00:00Bienvenue à l'heure des livres, Vincent Vigneron.
00:02Merci Anna.
00:03Alors on est ravis de vous recevoir.
00:05Vous venez de publier votre premier roman.
00:08Un premier roman qui s'appelle Rien que de grands tournesols,
00:11un livre qui est paru chez Robert Laffont.
00:14C'est une biographie romancée de Vincent Van Gogh.
00:18Un livre très réussi qui nous fait toucher du doigt
00:21avec beaucoup de sensibilité,
00:24la personnalité tourmentée de ce peintre que tout le monde connaît.
00:30Ce génie assez hors normes qui est mort à 37 ans.
00:35Alors évidemment, déjà la première question,
00:37on peut se demander qu'est-ce qui pousse quelqu'un qui,
00:39vous venez de me le dire, vous êtes réceptionniste dans un hôtel,
00:43vous avez déjà écrit un recueil d'aphorismes,
00:45mais là c'est votre premier roman,
00:46à s'intéresser à la vie de Van Gogh
00:50et à vouloir percer à jour le secret de cette personnalité incroyable.
00:55Le secret, je vous rassure tout de suite, je ne l'ai pas percé.
00:58Mais je me suis intéressé à lui un peu comme une évidence, je dirais.
01:05Déjà, ce qui m'a marqué chez lui, c'est l'intensité de sa vie.
01:08Je pense que personne ne peut lui enlever cette intensité.
01:12Sur une vie courte, il faut y aller.
01:15Ce qui m'a intéressé, c'est peut-être que ma vie à moi,
01:17elle n'est pas très intense.
01:19Elle est très réglée, elle est très banale, pourrait-on dire.
01:22Il n'y a pas de mal à ça.
01:25Je l'ai appréhendée un peu comme un aventurier,
01:28comme un mystique, comme un soldat.
01:31Et je pense que quand on regarde sa vie, très honnêtement, factuellement,
01:35on ne s'ennuie pas une seconde.
01:37C'est une vie romanesque.
01:39Vous avez vu le film de Piala, vous aimiez particulièrement ses œuvres.
01:43Vous avez toujours eu un...
01:44C'est vrai, pas tant que ça, en fait.
01:46Pas tant que ça.
01:47Je me souviens...
01:48Alors, ça remonte, parce que ce livre est achevé déjà depuis deux ans.
01:51C'est le temps long de l'édition, de la vie des livres.
01:54Mais je me souviens que j'avais ce désir d'écrire un premier roman
01:58qui rodait en moi, en fait.
02:00Et c'est un désir qui s'est installé sans pression.
02:05Ce n'est pas forcément un graal d'écrire un premier roman,
02:07mais j'avais ce désir.
02:08J'ai lu une fiction biographique sur Jean-Sébastien Bach.
02:13qui m'a beaucoup plu.
02:14C'est un court texte, plus court que le mien,
02:17et où on voit, en fait, un personnage historique,
02:19une personnalité historique, devenir un personnage littéraire.
02:22Et on voit ce maître de chapelle, père de douze enfants,
02:27qui vit sa vie, qui a des moments de contemplation,
02:31qui a des moments de maître de maison.
02:33Et j'ai trouvé ça magnifique.
02:35Et je me suis dit, voilà, je veux m'emparer de cette structure.
02:40C'est-à-dire, mon premier roman sera une fiction biographique.
02:45Et tout de suite, le personnage de Vincent Van Gogh est venu s'est imposé à moi.
02:51Et je n'aime pas trop analyser sur le moment
02:54quand un désir vient et qu'il devient fécond.
02:55Oui, il s'est imposé.
02:57Il s'est imposé.
02:58Alors, vous dites de façon assez amusante au début
03:01que vous tirez à pile ou face pour décider
03:04si vous commencez de façon un peu bourgeoise, chronologique,
03:07à raconter par le début, l'enfance, etc.
03:09Donc, finalement, est-ce que vous inspirez en ça un peu de Van Gogh
03:12qui avait ce côté-là, qui aimait bien ?
03:15Oui, alors, je confesse que j'ai un peu,
03:18c'est un peu une figure de style,
03:20j'ai un peu forcé peut-être le trait.
03:22Je cherchais mon introduction.
03:24Mon introduction et ma conclusion ne font même pas une page.
03:28Et je me suis dit que c'était l'occasion d'ouvrir le livre.
03:32Aussi, peut-être de prévoir un peu, non pas les critiques,
03:35mais les remarques,
03:36pourquoi la vie de Vincent Van Gogh commence à la naissance,
03:40se finit à la mort.
03:41Pourquoi pas mettre le prisme sur un aspect de sa vie,
03:45sur la rencontre avec Gauguin.
03:47Moi, j'avais envie qu'on découvre Vincent Van Gogh
03:51et pas simplement peintre installé,
03:55peintre déjà dans la maîtrise de ce qu'il fait.
03:58J'avais envie qu'on voit l'enfant, qu'on s'attache à l'enfant.
04:01C'est toujours fondamental.
04:03Bien sûr.
04:04Premier homme.
04:04Bien sûr.
04:05On le voit grandir.
04:07Alors, vous commencez justement par l'enfance.
04:10Il est le fils aîné d'une famille nombreuse.
04:14Il naît en 1853.
04:15Et ce qui est intéressant, c'est qu'il naît,
04:18comme Emmanuel Macron d'ailleurs,
04:19un an après un enfant mort-né.
04:21D'accord.
04:22J'ai ignoré.
04:24Et donc, il s'appelait Vincent également.
04:27Et il y a une pierre tombale à son nom.
04:29Quand il naît, il y a une pierre tombale au nom de Vincent Van Gogh
04:31qui est là depuis un an.
04:33C'est fabuleux.
04:34Parce que dès que je me suis plongé dans la documentation
04:36pour préparer l'écriture de ce roman,
04:39j'ai découvert ce fait historique qui est connu,
04:43qui est assez connu, mais j'ignorais.
04:45Et en fait, à côté du presbytère familial,
04:47il y a un petit cimetière.
04:48Et dans ce petit cimetière, il y a la tombe de Vincent Van Gogh,
04:541852-1852.
04:55Voilà.
04:56Donc, bien sûr, on peut faire des détours lacaniens
04:59et on peut voir du symbolisme partout.
05:00Mais je trouve ça extraordinaire de porter le nom d'un enfant mort-né.
05:06La métaphore se boucle 30 ans plus tard
05:09parce que son neveu va s'appeler Vincent.
05:12Le fils de Théo va s'appeler Vincent.
05:14Donc, il est cerné par deux enfants.
05:16Un qui est mort, un qui va vivre.
05:19Et c'est le manque qui est au cœur de cette vie.
05:23Oui, le manque et le désir peut-être de remplacer cet enfant.
05:27En tout cas, dès cette enfance,
05:29dans une famille très religieuse,
05:33tout se joue.
05:34Et puis, son goût du dessin apparaît très vite, en fait.
05:37Bien sûr.
05:38Sa maman lui donne des cours de dessin.
05:42Il l'apprend à l'école.
05:43Et pourquoi le dessin est un canal privilégié d'expression chez lui,
05:48c'est difficile à dire.
05:51Je pense qu'il a dit qu'il a peu de talent pour la relation avec les autres.
05:54Je n'ai pas ce talent.
05:57Et malgré tout, il y a un feu.
05:58Il y a un feu.
05:59Le feu, ça a besoin de s'extérioriser.
06:02Et c'est le besoin de communiquer.
06:04Il a communiqué avec le dessin.
06:07Toute sa vie a tourné autour de l'image, en fait.
06:10Jusqu'à ses premiers petits boulots.
06:13Oui, parce qu'en fait, on le met, on le sort un peu.
06:16Parce qu'il a...
06:17D'abord, il fait une fugue à 11 ans, ce qui est assez original.
06:21Oui, alors j'ai l'impression que je l'ai un peu imaginé, cette fugue.
06:24Mais j'ai trouvé quelques sources qui en font allusion.
06:27Mais j'avais envie qu'il y ait un moment aussi assez prégnant dans son enfance,
06:32qui ait une envie de rupture.
06:34Une envie de rupture parce qu'on se sent étouffé, parce qu'on ne se sent pas à sa place.
06:37Donc, il y a cette fugue qui tourne court.
06:42Parce que finalement, il revient à regarder les pénates.
06:45Mais oui, il y a cette première rupture.
06:47Et puis après, il est envoyé en pension.
06:49Puis après, il est envoyé à Laèche chez son oncle, marchandard.
06:53Donc là, quand même, les pièces du poste commencent à se mettre en place.
06:59Ensuite, traverser les Pays-Bas, l'Angleterre, la France.
07:03On a l'impression qu'il est toujours en quête de quelque chose.
07:07Qu'en quête d'amour.
07:10Cette passion du dessin, puis de la peinture, c'est quoi ?
07:14C'est une vocation chez lui ? Comment vous l'exprimerez ?
07:18Non, je ne dirais pas que c'est une vocation.
07:21C'est quelque chose qui s'est mis en place petit à petit.
07:24Je ne pense pas qu'il était obnumilé par la peinture, par le dessin,
07:29quand il a commencé, ne serait-ce que son métier de commis,
07:31où il vendait des peintures, des estampes, tout simplement.
07:35D'ailleurs, il suffit de prendre la correspondance,
07:37alors que je me suis beaucoup basé sur ça, la correspondance avec son frère,
07:41elle commence quand sa vie professionnelle commence.
07:44Tous les deux, ils sont chez Goupil.
07:46Et en fait, l'avenir est radieux.
07:49Il vient d'être augmenté.
07:51Il y a quelque chose qui est très doré, en fait.
07:56Et il ne s'imagine pas peintre ni dessinateur à cette époque.
07:59Il veut faire un commerce honnête.
08:00Il veut s'insérer dans la société.
08:02Ça va très vite l'excéder.
08:05Mais non, je pense que l'échec peut-être de la parole a conduit au dessin.
08:11Oui, au dessin, puis à la peinture.
08:14Avec, on ne peut pas s'attarder dessus, mais aussi de la souffrance chez lui,
08:20la solitude, et puis des accès de folie aussi.
08:24Il y a un truc qui est présent.
08:25Tout le monde a en tête ce tableau, l'oreille.
08:30Et puis, il finit par se suicider d'une balle de revolver.
08:34C'est une violence inouïe.
08:35Oui, bien sûr.
08:38J'ai tourné autour de l'idée, de la description de cette scène.
08:44J'avais envie de la rendre moins oppressante.
08:48Alors peut-être qu'à la lecture, ça reste quand même assez violent.
08:50C'est quand même un suicide.
08:52Mais j'avais envie qu'il y ait une musique,
08:54même très littéralement une musique qui soit suggérée.
08:58Et c'est quelqu'un qui n'est pas mort sur le coup,
09:00qui a eu le temps de réaliser son geste.
09:02Et le côté irréversible de son geste,
09:05qui a eu le temps de voir son frère
09:07et qui a malheureusement peut-être eu le temps de remâcher l'amertume
09:11et le sentiment d'une vie gâchée.
09:14Et c'est horrible de mourir en ayant le sentiment d'avoir raté sa vie.
09:20Pourtant, je voudrais juste de manière très courte dire
09:23qu'à un moment, il dit, je paraphrase,
09:27il faudrait mourir avec la pensée d'avoir fait quelque chose de bien.
09:32Je pense qu'il peut légitimement porter cette pensée.
09:35Oui, mais il n'en a peut-être pas la conscience quand il meurt.
09:38En tout cas, c'est une jolie biographie romancée,
09:43puisque c'est sensible et c'est à lire.
09:49Ça ne s'appelle rien que de grands tournesols.
09:50Les tournesols, évidemment, allusion à ces tableaux.
09:53Et d'ailleurs, à son enterrement,
09:54ses amis auront tous un tournesol.
09:58Et son frère, bien sûr.
09:59Merci Vincent Vigneron.
10:01Merci Yann.
10:01Et c'est Père Ruch et Robert Laffont.
10:03Merci infiniment.
10:04Sous-titrage Société Radio-Canada
10:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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