyez que Sonia, l'espèce explosive, c'est comme ça qu'on appelle le
00:24sanglier en démographie animale.
00:26Plus on essaye de limiter sa population, plus il se multiplie.
00:29Sarah Arnold, elle tombe sur un article qui raconte une guerre entre agriculteurs et chasseurs, avec le sanglier paumé au
00:36milieu.
00:36Et là, on pouvait voir un petit conflit de voisinage, vous voyez, mais elle, elle y a vu du cinéma.
00:42Un premier film qui refuse les cases, et je crois bien, comme sa réalisatrice d'ailleurs, ça déborde de rage,
00:48de drôlerie et d'amour.
00:50L'espèce explosive a déjà reçu le label Europa Cinema à Cannes, puis l'enfort d'or et l'enfort
00:56du peuple au festival du film Grolandais de Toulouse.
00:58Moi, je lui desserre, si je pouvais, le prix du sanglier d'or.
01:03Bonjour Sarah Arnold, bienvenue sur France Inter.
01:06Bonjour, merci beaucoup.
01:07Le prix Obélix aussi, pendant combien ?
01:09Mais Sonia, je pense qu'il faut que je crée un prix, que je remette des prix tous les jours.
01:12Oui, c'est une bonne idée.
01:13Est-ce que vous avez des points communs avec le sanglier, Sarah ?
01:16Oui, beaucoup.
01:17Ma chevelure, peut-être mon tempérament, peut-être un peu vif, un peu brusque.
01:27Voilà, quelque chose d'un peu qui ne peut pas se contenir.
01:32Des émotions un peu fortes.
01:34Un caractère explosif.
01:36Parfois, il paraît.
01:37Moi, j'aime bien les tubercules, un peu moins les glands, cela dit.
01:40Mais j'aime bien traîner en bande, donc je suis un peu un sanglier aussi.
01:43Alors, Sonia, l'histoire se passe dans le nord-est de la France.
01:50Les sangliers ravagent les cultures.
01:51Brun, un homme, un céréalier, est au bord du gouffre.
01:55Il tue le président du club de chasse, puis il disparaît.
01:58Un an plus tard, Fulda Orsini, c'est un gendarme corse au cœur brisé, tout y est.
02:03Il est muté dans la région.
02:04Avec Stéphane, une psy en pleine crise, il se lance dans l'enquête.
02:08Vous avez tous rencontré le maréchal des logichefs Orsini.
02:12Il arrive tout droit de Corse, donc si la gendarmerie explose, on se revient à qui se tourner.
02:17La DGGN nous envoie un psy.
02:19Apparemment, on aurait des raisons de consulter.
02:24Il y a un problème avec les sangliers, capitaine.
02:26Il y en a trop et ils sont trop gros.
02:28Il y a un trafic, j'en suis sûr.
02:30Pousse le mur, pousse le mur de la colère.
02:36Ils sont super bourrés les gendarmes, là.
02:45Pourquoi j'ai adoré ce film ?
02:46Parce qu'on croit qu'on débarque dans un polar rural.
02:49Il y a des uniformes, des fusils, des 4x4, tous les codes classiques de l'enquête au masculin.
02:53Et permettez-moi de le dire, Sarah, mais vous niquez le système.
02:57C'est-à-dire que l'enquête policière devient aussi psychanalytique.
03:01Le drame devient drôle et l'histoire d'amour, elle arrive sans prévenir.
03:04Comment est-ce qu'on arrive à construire ce déraillement ?
03:08Peut-être par un sentiment de colère, d'un trop-plein vis-à-vis de ce qu'on entend un
03:13peu aux infos
03:15et l'envie de faire un film qui puisse transcrire une explosivité, une incapacité à rester un peu sagement.
03:24C'est difficile de rester sage aujourd'hui.
03:26C'est tellement actuel.
03:27Vous retournez aussi tous les rôles.
03:29Alexis Mananti, génial comédien, il joue un gardien de l'ordre mais complètement en désordre.
03:34Et la rhumph, elle joue une psy prénommée Stéphane Danger.
03:38J'adore qu'une psy s'appelle Stéphane Danger.
03:40Enfin, ça se prononce Danger.
03:41Et Vincent Dedienne, c'est le mal alpha.
03:43Mais il s'appelle évidemment Victor Chaton.
03:46Vous avez choisi Vincent Dedienne pour faire un mal alpha.
03:48Oui, c'est tellement drôle qu'il s'appelle Chaton.
03:51En fait, vous avez envie de déconstruire le genre, celui du polar, comme celui des personnages.
03:56Oui, c'était un peu l'idée d'éviter de rester dans les cases, dans les définitions,
04:03de surprendre partout et d'être complètement libre comme un sanglier qui aurait sa propre trajectoire
04:10et qui désobéir un peu à tous les étages.
04:13Ça fait un bien fou quand on est spectateur.
04:15Est-ce que c'était plus difficile de tourner avec des sangliers ou avec la boue de la marne ?
04:19Avec les sangliers, ce n'était pas très difficile.
04:22On a essayé d'éviter le maximum d'utiliser des animaux sauvages.
04:26Donc, on n'a utilisé que quatre et le moins possible.
04:30Mais non, le plus dur, c'était la boue ou la pluie.
04:32Mais moi, j'adore les tournages qui sont des aventures.
04:36Dans les courts-métrages aussi, on s'était lancé dans la boue et dans les moustiques.
04:43Parce qu'on va revenir à vous.
04:45Quand vous arrivez dans la marne, Sarah, vous étiez enfant dans la vraie vie.
04:48Vous la trouviez grise, austère, difficile à aimer.
04:51Et pourtant, vous avez tourné tous vos courts-métrages, puis ce premier long-métrage.
04:55Qu'est-ce que vous avez fini par voir dans les paysages de la marne que vous n'aviez pas
04:58vus à ce moment-là ?
04:59Qu'est-ce que j'ai fini par voir ? Rien de nouveau en fait.
05:02Mais j'avais très envie d'essayer d'attraper cette image d'un paysage assez hostile.
05:08Et d'essayer de travailler sur la question de se sentir étranger.
05:11Étranger, étranger.
05:13D'où vient aussi votre passion du cinéma ?
05:15Parce qu'avant la marne, toute petite, Sonia, elle a vécu deux ans, elle aussi, sur un voilier.
05:20Parce que ça me fait penser à vos invités.
05:22Entre l'Afrique et le Brésil, avec une traversée de l'Atlantique.
05:25Et au retour à vos...
05:26Mes invités tout à l'heure qui emmènent leurs enfants sur le voilier.
05:29Donc évidemment, quand ils seront grands, ils feront comme vous.
05:31Ils feront comme elle.
05:32Des films dans la boue avec des sangliers.
05:35À votre retour de cette traversée, vos parents divorcent.
05:40Et le soir, votre mère, elle vous laisse regarder des films avec elle.
05:43Et là, vous découvrez quoi ?
05:44La télévision.
05:45C'est un choc, la télévision.
05:46C'est là le point de départ du cinéma ?
05:48Oui, quand j'ai découvert la télévision, moi, à 7 ans, je me suis dit
05:52Waouh, c'est la plus belle invention de l'homme.
05:54J'avais jamais vu une télé avant mes 7 ans.
05:57Et j'étais scotchée devant.
05:58Mais tout y passait.
05:59La pub, les espèces d'émissions avec les nanas, avec des seins qui faisaient du...
06:04Le coloré coco chaud.
06:05Oui, c'est ça, par exemple.
06:06Coloré coco chaud.
06:07Oui, c'est ça.
06:08Mais tout le principe même d'image animée me permettait de m'extraire de la bouillasse émotionnelle
06:18de la séparation de mes parents.
06:19Oui, bien sûr.
06:20Mais alors, ce côté punk, on a bien cherché, mais il vient peut-être aussi de votre beau-père.
06:25Votre mère, elle le rencontre en concert.
06:27Vous habitez avec tout le groupe qui répète à la maison, hein, Sonia.
06:31Vous les suivez en concert avec votre frère.
06:33Vous dormez à l'arrière de la bagnole.
06:35Et sur les parkings, c'est ce son qui vous berce.
06:45C'est fou de passer ça.
06:46Ça s'appelle Vigneron Champenois.
06:50Ça vient peut-être de là, votre côté punk.
06:52Ah oui, je crois.
06:53Je crois en effet.
06:54Oui, oui.
06:54J'étais beaucoup dans des concerts de punk.
06:57J'ai vu des gens avec des crêtes très sympas, très gentils.
07:00Et j'étais en manif et il m'a semblé que c'était ça, la vie et l'énergie.
07:12Parce qu'on parle aussi beaucoup d'amour dans ce film, Sonia, que j'ai adoré.
07:16C'est un dernier tour de piste.
07:18Je me suis demandé quand même, Sarah Arnold, c'était qui à vous, votre premier crush amoureux ?
07:23Moi, j'étais éperdue moins amoureuse de Jeff Buckley.
07:28Parce qu'il était très beau et je me disais que s'il m'avait rencontré, moi,
07:33Il aurait été moins triste.
07:34Non, je l'aurais sauvé.
07:35Ah, carrément.
07:36Il ne se serait pas noyé.
07:37Il ne se serait pas noyé.
07:44Ah oui.
07:45Qui aurait pu sauver Jeff Buckley ?
07:48Quelle sublime question.
07:50Un album à réécouter, évidemment.
07:51Grace.
07:52Est-ce que vous avez un talent caché, Sarah Arnold ?
07:54Je crois que je sais faire se rencontrer les gens.
07:58J'aime beaucoup mettre en lien les gens, les faire se rencontrer, créer des groupes.
08:02On a un groupe de randonneuses avec plein de femmes qu'on aime beaucoup.
08:07J'adore, ouais, ça.
08:09Quel est le pire conseil qu'on vous ait donné, Sarah Arnold ?
08:12Et on va s'arrêter là-dessus.
08:14Tiens ta langue.
08:16Eh bien, vous n'avez pas tenu votre langue et vous avez bien raison.
08:18Ce film, je vous le conseille chaudement, ça s'appelle « L'espèce explosive ».
08:23Ça sort le 7 octobre au cinéma.
08:25Bravo.
08:26Et peut-être que ça aurait guéri Jeff Buckley de sa mélancolie.
08:29Ça sort le 7 octobre au cinéma.
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