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  • il y a 8 heures
Les 30 clubs professionnels de rugby français ont engrangé 634 millions d’euros de recettes lors de la saison 2024-2025. Mais ce record ne suffit pas à garantir l’équilibre financier des clubs.

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Transcription
00:00C'est l'histoire d'un sport qui gagne plus d'argent chaque année.
00:03Ce sport, au fur et à mesure de sa croissance,
00:06il se répète sans cesse pour se rassurer.
00:08Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien.
00:12Mais l'important, ce ne sont pas les recettes,
00:15ce sont les dépenses.
00:17Ce sport dont je vous parle, si vous aviez un doute,
00:19c'est le rugby, français.
00:23Depuis le Covid, les 30 clubs professionnels du pays
00:25voient leurs recettes cumulées exploser,
00:27avec un record atteint lors de la saison 2024-2025
00:31de 634 millions d'euros.
00:33Dans le même temps, les spectateurs sont de plus en plus nombreux,
00:36les partenariats se multiplient,
00:39Antoine Dupont est un homme sandwich,
00:45bref, tous les voyants sont au vert
00:47et le rugby français mène une vie douce.
00:50Sauf que non, parce que si les recettes augmentent,
00:52les dépenses cumulées des clubs restent supérieures,
00:55atteignant les 698 millions d'euros
00:58à la fin de la saison 2024-2025.
01:01Résultat, 22 des 30 clubs professionnels du top 14
01:04et de la Pro D2 sont déficitaires.
01:07Et sans l'apport de certains acteurs dont on va parler aujourd'hui,
01:10la situation serait peut-être pire.
01:12Mais effectivement, la situation reste fragile.
01:15Salut, je m'appelle Ladi, je suis journaliste aux Echos
01:18et dans ce nouveau mercato, on va éplucher ensemble
01:21les comptes du rugby professionnel français.
01:23Et on va se demander comment un sport peut gagner autant d'argent
01:26et continuer à rester dans le rouge.
01:40Quand j'étais gosse, je kiffais le rugby.
01:43Et cela dit là, à l'époque,
01:44ils se demandaient déjà comment ce petit monde se faisait de l'argent.
01:47Il est temps de répondre à cette question
01:49et de revenir en 1995.
01:52Cette année-là, le rugby français se professionnalise enfin.
01:55Et Toulouse roule déjà sur tout le monde.
01:57Le stade Toulouse gagne son 13e titre de champion de France.
02:03Avec cette professionnalisation,
02:05le rugby se dote d'un modèle économique
02:07qui repose sur trois grandes sources de revenus.
02:09Et le plus simple pour vous les expliquer,
02:11c'est d'aller passer une journée au sein d'un club professionnel.
02:19Bienvenue à Brive la Gaillarde.
02:24Ici le club de la ville, le CAB,
02:26évolue en deuxième division,
02:28la Pro D2.
02:33Et là, on va aller discuter finance
02:35avec son directeur général, Dominique Anthony.
02:38Concrètement, comment marche l'économie
02:40d'un club comme le CABRI ?
02:42Non, c'est une très bonne question.
02:46Le poste principal, ça concerne les apports
02:50en termes de partenariats et d'actionnariats.
02:53Ça représente 66% des revenus du club, ce poste-là.
02:56La première source de revenus, ce sont donc les partenariats.
02:59On parlera des actionnaires plus tard.
03:01Et reposer à ce point sur les partenariats,
03:04c'est vraiment une spécificité du rugby.
03:06Surtout que ces partenariats sont principalement noués
03:09avec des acteurs économiques locaux.
03:11Je laisse Guillaume Gouze, consultant en économie du sport
03:14et auteur de plusieurs études sur le rugby, vous expliquer ça.
03:17Le rugby, c'est le sport de la bonne société.
03:20Très vite, les clubs,
03:22étant des portes-étendards identitaires locaux
03:26avec les valeurs du territoire,
03:28ont forcément intéressé les entreprises du territoire
03:30qui avaient les mêmes valeurs.
03:32Brief, par exemple, se retrouve avec l'industriel Andros
03:35et le fabricant de cosmétiques Syllab,
03:37tous les deux originaires du coin comme partenaires privilégiés.
03:41La deuxième source du rugby pro,
03:43ce sont les droits TV.
03:45C'est une source de revenus assez classique dans le sport.
03:47Mais ici, il existe une petite particularité
03:50qui la différencie du foot, par exemple.
03:53Le rugby français avance avec le même diffuseur
03:55depuis près de 28 ans.
03:57Paré Racine 92, ce week-end sur Canal+.
04:01Et la chaîne cryptée va verser de 2027 à 2032
04:04près de 700 millions d'euros à la Ligue Nationale de Rugby
04:07pour diffuser le top 14 et la pro des deux.
04:10C'est beaucoup, mais le rugby n'est pas entièrement
04:12dépendant financièrement de son diffuseur,
04:14contrairement à ce que peut vivre le football.
04:16Et enfin, la troisième grande ressource
04:19historique pour le rugby,
04:20ce sont les recettes match.
04:21L'économie du rugby très tôt,
04:24et quand je dis très tôt,
04:25c'est avant même le professionnalisme,
04:27a reposé sur le jour de match.
04:29La billetterie, le merchandising,
04:32les recettes de vente, restauration,
04:35jour de match aux buvettes.
04:37Le rugby cultive ça.
04:38C'est tellement important que du côté de Brive,
04:40on a lâché 10 millions d'euros
04:42pour construire une nouvelle tribune
04:44avec Loge VIP et un restaurant ouvert,
04:46même quand il n'y a pas de match.
04:48Voilà donc les trois ressources
04:50sur lesquelles repose le rugby pro.
04:51Toutes ces recettes,
04:52si on regarde ce rapport
04:53de la Ligue Nationale de Rugby,
04:55elles sont en croissance régulière.
04:56Sauf qu'il y a autre chose
04:58qui ne cesse de croître
04:59et qui absorbe les recettes.
05:05Le plus gros poste de dépense
05:06pour les clubs de rugby,
05:07c'est assez classique dans le sport de haut niveau,
05:10c'est la masse salariale.
05:11Si on prend l'exemple du Céabrive,
05:13les salaires plus les cotisations sociales,
05:15ça représente 58% des dépenses.
05:17Et c'est peu ou prou les mêmes chiffres
05:19pour les autres clubs professionnels.
05:21Cette masse salariale,
05:22elle a tendance à augmenter un peu partout.
05:24Selon la Chambre régionale des Comptes d'Occitanie,
05:26sur la période 2019-2023,
05:29c'est plus 22% à Toulouse,
05:31plus 30% à Perpignan
05:32et plus 46% à Montauban.
05:35Si la masse salariale augmente,
05:38les charges patronales,
05:40les cotisations sociales, etc.
05:42augmentent aussi.
05:43Lorsque vous voulez vous attacher
05:45le service d'un joueur,
05:46il peut y avoir une surenchère
05:48ou en tout cas une bataille
05:49pour le recrutement de certains joueurs,
05:50ça peut avoir des effets d'inflation.
05:52Cette course au salaire
05:53pèse lourd sur l'équilibre des clubs.
05:55Et s'ils y participent,
05:57c'est évidemment pour des raisons sportives.
05:59L'économie du spectacle sportif
06:01ou du sport professionnel
06:03est une économie atypique.
06:04Le but, ce n'est pas gagner de l'argent.
06:05Le but, c'est de maximiser les victoires
06:07sous contrainte de budget.
06:08Et certaines de ces contraintes,
06:10qui ont pour but de limiter les déficits,
06:12on ne les trouve
06:13dans aucun autre sport en France.
06:14Ces déficits, ils existent,
06:16mais ce qui est important de Souguinis,
06:18c'est que ce sont des déficits
06:19sous contrôle
06:19de nos deux dispositifs de régulation.
06:22Emmanuel Echalier,
06:23le directeur général
06:24de la Ligue nationale de rugby.
06:25Il faut que je vous détaille
06:26ces deux dispositifs dont il parle.
06:28Le premier, c'est donc
06:29l'autorité de régulation du rugby,
06:31la 2R.
06:32C'est une instance
06:33qui vérifie les comptes des clubs
06:34et s'assure qu'ils sont en capacité
06:36de se financer,
06:37peu importe leur modèle économique.
06:38C'est d'ailleurs à cette autorité
06:40qu'on doit les chiffres
06:41que je vous donne
06:41depuis le début de la vidéo.
06:42Le second dispositif,
06:44ce n'est pas la première fois
06:45que j'en parle dans un mercato,
06:46c'est le salarié cap.
06:47Autrement dit,
06:48les clubs ont un plafond salarial
06:49à ne pas dépasser
06:50pour rémunérer leurs joueurs.
06:52C'est une limitation
06:53qui n'existe en France
06:54que dans le rugby.
06:55Le problème,
06:56c'est que beaucoup de clubs
06:57flirtent avec ce plafond.
06:58Il y a aujourd'hui
06:59près de 10 clubs
07:00qui sont au plafond du salarié cap,
07:02donc qui mécaniquement
07:03ne peuvent pas augmenter
07:04leur masse salariale joueur.
07:06Et donc le salarié cap,
07:08de façon indirecte,
07:09contribue à améliorer
07:10l'équilibre économique des clubs.
07:12Et effectivement,
07:13les comptes s'améliorent.
07:14Le déficit cumulé des clubs
07:16étant passé de 76,5
07:18à 63,7 millions d'euros
07:20entre les saisons 23-24
07:21et 24-25.
07:23Il y a de l'amélioration,
07:24mais le déficit persiste.
07:25Pourtant,
07:26le plafond du salarié cap
07:27va être revu à la hausse
07:28d'ici à 2030
07:29pour revenir à son niveau
07:31d'avant Covid.
07:32Ce qui est un peu paradoxal.
07:35Non ?
07:35Quand on parle d'augmentation,
07:37on parle de quelques centaines
07:38de milliers d'euros.
07:40Il faut voir en parallèle
07:42que les budgets des clubs
07:43augmentent de 1 à 2 millions d'euros
07:45en moyenne
07:46pour le top 14
07:47chaque saison
07:49depuis quelques années.
07:50La tendance qu'on observe
07:51montre qu'on n'est pas
07:52dans une fuite en avant
07:54et que la croissance
07:55que le rugby a su générer
07:56et dont il bénéficie aujourd'hui,
07:58elle est avant tout utilisée
08:00pour stabiliser
08:00le modèle économique des clubs.
08:01Mais ce qu'il faut comprendre,
08:03c'est que cette stabilité
08:04dépend aussi d'un dernier acteur
08:06dont il faut qu'on parle.
08:10Un petit récap.
08:11Les clubs de rugby français
08:12dépendent de 3 sources de revenus.
08:14Les partenariats,
08:15les droits TV
08:16et les recettes match.
08:17Ces sources,
08:18elles sont en croissance,
08:19mais elles ne compensent pas
08:20la hausse des salaires
08:21et des cotisations sociales
08:22des clubs.
08:23Donc pour tenir financièrement,
08:24certains clubs ont besoin
08:25d'un coup de pouce.
08:26Et ce coup de pouce,
08:27il est sur cette ligne
08:28du rapport de la 2R.
08:30C'est celle des produits exceptionnels.
08:31Derrière ce terme technique,
08:33se cachent notamment
08:34les abandons de créances
08:35des actionnaires des clubs.
08:36En gros,
08:37quand les recettes
08:37ne couvrent pas les dépenses,
08:39les actionnaires peuvent renoncer
08:40à des sommes que le club leur doit
08:42pour réduire le déficit.
08:44Ces opérations financières,
08:45selon la LNR,
08:47elles concernent une majorité
08:48de clubs de pro D2.
08:49Ce qui montre la difficulté
08:50de trouver un modèle solide
08:52dans cette division.
08:53Mais ça concerne aussi
08:54quelques clubs du top 14.
08:56Typiquement,
08:56Montpellier arrive à être bénéficiaire
08:58lors de la saison 24-25
08:59parce que son actionnaire majoritaire,
09:01le milliardaire Moed Altrad,
09:03fait de l'abandon de créances.
09:04Un club peut donc afficher un bénéfice
09:06sans que son activité
09:08couvre ses dépenses.
09:09C'est un équilibre
09:09plutôt artificiel
09:10qui se met alors en place.
09:12Cette situation,
09:13la Chambre régionale
09:14des Comptes d'Occitanie
09:14la qualifie
09:15de très grande dépendance
09:17vis-à-vis de l'actionnariat privé.
09:18Et de très atro,
09:20la limite est poreuse.
09:22Mais là encore,
09:23c'est un choix assumé
09:24des dirigeants du rugby.
09:25Évidemment,
09:26c'est quelque chose
09:27qui nous amène
09:28à être vigilants,
09:29à maintenir le dispositif
09:30de régulation en place,
09:31à s'assurer qu'ils sont efficaces.
09:33Après,
09:33c'est le choix
09:34qui a été fait collectivement
09:36de bâtir
09:37une régulation économique
09:38autour de ce contrôle
09:41de la capacité des clubs
09:42à assumer leurs charges,
09:44quel que soit
09:44le modèle de financement du club.
09:46Il y a aussi
09:46la liberté d'entreprendre.
09:47Tu ne peux pas aller au-delà
09:49et expliquer à un club
09:50que le mécanisme d'apport
09:52de son actionnaire
09:53doit rentrer
09:54dans telle et telle case.
09:55S'il veut faire
09:55de l'augmentation de capital,
09:57de l'abandon de créance,
09:58du partenariat,
09:59un mix des trois,
10:00c'est la liberté de chacun.
10:01Les actionnaires
10:02peuvent donc permettre
10:03au club de tenir
10:04quand leur activité
10:04reste déficitaire.
10:06Mais que se passe-t-il
10:06si l'actionnaire
10:07décide de réduire son action
10:08ou pire,
10:09de se retirer entièrement ?
10:11Pour l'instant,
10:12le rugby français
10:12est épargné par cette situation.
10:14Mais ce risque
10:15confirme une chose.
10:16L'apport des actionnaires
10:17ne doit pas uniquement
10:18combler les dettes.
10:19Il doit avant tout
10:20rendre les clubs
10:20plus autonomes
10:21en permettant
10:22des investissements
10:23qui généreront
10:24de nouvelles recettes.
10:25Bref.
10:26Jusqu'ici,
10:27tout va bien.
10:28Merci d'avoir suivi
10:29ce nouveau mercato.
10:30Dites-nous dans les commentaires
10:31ce que vous pensez
10:32de la situation
10:32du rugby français.
10:34Quant à moi,
10:34je vous retrouve bientôt
10:35pour parler
10:36Etats-Unis
10:37et communisme.
10:38Ouais,
10:39ça va être super.
10:39Sous-titrage Société Radio-Canada
10:43Sous-titrage Société Radio-Canada
10:45Sous-titrage Société Radio-Canada

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