00:01Bonsoir Nasruddin, vous êtes avec nous pour votre point éco et je tiens à préciser que Bachir Thiam reste avec
00:07nous parce qu'il aura certainement des petites choses à dire sur ce qui va être dit.
00:11Alors Nasruddin, le G7 a annoncé 100 millions de barils de pétrole et de diesel injectés dans le secteur énergétique
00:19mondial.
00:19Alors expliquez-nous un petit peu tout ça, qu'on comprenne un peu.
00:22Asruddin, c'est la promesse du G7. La France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le
00:27Canada et le Japon vont coordonner avec l'Agence internationale de l'énergie cette libération de carburant.
00:33Il ne s'agit pas d'une nouvelle production de pétrole, ça il faut le noter, les pays vont puiser
00:38dans leur stock stratégique, leur stock de sécurité.
00:41Cette opération est étalée dans le temps, sur 4 mois, une quantité importante de diesel sera mise sur le marché
00:47dès les 20 premiers jours.
00:49Urgence oblige, l'objectif est de mettre rapidement des volumes supplémentaires à disposition du marché.
00:54Et pourquoi le diesel en priorité ? Eh bien parce que c'est le carburant le plus consommé, notamment dans
00:59le secteur agricole et du transport de marchandises.
01:02Quand le prix du diesel grimpe, c'est toute la chaîne qui peut finir par coûter plus cher.
01:06Et c'est justement ce qui inquiète les autorités. Une hausse durable du diesel peut se répercuter sur les coûts
01:12de transport, puis sur les prix de grande consommation seulement.
01:16Mais du coup, moi la question que je me pose, et peut-être que c'est une question aussi que
01:20les téléspectateurs peuvent se poser, c'est pourquoi ?
01:24Pourquoi libérer autant de pétrole maintenant ? Et surtout, est-ce que ça va vraiment changer quelque chose, Nasser ?
01:29Alors, on arrive tout près d'un nouveau point de nos retours.
01:33La guerre entre Russie et Ukraine, la guerre au Moyen-Orient, la guerre civile au Yémen, un aggravement majeur de
01:39la crise se prépare, Selma.
01:40Et c'est ce qui fait, et ce qui fait surtout mal au marché énergétique mondial, c'est l'usure.
01:45Ces conflits s'éternisent, le problème devient structurel.
01:48L'objectif est de calmer les marchés en augmentant temporairement l'offre disponible.
01:52Mais attention, parce que libérer des stocks, ça ne signifie pas automatiquement faire baisser durablement les prix à la pompe.
01:59Et donc, finalement, est-ce que, quand on prend en compte les crises, les guerres, l'ampleur de tout cela,
02:05c'est 100 millions de barils ?
02:06Est-ce que c'est vraiment une solution pour vous, Nasser ?
02:09Alors, disons que c'est surtout un moyen de gagner du temps.
02:12Le véritable problème reste entier.
02:14Les tensions géopolitiques et les perturbations des approvisionnements, on va être clair, Selma,
02:19tant que la situation au Moyen-Orient restera incertaine, les marchés pétroliers risquent de rester sous pression.
02:25Le G7 peut intervenir et injecter des millions de barils, tenter de calmer le jeu,
02:30mais il ne peut pas, lui seul, faire disparaître les tensions qui secouent le marché.
02:34En résumé, le G7 sort le pétrole de sa réserve pour éviter que la facture ne s'envole,
02:39mais dans cette histoire, il y a une différence entre remplir les stations-service et éteindre l'incendie.
02:44Et pour l'instant, c'est bien ce deuxième défi qui pose problème.
02:47Mais est-ce que vous pouvez affirmer que nos téléspectateurs, les téléspectateurs qui nous regardent,
02:53verront justement un impact des opérations du G7 ?
02:56Et est-ce que ça va vraiment changer quelque chose pour eux ?
02:59Alors, sur le papier, cette quantité représente un apport important,
03:03mais il faut la remettre en perspective, puisque le marché pétrolier mondial
03:06consomme chaque jour des dizaines de millions de barils.
03:09Les 100 millions annoncés ne pourront pas faire disparaître les causes de la crise.
03:14Ces réserves peuvent soulager le marché, mais elles ne peuvent pas rouvrir une route maritime menacée,
03:19mettre fin à une guerre ou réparer des infrastructures endommagées.
03:22C'est une solution d'urgence, pas un remède de fond seulement.
03:24Et le Maroc en ressentira les conséquences ?
03:27Alors, sachant que le Maroc dépend de ses importations de carburant,
03:31son économie est particulièrement exposée aux fluctuations du marché mondial.
03:35Concrètement, si les prix montent à l'international, ça se répercutera.
03:40Donc, éviter une nouvelle aggravation de la crise énergétique mondiale,
03:43c'est aussi éviter des répercussions sur l'économie marocaine.
03:46Si l'aggravation de la crise est retardée, le Maroc et tous les Marocains en profiteront indirectement.
03:52D'ailleurs, le Maroc a lui aussi ses propres stocks de sécurité.
03:55Le Royaume dispose de réserves en gazoil et en gaz butane,
03:59couvrant une période entre 40 et 60 jours de consommation
04:02que le pays peut libérer en cas de force majeure.
04:05Merci beaucoup Nasser.
04:06Bachir, je suis sûre que vous avez quelque chose à ajouter.
04:08Oui, un tout petit peu quand même.
04:10Je pense d'abord rappeler que les 5 millions de barils qui ont été libérés par le G7,
04:15que vous avez cités, ces 5 millions équivalent à la consommation d'une journée de pétrole dans le monde.
04:23Donc, ça ne vaut rien dire.
04:25Mais non, justement, c'est une sorte de pansement, de plaie.
04:29Ça va aller encourager les autres à lâcher leur stock.
04:34Le Maroc en dispose, vous avez dit, entre 30 et 60 jours ou 40 et 60 jours selon les chiffres.
04:39En tout cas, le Maroc dispose de stocks stratégiques
04:42qui lui permet aussi de pouvoir réguler le marché.
04:45Ce qu'elle fait d'ailleurs, parce que les augmentations de carburant à la pompe,
04:48aujourd'hui, ne sont pas tout de suite répercutées
04:52suivant ce qui se passe sur le marché mondial.
04:54Parce que le Maroc contrôle ce marché-là.
04:56Et depuis toujours, le Maroc a mis un point d'orgue de contrôler le secteur énergétique dans ce pays.
05:02Et ce qui fait que, justement, les prix ne s'emballent pas automatiquement suivant le marché.
05:08Donc, ce stock stratégique encore nous permettra de réguler en fonction des intérêts économiques du pays
05:15et en fonction aussi des moments cruciaux qu'il faut lâcher ou pas.
05:19Voilà, j'en étais sûre.
05:20J'étais sûre que vous aviez des choses à dire, Bachir.
05:22Merci beaucoup.
05:22Merci Bachir.
05:24Thiam, rédacteur en chef à Médien.
05:25Merci Nathrudine.
05:26On a aimé.