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100% doc. Sois belle et tais-toi ! Maria Schneider, l’insoumuse.

Table ronde avec :
Geneviève Sellier (chercheuse en cinéma et pionnière en France des Gender Studies)
Vanessa Schneider (journaliste et auteure de Maria)
Sophie Mirouze (co-déléguée générale et directrice artistique du Fema la Rochelle)
Animée par Emmanuelle Dancourt (présidente de MeTooMedia)

Ensemble, elles explorent les enjeux éthiques, moraux et mémoriels des « films abîmés » à l’ère post-#MeToo. Comment présenter aujourd’hui des œuvres dont la réception est bouleversée par des révélations de violences, peut-on encore montrer Le Dernier Tango à Paris ?

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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.

Un lieu, toutes vos envies.

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Transcription
00:00:03Juste à côté de moi, c'est Vanessa Schneider.
00:00:06Vanessa Schneider a eu une très belle carrière de journaliste,
00:00:10vous irez voir, romancière, essayiste française.
00:00:14Tu t'appelais Maria Schneider aussi, autrice de Tu t'appelais Maria Schneider,
00:00:19qui était donc votre cousine.
00:00:22Vanessa, qu'est-ce que vous aimeriez rajouter pour vous présenter aux gens qui sont là ?
00:00:27Parce que là, c'est les présentations un peu classiques.
00:00:29Donc, dites-nous quelque chose de vous qu'on ne sait pas.
00:00:34Qu'est-ce que vous avez envie de nous dire pour vous présenter,
00:00:37particulièrement par rapport au thème de ce soir ?
00:00:39Yannick, ce qu'on vient de voir.
00:00:42Oui, je me suis rendue compte, mais assez tardivement,
00:00:45que le point commun qu'il y avait dans une grande partie de mon travail,
00:00:48que ce soit mon travail de journaliste, d'essayiste ou de romancière,
00:00:52c'était le thème de la famille et de la place des femmes au sein des familles.
00:00:59C'était le sujet de mon premier livre et de beaucoup de mes livres.
00:01:05Et c'est vrai que ce livre sur Maria, qui est sorti en 2018,
00:01:11il a une sorte de préhistoire, puisque au départ, je n'avais pas encore publié.
00:01:17Et Maria m'a demandé d'écrire avec elle,
00:01:22dans un souci de pouvoir raconter autre chose que le récit,
00:01:27ou que l'image qui était faite d'elle,
00:01:29ou que le récit qui pouvait être faite d'elle.
00:01:32Et donc, on avait, comme j'étais journaliste,
00:01:35elle m'a dit, moi, j'écris des notes,
00:01:37mais je ne me sens pas capable de mettre tout ça en forme.
00:01:41Et donc, on avait, à l'époque, signé un contrat chez un éditeur.
00:01:47On avait commencé à se voir beaucoup, à en parler.
00:01:52Et puis, très vite, parce que là, on le voit dans le documentaire,
00:01:57quand il lui dit, ça a détruit votre vie,
00:01:59et elle a un côté, une fierté, où elle dit non.
00:02:04Mais en fait, si, ça a évidemment brisé sa vie.
00:02:07Et d'ailleurs, elle le disait.
00:02:08Je pense que devant la caméra, il y a eu une espèce de sursaut de fierté,
00:02:12de dire non, non, je suis encore debout.
00:02:15Oui, en effet, elle est restée debout, mais à quel prix ?
00:02:18Et c'est vrai que le fait même de discuter avec elle,
00:02:24avant même que j'ai pu écrire une ligne,
00:02:26ça remuait des choses tellement douloureuses
00:02:30qu'elle me disait, j'arrive, ça l'empêchait de dormir.
00:02:34C'était bon.
00:02:35Aussi bien qu'à un moment, je lui ai dit,
00:02:36en fait, on ne va pas faire ce livre pour que ça te fasse du mal.
00:02:39Ça n'a absolument aucun sens.
00:02:40Donc, on va rendre l'argent et on ne va pas du tout faire ce livre.
00:02:45Et voilà.
00:02:45Et donc, je savais qu'un jour, j'écrirais sur elle
00:02:52et que, évidemment, c'est un livre qui n'a rien à voir
00:02:55avec celui que j'aurais fait avec elle,
00:02:58qui aurait été plus proche de sa parole.
00:03:01Moi, c'est mon regard, en effet, d'enfant
00:03:06et puis de femme en construction aussi.
00:03:08comment on grandit avec une histoire comme ça dans sa famille
00:03:13et avec quelqu'un qu'on a vu souffrir de très près.
00:03:18Vous l'aviez déjà vu, ce documentaire, mais il y a longtemps.
00:03:20Donc là, vous le revoyez avec nous.
00:03:22Je vous poserai la question aussi, mesdames.
00:03:25La première réaction, là, on sort de ce documentaire,
00:03:28il y avait un grand silence.
00:03:29Vous, ça a été quoi ?
00:03:31Ça a été difficile à regarder ?
00:03:33Alors, la première fois que je l'ai regardée, non,
00:03:35parce que, en fait, je...
00:03:39Mais de toute façon, c'est comme, je pense,
00:03:42moi, j'ai beaucoup entendu, suite à mon livre,
00:03:45aux rencontres que j'ai pu faire avec le public,
00:03:47de gens qui me disaient, j'ai vu le film à sa sortie
00:03:50et après, je l'ai revu et ça m'a paru insoutenable
00:03:52alors que sur le moment, je l'avais vu.
00:03:55Donc, je pense que le regard change aussi.
00:03:57Et de la même façon que moi, ce documentaire,
00:03:59ce que j'avais vu à l'époque, je m'étais dit,
00:04:01c'est bien qu'elle arrive à en parler.
00:04:03Et j'avais vu ce côté-là.
00:04:04Là, ce qui m'a frappée en le revoyant,
00:04:06c'est de me dire, en fait,
00:04:10même personne n'en a rien à faire d'elle
00:04:12dans ce documentaire.
00:04:13On est d'accord.
00:04:15C'est des hommes qui parlent entre eux ?
00:04:17Oui.
00:04:17On l'a vu comme ça aussi ?
00:04:19En fait, on s'aperçoit que le seul sujet
00:04:23de fascination et d'intérêt de Serge Julie,
00:04:26que j'ai bien connu,
00:04:27qui a été mon patron pendant des années à Libération,
00:04:30c'est pas du tout le sort de Maria
00:04:32ou des autres comédiens.
00:04:33C'est vraiment Brando,
00:04:34il veut des anecdotes sur Brando
00:04:36et c'est la relation Brando et Bertolucci
00:04:38qui l'intéresse.
00:04:39Et de la même façon que ce que je trouve
00:04:41que ce documentaire montre très bien,
00:04:43c'est la fascination totale de Bertolucci
00:04:45pour Brando qui n'en revient pas
00:04:47d'avoir décroché un acteur de ce niveau-là.
00:04:49Et qui lui bouffe son film ?
00:04:50Oui, alors ça, je ne suis pas sûre
00:04:52qu'il lui bouffe.
00:04:53Je pense qu'il l'a autant bouffé
00:04:55que Brando a bouffé le film.
00:04:57Je pense que c'est la rencontre
00:05:00de ces deux personnages qui a créé ça.
00:05:02Ça serait trop facile
00:05:03de mettre tout sur le dos de Brando.
00:05:06Mais c'est vrai qu'on voit
00:05:07qu'il a été complètement fasciné par lui
00:05:09et qu'il lui...
00:05:12Oui, il n'y avait évidemment
00:05:13pas du tout le même traitement.
00:05:14Et puis il était dans ses petits souliers.
00:05:17Il accédait à toutes ses requêtes,
00:05:19toutes ses demandes.
00:05:20Et d'ailleurs, il le reconnaît
00:05:21très très facilement
00:05:22sur la question de l'habillement
00:05:25qui est tout sauf une question neutre
00:05:28des représentations du corps de l'homme
00:05:30et de la femme.
00:05:31Oui, ce qu'on comprend,
00:05:33c'est qu'au départ,
00:05:36il était censé être nu
00:05:37et puis qu'il n'a pas voulu.
00:05:38Et puis voilà, il n'a pas voulu,
00:05:40il n'a pas voulu.
00:05:40Donc, Tratignan aurait pu le faire.
00:05:41Et que toute l'équipe...
00:05:44Oui, il dit Tratignan,
00:05:45il ne voulait pas.
00:05:46Oui, moi, je ne voulais pas.
00:05:47Mais...
00:05:49Et on voit que toute l'équipe,
00:05:51les premiers, deuxièmes assistants,
00:05:53personne ne se pose de questions
00:05:55non plus particulièrement
00:05:58et que tout le monde,
00:05:59oui, juge ça.
00:06:02Et il y en a un, d'ailleurs,
00:06:04qui dit...
00:06:04Elle, elle est très à l'aise
00:06:06avec la nudité.
00:06:08C'est quand même fou.
00:06:12Elle avait 19 ans.
00:06:14Elle faisait ce qu'on lui disait de faire.
00:06:16Et d'ailleurs, des années après,
00:06:19elle le dit elle-même
00:06:20qu'elle n'avait pas vraiment compris
00:06:21dans quoi elle s'était embarquée.
00:06:23Merci beaucoup
00:06:24pour cette première prise de parole,
00:06:25Vanessa.
00:06:26Geneviève, c'est lié.
00:06:27Faut-il vous présenter ?
00:06:28Chercheuse pionnière
00:06:29des Gender Studies en France.
00:06:31Je suis ravie de vous rencontrer,
00:06:32de vous recevoir ici.
00:06:33Vous réagissez comment, Geneviève,
00:06:35à ce documentaire, spontanément ?
00:06:38Mal.
00:06:41Ça marche très bien, Geneviève.
00:06:43Oui, je trouve qu'il date de quand,
00:06:45ce documentaire ?
00:06:472004.
00:06:48Merci beaucoup.
00:06:49Il a 20 ans.
00:06:50Il a vieilli.
00:06:52Je ne sais pas s'il a vieilli,
00:06:53mais ça se voit qu'il a 20 ans.
00:06:55C'est-à-dire qu'il appartient
00:06:56à une autre époque.
00:06:57Et en particulier,
00:06:58il appartient à l'époque,
00:07:02en plein dans l'époque,
00:07:03du culte des auteurs
00:07:06et des hommes entre eux.
00:07:08C'est deux hommes qui font le documentaire.
00:07:12Ça se passe essentiellement,
00:07:15effectivement, avec Bertolucci
00:07:17et parlant de Brando.
00:07:20Voilà.
00:07:21Oui, moi, je trouve qu'on est tout à fait
00:07:23en dessous de ce dont on aurait besoin aujourd'hui.
00:07:30C'est intéressant parce qu'on a refusé
00:07:33de diffuser Le Dernier Tango à Paris
00:07:35et on n'est pas dupes, évidemment,
00:07:37quand on diffuse ce documentaire
00:07:39et c'est aussi le procès du documentaire,
00:07:41aussi, pas que du film qu'on fait.
00:07:44Merci.
00:07:45Sophie Mirouz.
00:07:46Bonjour, Sophie.
00:07:46Vous êtes co-déléguée générale,
00:07:48directrice artistique du FEMA La Rochelle.
00:07:50Vous allez vite nous expliquer,
00:07:51avant que je vous pose la même question
00:07:52sur le documentaire,
00:07:54ce que vous faites exactement.
00:07:55Vous programmez, vous.
00:07:56Oui, moi, je dirige un festival de cinéma
00:07:58qui s'appelle le Festival La Rochelle Cinéma
00:08:01qui existe depuis 54 ans
00:08:02et qui montre beaucoup de films de répertoires
00:08:05à travers des rétrospectives,
00:08:07à travers des hommages,
00:08:08avec des cinéastes qui sont à l'honneur,
00:08:10des actrices, des acteurs,
00:08:12des compositeurs, des compositrices.
00:08:13Ça fait combien de temps que vous occupez le poste ?
00:08:14Ça ne fait pas 54 ans, on a compris.
00:08:16Non, mais depuis 2018 déjà.
00:08:17Depuis 2018 ?
00:08:18Depuis 23 ans.
00:08:19Donc, c'est vraiment un festival que je connais bien.
00:08:19Vous l'avez diffusé, Dernier Tango à Paris ?
00:08:21Eh bien, alors, justement,
00:08:22je me suis plongée dans les archives
00:08:24du festival qui sont très bien faites
00:08:26et je me suis rendue compte
00:08:27que le film n'avait jamais été projeté.
00:08:29D'accord.
00:08:30On y reviendra.
00:08:31On y reviendra, voilà.
00:08:32Et alors, comment vous avez réagi
00:08:33par rapport aux documentaires ?
00:08:35Ah ben, moi, je suis complètement d'accord
00:08:37avec Vanessa et Geneviève.
00:08:39Et ce qui m'a frappée,
00:08:40c'est la parole des assistants.
00:08:41Les assistants réalisateurs
00:08:43qui ont la même parole, en fait,
00:08:45ou Vittorio Storaro.
00:08:46Enfin, ils sont tous fascinés, en effet,
00:08:48par Brando.
00:08:49Et la parole ne circule qu'autour
00:08:52de cet acteur qui est fascinant, de fait.
00:08:54Mais en fait, c'est vrai que j'imagine
00:08:55qu'il a tourné une heure
00:08:56avec Maria Schneider.
00:08:58Et puis, voilà, on retient
00:08:59quelques bribes.
00:09:01On n'est pas beaucoup allés chercher
00:09:02les femmes non plus, pour le docu.
00:09:03Oui, oui.
00:09:04Alors, est-ce qu'il y avait des femmes
00:09:05sur le tournage ?
00:09:05Est-ce qu'il y avait des techniciennes,
00:09:06à l'époque ?
00:09:07Il y avait sans doute des maquilleuses.
00:09:09Voilà.
00:09:09À minima.
00:09:10Une scripte et une maquilleuse, sans doute.
00:09:11Une scripte maquilleuse.
00:09:13Habilleuse.
00:09:13Peut-être pas beaucoup plus que ça.
00:09:15Oui, oui, c'est même pas sûr.
00:09:18En tout cas, moi, j'ai vu le film à l'époque.
00:09:20J'avais une vingtaine...
00:09:20Enfin, à l'époque, du documentaire.
00:09:22Je vous rassure.
00:09:24Donc, j'avais vingt et quelques années.
00:09:26C'était vraiment le film culte
00:09:27que je voulais absolument voir.
00:09:29Et je n'avais pas du tout aimé le film
00:09:31pour son côté, en effet, très provocateur.
00:09:34Et puis même, j'avais trouvé
00:09:35que c'était un film qui avait mal vieilli.
00:09:37Enfin, je n'aimais pas du tout ce film.
00:09:38Et le documentaire que j'ai vu là
00:09:40pour préparer à la table ronde
00:09:41ne m'a pas du tout donné envie
00:09:42de le revoir.
00:09:44Voilà.
00:09:45Bien, bon, on va arrêter ici.
00:09:47Alors, on est ici pour se poser une question
00:09:50qui est extrêmement prégnante depuis...
00:09:54Ce n'est même pas depuis l'arrivée de MeToo,
00:09:55parce que MeToo va avoir dix ans l'année prochaine,
00:09:58mais depuis quelques années.
00:10:02Et la question qu'on vous pose aujourd'hui,
00:10:04c'est est-ce qu'on peut encore diffuser
00:10:08Le Dernier Tango à Paris ?
00:10:09Ou des films comme Le Dernier Tango à Paris ?
00:10:11Évidemment qu'on va zoomer sur celui-là,
00:10:13mais on pourra parler d'autres films
00:10:14si vous en avez envie.
00:10:16Ce sont des films...
00:10:18Vous avez peut-être entendu parler de ça.
00:10:20Le terme est sorti à deux ans.
00:10:22On appelle ça des films abîmés.
00:10:24Moi, je préfère dire,
00:10:25et comme l'a dit Élise d'ailleurs,
00:10:26des films dits abîmés,
00:10:27parce que les premiers abîmés,
00:10:28ce sont les victimes.
00:10:31Et je voudrais d'abord qu'on se mette d'accord
00:10:32sur une définition de qu'est-ce qu'un film
00:10:34abîmé, pour vous ?
00:10:36C'est une notion encore qui est toute neuve,
00:10:38que nous, MeToo Media,
00:10:39donc très rapidement,
00:10:40MeToo Media s'occupe des victimes
00:10:41dans les domaines des médias des arts et de la culture.
00:10:44C'est une association qui a été fondée
00:10:45par les victimes de Patrick Poivre d'Arvor,
00:10:48et que j'ai cofondée,
00:10:49que je préside.
00:10:50Et il se trouve qu'on s'est retrouvés
00:10:52à donner des formations.
00:10:54C'est totalement inattendu,
00:10:55on n'avait pas du tout fondé l'asso pour ça,
00:10:56mais on donne des formations,
00:10:58on est venu nous chercher
00:10:59pour donner des formations sur ce sujet-là.
00:11:02On s'appelle France TV,
00:11:04et on ne sait pas quoi faire
00:11:05du catalogue de Pardieu,
00:11:06dans lequel on a intégralement investi,
00:11:08on fait quoi ?
00:11:09Et donc voilà,
00:11:10on donne plein de formations,
00:11:12mais celle-là, on la donne
00:11:12pour essayer de faire réfléchir les gens.
00:11:14Et je suis très contente,
00:11:16et je remercie le Forum des images
00:11:17d'être venu nous chercher,
00:11:18typiquement pour cette soirée,
00:11:21très contente d'être là.
00:11:21Et justement,
00:11:23qu'est-ce qu'on appelle
00:11:24un film abîmé ?
00:11:25Je vais commencer par la chercheuse,
00:11:27je commence par vous, Geneviève.
00:11:29Quand ce mot est apparu,
00:11:31vous, vous avez réagi comment
00:11:32comme chercheuse ?
00:11:34À quel film vous avez pensé ?
00:11:35C'est un terme qui a été proposé
00:11:37par les professionnels,
00:11:41en référence à ce qui se passe
00:11:47pendant les tournages.
00:11:50qu'est-ce qu'on fait des films
00:11:53sur lesquels on sait
00:11:54qu'il y a eu des abus,
00:11:56des agressions, des viols, etc.
00:11:58Qu'est-ce qu'on fait des films ?
00:12:00Bon, donc c'était un questionnement,
00:12:02d'abord sur le contemporain,
00:12:05de la part des producteurs,
00:12:08programmateurs,
00:12:08enfin, tristes, je devrais dire,
00:12:10parce que c'est évidemment des femmes
00:12:12qui se sont posées ces questions-là.
00:12:15Alors que moi,
00:12:16je suis historienne, en fait.
00:12:19Et donc, moi,
00:12:20d'abord, ce terme,
00:12:22effectivement, m'embarrasse.
00:12:26Et j'ai fait un petit sondage
00:12:28autour de moi,
00:12:28et les non-initiés
00:12:29ne comprennent absolument pas
00:12:31ce que ça veut dire.
00:12:32Donc, moi, je préférerais
00:12:33parler de films
00:12:37indéfendables
00:12:39ou inacceptables.
00:12:40c'est Laure Murat, par exemple,
00:12:42qui a parlé de films
00:12:43inacceptables
00:12:44à propos de Blow Up,
00:12:46qu'elle a revu récemment,
00:12:48pour lequel elle a fait
00:12:49une chronique dans Libération
00:12:50tout à fait remarquable,
00:12:52où elle montre
00:12:55à quel point
00:12:56certaines scènes de Blow Up
00:12:58sont absolument insupportables
00:13:00aujourd'hui.
00:13:01Et dans cette catégorie-là,
00:13:04il y a effectivement des...
00:13:09en particulier
00:13:11depuis les années 70
00:13:12et la pseudo-libération sexuelle
00:13:15qui s'est manifestée
00:13:17dans le monde du cinéma
00:13:19par un usage
00:13:21totalement systématique
00:13:24et abusif
00:13:24d'adolescentes dénudées
00:13:26et érotisées.
00:13:29il y a un certain nombre
00:13:31de films
00:13:31qui sont
00:13:33plus regardables
00:13:35par des gens
00:13:36comme vous et moi
00:13:39sensibilisés
00:13:40donc
00:13:41en particulier
00:13:42depuis Me Too,
00:13:42vraiment,
00:13:43ça fait plus le temps que ça.
00:13:44Mais par exemple,
00:13:45je donne un petit exemple,
00:13:47Les Valseuses.
00:13:49Évidemment.
00:13:52Alors,
00:13:53pour moi,
00:13:53si vous voulez,
00:13:54il y a deux catégories
00:13:55à l'intérieur
00:13:56de ces films indéfendables.
00:13:59Il y a
00:14:00ceux à propos desquels
00:14:02on sait
00:14:03qu'il y a eu
00:14:03des abus,
00:14:04des viols,
00:14:06des agressions sexuelles
00:14:07sur le tournage
00:14:08avant ou après.
00:14:10Donc,
00:14:11Les Valseuses
00:14:11en fait partie
00:14:12puisque vous savez
00:14:13que Brigitte Fossé
00:14:14a mis 50 ans
00:14:15pour arriver
00:14:16à dire
00:14:17à quel point
00:14:18elle avait souffert
00:14:20sur ce tournage.
00:14:21La fameuse scène
00:14:22d'agression sexuelle
00:14:24dans le train
00:14:26ou...
00:14:26Enfin,
00:14:27je ne vais pas la détailler
00:14:28parce que c'est épouvantable.
00:14:31Donc,
00:14:32il y a
00:14:33les films
00:14:33sur lesquels
00:14:34on sait
00:14:35qu'il y a eu
00:14:36des abus
00:14:36et il y en a.
00:14:37Quand on commence
00:14:38à chercher,
00:14:38on en trouve
00:14:39malheureusement
00:14:39des tonneaux.
00:14:41Bon,
00:14:42simplement,
00:14:42en général,
00:14:43on ne cherche pas
00:14:44à le savoir.
00:14:45Enfin,
00:14:45quand je dis
00:14:46on,
00:14:46évidemment,
00:14:48je ne parle pas
00:14:49des chercheuses
00:14:49féministes.
00:14:51Mais,
00:14:52pour moi,
00:14:53il y a une autre
00:14:54catégorie
00:14:55de films
00:14:58indéfendables
00:14:58ou inacceptables.
00:15:02Ça se recoupe,
00:15:04mais pas complètement.
00:15:06C'est les films
00:15:08dont on se rend compte
00:15:09aujourd'hui
00:15:10en les regardant
00:15:11sans rien savoir
00:15:13sur ce qui s'est passé
00:15:14lors du tournage
00:15:15qu'ils ne sont plus
00:15:17regardables.
00:15:21Et,
00:15:21donc,
00:15:25bon,
00:15:28je dirais
00:15:29que ce que ça pose
00:15:30comme question,
00:15:33c'est
00:15:34l'invisibilité
00:15:36de la misogynie,
00:15:39de la violence
00:15:40contre les femmes
00:15:41et surtout
00:15:41de l'érotisation
00:15:42des agressions sexuelles,
00:15:44de l'érotisation
00:15:45du viol,
00:15:46ce qu'on appelle
00:15:47la culture du viol,
00:15:49bon,
00:15:49qui est
00:15:52omniprésent
00:15:52dans le cinéma
00:15:53hollywoodien
00:15:55depuis les années 70
00:15:58et
00:15:59dans le cinéma français
00:16:01aussi,
00:16:01évidemment.
00:16:03Revoir,
00:16:04par exemple,
00:16:04un film
00:16:05comme
00:16:05L'été meurtrier,
00:16:06aujourd'hui,
00:16:07c'est pénible.
00:16:09C'est pénible.
00:16:10C'est-à-dire
00:16:11tous ces films
00:16:12des années 70
00:16:14avec des actrices
00:16:15très très jeunes
00:16:16à qui on fait,
00:16:18alors en plus,
00:16:19très souvent,
00:16:20je ne parle pas
00:16:21évidemment
00:16:21des films
00:16:22de Jaco et
00:16:23Douallon
00:16:23avec
00:16:24Judith Godrèche
00:16:24parce que
00:16:25ceux-là,
00:16:25on sait
00:16:26qu'il s'est passé
00:16:26des abus.
00:16:27Mais en même temps,
00:16:29si on prend la peine
00:16:30de les regarder,
00:16:32moi,
00:16:32j'ai fait cet effort-là
00:16:33pour écrire
00:16:35mon petit livre
00:16:36sur le culte
00:16:37de l'auteur
00:16:37et vraiment,
00:16:38ce n'était pas marrant.
00:16:39Ce n'était pas marrant.
00:16:40C'était une épreuve,
00:16:41une véritable épreuve.
00:16:43En particulier,
00:16:44j'ai revu
00:16:44La fille de 15 ans,
00:16:46de Douallon.
00:16:47J'avais envie
00:16:48de hurler tout le temps.
00:16:49Et donc,
00:16:50si vous voulez,
00:16:50il me semble
00:16:51que ce que la notion
00:16:52telle que les professionnels
00:16:54l'utilisent actuellement,
00:16:59elle ne prend pas en compte
00:17:01la question des représentations.
00:17:02Et pour moi,
00:17:03c'est l'essentiel.
00:17:05Et très souvent,
00:17:06on s'aperçoit
00:17:07qu'effectivement,
00:17:08il y a un rapport direct
00:17:10entre les agressions
00:17:12ou les abus
00:17:13ou les viols
00:17:13ou le harcèlement moral
00:17:14dont les actrices,
00:17:16en particulier les actrices,
00:17:18mais quelquefois aussi les acteurs,
00:17:19ont été victimes
00:17:20sur le tournage
00:17:21et le type de représentation
00:17:24que proposent
00:17:25les réalisateurs en question.
00:17:28Mais bon,
00:17:29moi,
00:17:29ce qui m'intéresse,
00:17:30c'est l'analyse
00:17:30des représentations.
00:17:32Et donc,
00:17:33c'est ça
00:17:34qui me semble
00:17:35être laissé de côté
00:17:37par l'usage
00:17:38qui est fait actuellement
00:17:39de la notion
00:17:40de film abîmé.
00:17:41Alors,
00:17:41j'aime bien
00:17:42votre notion
00:17:42de film indéfendable.
00:17:43Moi,
00:17:43j'avoue que j'ai essayé
00:17:44de porter une notion
00:17:45de film impacté,
00:17:46mais ce n'était peut-être
00:17:47pas forcément plus clair.
00:17:48Il y a les films
00:17:49dont vous venez de le dire,
00:17:50dont les scènes,
00:17:51enfin,
00:17:51le scène ou le scénario,
00:17:52ça ne va plus,
00:17:54qui ne sont plus regardables.
00:17:55Dans les films
00:17:56dits abîmés,
00:17:57il y a ceux
00:17:57où,
00:17:58vous l'avez dit aussi,
00:17:59il y a des faits
00:18:00qui sont passés
00:18:00sur le tournage.
00:18:01C'est vraiment,
00:18:02c'est sur le tournage,
00:18:03c'est contemporain
00:18:04et on est obligé
00:18:05d'extraire le réalisateur
00:18:07et on est obligé
00:18:07de faire ça
00:18:07avec des talkies walkies
00:18:09de loin dans une caravane.
00:18:10Voilà,
00:18:11on est obligé
00:18:11de gérer le tournage
00:18:12et puis,
00:18:13il y a des films
00:18:14sur lesquels,
00:18:15on ne sait pas
00:18:15s'il s'est passé
00:18:17quelque chose,
00:18:17quoique si,
00:18:18il s'est passé quelque chose
00:18:18au moment du casting.
00:18:19Mais si vous prenez
00:18:20le film de Doyon,
00:18:21CM2,
00:18:23France Télévisions
00:18:23avait investi dedans,
00:18:25ils ne l'ont jamais diffusé.
00:18:26Il n'y a même pas eu
00:18:26de diffusion technique.
00:18:28La première diffusion,
00:18:28la diffusion technique
00:18:29qui fait que,
00:18:30alors l'occurrence,
00:18:31c'était Doyon
00:18:31qui avait écrit le film,
00:18:32donc qu'il allait pouvoir
00:18:33toucher les droits d'auteur,
00:18:34que voilà,
00:18:35il est parti direct
00:18:36à la poubelle,
00:18:37ce film-là.
00:18:37Pourquoi ?
00:18:38Parce que Judith Godrech
00:18:38a parlé entre temps.
00:18:39Pas sur ce film-là,
00:18:40sur d'autres
00:18:41que vous avez cités,
00:18:42pas sur le film CM2
00:18:43de Doyon.
00:18:43Après,
00:18:43on a su qu'il y a eu
00:18:44des problèmes
00:18:44avec les enfants au casting.
00:18:47Mais voilà,
00:18:48donc finalement,
00:18:49il y a plusieurs,
00:18:49Vanessa,
00:18:50il y a plusieurs sortes
00:18:51de films
00:18:53dits abîmés
00:18:54de votre point de vue
00:18:55de, j'en appelle,
00:18:56à la journaliste.
00:18:58C'est un sujet
00:18:58que vous regardez,
00:18:59c'est un sujet
00:19:00que vous traitez,
00:19:01c'est un sujet
00:19:02que vous analysez
00:19:02comment ce sujet
00:19:03des films abîmés
00:19:04et vous regardez le monde
00:19:05en tant que journaliste.
00:19:07Votre réflexion
00:19:07sur ce sujet ?
00:19:09Moi,
00:19:10je n'ai pas grand-chose
00:19:11à ajouter
00:19:12à ce qui vient
00:19:12d'être dit.
00:19:14En tout cas,
00:19:15dans le cas
00:19:17du dernier tango
00:19:19à Paris,
00:19:20il réunit
00:19:21à peu près tout
00:19:22ce que vous dénoncez
00:19:24et sur ce qui s'est passé
00:19:28pendant le tournage
00:19:29et dans la représentation,
00:19:31en effet,
00:19:33des femmes
00:19:34dans le film.
00:19:35Donc là,
00:19:35il n'y a pas grand-chose
00:19:37qui va
00:19:38de ce point de vue-là.
00:19:39Et ce film,
00:19:42il revêt,
00:19:43à mon sens,
00:19:44une particularité,
00:19:46c'est que
00:19:47ce qui s'est passé
00:19:48dans le tournage
00:19:49ne fait absolument pas
00:19:53l'objet
00:19:53de versions contradictoires.
00:19:55Parce que souvent,
00:19:57il y a comme argument
00:19:58de dire
00:19:59« Ah, mais c'est parole
00:20:00contre parole,
00:20:01elle dit qu'il s'est passé ça,
00:20:02mais en fait,
00:20:02il ne s'est pas vraiment
00:20:03passé ça. »
00:20:04Et le réalisateur nie,
00:20:05puisque dans les cas précédents
00:20:06que vous avez cités,
00:20:08même s'il y a des procédures
00:20:10judiciaires en cours,
00:20:12disent qu'il ne s'est absolument
00:20:12rien passé de tel.
00:20:14Là,
00:20:14ce qui est frappant
00:20:16dans le cas du tango,
00:20:17et moi,
00:20:18c'est ce qui m'a frappée
00:20:19au moment de Me Too
00:20:23et où on continuait
00:20:26à défendre ce film,
00:20:28c'est qu'on le voit
00:20:30dans le documentaire,
00:20:31Bernardo Pertucci
00:20:32a toujours dit,
00:20:33et c'est lui-même
00:20:34qui emploie le mot « viol ».
00:20:35Donc là,
00:20:36on est dans un truc
00:20:36complètement fou
00:20:37où le réalisateur dit
00:20:39« En effet,
00:20:40ce qui s'est passé
00:20:42est un viol,
00:20:43elle s'est sentie violée,
00:20:44il a dit plus tard
00:20:45« J'ai détruit sa vie ».
00:20:47C'est lui qui emploie
00:20:48ces mots-là.
00:20:51Il a même fini
00:20:52par s'excuser,
00:20:53mais il y a encore
00:20:54des gens
00:20:55qui se sentent
00:20:55plus royalistes
00:20:57que le roi
00:20:57et qui vont continuer
00:20:58à dire « Mais non ! »
00:21:00Et c'est là
00:21:01où on s'aperçoit
00:21:02que même
00:21:02dans un cas précis
00:21:03où il n'y a pas
00:21:04deux versions contradictoires
00:21:05où tous les protagonistes
00:21:08font le même récit,
00:21:10Maria a tout de suite
00:21:11raconté
00:21:11ce qui s'était passé,
00:21:12tout de suite,
00:21:13elle l'a dit
00:21:13à plusieurs reprises,
00:21:14ça a été enregistré,
00:21:15filmé,
00:21:16écrit dans la presse.
00:21:18Bertolucci n'a pas du tout
00:21:19cherché à nier sa parole,
00:21:21il n'a pas,
00:21:22contrairement à d'autres,
00:21:23il n'a pas traité
00:21:23de menteuse
00:21:24ou de...
00:21:24Bon, il a dit
00:21:25« Oui, en effet,
00:21:26il s'est passé ça,
00:21:26mais au nom de l'art,
00:21:28je me suis autorisé. »
00:21:31Le geste du réalisateur.
00:21:34Et Brando
00:21:36a évidemment confirmé aussi
00:21:40que cette scène
00:21:40n'avait pas été
00:21:41non seulement écrite
00:21:43dans le scénario,
00:21:45elle ne figure toujours pas
00:21:46dans le scénario original,
00:21:49mais qu'en plus,
00:21:50on ne l'avait pas prévenu,
00:21:51qu'on lui avait caché
00:21:52ses changements, etc.
00:21:53Donc, moi,
00:21:54c'est ce qui me surprend
00:21:55le plus
00:21:55dans ce cas de figure,
00:21:57et c'est là où on se dit
00:21:58que le chemin
00:21:58est encore long
00:21:59de la réflexion,
00:22:00c'est que même
00:22:01dans un cas
00:22:02qui est indiscutable,
00:22:04puisqu'il n'y a pas
00:22:05de parole contraire,
00:22:08eh bien,
00:22:09on continue à se dire
00:22:11« Oui, mais non,
00:22:12ce n'est pas si grave. »
00:22:15Et ça a été...
00:22:16Il l'a dit...
00:22:16Comment il l'a dit,
00:22:17Bertolucci ?
00:22:17Un immense succès ?
00:22:18Il a dit une catastrophe ?
00:22:19Dans quel mot il a utilisé ?
00:22:22Épouvantable.
00:22:23Merci.
00:22:23Un épouvantable succès.
00:22:24Un épouvantable succès.
00:22:25Oui, parce que...
00:22:26Quel bel oxymor.
00:22:27Oui.
00:22:27Un cauchemar.
00:22:28Un cauchemar.
00:22:29Nightmare.
00:22:30Et la scène aussi
00:22:32où il voit le producteur
00:22:33qui se frotte les mains
00:22:34et qui fait cette espèce
00:22:36de danse de la joie
00:22:37parce que lui,
00:22:37il sait évidemment
00:22:38qu'il a entre les mains
00:22:40un film qui va...
00:22:41qui va faire beaucoup d'entrées
00:22:43puisque, voilà,
00:22:44c'était...
00:22:45Scandale.
00:22:46et en effet,
00:22:47moi, on m'a raconté des scènes
00:22:49de bagarres.
00:22:51Les gens se battaient
00:22:51pour forcer les portes
00:22:52des cinémas
00:22:53pour aller le voir
00:22:54et ça,
00:22:54elle était complète.
00:22:55Tellement,
00:22:56ça avait été précédé
00:22:56de rumeurs.
00:22:57voilà.
00:23:00Alors, je me tourne
00:23:01vers notre programmatrice,
00:23:02notre directrice de festival,
00:23:05Sophie Mirouse.
00:23:06Vous étiez en train
00:23:07de nous dire
00:23:07qu'avec un certain soulagement,
00:23:09sans doute,
00:23:09vous aviez vu
00:23:10que dans les archives,
00:23:11il n'avait pas été diffusé,
00:23:12mais j'imagine
00:23:13que d'autres ont été diffusés.
00:23:16De votre point de vue,
00:23:17à vous,
00:23:18est-ce que ce film,
00:23:19aujourd'hui,
00:23:20il est diffusable ?
00:23:21Est-ce que c'est
00:23:21une ligne rouge absolue ?
00:23:23Je vous poserai
00:23:24la même question, mesdames.
00:23:25ou alors,
00:23:26est-ce qu'il est diffusable
00:23:27mais sous condition ?
00:23:29Comment vous vous situez
00:23:30alors que vous découvrez,
00:23:32comme tout le monde,
00:23:33ces sujets-là ?
00:23:34Oui, oui.
00:23:35Donc, pour moi,
00:23:35il n'y a pas de censure.
00:23:36En tout cas,
00:23:37en tant que programmatrice,
00:23:38il n'y a pas de censure
00:23:39au festival de La Rochelle,
00:23:41par exemple.
00:23:42Par exemple,
00:23:43cette année,
00:23:43on a fait une rétrospective
00:23:45autour de Diane Keaton.
00:23:46Donc,
00:23:46c'est poser la question,
00:23:47effectivement,
00:23:48des films de Woody Allen.
00:23:50Donc,
00:23:50on a beaucoup parlé
00:23:51avec ma collaboratrice
00:23:52et on a choisi
00:23:53de les programmer
00:23:53parce qu'on célébrait
00:23:55Diane Keaton.
00:23:56Et pour nous,
00:23:56ce n'était pas possible
00:23:57de faire une rétrospective
00:23:58de Diane Keaton
00:24:00sans Annie Hall,
00:24:01par exemple.
00:24:02Donc,
00:24:03pour moi,
00:24:03c'est vraiment important.
00:24:04C'est-à-dire,
00:24:04pas de censure.
00:24:05En effet,
00:24:05comme le dit Germaine Greed,
00:24:07c'est vraiment
00:24:08l'arme du patriarcat,
00:24:09je dirais.
00:24:10Donc,
00:24:11pas de censure.
00:24:11Par contre,
00:24:13accompagnement obligatoire.
00:24:14Surtout un film comme ça,
00:24:15qui a été aussi explosif,
00:24:16aussi scandaleux
00:24:17à sa sortie
00:24:18il y a 50,
00:24:19enfin,
00:24:19je ne sais plus,
00:24:2160 ans,
00:24:2372 ans.
00:24:23D'ailleurs,
00:24:24j'ai regardé...
00:24:2454 ans.
00:24:25La date de projection
00:24:27prévue à la cinémathèque française,
00:24:29c'était 52 ans,
00:24:30jour pour jour,
00:24:31après la sortie du film.
00:24:33C'était le 15 décembre 72,
00:24:35la sortie du film.
00:24:36Donc,
00:24:37ne pas avoir envisagé
00:24:38un accompagnement
00:24:40dans une institution
00:24:41comme ça,
00:24:42c'est très grave.
00:24:43Alors que programmer le film
00:24:44dans le cadre
00:24:45d'un cycle
00:24:47consacré à Marlon Brandeux,
00:24:48pour moi,
00:24:48c'était une évidence
00:24:49qu'il fallait le montrer.
00:24:50Par contre,
00:24:50il fallait évidemment
00:24:51l'accompagner.
00:24:52ça me semble incroyable
00:24:54de ne pas avoir pensé à ça
00:24:55et ne pas confier
00:24:57la présentation,
00:24:58par exemple,
00:24:59à un homme
00:25:01comme le directeur
00:25:02de la programmation,
00:25:03mais le confier,
00:25:03pourquoi pas,
00:25:04à Vanessa,
00:25:05à Geneviève,
00:25:06à Natacha Laurent
00:25:06qui s'intéresse
00:25:07beaucoup,
00:25:07beaucoup à cette question
00:25:09des films abîmés.
00:25:10Et puis,
00:25:11après,
00:25:11je me suis posé la question
00:25:12en préparant cette table ronde,
00:25:13c'est-à-dire que
00:25:14quand on va
00:25:15dans une salle de cinéma,
00:25:16dans un festival,
00:25:16dans une cinémathèque,
00:25:17on fait le choix
00:25:18d'aller voir un film.
00:25:19Alors après,
00:25:19il s'agit quand même
00:25:20d'avoir une présentation
00:25:21de toute façon.
00:25:22Mais par exemple,
00:25:23à la télévision,
00:25:23sur les plateformes aujourd'hui,
00:25:25je sais qu'il y a quelqu'un
00:25:26dans la salle
00:25:26qui est à la cinéthèque,
00:25:27le film n'est pas disponible
00:25:28sur la cinéthèque,
00:25:29il est très peu disponible d'ailleurs.
00:25:30Je pense que c'est une question
00:25:31aussi de droit,
00:25:32c'est un film qui a été
00:25:33coproduit par les Américains,
00:25:34peut-être,
00:25:35je ne sais plus.
00:25:36En tout cas,
00:25:37je me suis dit,
00:25:37voilà,
00:25:38si le film est diffusé
00:25:39à la télévision
00:25:39ou sur une plateforme,
00:25:40est-ce qu'il y a un carton,
00:25:41est-ce qu'il y a un texte
00:25:43d'introduction
00:25:43qui va revenir
00:25:45sur le scandale du film,
00:25:47sur cette séquence,
00:25:49cette fameuse séquence,
00:25:50etc.
00:25:51Et ça,
00:25:51ça me semble indispensable
00:25:52aujourd'hui.
00:25:53Vous avez fait quoi
00:25:54sur Annie Hall,
00:25:54par exemple ?
00:25:55Vous avez organisé un débat ?
00:25:56Alors nous,
00:25:56de toute façon,
00:25:57quand on fait des...
00:25:57Alors nous,
00:25:58on a à peu près
00:25:58300 séances au festival,
00:26:00on a plus de la moitié
00:26:01des films qui sont présentés,
00:26:02qui sont accompagnés.
00:26:03Là,
00:26:03on avait quasiment
00:26:04que des femmes
00:26:05qui présentaient des films
00:26:06de la rétrospective
00:26:07Yann Keaton,
00:26:08comme Muriel Joudé,
00:26:09qui est critique de cinéma,
00:26:12Ava Kahn,
00:26:13qui s'occupe de la semaine
00:26:14de la critique à Cannes,
00:26:15et d'autres.
00:26:16Et donc,
00:26:16on a aussi une conférence
00:26:19sur Diane Keaton.
00:26:21Après,
00:26:21je ne dis pas
00:26:22qu'il y a un accompagnement
00:26:22particulier.
00:26:23C'est-à-dire que
00:26:23quand ces intervenantes
00:26:25ont présenté
00:26:26les films de Woody Allen,
00:26:27elles n'ont pas parlé
00:26:28de la polémique
00:26:29autour de Woody Allen.
00:26:31Je précise quand même.
00:26:32C'est-à-dire,
00:26:32on ne va pas non plus
00:26:33réduire ces films-là
00:26:34à une polémique.
00:26:36C'est-à-dire que là,
00:26:36on parle,
00:26:37on célèbre pendant 10 jours
00:26:39une actrice.
00:26:39Donc on célèbre son jeu,
00:26:42on resitue le film aussi
00:26:43dans une époque,
00:26:43bien entendu,
00:26:44parce que moi,
00:26:44j'ai revu Malatane,
00:26:45par exemple,
00:26:46pour la rétrospective
00:26:47à La Rochelle,
00:26:48même si j'aime beaucoup
00:26:49le film,
00:26:50mais quand même,
00:26:50c'est vrai qu'il y a des scènes
00:26:51qui sont très dérangeantes
00:26:52aujourd'hui.
00:26:53De toute façon,
00:26:54ce qui est intéressant,
00:26:55je trouve,
00:26:56dans ces films abîmés
00:26:57et dans tout ce qui se passe
00:26:59depuis quelques années,
00:27:00c'est que notre regard
00:27:01a complètement changé.
00:27:02Et ça,
00:27:03c'est vraiment intéressant.
00:27:04Et ça rend les films
00:27:05de répertoire
00:27:05extrêmement vivants.
00:27:06Et pour moi,
00:27:07ces films-là,
00:27:07ils s'inscrivent
00:27:08dans une époque
00:27:09avec ces clichés,
00:27:10ces préjugés,
00:27:11ces codes.
00:27:12Et donc,
00:27:13il ne faut pas du tout
00:27:13les interdire
00:27:15de diffusion
00:27:15ou de projection,
00:27:17mais il faut resituer
00:27:19un contexte
00:27:20de production.
00:27:21Alors là,
00:27:22le film,
00:27:22effectivement,
00:27:23est très maladroit,
00:27:24mais n'empêche
00:27:25qu'il y a quand même
00:27:25quelques bribes du film
00:27:27que je sauverai,
00:27:28notamment,
00:27:29effectivement,
00:27:29les propos de Maria Schneider.
00:27:32Donc voilà,
00:27:32pourquoi pas,
00:27:34quand on présente
00:27:35ce film-là,
00:27:36aller choisir
00:27:37un extrait.
00:27:38J'ai aussi visionné
00:27:38sur le site de l'INA,
00:27:39il y a plein d'archives
00:27:40autour de Maria Schneider
00:27:41où elle revient,
00:27:41évidemment,
00:27:43sur ce film-là.
00:27:44Et comme elle a été brisée,
00:27:45alors là,
00:27:45elle ne le dit pas
00:27:46dans ce film,
00:27:46dans ce documentaire.
00:27:48Donc il y a plein
00:27:49de choses à faire,
00:27:49mais il faut vraiment
00:27:52recontextualiser ces films.
00:27:53C'est vraiment,
00:27:53en tout cas,
00:27:54notre rôle,
00:27:54nous,
00:27:55en tant que programmatrices
00:27:56de festival,
00:27:57le rôle des institutions,
00:27:59des cinémathèques,
00:28:00on ne peut pas faire abstraction,
00:28:01effectivement,
00:28:02de tout ce contexte
00:28:04de l'époque.
00:28:05Geneviève,
00:28:06ligne rouge
00:28:07ou ligne de crête ?
00:28:08Est-ce qu'on peut encore
00:28:09diffuser ?
00:28:10Bien sûr,
00:28:10moi,
00:28:10en tant qu'historienne,
00:28:13je ne peux absolument
00:28:14pas dire
00:28:16qu'on va effacer
00:28:18de la mémoire
00:28:20et de l'histoire
00:28:21les films qui nous dérangent.
00:28:23Ça serait grotesque.
00:28:26Mais le problème,
00:28:27c'est le regard critique.
00:28:29Or,
00:28:30nous sommes dans un pays
00:28:31inventeur de la cinéphilie
00:28:35qui, je dirais,
00:28:37privilégie
00:28:39un regard de fascination
00:28:40sur les films
00:28:41et non pas un regard critique.
00:28:44À partir du moment
00:28:45où un film
00:28:46est considéré
00:28:47comme un film d'auteur,
00:28:48puisque c'est comme ça
00:28:49qu'on appelle ça ici,
00:28:51ce qui est totalement abusif
00:28:53comme dénomination,
00:28:54nous savons tous
00:28:55que le cinéma
00:28:56est l'art le plus collectif
00:28:57qui soit.
00:28:58Donc, ça commence mal.
00:29:00Mais on est là-dedans.
00:29:02Donc,
00:29:03à partir du moment
00:29:05où un film
00:29:06est intronisé
00:29:07par la critique
00:29:11comme étant
00:29:13un film d'auteur,
00:29:16je dirais que
00:29:17tout regard critique
00:29:18disparaît.
00:29:19Y compris dans l'université.
00:29:23on va faire
00:29:25l'éloge
00:29:26des beautés,
00:29:27du style,
00:29:28de l'univers,
00:29:30de la vision
00:29:31du monde
00:29:31de l'auteur en question
00:29:33à travers
00:29:33les différents films
00:29:35qu'il a fait.
00:29:37Et
00:29:38cette posture-là
00:29:40qui est partagée
00:29:41très, très, très
00:29:42largement
00:29:43par toutes les cultiveries,
00:29:45mais plus précisément
00:29:46par tous
00:29:47les gens en France,
00:29:48par la plupart
00:29:49des gens en France
00:29:50qui travaillent
00:29:51sur le cinéma
00:29:51en tant que
00:29:53chercheurs.
00:29:55Bon,
00:29:55je ne suis pas
00:29:56en odeur de sainteté
00:29:58dans mon université.
00:30:00Heureusement,
00:30:01je suis à la retraite.
00:30:02Donc,
00:30:03j'ai repris ma liberté.
00:30:04Mais,
00:30:04bon,
00:30:05on me l'a fait payer
00:30:06très, très cher.
00:30:08Donc,
00:30:09si vous voulez,
00:30:10ça pose un problème
00:30:11d'une ampleur
00:30:15absolument énorme,
00:30:17c'est que
00:30:19notre,
00:30:20en France,
00:30:21et c'est vraiment
00:30:21un problème français,
00:30:23en France,
00:30:24notre regard
00:30:24sur les films
00:30:26privilégie
00:30:27systématiquement
00:30:30le culte.
00:30:32Alors que,
00:30:34pour une historienne
00:30:35comme moi,
00:30:36ce qui est intéressant,
00:30:37évidemment,
00:30:37c'est la contextualisation
00:30:39et c'est ce que j'appelle
00:30:40un regard critique,
00:30:41ce qui est d'une banalité
00:30:42absolue.
00:30:44Et un regard critique,
00:30:45ça ne veut pas du tout dire
00:30:47qu'on va ajouter
00:30:48le bébé avec l'eau du bain,
00:30:49ça veut dire simplement
00:30:50qu'on va regarder
00:30:51les films
00:30:53comme des témoignages
00:30:55de leur époque,
00:30:56des mentalités
00:30:57de l'époque,
00:30:59en mettant,
00:31:00y compris en prenant en compte
00:31:01que les films
00:31:02ne sont pas des reflets
00:31:03de la société,
00:31:04mais des créations
00:31:05d'un imaginaire collectif,
00:31:07on va essayer
00:31:08de prendre en compte
00:31:09tout ça
00:31:10pour contextualiser
00:31:11les films
00:31:12et comprendre
00:31:15pourquoi
00:31:15tel ou tel
00:31:18réalisateur
00:31:19fait des films
00:31:20d'une misogynie féroce.
00:31:23En partie,
00:31:24c'est lié à l'époque,
00:31:26en partie,
00:31:27c'est des traits
00:31:27qui peuvent être individuels,
00:31:29mais c'est quand même
00:31:31en général
00:31:33des traits collectifs.
00:31:36qu'il s'agisse
00:31:37par exemple
00:31:39de ce qu'on a appelé
00:31:40en France
00:31:41le réalisme noir
00:31:42après-guerre
00:31:43avec des films
00:31:44comme Manège
00:31:45avec Simone Signoret,
00:31:48c'est des films
00:31:49qui sont très brillants,
00:31:51ils sont d'une misogynie
00:31:52mais effroyable,
00:31:54littéralement effroyable,
00:31:55c'est-à-dire
00:31:55on en sort,
00:31:57j'avais fait,
00:31:58j'ai fait une intervention
00:31:59récemment
00:32:01pour résumer
00:32:03l'état d'esprit
00:32:04de la majorité
00:32:04des films
00:32:05de cette époque,
00:32:05Bonnes à tuer.
00:32:07Et c'est le titre
00:32:08d'un film d'ailleurs
00:32:09de cette époque.
00:32:12Donc,
00:32:13ce qui est intéressant,
00:32:14c'est d'essayer
00:32:15de comprendre
00:32:15pourquoi.
00:32:18Et deuxièmement,
00:32:19c'est un peu ce qu'on a fait
00:32:20avec Noël Berge
00:32:21dans l'ouvrage
00:32:22qu'on a consacré
00:32:24au cinéma français
00:32:25des années 30-40-50,
00:32:26La drôle de guerre des sexes
00:32:27du cinéma français,
00:32:28en même temps,
00:32:29on essaie quand même,
00:32:31pour ne pas être
00:32:31totalement désespéré,
00:32:33de repérer des films
00:32:35qui auraient un regard critique
00:32:36sur ces gros traits sociétaux,
00:32:42en particulier,
00:32:43donc,
00:32:45la misogynie.
00:32:46Et on en trouve,
00:32:47quand on en cherche,
00:32:48on en trouve,
00:32:48c'est ça qui est bien,
00:32:50y compris dans les années 30-40-50.
00:32:53Mais,
00:32:53si vous voulez,
00:32:55pour moi,
00:32:55aujourd'hui,
00:32:57l'intérêt
00:32:58de regarder
00:32:59le cinéma
00:33:00de répertoire,
00:33:01puisque on appelle ça
00:33:02comme ça,
00:33:04c'est bien entendu
00:33:05d'essayer de comprendre
00:33:06de quoi il parle,
00:33:08comment il en parle,
00:33:09et d'où il vient,
00:33:10et qu'est-ce qu'il nous raconte
00:33:11sur cette époque.
00:33:12Donc,
00:33:13on a Sophie.
00:33:16Alors,
00:33:16je voudrais juste avoir,
00:33:18je vais le donner,
00:33:18vous inquiétez pas,
00:33:19merci,
00:33:20et je commencerai par vous.
00:33:21On a donc contexte culture
00:33:23plutôt que cancel culture
00:33:24de ce côté-là.
00:33:26Vanessa Chéder,
00:33:26est-ce qu'on peut encore diffuser
00:33:27le dernier tango à Paris ?
00:33:30Moi,
00:33:30je partage
00:33:32la même opinion
00:33:34pour plusieurs raisons,
00:33:35parce que
00:33:37quand la cinémathèque
00:33:38a annoncé
00:33:40la programmation
00:33:41du dernier tango
00:33:41à Paris
00:33:42l'année dernière,
00:33:43on m'a beaucoup sollicité
00:33:45pour savoir
00:33:45est-ce qu'il faut
00:33:46diffuser ou pas.
00:33:47Et moi,
00:33:48c'est pas en ces termes-là
00:33:49que j'ai voulu répondre,
00:33:54c'est-à-dire,
00:33:56il n'est pas question
00:33:57de censurer des films.
00:33:58On sait que
00:33:59quand on commence
00:33:59à censurer,
00:34:00que ça soit des livres,
00:34:01des films,
00:34:02des pièces de théâtre,
00:34:04tout objet culturel,
00:34:05généralement,
00:34:06ça en dit très long
00:34:07sur une évolution
00:34:09de la société,
00:34:10des régimes politiques
00:34:11et de ce qui se passe derrière.
00:34:13C'est toujours
00:34:13très mauvais signe,
00:34:14parce qu'après,
00:34:15pourquoi on censure ça
00:34:17et pas ça,
00:34:17et jusqu'où on s'arrête
00:34:18et on voit actuellement
00:34:20ce qui se passe
00:34:20aux Etats-Unis aussi
00:34:22sur les livres.
00:34:24Donc,
00:34:24pour cette raison-là,
00:34:25il n'en est pas question.
00:34:26Pour une autre raison
00:34:26aussi plus prosaïque,
00:34:28c'est que maintenant,
00:34:28on trouve absolument tout.
00:34:29Donc,
00:34:30si quelqu'un a absolument
00:34:31envie de regarder
00:34:32le dernier tango à Paris
00:34:33ou les valseuses
00:34:35ou quoi,
00:34:35il peut toujours aller
00:34:36se procurer
00:34:37d'une façon ou d'une autre
00:34:39sur le net
00:34:41ou le dark web
00:34:43ou n'importe quoi.
00:34:44donc ça n'a pas vraiment
00:34:46de sens.
00:34:46En revanche,
00:34:48d'annoncer la diffusion
00:34:51d'un film comme ça
00:34:52sans avoir prévu
00:34:54de le contextualiser,
00:34:57d'un débat,
00:34:59d'expliquer
00:35:00ce qui s'est passé
00:35:01pendant ce tournage,
00:35:03c'est vrai que moi,
00:35:04je l'ai ressenti
00:35:04un peu comme une provocation
00:35:06parce que là,
00:35:07pour le coup,
00:35:08je ne vais pas me répéter,
00:35:09mais pour le coup,
00:35:10on sait ce qui s'est passé,
00:35:11donc le dire
00:35:13au spectateur
00:35:15de dire
00:35:16voilà,
00:35:16ce film pose problème
00:35:18parce qu'il s'est passé
00:35:19ça,
00:35:19ça et ça
00:35:20et en l'expliquant,
00:35:22ça me paraît
00:35:23être la moindre des choses.
00:35:24Et en fait,
00:35:24ils l'ont déprogrammé
00:35:25au final,
00:35:26ce qui n'était vraiment
00:35:27pas un geste
00:35:28qu'on attendait,
00:35:29qui était un geste décevant,
00:35:30on s'était nous proposé
00:35:31pour animer un débat.
00:35:33Programmez-le,
00:35:34mais qu'il y ait un débat
00:35:35derrière,
00:35:35qu'on puisse en parler.
00:35:36Oui,
00:35:37mais je pense que déprogrammer,
00:35:38c'est aussi un moyen
00:35:39de dire,
00:35:39vous voyez en fait,
00:35:40elle voulait la censure
00:35:42et donc,
00:35:42voilà.
00:35:44Et alors,
00:35:44dernière question
00:35:45avant de passer à Madame,
00:35:46là on parle des films
00:35:47patrimoniaux,
00:35:47mais il y a les films actuels,
00:35:49par exemple,
00:35:49le film de Samuel Tess
00:35:50l'année dernière,
00:35:52qui a été,
00:35:52ou l'année d'avant
00:35:53le tournage,
00:35:54donc Samuel Tess
00:35:55est accusé,
00:35:56il réalise son film,
00:35:57le titre du film
00:35:58m'échappe à l'instant,
00:35:59je le jure,
00:36:00merci.
00:36:02C'était celui-là ?
00:36:02Oui,
00:36:03c'était celui-là.
00:36:04Et donc,
00:36:05il est accusé,
00:36:06donc les productrices
00:36:07mettent en place
00:36:07tout un protocole
00:36:08qu'elles inventent
00:36:09sur le moment.
00:36:12Et au moment
00:36:13de sortir le film,
00:36:15elles ont réfléchi
00:36:16à comment on fait
00:36:16pour ne pas pénaliser
00:36:19ce film,
00:36:20comment on fait
00:36:21pour ne pas pénaliser
00:36:22toute l'équipe de tournage
00:36:23et pour que ce film
00:36:24ramène l'argent
00:36:24qu'il était censé ramener.
00:36:26Et alors,
00:36:26elles ont fait un choix
00:36:27que je vous soumets,
00:36:28vous nous direz ça,
00:36:29elles ont expliqué
00:36:31dans le dossier de presse,
00:36:31moi j'ai reçu le dossier
00:36:32de presse comme journaliste,
00:36:34pourquoi Samuel Tess
00:36:34ne serait dans
00:36:35aucune promotion,
00:36:36ce qui était arrivé
00:36:37et elles ont
00:36:39entre guillemets
00:36:40sauvé le film
00:36:40comme ça
00:36:40en essayant
00:36:41de tenir une ligne,
00:36:42une ligne de crête
00:36:43et effectivement,
00:36:44il n'a fait absolument
00:36:45aucune promotion.
00:36:47Et le film
00:36:47a vécu sa vie,
00:36:49c'est quelque chose
00:36:50Sophie Merouz
00:36:51qui vous intéresse
00:36:53cette façon de faire.
00:36:56est-ce que vous programmeriez
00:36:59je le jour
00:36:59dans votre festival ?
00:37:01Là, de toute façon,
00:37:01sur les films nouveaux,
00:37:02c'est vraiment au cas par cas
00:37:03parce que c'est des situations
00:37:04tellement différentes
00:37:06pour chaque film
00:37:07qu'il n'y a pas du tout,
00:37:08il ne peut pas y avoir
00:37:08de généralité.
00:37:10En tout cas,
00:37:10je trouve qu'elles ont fait
00:37:11le bon choix,
00:37:11je n'avais pas suivi
00:37:12jusqu'au bout
00:37:13cette affaire-là
00:37:13parce qu'il y en a beaucoup,
00:37:15mais je trouve
00:37:16qu'elles ont fait
00:37:16le bon choix
00:37:16parce que comme le dit
00:37:17Geneviève,
00:37:17un film c'est une oeuvre
00:37:18collective,
00:37:19donc ça va sanctionner
00:37:20toute une équipe
00:37:22technique,
00:37:23des productrices
00:37:23qui ont investi
00:37:24sur le film,
00:37:25d'autres acteurs,
00:37:26actrices, etc.
00:37:27Donc je trouve
00:37:28que c'est le bon choix,
00:37:30mais après,
00:37:30il y a peut-être
00:37:30d'autres choix possibles aussi.
00:37:33C'est plus compliqué,
00:37:34je trouve,
00:37:34sur les films nouveaux
00:37:36parce que ça implique
00:37:37des personnes
00:37:38qui sont là,
00:37:39toute une économie,
00:37:40toute une industrie
00:37:41et le cinéma,
00:37:43c'est une oeuvre
00:37:44de culte en France,
00:37:46mais c'est aussi
00:37:46une industrie
00:37:47et c'est quand même
00:37:47beaucoup d'argent
00:37:49et c'est des productrices
00:37:50qui sont sans doute
00:37:51formidables,
00:37:51j'imagine.
00:37:52Oui,
00:37:52mais comme on respecte
00:37:53aussi la parole
00:37:53de la victime
00:37:54qui va voir le film,
00:37:56qui va voir ce film
00:37:57sur grand écran
00:37:58et qui elle,
00:37:59on n'en parle jamais,
00:38:00des victimes,
00:38:01est totalement invisibilisée
00:38:02et qui,
00:38:03voilà,
00:38:03c'est pas facile
00:38:04de trouver le juste milieu.
00:38:05Alors,
00:38:06madame avait une question.
00:38:09Alors,
00:38:09attendez,
00:38:10on va vous donner
00:38:10un micro,
00:38:11ça va être beaucoup mieux,
00:38:12vous allez voir.
00:38:12Merci beaucoup.
00:38:14Voilà,
00:38:15je voulais vous remercier
00:38:15d'abord toutes les quatre
00:38:16parce que c'est vrai
00:38:17que ce visionnage
00:38:19est possible
00:38:19et supportable
00:38:20que parce qu'il y a
00:38:21cette discussion après
00:38:22et ça,
00:38:23c'est merveilleux.
00:38:24C'est peut-être pas d'ailleurs
00:38:25accessible à tout le monde
00:38:26puisque tout ce que vous racontez
00:38:27de la cinémathèque
00:38:28nous laisse bien penser
00:38:29qu'il y a des espaces
00:38:30où on ne peut même pas discuter.
00:38:32C'est vrai,
00:38:32quand on pense
00:38:32de regard critique,
00:38:34c'est effrayant de penser
00:38:36qu'on ne peut même pas discuter
00:38:37d'un film
00:38:38qui s'est passé
00:38:39il y a 50 ans
00:38:40parce que là,
00:38:41je fais souvent
00:38:42trop d'aparté
00:38:43mais c'est vrai
00:38:43que votre question de départ
00:38:45qui était
00:38:45qu'est-ce qu'on fait
00:38:46des films abîmés
00:38:47en face qu'on les passe
00:38:49ou on ne les passe pas
00:38:49ou tout ça,
00:38:50elle est absolument abyssale.
00:38:52Je ne vois pas
00:38:52comment on pourrait y répondre
00:38:53puisque c'est quoi
00:38:54un film abîmé ?
00:38:55Est-ce que c'est l'auteur
00:38:56qui a commis des délits
00:38:58sexuels
00:38:59ou qui est menacés
00:39:01ou est-ce que c'est même
00:39:02le regard du cinéaste
00:39:04qui pose question
00:39:05avec le Melguez ?
00:39:06Enfin,
00:39:06elle est abyssale la question.
00:39:08Donc là,
00:39:08moi je dirais
00:39:09et c'est un éprouvé
00:39:11de ce que je viens de vivre
00:39:12là à l'instant
00:39:13avec la diffusion
00:39:14du documentaire
00:39:15c'est qu'en vérité
00:39:17je trouve que c'est
00:39:19extrêmement pédagogique
00:39:20et qu'il ne faut surtout
00:39:22pas le censurer.
00:39:23Ce film est extrêmement pédagogique
00:39:25mais le doc
00:39:26est encore plus pédagogique
00:39:28parce que pour une fois
00:39:29tout est assumé.
00:39:31C'est-à-dire que
00:39:32et le réalisateur
00:39:34dit que c'est un viol
00:39:35et l'auteur
00:39:37dit qu'effectivement
00:39:37Oui,
00:39:37c'est ce que disait Vanessa
00:39:38je l'ai dit tout à l'heure.
00:39:39Ils l'ont pas...
00:39:40Oui,
00:39:40je répète
00:39:41mais en quoi c'est pédagogique
00:39:43c'est-à-dire que
00:39:44et l'autorité
00:39:46enfin celle qui a subi
00:39:47la victime
00:39:48dit bah oui
00:39:48j'ai été violée
00:39:49mais c'est pas très grave
00:39:49parce qu'en fait
00:39:50ça m'a fait connaître
00:39:51ça m'a donné
00:39:52finalement on ne retient
00:39:53que ça de moi
00:39:54donc j'ai une vision
00:39:55ça parle effectivement
00:39:56beaucoup plus
00:39:57de la société
00:39:58à ce moment-là
00:39:59et je suis pas sûre
00:40:00que ça soit fini
00:40:00de la place des femmes
00:40:02et de ce que finalement
00:40:03le viol féminin
00:40:04bah c'était
00:40:05pas très grave en soi
00:40:07c'est pour l'esthétisme
00:40:09enfin c'est pour soi-disant
00:40:11donner matière à penser
00:40:12mais en fait
00:40:13on voit bien
00:40:14dans même ce que dit
00:40:15Bartolucci
00:40:15enfin personne ne pense rien
00:40:16de la violence masculine
00:40:18c'est pas un film
00:40:19qui aide à penser
00:40:20en tout cas
00:40:20dans l'époque
00:40:21et aujourd'hui même
00:40:22cette parole reste censurée
00:40:24donc voilà
00:40:25et c'est pédagogique
00:40:26parce qu'aujourd'hui
00:40:27justement
00:40:28la parole des femmes
00:40:29est quand même
00:40:32toujours invisibilisée
00:40:33sur cette question du viol
00:40:34il y a la question
00:40:36de l'actrice
00:40:37et des acteurs
00:40:38comme objet de désir
00:40:39et Bartolucci
00:40:40le dit aussi très bien
00:40:41ce sont mes objets
00:40:41alors j'ai peut-être
00:40:42un peu exagéré
00:40:43mes objets
00:40:44on voit bien
00:40:45enfin c'est ce qu'on dit
00:40:46de la perversion
00:40:47c'est-à-dire comment
00:40:48on voit plus un être humain
00:40:50en face de soi
00:40:51mais un objet
00:40:52qu'on manipule
00:40:52et il le dit
00:40:53est-ce que c'est pas le cas
00:40:54de tous les réalisateurs
00:40:55là je pousse la provoque
00:40:57est-ce que
00:40:58c'est pas toujours
00:40:59les acteurs
00:40:59sont des objets désirs
00:41:00pour faire ce qu'on veut
00:41:01finalement
00:41:01et à partir du moment
00:41:02dans une société
00:41:03où le viol
00:41:04c'est pas si grave
00:41:06c'est vraiment une façon
00:41:07d'expliquer la relation
00:41:08homme-femme
00:41:10et ça l'a sûrement été
00:41:11voilà
00:41:12je voulais dire
00:41:13il y a un côté didactique
00:41:14dans cette affaire
00:41:16pédagogique
00:41:16on entend
00:41:17pédagogique
00:41:18mais sous réserve
00:41:19qu'on puisse en discuter
00:41:20et donc merci de le faire
00:41:21donc
00:41:21vous trouvez que c'est pédagogique
00:41:24qu'on s'en sert
00:41:25allez c'est Geneviève
00:41:25levez la main
00:41:26si vous voulez poser une question
00:41:27en vous écoutant
00:41:30je me disais
00:41:31qu'en fait
00:41:33ce à quoi
00:41:34il faudrait
00:41:35renoncer
00:41:35mais je sais bien
00:41:36que c'est impossible
00:41:37en France
00:41:38c'est à la célébration
00:41:41la glorification
00:41:42la célébration
00:41:43c'est à dire
00:41:44on ne fonctionne
00:41:44que sur des célébrations
00:41:46la cinémathèque française
00:41:48ne fonctionne
00:41:49que sur des célébrations
00:41:50et ça
00:41:51c'est épouvantable
00:41:53parce que
00:41:54ça
00:41:55évidemment
00:41:55ça interdit
00:41:56le regard critique
00:41:59donc
00:42:00si on commençait
00:42:01par
00:42:03renoncer
00:42:04à faire des programmations
00:42:05basées
00:42:06sur des célébrations
00:42:08d'auteurs
00:42:08et quand on voit
00:42:10quand on examine
00:42:11sur la longueur
00:42:13temporelle
00:42:14le programme
00:42:15de la cinémathèque
00:42:16bon
00:42:17il n'y a pas photo
00:42:18entre le nombre
00:42:20de réalisateurs
00:42:21célébrés
00:42:23et
00:42:25actrices
00:42:26ou réalisateurs
00:42:26si n'en parlons même pas
00:42:29actrices
00:42:29c'est même pas 10%
00:42:30bon
00:42:31voilà
00:42:31donc il y a cette
00:42:32à mon avis
00:42:33cette notion
00:42:35de célébration
00:42:35elle est
00:42:37elle est empoisonnée
00:42:38c'est piégeux
00:42:41complètement
00:42:44voilà
00:42:45ah oui pardon
00:42:46excusez-moi
00:42:47je voulais
00:42:47le deuxième point
00:42:49sur lequel je voulais revenir
00:42:50c'est la question de désir
00:42:52alors justement
00:42:54ce qui s'est passé
00:42:56en particulier
00:42:59depuis les années
00:43:00depuis la nouvelle vague
00:43:03c'est la mise en avant
00:43:05de l'importance
00:43:06du désir
00:43:07au sens érotique du terme
00:43:10du réalisateur
00:43:11pour avoir envie
00:43:14de faire un film
00:43:14pour qu'il ait envie
00:43:16de faire un film
00:43:17le génie
00:43:17il faut qu'il désire
00:43:19et évidemment
00:43:20pour stimuler son désir
00:43:21il faut qu'il change régulièrement
00:43:23d'objet de désir
00:43:23bien entendu
00:43:25sinon il se lasse
00:43:26le pauvre génie
00:43:27bon
00:43:28et donc
00:43:31le cinéma
00:43:32d'avant la nouvelle vague
00:43:33avait cet avantage
00:43:35qu'il était
00:43:37revendiqué
00:43:38par à peu près
00:43:38tout le monde
00:43:39y compris
00:43:39les réalisateurs
00:43:41ayant
00:43:41ou les scénaristes
00:43:42ayant
00:43:42une ambition artistique
00:43:44comme
00:43:45des
00:43:45des oeuvres
00:43:47collectives
00:43:49parlant
00:43:50de questions
00:43:51qui intéressaient
00:43:52tout le monde
00:43:54qui étaient
00:43:54dans l'air du temps
00:43:55c'est à dire
00:43:56qu'il n'y avait pas
00:43:58cette espèce
00:43:59de fétichisation
00:44:01du désir
00:44:02comme moteur
00:44:03de la création
00:44:04ça c'est vraiment
00:44:06arrivé avec la nouvelle vague
00:44:08et
00:44:09ça
00:44:09ça fait des ravages
00:44:10jusqu'à aujourd'hui
00:44:11ça fait des ravages
00:44:12donc moi
00:44:13évidemment
00:44:14alors il y a
00:44:15quelques réalisateurs
00:44:16qui échappent
00:44:17à ce schéma là
00:44:18Laurent Cantet
00:44:19par exemple
00:44:20mais
00:44:21on les compte
00:44:22sur les doigts
00:44:22d'une main
00:44:23il y a aussi
00:44:24quelques réalisatrices
00:44:25qui échappent
00:44:25pas toutes
00:44:28qui échappent à ça
00:44:29mais
00:44:29je dirais
00:44:30que si vous voulez
00:44:30le verre est dans le fruit
00:44:31c'est à dire que
00:44:33ce culte de l'auteur
00:44:34s'est accompagné
00:44:34de ce fétichisme
00:44:36du désir
00:44:36et tout ça
00:44:37est
00:44:38totalement
00:44:40totalement
00:44:41empoisonné
00:44:41je voulais juste dire
00:44:42que dans mon métier
00:44:43j'ai interviewé
00:44:43des tonnes de réalisateurs
00:44:44je ne sais pas
00:44:45combien m'ont dit
00:44:45si je ne suis pas amoureux
00:44:46de mon actrice
00:44:47je ne peux pas tourner
00:44:48c'est terrible
00:44:49question
00:44:50et après je vous ai vu
00:44:51après je vous ai vu
00:44:52je vous ai vu aussi
00:44:53je vous remercie
00:44:53déjà pour ce débat
00:44:55et le documentaire
00:44:56que j'ai trouvé
00:44:56très intéressant
00:44:57mais je voulais
00:44:58vous poser une question
00:44:59pour inverser
00:45:00le débat
00:45:01et le point de vue
00:45:02moi je suis scénariste
00:45:04dans le domaine
00:45:05du dessin animé
00:45:06donc rien à voir
00:45:06on ne maltraite pas
00:45:07les acteurs
00:45:08et les actrices
00:45:08même si les problèmes
00:45:09de représentation
00:45:11sont bien présents
00:45:12je forme des jeunes
00:45:14stagiaires
00:45:15aspirants
00:45:15réalisateurs
00:45:16et j'ai été très surprise
00:45:18qu'ils ne veuillent pas
00:45:20regarder les films
00:45:21justement
00:45:21et qu'on soit face
00:45:22à une vraie
00:45:23cancel culture
00:45:25par exemple
00:45:26le refus
00:45:26de regarder
00:45:27Shining
00:45:28du fait que l'actrice
00:45:29chez les Duval
00:45:30a été maltraitée
00:45:32rendue folle
00:45:33elle en est arrivée
00:45:34effectivement
00:45:34à des niveaux
00:45:36de détresse
00:45:37psychiatrique
00:45:39important
00:45:39lié à ce tournage
00:45:41comme Maria Schneider
00:45:42dont on sait
00:45:42que la vie
00:45:43a été impactée
00:45:44par ce tournage
00:45:45et ça fait
00:45:45que les jeunes
00:45:46générations
00:45:47elles
00:45:48boycottent
00:45:48refusent de regarder
00:45:49et par exemple
00:45:51à mes propres fils
00:45:52c'est impossible
00:45:53que je leur fasse voir
00:45:54un film de Woody Allen
00:45:55même en leur disant
00:45:56ce film là
00:45:57ne me semble pas
00:45:57problématique
00:45:58par rapport
00:45:58à la représentation
00:45:59et même moi même
00:46:01ça finit par être
00:46:01problématique
00:46:02à force
00:46:03donc voilà
00:46:03j'inverse
00:46:04tous les films
00:46:05de Woody Allen
00:46:05sont problématiques
00:46:06que faire
00:46:07pas tous
00:46:08non
00:46:08je suis désolée
00:46:09en termes de représentation
00:46:10si on regarde de près
00:46:13on va pas rentrer
00:46:14dans ce débat
00:46:15on va reparler
00:46:17d'un niveau
00:46:17après
00:46:18je voulais juste dire
00:46:19que pensez-vous
00:46:20de l'inversement
00:46:20de la posture
00:46:21qui est justement
00:46:22de boycotter
00:46:23des films
00:46:24qu'on n'a pas vus
00:46:25c'est une posture militante
00:46:27en fait
00:46:27oui c'est ça
00:46:27la posture militante
00:46:28de dire
00:46:29je ne veux pas regarder
00:46:30un seul film
00:46:30de Polanski
00:46:31parce que
00:46:33Polanski
00:46:33et ils n'ont pas envie
00:46:34de se faire mal
00:46:35et donc
00:46:35nous on parlait
00:46:36de pédagogie
00:46:37comment faire la pédagogie
00:46:39à des gens
00:46:39qui ne veulent même pas
00:46:40regarder le film
00:46:42endommagé
00:46:43problématique
00:46:43abîmé
00:46:44voilà ma question
00:46:45alors Vanessa
00:46:46moi qui est des jeunes
00:46:49enfants
00:46:49jeunes adultes
00:46:50plus exactement
00:46:51c'est en effet
00:46:51une question
00:46:52à laquelle
00:46:52j'ai été confrontée
00:46:54de multiples fois
00:46:56s'ils n'ont pas envie
00:46:57de regarder
00:46:57qu'ils ne regardent pas
00:46:58on ne va pas forcer
00:46:59qui que ce soit
00:46:59à regarder
00:47:00quoi que ce soit
00:47:01pour moi
00:47:02ça n'aurait pas
00:47:03de sens
00:47:04après
00:47:05oui
00:47:05voilà
00:47:06dans le cadre académique
00:47:08c'est un peu différent
00:47:10c'est comme si
00:47:10on disait
00:47:12on va plus étudier
00:47:14le 18ème siècle
00:47:15en littérature
00:47:16parce que
00:47:17les femmes ont des rôles
00:47:18épouvantables
00:47:19quand elles sont toujours
00:47:20là pour faire jolie
00:47:22ou alors
00:47:22quand elles sont
00:47:23au centre
00:47:24de l'histoire
00:47:25c'est
00:47:27madame Bovary
00:47:28ou Anna Karenine
00:47:29et puis elles finissent
00:47:29sous un train
00:47:30ou
00:47:30bon parce que
00:47:31tellement
00:47:32les pauvres femmes
00:47:33elles sont
00:47:33bon
00:47:34elles ne savent pas
00:47:35maîtriser leur
00:47:36leur nerf et leur passion
00:47:37donc ça n'aurait pas
00:47:39de sens
00:47:39de se débarrasser
00:47:41de pans entiers
00:47:41de la littérature
00:47:45donc dans un contexte
00:47:46académique
00:47:47oui je pense
00:47:48que le message
00:47:48à faire passer
00:47:49c'est
00:47:50mais toujours pareil
00:47:51en expliquant
00:47:52parce que
00:47:53c'est aussi
00:47:54des enseignements
00:47:54sur l'histoire
00:47:55on ne peut pas
00:47:56comprendre le présent
00:47:57si on ne sait pas
00:47:59comment
00:47:59qu'elles ont été
00:48:00les représentations
00:48:01du passé
00:48:02et c'est des questions
00:48:03qui sont
00:48:04qui sont passionnantes
00:48:05et auxquelles
00:48:07évidemment
00:48:07il faut
00:48:08ouvrir
00:48:10les étudiants
00:48:11moi j'ai été confrontée
00:48:12en ce début d'année
00:48:13à la ressortie
00:48:14juste pour une soirée
00:48:16d'un film
00:48:18culte
00:48:18de 73
00:48:19un film
00:48:20qui suit
00:48:21la lignée
00:48:22de
00:48:22Gorge Profonde
00:48:23qui s'appelle
00:48:24qui s'appelle
00:48:24Derrière la Porte Verte
00:48:26alors il faut savoir
00:48:27que
00:48:27monsieur il dit
00:48:28ah oui
00:48:28alors il faut savoir
00:48:30que c'est un film
00:48:31donc c'était l'époque
00:48:32du porno chic au cinéma
00:48:33enfin c'est comme ça
00:48:34qu'il l'appelait
00:48:35et j'ai vu le film
00:48:36et je peux vous dire
00:48:36que le voir en janvier
00:48:38un an après
00:48:38le procès Pellico
00:48:39parce que c'est un film
00:48:41qui parle
00:48:41qui scénarise
00:48:42un rapte
00:48:44d'une jeune femme
00:48:44pour un viol collectif
00:48:47et tout
00:48:49ça m'a fait froid
00:48:50dans le lot
00:48:50de voir que
00:48:51la présentation
00:48:51qui a suivi le film
00:48:53c'était déjà
00:48:54une bande d'hommes
00:48:55qui disent
00:48:56bon voilà
00:48:56le film ressort
00:48:57en DVD
00:48:58remasterisé
00:49:00regarde comme
00:49:00c'est transgressif
00:49:02et une jeune femme
00:49:03était visiblement
00:49:04et pas qu'elle
00:49:05était visiblement
00:49:06secouée par le film
00:49:08et quand elle a dit
00:49:08qu'elle était très mal à l'aise
00:49:09parce que je pense
00:49:10qu'il faut un sas
00:49:11après avoir vu ce film
00:49:13elle a été décriée
00:49:14par un vieux monsieur
00:49:15bedonant
00:49:17qui lui a dit
00:49:17oh de mon temps
00:49:19c'était le bon vieux temps
00:49:20on n'en fait plus
00:49:20des films comme ça
00:49:21on ne peut plus rien dire
00:49:22et j'ai trouvé
00:49:23que c'était d'une
00:49:24ça m'a vraiment
00:49:26effarée
00:49:26mais en même temps
00:49:27je me suis dit
00:49:28que c'est ça
00:49:29qui est bien
00:49:31je pense
00:49:31de voir des ressorties
00:49:33de films
00:49:33sur grand écran
00:49:34de faire dialoguer
00:49:35le passé et le présent
00:49:36c'est à dire
00:49:37de s'imaginer
00:49:37que des spectateurs
00:49:38à l'époque
00:49:38allaient voir ça
00:49:39avec un contexte particulier
00:49:41de le regarder après
00:49:4250 ans après
00:49:43en tant qu'une nouvelle spectatrice
00:49:45et de se dire
00:49:45ah ouais
00:49:46après tout ce qui s'est passé
00:49:47après l'avancée de la société
00:49:50ce film là
00:49:50non
00:49:51et donc
00:49:52moi je voulais dire
00:49:53que par rapport
00:49:54à la question de madame
00:49:55par rapport aux jeunes étudiants
00:49:56je pense que
00:49:58depuis MeToo
00:49:58je pense que c'est bien
00:49:59de faire dialoguer
00:50:00les oeuvres
00:50:01et
00:50:01non pas de brûler
00:50:03les oeuvres
00:50:04mais de proposer aussi
00:50:05un corpus de films
00:50:06qui répondent
00:50:07à ces
00:50:08à ces films problématiques
00:50:10non pas en les corrigeant
00:50:11mais en apportant
00:50:12d'autres points de vue
00:50:13d'autres visions
00:50:14d'autres regards
00:50:15ça peut être par exemple
00:50:16quand on parle de
00:50:16Shelley Duval
00:50:18montrer que Shelley Duval
00:50:19a été une actrice culte
00:50:20pour Robert Altman
00:50:21et qu'elle avait
00:50:23toute une carrière
00:50:23un boulevard
00:50:26avant de faire
00:50:27Shining
00:50:27et même après
00:50:28elle s'est lancée
00:50:28dans la production
00:50:29de séries pour enfants
00:50:30ça a été une voie importante
00:50:32et je pense
00:50:32que c'est important
00:50:33de cultiver
00:50:35une curiosité
00:50:35un dialogue
00:50:36entre les époques
00:50:37de ne pas être
00:50:38dans le militantisme pur
00:50:40parce qu'il faut
00:50:41toujours encourager
00:50:42cette curiosité
00:50:43qui nous montre
00:50:44pourquoi on en arrive
00:50:45maintenant
00:50:45à des coordinatrices
00:50:46d'intimité
00:50:47dans des films
00:50:49pourquoi on en arrive
00:50:50à repenser
00:50:50la question
00:50:51de la représentation
00:50:52du sexe à l'écran
00:50:52parce qu'il y a eu
00:50:53ces films
00:50:54en 72
00:50:55où sous couvert
00:50:57de transgressions
00:50:58on se permettait tout
00:50:58mais aussi
00:50:59ce film interroge
00:51:00la question
00:51:01du bien-être
00:51:01au travail
00:51:02et la question
00:51:03du
00:51:04c'est pas parce
00:51:05qu'on tourne des films
00:51:05comme ça
00:51:07qu'il faut repenser
00:51:08aussi le confort
00:51:08de tous les gens
00:51:09sur l'équipe
00:51:10et ce film
00:51:10y répond aussi
00:51:11merci beaucoup
00:51:13on a découvert
00:51:13un film grâce à vous
00:51:14il y avait quelqu'un
00:51:15qui a pris un micro
00:51:15par là
00:51:16bonjour
00:51:17merci beaucoup
00:51:18pour cette discussion
00:51:19justement
00:51:20je voulais parler
00:51:20en tant que
00:51:21coordinatrice d'intimité
00:51:23il y en a pas beaucoup
00:51:24en France
00:51:24donc vous êtes
00:51:25une des coordinatrices
00:51:26d'intimité
00:51:27regardez-la bien
00:51:28parce qu'elles sont
00:51:28un art
00:51:28et elles ont du mal
00:51:30à trouver du boulot
00:51:30petit lot
00:51:31qui a décidé
00:51:32de faire ce taf
00:51:33et le résultat
00:51:33c'est un sujet
00:51:34qui m'intéresse beaucoup
00:51:35parce que c'est le cœur
00:51:35de mon métier
00:51:37et je trouve
00:51:37qu'il y a un aspect
00:51:38en effet qui est intéressant
00:51:39sur la célébration
00:51:40le fait de célébrer
00:51:41le statut d'auteur
00:51:42un peu mis comme
00:51:44truc tout en haut
00:51:45je pense aussi
00:51:45qu'il y a un truc
00:51:46à déconstruire là-dedans
00:51:47et qui est intéressant
00:51:48parce que je crois
00:51:49que c'est parlé un peu
00:51:49dans le documentaire
00:51:51sur Ah mais c'est de l'art
00:51:52c'est en effet
00:51:53le geste artistique
00:51:55moi je sais que par exemple
00:51:56dans mon travail
00:51:57c'est le truc
00:51:58auquel je me heurte le plus
00:52:00avec les réalisateurs
00:52:01et réalisatrices
00:52:02vous empiétez
00:52:03sur leur art
00:52:05c'est qu'est-ce que l'art
00:52:06et qu'est-ce que le geste
00:52:07et c'est quoi
00:52:07être acteur-actrice
00:52:08c'est quoi
00:52:09le don de soi
00:52:10enfin c'est quoi
00:52:11et où je trouve
00:52:12qu'il y a
00:52:12en fait
00:52:13et ça parle un peu aussi
00:52:14de la difficulté
00:52:16qu'on a à savoir faire
00:52:17de ces oeuvres là
00:52:18c'est aussi
00:52:19de tolérer
00:52:23ce qu'on sait pas
00:52:24et ne pas savoir
00:52:25quoi faire des choses
00:52:26je pense qu'il y a un côté
00:52:27par exemple
00:52:28chez les réalisateurs
00:52:29avec qui je travaille
00:52:30où il y a presque
00:52:32comme quelque chose
00:52:33qui est de l'ordre
00:52:33de comment on dit ça
00:52:36du défi
00:52:37de ma présence
00:52:38enfin comme s'ils étaient
00:52:38pas capables
00:52:39de faire ces scènes là
00:52:40et qu'il fallait
00:52:40qu'on leur amène
00:52:41une petite assistante
00:52:42parce que sinon
00:52:42ils ne seraient pas faire
00:52:44et je pense que par exemple
00:52:45dans le choix
00:52:45de montrer des films
00:52:46je pense qu'il faut accepter
00:52:47aussi ce truc
00:52:48de se dire
00:52:48peut-être que parfois
00:52:49il y a des films
00:52:49on ne sait pas quoi en faire
00:52:51et il n'y a pas
00:52:51de solution à tout
00:52:52je trouve que par exemple
00:52:53l'exemple des productrices
00:52:54c'est très bien
00:52:54elles ont fait
00:52:55ce qu'elles ont pu
00:52:56elles ont innové
00:52:57quelque chose
00:52:57je pense qu'il faut aussi
00:52:58accepter
00:52:58elles ont même
00:52:59Caroline Bonmarchand
00:53:00avec des productrices
00:53:00elles ont même
00:53:00créé une boîte à outils
00:53:02pour toutes les autres
00:53:03productrices
00:53:03qui auraient le même souci
00:53:04de leur expérience
00:53:07parce que je pense
00:53:07qu'en effet
00:53:08il y a un truc
00:53:10le cerveau
00:53:10quand il est face à un problème
00:53:11il a besoin
00:53:12d'avoir une solution
00:53:13et il faut trancher
00:53:14il faut avoir un avis
00:53:15bon ben voilà
00:53:16les jeunes qui ne veulent pas voir
00:53:16on ne va pas se mentir
00:53:17je suis sûre que
00:53:19le dernier tango à Paris
00:53:20il y aurait une coordinatrice
00:53:21d'intimité
00:53:21ça n'existait pas à l'époque
00:53:22il n'y aurait jamais eu
00:53:23la scène du beurre
00:53:24il faut savoir
00:53:25moi j'ai découvert
00:53:26votre métier à Cannes
00:53:27il se trouve que cette année
00:53:28à Cannes
00:53:28vous avez été reçus
00:53:29il y a eu une table ronde
00:53:30etc
00:53:31et les coordinatrices
00:53:32d'intimité
00:53:32par exemple si un scénario
00:53:33c'est marqué
00:53:34ils font l'amour
00:53:35non alors attendez
00:53:36on va expliquer
00:53:36on va dérouler
00:53:37c'est comme une cascade
00:53:37c'est ce que vous expliquez
00:53:38toutes à chaque fois
00:53:40pour une cascade
00:53:40vous prenez des cascadeurs
00:53:42et quelqu'un qui coordonne
00:53:43la cascade
00:53:43ben là c'est pareil
00:53:44après c'est vrai
00:53:45je suis d'accord avec vous
00:53:46sur le fait
00:53:47qu'il n'y aurait pas eu
00:53:47ces scènes là
00:53:48après c'est un métier
00:53:50qui a un pansement
00:53:51sur une fracture
00:53:51et qui peut exister
00:53:55dans la limite
00:53:56de ce qu'on lui donne
00:53:57c'est à dire aussi
00:53:58que je sais que par exemple
00:53:59j'ai des collègues
00:54:00qui ont été blacklistés
00:54:02parce qu'elles ont fait
00:54:03remonter des choses
00:54:03enfin voilà
00:54:04ça reste un métier
00:54:05qui est dans une économie
00:54:06et qui n'est pas
00:54:06c'est pas une bulle magique
00:54:09tenez bon
00:54:10ou allez travailler
00:54:10aux Etats-Unis
00:54:11parce que là-bas
00:54:12c'est vraiment acté
00:54:13depuis très longtemps
00:54:14d'ailleurs les premières
00:54:14coordonnatrices d'intimité
00:54:15en France
00:54:15sont allées se former
00:54:16à l'étranger
00:54:17la première formation
00:54:18a démarré là
00:54:20cette année
00:54:23grâce au CNC
00:54:23et ma question
00:54:25et ma réflexion
00:54:25c'est un peu
00:54:26sur le fait de la question
00:54:27est-ce qu'il faut projeter
00:54:28c'est est-ce qu'il faut
00:54:29donner une réponse à ça
00:54:29est-ce qu'il faut toujours
00:54:30qu'on ait une réponse
00:54:33ferme sur tout
00:54:33et peut-être accepter
00:54:36la non-idée
00:54:38Vanessa
00:54:38vous vouliez intervenir ?
00:54:40en tout cas
00:54:40je pense qu'il n'y a pas
00:54:41de réponse unique
00:54:42parce que comme ça a été dit
00:54:43les cas de figure
00:54:44sont tellement différents
00:54:45que voilà
00:54:46on ne peut pas avoir
00:54:47une réponse unique
00:54:48et un espèce de guide unique
00:54:50mais je voulais revenir
00:54:51sur la question
00:54:52de votre métier
00:54:55c'est vrai
00:54:55sur le dernier tango
00:54:56à Paris
00:54:57c'est même pas
00:54:57qu'il n'y avait pas
00:54:57de coordinateur d'intimité
00:54:59évidemment il n'y en avait pas
00:54:59mais c'était aussi
00:55:01c'était une époque
00:55:03où il y avait
00:55:03où les acteurs
00:55:05étaient très mal conseillés
00:55:06entourés
00:55:07elle n'avait personne
00:55:08à qui
00:55:09elle ne savait même pas
00:55:10quels étaient ses droits
00:55:11en fait
00:55:12donc on était dans
00:55:13une grande période
00:55:14de flou
00:55:15qui facilitait
00:55:17absolument
00:55:18tous les abus
00:55:20alors la question
00:55:21s'est posée
00:55:21parce que mon livre
00:55:23a été adapté
00:55:24au cinéma
00:55:24et quand j'ai lu
00:55:26le scénario
00:55:26je n'ai pas participé
00:55:28à l'écriture du film
00:55:30mais la réalisatrice
00:55:31m'a fait lire le scénario
00:55:32et j'ai vu
00:55:32qu'elle voulait refaire
00:55:34cette fameuse scène
00:55:36du tango
00:55:36ce qui était pour moi
00:55:37source d'inquiétude
00:55:38puisque évidemment
00:55:39j'avais toujours
00:55:40la petite voix de Maria
00:55:40en me disant
00:55:41elle aurait détesté
00:55:42qu'on refasse
00:55:45sauf que là
00:55:45c'était le point de vue inversé
00:55:47c'était la scène
00:55:48du tango
00:55:49vue du côté
00:55:50de Maria
00:55:52elle voulait montrer
00:55:52la scène
00:55:53de son point de vue
00:55:54à elle
00:55:55et de son angle
00:55:55à elle
00:55:57et évidemment
00:55:58il y a eu
00:55:58une coordinatrice
00:55:59d'intimité
00:56:00sur ce moment
00:56:03du tournage
00:56:04avec
00:56:05d'ailleurs
00:56:05c'était une équipe
00:56:06très réduite
00:56:07il y avait tout un dispositif
00:56:08particulier
00:56:09ils en ont beaucoup
00:56:10discuté avant
00:56:11et moi
00:56:12les discussions
00:56:12que j'ai eues après
00:56:13avec les comédiens
00:56:14hommes et femmes
00:56:15c'était qu'ils étaient
00:56:17tous extrêmement rassurés
00:56:19ils trouvaient ça
00:56:20beaucoup plus confortable
00:56:21et la jeune actrice
00:56:23qui jouait
00:56:24Maria Schneider
00:56:24Anna Maria Bartolome
00:56:25qui disait
00:56:27mais par rapport à
00:56:27voilà
00:56:28elle savait ce qui allait se passer
00:56:30les choses avaient été dites
00:56:31elle était beaucoup moins anxieuse
00:56:33elle était
00:56:34et du côté de Matt Dillon
00:56:36qui avait aussi
00:56:38beaucoup d'anxiété
00:56:39à incarner
00:56:40le personnage de Marlon Brando
00:56:42parce que
00:56:42voilà
00:56:43il se disait
00:56:44est-ce que ça va pas me
00:56:44je vais pas passer
00:56:46pour un horrible salaud
00:56:47et les gens vont pas me
00:56:48et lui était très rassuré
00:56:51aussi de ça
00:56:52de savoir
00:56:53qu'on l'aidait
00:56:54à mesurer
00:56:55voilà
00:56:56ses gestes
00:56:58qu'il pouvait poser
00:57:00des questions
00:57:00et qu'il y avait
00:57:01quelqu'un
00:57:02donc
00:57:03moi les retours
00:57:04que j'ai eus
00:57:05étaient
00:57:05très très positifs
00:57:07sur ce type
00:57:08d'intervention
00:57:09Sophie
00:57:09et après
00:57:10vous parliez du flou
00:57:12et en effet
00:57:13je pense que
00:57:13Marie-Age Sénère
00:57:13était très seule
00:57:14elle avait 19 ans
00:57:15c'est ça
00:57:16sur le tournage
00:57:16oui
00:57:17et puis elle avait pas
00:57:17un entourage parental
00:57:19elle avait pas de
00:57:20oui
00:57:20elle avait pas vraiment d'agent
00:57:22voilà
00:57:22c'était sa mère
00:57:23qui avait signé
00:57:24une décharge pour elle
00:57:25donc c'était un contexte
00:57:27quand même
00:57:27très particulier
00:57:28mais même
00:57:29toutes les actrices
00:57:30de cette époque
00:57:31elles étaient aussi
00:57:32avec des
00:57:32voilà
00:57:33avec des contrats épouvantables
00:57:34je sais pas
00:57:34je me demande
00:57:35parce que quand j'ai découvert
00:57:36le documentaire
00:57:37que je me suis aperçu
00:57:38que Bertolucci pensait
00:57:40à Dominique Sanda
00:57:40est-ce qu'il aurait fait
00:57:42tourner cette scène
00:57:43à Dominique Sanda
00:57:45moi je crois pas
00:57:46je pense qu'il a profité
00:57:47vraiment
00:57:47du fait que
00:57:48Marie-Age Sénère
00:57:48était extrêmement jeune
00:57:49en effet très seule
00:57:51pas conseillée
00:57:52donc extrêmement vulnérable
00:57:54il aurait pas fait tourner
00:57:55cette scène
00:57:55à Dominique Sanda
00:57:56c'est évident
00:57:57donc il a vraiment profité
00:57:59aussi de tout ça
00:58:00donc c'est pas qu'une question
00:58:01d'entourage
00:58:02enfin de juridique
00:58:03etc
00:58:04je pense que ça va au-delà de ça
00:58:05non je parle plus
00:58:06pour le après
00:58:09parce qu'elle
00:58:10elle aurait pu
00:58:11après le tournage
00:58:12de cette scène
00:58:14essayer de s'opposer
00:58:15à ce qu'elle soit présente
00:58:16au montage
00:58:16par exemple
00:58:17mais c'était des choses
00:58:18qui étaient
00:58:19qui lui sont même pas venus
00:58:21à l'esprit
00:58:21à l'époque
00:58:22elle savait pas du tout
00:58:23qu'on pouvait faire ça
00:58:23Geneviève
00:58:24vous vouliez intervenir
00:58:26il me semble que
00:58:28le métier
00:58:30et la présence
00:58:30des coordinatrices
00:58:32d'intimité
00:58:34met en évidence
00:58:35encore une fois
00:58:39la revendication
00:58:41de toute puissance
00:58:44des réalisateurs
00:58:46en France
00:58:46le refus
00:58:48de reconnaître
00:58:49le caractère collectif
00:58:50de cet art
00:58:53et que donc ça
00:58:55là on est
00:58:55on est dans le dur
00:58:56on appuie
00:58:58là où ça fait mal
00:58:59et là où ça fait mal
00:59:00c'est ce fantasme
00:59:02de toute puissance
00:59:03associé à l'idée
00:59:04que
00:59:06ma créativité
00:59:07est nourrie
00:59:08par mon désir
00:59:08etc
00:59:09etc
00:59:11Catherine Corsini
00:59:12a perdu sa subvention
00:59:13CNC
00:59:14sur son dernier film
00:59:15celui qui avait été
00:59:15présenté à Cannes
00:59:16il y a deux ans
00:59:17parce que
00:59:18dans le scénario
00:59:19il y avait des choses
00:59:19qui n'étaient pas
00:59:21écrites
00:59:21et donc à partir du moment
00:59:23où on touche
00:59:23son porte-monnaie
00:59:23ça commence à
00:59:25faire mal
00:59:25et j'ai bien aimé
00:59:26ce que vous avez dit aussi
00:59:27je pense que vous l'avez entendu
00:59:28vous avez dit
00:59:29est-ce qu'on peut aussi
00:59:30accepter des fois
00:59:31de ne pas avoir la réponse
00:59:32et nous dans les formations
00:59:33qu'on donne
00:59:33à MeToo Media
00:59:34on ne leur dit jamais
00:59:35il faut diffuser
00:59:35ou il ne faut pas diffuser
00:59:36on va chez différents diffuseurs
00:59:38par contre
00:59:38on leur donne une liste
00:59:39de questions à se poser
00:59:41posez-vous la question
00:59:42un film patrimonial
00:59:43on ne se porte pas
00:59:43les mêmes questions
00:59:44qu'un film là
00:59:45du moment
00:59:46dans lequel on a
00:59:47qu'on a financé
00:59:48qui devait être diffusé
00:59:48dans un an
00:59:49ou dans deux ans
00:59:50on ne se pose pas
00:59:53les mêmes questions
00:59:53et je suis un peu surprise
00:59:54de ne pas entendre un mot
00:59:55et c'est là que je me dis
00:59:56je suis avec des gens formés
00:59:57quand même dans la salle
00:59:58ça doit être ça
00:59:59nous la question
01:00:00qu'on nous pose à chaque fois
01:00:01c'est
01:00:01mais qu'est-ce que vous faites
01:00:03de la présomption
01:00:04d'innocence
01:00:05et
01:00:07et
01:00:07pour les films
01:00:08bien sûr contemporains
01:00:09et d'expliquer
01:00:10que
01:00:11la justice
01:00:11elle met dix ans
01:00:12à passer en général
01:00:13et qu'est-ce qu'on fait
01:00:13en attendant
01:00:14et qu'en fait
01:00:14c'est une question
01:00:15qu'un diffuseur
01:00:16n'a pas à se poser
01:00:17la présomption d'innocence
01:00:18c'est une notion pénale
01:00:19qui n'intervient pas
01:00:20dans les autres droits
01:00:20le droit de la diffusion
01:00:21ça n'intervient pas dedans
01:00:22le droit du travail
01:00:23et la présomption d'innocence
01:00:24n'existent pas
01:00:25c'est un principe de sécurité
01:00:27qui prévaut
01:00:27article 41-21
01:00:28et de
01:00:31voilà
01:00:31de remettre bien
01:00:32de se poser
01:00:32les bonnes questions
01:00:33déjà ça
01:00:34apporter des réponses
01:00:35si on y arrive
01:00:36à un moment
01:00:36il n'y a pas de réponse
01:00:37mais il faut faire un choix
01:00:38on diffuse
01:00:38on ne diffuse pas
01:00:39et faire le meilleur choix possible
01:00:41pour accompagner
01:00:42c'était le mot de Sophie
01:00:43qui voulait intervenir aussi
01:00:45moi je voulais revenir
01:00:45et juste après
01:00:46alors je voulais vous dire
01:00:47déjà ce que je dis
01:00:48après Sophie
01:00:49c'est à dire que
01:00:49cette
01:00:54ignorance
01:00:55du droit du travail
01:00:56dont vous avez parlé
01:00:58dans d'autres occasions
01:01:02elle est
01:01:05directement
01:01:06associée
01:01:07à
01:01:09la conviction
01:01:11en France
01:01:12que
01:01:12la liberté créatrice
01:01:14doit
01:01:16être privilégiée
01:01:18elle prévaut
01:01:19surtout
01:01:20toute autre
01:01:21considération
01:01:21à tel point
01:01:22que
01:01:22le législateur
01:01:25est revenu
01:01:27là dessus
01:01:27en 2016
01:01:28c'est à dire
01:01:29très récemment
01:01:30pour
01:01:32réaffirmer
01:01:33le caractère
01:01:36intangible
01:01:37de la liberté créatrice
01:01:38et ça
01:01:39si vous voulez
01:01:40on est
01:01:41dans une pure
01:01:43idéologie
01:01:43qui nous vient
01:01:45bon
01:01:47essentiellement
01:01:48du romantisme
01:01:50mais qui est
01:01:51profondément
01:01:52ancrée
01:01:53dans
01:01:54les mentalités
01:01:55de l'élite
01:01:56culturelle
01:01:57en France
01:01:57et donc
01:01:59l'idée
01:01:59qu'on puisse
01:02:02discuter
01:02:04de son imagination
01:02:06avec quelqu'un
01:02:07d'autre
01:02:07qu'on puisse
01:02:09être aidé
01:02:09c'est
01:02:11oui
01:02:11c'est des crimes
01:02:12de la majesté
01:02:13donc on n'est pas
01:02:15sortis de l'auberge
01:02:15quand même
01:02:16alors on va prendre
01:02:17une toute dernière question
01:02:18et c'est le monsieur
01:02:19là-haut
01:02:20à qui on va apporter
01:02:21le micro
01:02:21elles se précipitent
01:02:22toutes les deux
01:02:23c'est merveilleux
01:02:25enfin monsieur
01:02:26vous voulez qu'on en parle
01:02:27du film que vous avez vu
01:02:27là ?
01:02:29d'accord
01:02:30il faut lever la main
01:02:33oui bien sûr
01:02:33j'ai deux petites questions
01:02:35et une affirmation
01:02:36alors mes deux petites questions
01:02:37vous ne saurez peut-être
01:02:38pas y répondre
01:02:41est-ce que
01:02:44les
01:02:44l'interview
01:02:47de
01:02:47Germaine Greer
01:02:48je ne sais pas si je prononce
01:02:50bien son nom
01:02:51l'américaine
01:02:52dans le documentaire
01:02:53est-ce que
01:02:54ce qu'elle dit
01:02:55a été
01:03:00diffusé
01:03:00auprès
01:03:03du réalisateur
01:03:04et si oui
01:03:05qu'est-ce qu'il en a pensé
01:03:08et
01:03:08ma deuxième question
01:03:09qui n'est pas le cœur
01:03:10du sujet
01:03:11mais
01:03:12en Italie
01:03:13donc il y a eu
01:03:13des procédures judiciaires
01:03:15pour interdire
01:03:15pour condamner
01:03:16mais puisque
01:03:17Maria Schneider
01:03:18et le réalisateur
01:03:20lui-même
01:03:20ont dit
01:03:20qu'il y avait eu viol
01:03:21est-ce qu'il y a eu
01:03:22des poursuites
01:03:23à ce sujet là
01:03:24et ensuite
01:03:26mon
01:03:26mon affirmation
01:03:30je ne sais plus
01:03:31à quel âge
01:03:32j'ai vu
01:03:36mince
01:03:36le film
01:03:37d'oublier
01:03:38les valseuses
01:03:39je n'exclus pas
01:03:41de l'avoir vu
01:03:42emmené par ma mère
01:03:43quand j'étais mineur
01:03:44pour la première fois
01:03:46si c'est le cas
01:03:49je ne l'ai pas
01:03:51senti choqué
01:03:51enfin bref
01:03:52j'ai revu ce film
01:03:53une deuxième fois
01:03:54des dernières après
01:03:55et je continue
01:03:56ah oui
01:03:58je vais préciser
01:03:59que c'est
01:04:00oui oui
01:04:00je vais être court
01:04:01c'est ce soir
01:04:02que j'apprends
01:04:03que
01:04:06la comédienne
01:04:07dont le personnage
01:04:08subit
01:04:08Brigitte Fosset
01:04:09merci
01:04:09a été victime
01:04:10d'une agression sexuelle
01:04:11voilà
01:04:11dans le film
01:04:12c'est montré
01:04:14comme une agression sexuelle
01:04:15je ne savais pas
01:04:16que la comédienne
01:04:18avait mal vécu
01:04:19mais toujours est-il
01:04:20que
01:04:20sur
01:04:23le film
01:04:24moi
01:04:24ce que je retiens
01:04:25du film
01:04:25c'est que
01:04:27le personnage
01:04:28de Miu Miu
01:04:29ayant joui
01:04:31quand elle se fait jeter
01:04:32dans le canal du midi
01:04:33elle vient dire
01:04:34aux deux hommes
01:04:34en quelque sorte
01:04:35vous êtes des bourrins
01:04:37et
01:04:37elle leur dit aussi
01:04:39à cette occasion
01:04:39on peut être un homme
01:04:40sans être un bourrin
01:04:41moi c'est
01:04:43pour moi
01:04:44le
01:04:46ce qui reste le plus
01:04:47de ce film
01:04:48à mes yeux
01:04:48voilà
01:04:49ça c'est mon affirmation
01:04:50mais je
01:04:51je veux bien
01:04:52que vous répondiez
01:04:53à mes deux questions
01:04:54si vous connaissez
01:04:55la réponse
01:04:55alors les deux
01:04:56premières questions
01:04:57Vanessa vous avez
01:04:58les réponses
01:04:58la première question
01:04:59je n'en sais rien
01:05:01puisque
01:05:01je ne suis pas réalisatrice
01:05:03de ce documentaire là
01:05:04mais pour en réaliser
01:05:05d'autres
01:05:06normalement
01:05:06on ne montre pas
01:05:08les rushs
01:05:09d'une personne interviewée
01:05:10à une autre
01:05:11sauf si on veut le faire
01:05:12réagir à une phrase
01:05:13très précise
01:05:13mais là ça ne semble pas
01:05:15être le cas
01:05:15donc il est peu probable
01:05:17que Bertolucci
01:05:18ait
01:05:19pas avant la diffusion
01:05:20mais après la diffusion
01:05:22il a dû le voir
01:05:23pour ce qui est des plaintes
01:05:25non
01:05:25Marianne n'a jamais porté
01:05:26plainte
01:05:29et les plaintes
01:05:31les seules plaintes
01:05:31qu'il y a eu
01:05:32c'était des plaintes
01:05:33pour attentat
01:05:34à la pudeur
01:05:35que représentait
01:05:36le film
01:05:37dans son intégralité
01:05:39et sur l'affirmation
01:05:41il y a quelqu'un
01:05:41qui veut réagir
01:05:42oui
01:05:44bon
01:05:44le problème
01:05:45c'est que
01:05:49Bertrand Brier
01:05:50n'est pas
01:05:50un imbécile
01:05:51évidemment
01:05:53tout le film
01:05:55construit
01:05:56un point de vue
01:05:59en empathie
01:06:01avec
01:06:01les deux
01:06:02protagonistes
01:06:05qui font
01:06:06qu'on trouve ça
01:06:07très drôle
01:06:07qu'ils agressent
01:06:09des femmes
01:06:09de différentes manières
01:06:11qu'ils les violent
01:06:12bon
01:06:13et
01:06:14bien entendu
01:06:16on les ridiculise
01:06:17un peu
01:06:17pour
01:06:19justement
01:06:20avoir l'air d'eux
01:06:24en montrant
01:06:24qu'ils sont incapables
01:06:25de faire jouir
01:06:26cette fille
01:06:28et je dirais
01:06:29que
01:06:29la scène
01:06:30à laquelle
01:06:30vous faites allusion
01:06:31est une façon
01:06:32de se dédouaner
01:06:33à la fin
01:06:35c'est à dire
01:06:38oublier
01:06:39bon
01:06:39et puis
01:06:39le reste
01:06:40de sa filmographie
01:06:41malheureusement
01:06:44conforte
01:06:44ce que je suis
01:06:45en train de dire
01:06:48lié
01:06:48est dans
01:06:50un rapport
01:06:51d'identification
01:06:52totale
01:06:53avec les protagonistes
01:06:55masculins
01:06:55de ces films
01:06:56même si
01:06:57il s'autorise
01:06:59régulièrement
01:07:00à en ridiculiser
01:07:02certains
01:07:02pour bien montrer
01:07:03qu'il est au dessus
01:07:04de ça
01:07:04parce que
01:07:05c'est un
01:07:05c'est un auteur
01:07:07et donc
01:07:07il ne peut pas être réduit
01:07:09à ses personnages
01:07:10mais si vous voulez
01:07:12le poids lourd
01:07:13en termes de point de vue
01:07:14dans ce film
01:07:15c'est
01:07:18les spectateurs
01:07:19sont invités
01:07:20à rigoler
01:07:21avec ces deux garçons
01:07:22qui n'arrêtent pas
01:07:22de se marrer
01:07:23et on serait quand même
01:07:25très
01:07:29comment dirais-je
01:07:32pas du tout
01:07:33bon public
01:07:34de ne pas les suivre
01:07:35dans cette
01:07:36petite virée
01:07:37tellement marrante
01:07:40avec bien entendu
01:07:41en même temps
01:07:42un sous-texte
01:07:43sur
01:07:43ce sont des voyous
01:07:46ce sont des
01:07:48des lumpen
01:07:51et
01:07:52nous
01:07:53des prolos
01:07:55oui
01:07:55et nous
01:07:56nous
01:07:57on les regarde
01:07:58comme
01:07:59un entomologiste
01:08:00donc il y a
01:08:01il y a cette
01:08:02cette espèce
01:08:03de
01:08:04perversité
01:08:05de
01:08:06à la fois
01:08:08nous faire rire
01:08:10de
01:08:11de ses comportements
01:08:14machistes
01:08:15à un point
01:08:16absolument
01:08:17épouvantable
01:08:17et en même temps
01:08:19de
01:08:19de nous dire
01:08:21oui mais bien entendu
01:08:22c'est
01:08:23c'est des pauvres types
01:08:24c'est des voyous
01:08:25c'est des
01:08:25voilà
01:08:25donc c'est
01:08:27et
01:08:27bon
01:08:29lié
01:08:30a toujours été
01:08:30sur cette ligne
01:08:31de crête
01:08:32dans
01:08:33enfin pas toujours
01:08:34quelquefois
01:08:35malheureusement
01:08:37comme dans le film
01:08:38dont
01:08:38Anouk Grimbert
01:08:39a eu à
01:08:40particulièrement
01:08:41souffrir
01:08:42mon homme
01:08:43ou alors là
01:08:44il
01:08:46il dévoile
01:08:47ses batteries
01:08:47de façon
01:08:48beaucoup plus
01:08:49explicite
01:08:50mais il a toujours
01:08:51réussi à être
01:08:52sur cette
01:08:53ligne de crête
01:08:54entre
01:08:55la provocation
01:08:58la
01:08:58l'adhésion
01:09:00à des comportements
01:09:01les plus
01:09:02les plus
01:09:03agressifs
01:09:03de l'agent
01:09:04masculine
01:09:04et en même temps
01:09:07le
01:09:07cette façon
01:09:08de
01:09:08de
01:09:09de
01:09:09tourner en dérision
01:09:10certains de ses personnages
01:09:11pour bien montrer
01:09:12qu'il est au dessus de ça
01:09:13pour terminer je voudrais
01:09:14vous inviter
01:09:16je voudrais que la voix
01:09:17des victimes soit
01:09:18entendue au moins une fois
01:09:18à lire le livre
01:09:19d'Anouk Grimbert
01:09:20Respect
01:09:21qui est un livre
01:09:21où elle raconte
01:09:22comment l'enfant
01:09:24violé et délaissé
01:09:24qu'elle a été
01:09:25était finalement une proie
01:09:26idéale
01:09:26dans la vie adulte
01:09:28pour des prédateurs
01:09:29et notamment
01:09:30celle de Bertrand
01:09:31Blier c'est un tout petit livre
01:09:32c'est un livre
01:09:33coup de poing
01:09:33qui a gagné le prix
01:09:34MeToo Media l'année dernière
01:09:37et vraiment
01:09:38je vous invite
01:09:38à le lire
01:09:39et vous verrez
01:09:39Blier du point de vue
01:09:42du point de vue
01:09:43de sa victime
01:09:44en fait
01:09:44de même que
01:09:46le très bon film
01:09:47qui a été tiré
01:09:48de votre livre
01:09:48raconte du point de vue
01:09:49de Maria Schneider
01:09:50et c'est toujours
01:09:50très intéressant
01:09:51je voudrais qu'on applaudisse
01:09:52très fort s'il vous plaît
01:09:53nos trois intervenantes
01:09:55merci d'être venus
01:09:56de loin parfois
01:09:58merci infiniment
01:09:59merci
01:10:00Elisa
01:10:01merci d'avoir regardé cette vidéo
01:10:07merci d'avoir regardé cette vidéo

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