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  • il y a 1 semaine
Paul Chemetov, architecte français de renom, a accueilli la caméra de l'Humanité.fr dans ses bureaux parisiens pour nous parler de la politique de la ville et du "vivre ensemble". La question urbaine est la question politique centrale du siècle prochain selon lui.

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Transcription
00:00Paul Schimethoff, votre nom est associé à des grands bâtiments tels que le ministère des finances de Bercy ou encore
00:06l'ambassade de New Delhi,
00:07mais vous avez aussi construit beaucoup de logements sociaux et d'équipements collectifs comme des bibliothèques, des médiathèques,
00:14et particulièrement dans des quartiers populaires.
00:16Vous êtes d'ailleurs un ardent défenseur de la mémoire de ces quartiers et vous préférez toujours quand c'est
00:21possible que les bâtiments soient réhabilités plutôt que détruits.
00:25Le principe de détruire pour construire, d'abord je trouve qu'il y a un cynisme total dans cela.
00:35C'est comme s'il fallait tuer des gens pour que d'autres naissent.
00:39Si vous voulez, je trouve que les gens qui s'accommodent de ces opérations de destruction,
00:46et par ailleurs manifestent, ce sont les mêmes qui manifestent contre le mariage pour tous ou contre la GPA,
00:55c'est à peu près les mêmes cercles de pensée, ce sont des cyniques et des hypocrites.
01:02Et il est certain que ce qui est inhabitable doit être détruit, ça fait, je ne suis pas pour la
01:09muséification des taudis.
01:12Sauf que cette politique de construction à tout va, brutale, industrielle, aussi brutale et industrielle comme la guerre,
01:21elle a quand même donné à toute une génération qui sortait de taudis pour la première fois de leur vie,
01:32de la surface, des fenêtres, des baignoires, de l'eau chaude, des ascenseurs, dans des conditions sommaires.
01:40Mais, disons, c'est comme l'éducation primaire au siècle, au XIXe siècle.
01:45Ça ne termine pas ni l'éducation ni la culture.
01:49Bon, ça n'empêche pas que certains vont à l'école normale et deviennent, comme je reste, le fondateur de
01:54l'humanité.
01:56Mais sans école primaire, il n'y a pas ça.
01:59Et sans les biens essentiels donnés à tous, il n'y a pas de progrès possible, de revendications possibles sur
02:07la qualité du logement,
02:09le confort du logement, ce qu'on peut attendre de la ville, d'une ville où il faut vivre ensemble.
02:16Moi, je suis très réticent sur ces slogans sur la mixité sociale qui sous-tendent une partie du travail de
02:26l'ANRU,
02:27comme si de mettre uniquement des revenus, d'autres revenus, ça peut être totalement fracassant.
02:35Les riches vivent richement, les pauvres pauvrement.
02:38Ça, c'est bref de le remarquer, ça reste vrai.
02:42Par contre, et vous évoquiez les équipements que j'ai pu construire,
02:46la ville dans laquelle les uns et les autres peuvent aller ensemble suppose une dignité égale des logements,
02:55quel que soit leur niveau de finition.
02:58Vous pouvez être aussi bien sur un sol en lino que sur un sol en marbre,
03:04si vous avez d'autres conforts, si vous êtes chauffé et si vos ascenseurs marchent.
03:09Mais la chose que nous avons tous en commun, c'est ce qui est partagé dans la ville.
03:16C'est l'école, c'est la santé, c'est le travail, c'est l'espace public, ce sont les
03:21transports.
03:22Voilà, donc la qualité essentielle de cette mixité, c'est la mixité fonctionnelle.
03:31Et c'est aussi, et c'est actuellement ce qui sous-tend le débat sur le Grand Paris,
03:38c'est le fait qu'on puisse aller dans la vie courante,
03:46à son travail, en à peu près une demi-heure de temps.
03:50Parce qu'il est bien certain que on s'éloigne, mais on ne s'éloigne pas tant.
03:56Je pense, et je l'ai dit depuis longtemps,
03:58que la question urbaine est la question politique centrale du siècle qui vient.
04:04Parce que la ville, la grande ville, est devenue la condition productive
04:10au même titre que l'usine ou la mine l'ont été au 19e siècle, au début du 20e siècle.
04:18Cette condition productive, elle vient justement de cette proximité de tous les facteurs,
04:24des habitants, des lieux de production, des lieux d'éducation, de plaisir, de culture,
04:29et du maillage des services réciproques.
04:32Et il est bien certain que, si l'on observe le vécu de nos contemporains,
04:40des gens aujourd'hui passent,
04:42enfin il n'y a qu'à voir ce qui se passe à la gare de Chartres ou du Château
04:45-Thierry, de Mantes,
04:48des gens passent une heure et demie dans les transports quotidiens, aller et retour.
04:54Donc on peut dire que, malheureusement,
04:58dans tous les gains de temps sur la durée du travail,
05:01n'ont servi qu'à permettre que l'étalement urbain ait de nouveaux bénéfices fonciers,
05:12de nouvelles rentes foncières.
05:13Donc je crois que la question qui est devant nous, c'est de reconcentrer cette ville dans laquelle nous vivons,
05:21cette métropole dans le cas de la région parisienne,
05:24mais ça suppose une action égale de part et d'autre du périphérique,
05:30et pas seulement tout au centre et le reste en périphérie.
05:36Merci beaucoup.

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