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Interview ou reportage d'une émission cinéma produite par CANAL+ autour d'un film disponible sur CANAL+ ou sortant en salles, un événement ou une actualité du 7ème Art
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Transcription
00:03Nous sommes ici sur la terrasse du Panthéon, à la verticale directement du tombeau de Victor Hugo.
00:09Il n'y a pas de hasard, mais pour y accéder, il y a quand même 200 marches, assez raides.
00:13Et je voudrais faire un petit point bilan cardiaque.
00:16Le bilan cardiaque, il est très bien. J'ai fait Jean Valjean, je vous rappelle.
00:18Oui.
00:19Donc j'en ai vu d'autres.
00:20D'autres que 200 marches ?
00:22Ah oui. Oui, j'ai fait des barricades.
00:24J'ai porté Marius sur mes épaules dans des catacombes pendant un kilomètre.
00:28J'ai vu des baïonnettes, je me suis échappé du bagne après 19 ans.
00:33Donc ce n'est pas 200 de petites marches qui vont me...
00:35Alors ça va.
00:36Nous y sommes. Sur le fronton du Panthéon, il y a marqué aux grands hommes la patrie reconnaissante.
00:41C'est quoi un grand homme ?
00:43C'est évidemment Jean Valjean, mais c'est trop facile de répondre comme ça.
00:47C'est un grand homme ou une grande femme, c'est pareil, c'est dans le désordre.
00:51C'est des gens qui tiennent leur promesse, qui acceptent de se réparer, qui font des rédemptions,
00:56qui essayent de faire en sorte que s'ils ne peuvent pas refaire le monde,
01:01ils essayent de faire en sorte qu'ils ne se défassent pas trop vite.
01:04Donner, pas reprendre.
01:06C'est quelqu'un en fait où on se dit, j'y arriverai jamais, je serai toujours derrière.
01:11Et c'est ce qui m'est arrivé avec ce rôle, même si c'est un personnage qui est un
01:14personnage de fiction,
01:15qui est un personnage de livre.
01:16Parfois, dans des films, je peux tenter d'égaler, ce qui est très difficile,
01:22mais de me rapprocher du personnage que je joue.
01:25J'essaye.
01:27Se rapprocher de Valjean, non.
01:30Il n'y a pas de comparaison.
01:31Il est tout, tout, tout plus que moi.
01:34Plus humaniste, plus brave, plus fort, plus courageux.
01:38J'ai été Jean Valjean.
01:39Aujourd'hui, je suis M. Madeleine, maire de Montréal et sur Merde.
01:46Vous ne pensez pas, inspecteur, que c'est la misère qui pousse les gens à la faute ?
01:51Tu arrives de Paris et tu es célibataire.
01:53Des enfants ?
01:55Côté, ça.
01:56Non.
01:58Tu vas être gentil.
02:00Et t'écoutes bien, M. et Mme Tenarch.
02:03Je n'ai vraiment pas tiré de bon numéro.
02:04Répète un peu pour voir.
02:07Si tu veux me frapper, tu me fais face.
02:10La misère n'excuse pas tout.
02:12Bien au contraire.
02:13Elle est souvent un prétexte.
02:15Pour les gens, sur l'espèce, la rédemption n'existe pas.
02:19Je voulais juste travailler et nourrir ma bite.
02:22Tu ne peux pas rester avec ces gens.
02:24Il faut que tu viennes avec moi.
02:27Ça veut dire que Jean Valjean, c'est un rêve pour un comédien ?
02:30C'est un rêve de rôle ?
02:31Oui, alors moi, je n'ai jamais rêvé des choses
02:33parce que je n'ai pas le temps d'être déçu à ce point-là.
02:37Un rêve, par principe, ça n'arrive pas tout le temps.
02:39Ça arrive trois fois.
02:40Oui, mais donc je ne rêve pas des choses.
02:42Mais il y a des choses qui m'attirent énormément.
02:44Et une fois que je les ai faites, je décide rétroactivement que c'était mon rêve.
02:48Ça fait partie de ces figures dont on se dit un jour, j'aimerais jouer ça.
02:51Il y a plein de gens à jouer qui sont formidables.
02:54Et d'ailleurs, en ce moment, c'est extrêmement, extrêmement présent.
02:59Montecristos et Edmond Dantes, qui a une vengeance formidable contre une injustice, lui aussi enfermé au château d'Yves, le
03:06général de Gaulle, les mousquetaires d'Artagnan.
03:09Mais je pense au rôle de Jean Valjean.
03:11Ce qu'il peut y avoir de séduisant, c'est que Valjean, c'est déjà plusieurs personnes à Jourdain.
03:13Moi, j'ai repéré les quatre ou cinq choses qui m'ont bouleversé.
03:18D'abord, c'est la rédemption.
03:20Deux, c'est un roman qui tient sur la promesse d'un homme à une femme.
03:25Deux mille pages sur une promesse qu'un homme va tenir.
03:27Quoi qu'il en soit, coûte que coûte, contre vents et marées.
03:30Il y a une idée qui est formidable, dont on parle très, très peu dans Les Misérables.
03:35C'est quelqu'un qui, Hugo, qui montre que le lien du sang est nécessaire, mais pas suffisant pour aimer
03:43quelqu'un comme sa fille.
03:45Ça, c'est très moderne.
03:47Mais ça vous touche quand même, ces personnages d'hommes verteux ?
03:50Je ne recherche rien quand je lis un scénario.
03:52Je lis un scénario, il me plaît ou il ne me plaît pas.
03:55J'ai envie d'être lui ou je n'ai pas envie d'être lui.
03:57Mais je peux avoir envie d'être un grand méchant.
03:58Il se trouve que si Fred Cavaillé m'avait dit
04:01« Vincent, je vais te proposer Javert »,
04:03mais je l'aurais fait, Javert.
04:05Évidemment, c'est un très, très grand personnage.
04:07C'est notre métier, c'est de jouer des grands personnages.
04:09Mais par contre, ça se respecte un méchant.
04:11Un méchant, ça se respecte.
04:12Il y a aussi une forme de rédemption chez Javert.
04:14Bien sûr.
04:15Il faut le faire bien, à fond.
04:16En fait, il ne faut jamais faire un personnage avec un petit côté ici,
04:22comme s'il y avait un petit truc marqué sur le front,
04:23comme si on regardait la salle de cinéma en disant
04:25« Bon, je joue ça, mais moi, vous savez très bien que je suis… »
04:28Je ne suis pas dupe.
04:29Ça, c'est foutu.
04:30Si on doit jouer avec quelqu'un qui est un imbécile,
04:32il faut jouer un imbécile.
04:34Si on est un sale con, il faut jouer un sale con.
04:37Il faut y aller à fond.
04:38Il n'y a que ça qui touche les gens,
04:40parce qu'on est sincère.
04:41Il n'y a pas de calque.
04:43Il n'y a pas de truc entre eux et nous.
04:45Je reviens aux misérables.
04:46Est-ce que ça fait partie de ces livres
04:47qui vous ont accompagné toute votre vie ?
04:49Vous avez commencé à le lire tôt ou sur le tas ?
04:52Je pourrais très bien mentir.
04:54Parce qu'il y a une grande phrase.
04:55Maintenant, il y a un grand snobis.
04:56De temps en temps, je crois, des gens qui font
04:57« J'ai relu à la recherche, temps perdu, cet été. »
05:00Ça, c'est des gens qui ne l'ont pas lu du tout.
05:01Ça, c'est réglé.
05:02Ça, c'est une définition.
05:04Maintenant, il y a beaucoup de gens qui font
05:05« Du coup, je me suis replongé dans les misérables. »
05:08Tu t'es replongé, ce n'est pas vrai.
05:10C'est 2000 pages.
05:11Non, moi, je n'ai pas lu les misérables en entier dans ma vie.
05:14Je l'ai lu à l'école, comme tout le monde.
05:17Donc, un condensé de 524 pages, en gros, quand même.
05:20Et j'ai vu « Les misérables » il y a longtemps,
05:23avec les trois grands acteurs, les quatre grands acteurs qui l'ont fait.
05:28Mais non, ce n'est pas un livre.
05:30Ça n'a pas été mon livre de chevet.
05:31Je vous pose la question parce que, par exemple,
05:33« Montecristo », c'est un bouquin que j'ai lu à 20 ans, 30 ans, 40 ans.
05:37Ça fait partie de ces textes qui mûrissent avec vous
05:39et qui, à chaque fois, sont neuf, en fait.
05:42Ou un autre livre.
05:43Oui, mais vous, vous êtes cultivé, Antoine.
05:45Mais non, vous aussi, vous êtes cultivé.
05:46Non, non, rien à tout.
05:46On va faire à l'envers.
05:47Non, moi, je fais croire que je suis cultivé.
05:49Ah !
05:51On croit que je suis cultivé.
05:52Vous faites bien l'illusion, hein ?
05:53Pour l'instant, ça se passe bien, oui.
05:55La dernière fois que vous s'était parlé,
05:56vous me disiez à quel point vous aviez de plus en plus le trac
05:59à chaque fois que vous attaquez un nouveau film.
06:01Quand on attaque un nouveau film,
06:03et en plus pour jouer Valjean,
06:04c'est un trac puissance nucléaire ?
06:07Oui, enfin, c'est de la petite cuisine.
06:08On a envie de dire, non, mais il ne va pas se plaindre, quand même.
06:13C'est de peur, c'est de pire en pire.
06:15La mémoire est de plus en plus compliquée.
06:18L'envie de bien faire est de plus en plus compliquée.
06:21On est de moins en moins dupes.
06:22On est de moins en moins insouciants.
06:24Souvent, les gens me parlent d'un démetter en scène,
06:27ils me disent, c'est un premier film.
06:29Oui, mais ça n'a pas que des inconvénients, un premier film.
06:31Un premier film, on est totalement inconscient,
06:33on est totalement insouciant.
06:34On tente des choses folles
06:36qu'on ne tente probablement pas au deuxième, au troisième, au quatrième.
06:39Moi, maintenant, je sais ce que c'est.
06:41Le danger, je connais.
06:43J'en suis pas à mon premier barbecue.
06:45Donc, je connais le montage, comment ça se passe.
06:47Je sais que cette scène peut...
06:49On se donne un mal de chien, on apprend comme un fou.
06:52Et au montage, le film n'en veut pas.
06:54C'est pas le mettant en scène, c'est le film qui n'en veut pas.
06:57Donc, il y a cette peur-là.
06:59Il y a la peur de mes confrères.
07:01J'ai peur, maintenant, de me présenter
07:03devant une actrice ou un acteur.
07:06Et je ne peux pas m'empêcher de me dire...
07:09De voir peut-être aussi son cerveau se dire...
07:12Eh ben, dis donc.
07:14C'est ça, dans un moment.
07:14C'est plus ce que c'était ?
07:15Ah, dis donc.
07:16Non, mais juste...
07:17On me fait tout un foin.
07:19Mais j'ai de plus en plus peur.
07:20Parce que je sais de plus en plus de quoi c'est fait.
07:23Et puis parce que...
07:25À quoi bon tout ça ?
07:27C'est un drôle de mélange.
07:30Un cerveau, en tout cas le mien.
07:33C'est...
07:33Plus je sens que tout ça...
07:36Comme disait mon père, c'est tragique.
07:38Mais c'est pas sérieux.
07:40Donc c'est de plus en plus tragique.
07:42Et je sais que c'est de moins en moins sérieux.
07:44Ce qui est sérieux, c'est la santé.
07:46C'est les enfants.
07:49Mais c'est pas le cinéma.
07:51Mais si, mais c'est tragique.
07:52Parce que c'est sur le moment.
07:54Ça veut dire que vous êtes perpétuellement insatisfait ?
07:56Ou perpétuellement satisfait.
07:58Les deux.
07:59Je pense que je suis un pessimiste optimiste.
08:02J'adore la vie.
08:03Oui, mais attends.
08:04Je suis sur le coup.
08:05Je vous connais un peu.
08:06Vous êtes un freak contrôle.
08:07Vous avez un besoin de contrôle, de maîtrise.
08:10Et il y a quelque chose qui vous échappe toujours dans un film, dans un rôle.
08:12Oui, mais je suis un contrôle freak, comme vous dites.
08:15Mais je prévois tout.
08:17Mais je m'aperçois en fait que plus c'est prévu, plus il y a de la place pour l
08:19'imprévu.
08:21Pardon, mais je ne vais pas vous comparer à eux.
08:22Mais Raphaël Nadal, il est très, très contrôle freak.
08:26Et finalement, il fait des coups qu'on n'attendait pas.
08:30J'ai des camarades à moi qui sont très contrôle freak, comme actrice ou comme acteur.
08:34Et qui, d'un coup, font des films inattendus.
08:36Prennent des risques.
08:37Donc, non, je ne suis pas si, je ne suis pas si, il ne faut pas croire ça.
08:43Non, non.
08:44Pour finir, je dois savoir, dans cette intense filmographie qui est la vôtre aujourd'hui, quand même, impressionnante,
08:50quel est le personnage dont vous vous sentez le plus loin ?
08:53Est-ce que ça pourrait être, par exemple, celui du deuxième acte, le Quentin Dupieux ?
08:57Et pourtant, c'est le plus près.
08:59Puisque Quentin Dupieux a voulu et j'ai trouvé ça formidable.
09:02Et tout le monde a joué le jeu.
09:03Louis Garel a joué le jeu.
09:05Raphaël Quenard, Léa Seydoux.
09:06Il nous a tous rapprochés de nos petits travers que tout le monde pense.
09:13Là, je joue mes défauts.
09:15Je les connais, mes défauts.
09:16Je connais mes quatre phrases.
09:18Si je devais m'imiter, voilà, je sois gentil.
09:21Laisse-moi terminer ma phrase.
09:24Il y a ça.
09:25Il y a...
09:26Attends, je t'explique.
09:27J'ai...
09:27Non, non, mais ça, ça fait 40 ans que...
09:30Donc il a pris tout ça.
09:31Il en reste deux.
09:32Oui, mais bon, je vais pas non plus me mettre des...
09:35Le chaos, il est mondial.
09:37Le naufrage, il est mondial.
09:39On est tous en train de couler.
09:40Mais toi, évidemment, t'es tranquille avec ça, hein ?
09:43T'es à l'aise ?
09:43Ça va ?
09:45C'est bientôt la fin de l'humanité.
09:46Et tu veux continuer à faire semblant d'être ma fille dans un film d'auteur ?
09:50Non, mais t'es débile, en fait, voilà.
09:52T'es débile.
09:52Ouais, ouais, je suis débile, ouais.
09:54Ouais ?
09:54Ouais.
09:55Et alors ?
09:56Ça a jamais servi à rien de faire des films, de toute façon.
09:58Tu croyais quoi, là ?
10:00Que t'allais sauver des vieilles avec tes navets, là ?
10:02Non, on s'en fout.
10:03C'est pour ça que c'est cool, le cinéma.
10:05Ça sert à rien, ok ?
10:07Eh bien, super, tant mieux.
10:09T'as de la chance.
10:10Ça t'amuse.
10:11Il est très loin de moi, il est très loin de moi dans son côté exubérant.
10:15Mais il raconte un acteur qui croit que, voilà, il a fait le tour.
10:21Bon, alors, je ne pense pas ça, mais je...
10:23Non, ce n'est pas le personnage qui serait le plus loin pour moi.
10:26Non, je n'ai pas eu assez de temps pour réfléchir, là.
10:27Je suis désolé, comme c'est...
10:30Vous m'auriez posé la question en disant, Vincent, réfléchis, t'as 24 heures, je serais arrivé
10:34avec une réponse assez intelligente.
10:36Mais là, elle est...
10:36Je n'ai quand même pas commencé à vous envoyer les questions 24 heures avant...
10:39Non, je dis, je dis, non...
10:40En plus, généralement, les questions, je les jette.
10:41Ça n'est pas hasard proche, j'ai dit.
10:43Si par hasard, on m'avait posé la question avant, j'aurais eu le temps de y réfléchir,
10:46mais j'aurais fait une petite réponse pas trop mal.
10:49Mais là, je ne sais pas.
10:50Je peux vous faire une confidence pour finir ?
10:51Oui, je suis comme ça.
10:53Je me prépare.
10:54Allons-y.
10:55Vous êtes mon grand homme de cinéma.
10:57Ben, alors, merci beaucoup.
10:58Ça me touche énormément.
11:00Ben, on va se rapprocher, mais je vais l'embrasser.
11:03Ben, ça me fait très plaisir.
11:04Ah oui, c'est sincère, surtout.
11:05Ben oui, je le vois.

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