00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:03Il y a des lundis comme ça, on se dit, on espère que la semaine sera pas à l'époque
00:08de ce lundi.
00:10Eric Tegner, Georges Fenech sont avec moi pour interroger Eric Delbecq, la trahison des élites.
00:16Georges Fenech a une question pour vous.
00:17Oui, moi je crois que notre pays, M. Delbecq, regorge de gens extraordinaires dans le monde de l'entreprise,
00:25de la recherche, de la santé, c'est incontestable, la France rayonne de ce point de vue-là.
00:29Votre critique s'adresse aux élites politiques, on est bien d'accord.
00:32Est-ce que vous auriez, oui, quand même, c'est surtout ça.
00:35Je répondrai après.
00:36Bon, est-ce que vous auriez dit la même chose ?
00:38Parce que moi je crois, franchement, qu'il y a eu un abaissement, c'est ce que je constate, du
00:43niveau de la politique aujourd'hui.
00:45C'est très frappant.
00:46Quand je vois la primaire socialiste, pardon d'être un peu inélégant, mais j'ai l'impression d'une primaire
00:52entre des seconds couteaux.
00:53Est-ce que vous aurez écrit la même chose en parlant, en évoquant André Malraux, Robert Bannater, Jacques Delors, Édouard
01:00Balladur, Jean-Pierre Chevènement, à gauche et à droite.
01:03Vous en trouverez sous la cinquième, des hommes de talent, des hommes qui gouvernaient.
01:08Or, aujourd'hui, on ne les retrouve plus ceux-là.
01:10Qu'en pensez-vous ?
01:11Alors, d'abord, je réponds sur le premier point.
01:15Alors, je critique les élites politiques, mais également, en partie, une très haute administration,
01:21parce qu'il y a un niveau de la très haute administration qui se confond pas avec le politique,
01:25et puis des élites intellectuelles qui ont failli aussi.
01:28Et ça, j'y tiens, parce que ça ne joue pas pour rien dans les errements du moment.
01:33Et effectivement, il y a un problème de niveau.
01:35C'est-à-dire qu'objectivement, quand on regarde les hommes et les femmes politiques d'il y a de
01:42ça plusieurs décennies,
01:43que ce soit à droite comme à gauche, d'ailleurs, on avait des cas libres, comme on dit tout simplement.
01:48Qui, selon moi, se différencient par une chose qu'ils ont toutes et tous en commun,
01:52c'est qu'ils avaient vécu dans le réel.
01:54Ils avaient une vraie épaisseur, un vrai parcours.
01:58Parfois, des gens, d'ailleurs, qui s'étaient retrouvés dans des situations compliquées,
02:00qui avaient vécu des conflits, qui avaient un rapport réel et aux gens,
02:04qui étaient tout à fait sensés.
02:07Aujourd'hui, moi, j'ai ce sentiment très étrange, je ne dois pas être le seul,
02:13qu'on entend des discours, mais totalement décorrélés des problématiques que nous avons à traiter.
02:21Voir, là, qu'on le voit encore avec les lycéens et avec sa plateforme,
02:25ce cher ministre qui nous explique qu'ils ont une légitime,
02:28vraiment un sentiment de vivre dans son monde.
02:32Je ne sais même pas si c'est une citadelle.
02:33À ce point de vue-là, si vous voulez, je ne sais pas ce qu'il faudrait dire aux gens
02:36pour les rattraper et les river au réel.
02:38Et puis, certains n'ont pas eu de passé avant qui permettent de se dire
02:43qu'ils ont ce qu'il faut, ils ont l'épaisseur pour prétendre gouverner un pays.
02:49Et ça aussi, c'est vrai à droite comme à gauche.
02:51Aujourd'hui, une droite républicaine, vous vous demandez ce qu'elle a objectivement d'être une droite.
02:56Moi, je m'interroge aussi sur la gauche, qu'est-ce qu'elle a d'être une gauche ?
02:59C'est-à-dire que je vois bien en quoi LFI et certains de ses alliés,
03:03alors là, je ne parle plus de l'extrême-gauche, mais de l'ultra-gauche,
03:05je vois bien en quoi ils n'ont rien de gauche, mais d'ultra, et même plus de gauche.
03:12Je vous dis à droite, je ne vois plus.
03:13Mais en tout cas, chez tous ces gens, oui, il y a un problème de niveau,
03:17mais il y a un problème, encore une fois, de formation, de responsabilité,
03:21de parcours préalable.
03:22Et du coup, ça n'accroche pas au réel.
03:24La politique n'attire plus les meilleurs.
03:26Alors, c'est un sujet dont je discute souvent avec beaucoup de gens,
03:31et j'avoue que maintenant, mon opinion est faite et que c'est la même que la vôtre.
03:36C'est-à-dire, je pense effectivement que de toute façon,
03:39la sphère politique n'est pas l'endroit dans lequel les gens
03:41qui ont le sens de la responsabilité et d'un certain nombre de qualités viennent,
03:46j'ai employé le mot exactement que j'ai à l'esprit,
03:48se fourrer comme un piège dans lequel on ne ressort pas,
03:52si ce n'est de tourner dans la roue du hamster,
03:54ne plus en sortir sans avoir aucune action décisive.
03:58Je vous laisse juste là-dessus.
04:00Ah mais c'est aujourd'hui le mantra de toutes les élites
04:03que vous, comment dirais-je, que vous mettez dans votre livre.
04:09Je pense, un nom me vient, et puis je vais m'attirer les foudres
04:13de cette personne que j'ai reçue maintes fois dans les studios d'Europe 1,
04:17c'est Amélie de Montchalin qui a été ministre plusieurs fois
04:20de différentes choses.
04:21D'ailleurs, un coup ça a été l'Europe, un coup ça a été le budget.
04:23Et puis maintenant, la voilà propulsée,
04:26première présidente de la Cour des comptes,
04:27à critiquer son propre budget,
04:29c'est-à-dire à dire que la France va mal et qu'on dépense trop.
04:33On est là quand même dans quelque chose que vous,
04:37comment dirais-je, décrivez assez bien,
04:39dans la bureaucratie versus le commandement,
04:41c'est-à-dire que vous dites qu'aujourd'hui,
04:43ce n'est plus le pouvoir, c'est une gestion administrative.
04:45Vous vous rappelez qu'un véritable dirigeant doit choisir,
04:48décider, assumer, anticiper, accepter et protéger.
04:51Et que la personnalité du chef a totalement disparu,
04:55qu'elle a été diluée dans une responsabilité administrative.
04:59Après, moi je rajouterais quelque chose,
05:01c'est qu'il y a des carrières.
05:04Et donc, toutes ces personnes sont des carriéristes,
05:09ont fait une carrière, peu importe la nation
05:11et le faire nation qui était si cher, vous le disiez, à De Gaulle.
05:15Oui, alors il y a une phrase que moi je répète souvent en ce moment,
05:19dans Alexandre Dumas et dans le conte de Montré-Cristo,
05:22il faut remplir une mission et ne pas occuper un poste ou une place.
05:25On a des gens qui occupent des postes, des places,
05:27mais qui n'en puissent pas une mission.
05:40Mais regardez Darmanin qui critique, une fois qu'il est à la J6,
05:44le Darmanin qu'il était à l'intérieur.
05:46D'une manière d'ailleurs, donc techniquement, je comprends mal les ressorts.
05:50Mais donc, vous voyez bien qu'il y a un sujet, effectivement.
05:53Et Éric Tegner ?
05:54J'aurais une petite nuance sur ces élites, finalement,
05:57qui ne viennent pas du monde politique, qui n'attirent pas,
05:59parce qu'en 2017, Emmanuel Macron est arrivé,
06:01il a dit, moi je mets la société civile en politique.
06:04Donc ça a plu aux Français, visiblement, qui ont élu président,
06:06et on a réalisé qu'en fait, finalement, la politique était une machine à broyer.
06:10C'est-à-dire qu'ils sont même allés chercher un médaille de FITS, etc.
06:13Et on a la sensation qu'aujourd'hui, en fait,
06:15vous prendriez le meilleur chef d'entreprise,
06:17à partir du moment où il bascule dans le bain politique,
06:20il devient comme les autres.
06:22Et au fond, c'est ma question,
06:23est-ce qu'on ne mérite pas ces élites aujourd'hui ?
06:26Est-ce que le peuple français ne les mérite pas ?
06:28Parce que c'est eux qui s'adaptent aussi à ce que veulent les Français,
06:30qui ne sont jamais contents,
06:32qui à un moment veulent des réformes,
06:33mais après vont trouver des réformes un peu trop dures.
06:35Oui, je me pose le même type de question.
06:38Alors là, dans ces cas-là, j'ai un raisonnement un peu chimique.
06:40C'est-à-dire que je pense qu'on en est arrivé à un tel niveau,
06:44où quand bien même vous mettez une personnalité
06:45qui se signale par ses qualités,
06:47elle arrive dans un bain et une structure qui est telle
06:50que lutter seul contre tout ça,
06:53vous n'avez que deux choix.
06:55C'est soit effectivement plonger, sombrer,
06:58être anéanti et éjecté,
07:00soit tourner comme les personnes que vous avez sous les yeux.
07:04Donc je pense qu'il y a quand même un problème chimique,
07:07c'est-à-dire que trop de mêmes composants d'une solution
07:10finissent par dissoudre l'autre.
07:12Donc une seule personnalité bien qui arrive dans ce monde-là
07:15pose un problème.
07:16La question qui est plus importante et plus inquiétante pour nous,
07:19c'est comment cela va-t-il finir ?
07:21C'est-à-dire, vu qu'on en est à ces contradictions majeures,
07:25pour se relever, que faut-il ?
07:27Et c'est un peu là-dessus que je finis le livre.
07:28C'est-à-dire, je ne suis pas pessimiste,
07:31mais je crois qu'on va en passer par des crises
07:33dans lesquelles il va falloir serrer les dents
07:35pour envisager de remonter.
07:37Je ne crois plus à un moment où les gens vont réaliser
07:40qu'il faut arrêter ce cinéma
07:43et qu'il faut se comporter logiquement,
07:45normalement, correctement.
07:46Je crois qu'on va au-devant d'un certain nombre de crises
07:49qui vont être majeures,
07:51dont là on a de plus en plus rapproché.
07:53Vous voyez le rythme des épisodes
07:55qui nous inquiètent tous légitimement.
07:57Je crains que ça ne soit pas fini,
07:58parce qu'on voit bien les tendances à l'œuvre.
08:00Mais surtout, vous terminez le livre en disant
08:02« Attendez, je ne suis pas du tout contre les élites,
08:04simplement, il faut des élites compétentes. »
08:07Il faut des élites compétentes.
08:08Et dans ce cas-là, les policiers, les militaires,
08:11les préfets, les soignants, les chefs d'entreprise,
08:12les responsables de terrain
08:13sont là pour venir.
08:16Mais simplement, il faut savoir attirer le chaland.
08:20Oui, c'est ça.
08:21Moi, ce que je peux dire...
08:23– Agnès Buzyn aussi.
08:24– Oui, ce n'était pas les meilleurs.
08:25– Regardez le nombre de politiques
08:27et du plus haut niveau qu'ils soient,
08:30finir leur carrière devant des juridictions correctionnelles.
08:34On pourrait faire la liste,
08:36on en aurait pour un moment.
08:37Et regardez aussi le flicage
08:41des politiques et des anciens politiques,
08:43et j'en fais partie,
08:44puisque je dois au plus tard demain
08:46remplir ma fiche à la HATVP,
08:48alors que ça fait dix ans que je ne suis plus en politique,
08:50pour déclarer quelles sont mes activités
08:53d'intérêt public, etc.
08:54Bon, donc on est fliqués.
08:56Qui plus est,
08:57tout ce qui pouvait constituer un peu d'avantages
09:00dans ces mandats, si vous voulez,
09:03ont disparu.
09:04– Vous parlez des caisses noires ?
09:06– Je parle, non, je parle de la retraite,
09:09je parle des enveloppes d'indemnité.
09:13– C'est les Français qui ont voulu ça.
09:13– Comment ?
09:13– C'est les Français qui ont voulu ça.
09:15– Voilà, on a voulu laver plus blanc que blanc,
09:17donc on a mis à l'os les députés,
09:20les maires qui gagnent 1500 euros par mois, etc.
09:23– Les députés, ils gagnent plutôt 7500.
09:26– Non, mais enfin, vous êtes allés aux Etats-Unis
09:30voir ce que c'est qu'un sénateur.
09:31Vous êtes allés voir un lord ou un député.
09:33– Mais n'importe qui aux Etats-Unis,
09:34dans ce cas-là, un prof, un médecin, un avocat,
09:37ça n'a plus rien à voir.
09:38– Non, mais parlons de politique,
09:38ça représente quelque chose.
09:39– Vous ne pouvez pas comparer la France aux Etats-Unis, enfin.
09:41– Je ne vous fais pas dire.
09:42– Voilà, donc là, tous les métiers sont…
09:45– Ce sont des mandats qui ont été dévalués.
09:47Et quand je vois certains, mais je ne veux pas citer de nom,
09:50je ne citerai pas le nom de, je ne sais pas,
09:53de Boyard, de Laporte, etc.
09:54Mais moi, j'ai honte, franchement, j'ai honte.
09:57Ne serait-ce que dans l'expression, la tenue, vous voyez.
09:59– Oui, mais il a été élu.
10:00– Bon, en tout cas, il faut lire La Trahison des élites.
10:02C'est aux éditions Robert Laffont
10:05et c'est Éric Delbecq qui nous en a parlé.
10:07Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
10:09Laurence Ferré vous donne rendez-vous dans Europe un matin.
10:11Bien sûr, tous les matins, dans la grande interview.
10:14Et demain, c'est Sébastien Chenu, député RN du Nord,
10:16vice-président du Rassemblement national,
10:18vice-président de l'Assemblée nationale,
10:19qui sera son invité.
10:20Restez avec nous, les débats d'Europe un soir, dans un instant.
10:22– Sous-titrage Société Radio-Canada
10:25– Sous-titrage Société Radio-Canada
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