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  • il y a 12 heures
Ce lundi le discours d'Emmanuel Macron devant les députés et sénateurs réuni en congrès à Versailles ne comportait aucun élément à la hauteur des enjeux climatiques de notre temps. Gérard Le Puill, journaliste à l'Humanité et auteur du livre "Réinventons l'économie dans un monde fini" analyse les conséquences néfastes de cette politique de l’autruche des décideurs de l'usure de notre planète. Il évoque dans notre interview une politique alternative "décarbonée" qui existe et qu'il faut faire évoluer. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Bonjour Gérard Lepuil. Bonjour. Ce lundi, Emmanuel Macron fait un discours annuel devant le congrès
00:12qui est réuni à Versailles avec presque 900 parlementaires. Dans ce discours, il n'y avait
00:21pas une grande importance consacrée au climat, écologie et tout. Vous, qui travaillez beaucoup
00:33sur les enjeux climatiques, et vous venez juste publier ce livre « Réinventons l'économie
00:40dans un monde fini », qu'est-ce que vous pensez sur ce sujet ? Je pense surtout qu'Emmanuel
00:47Macron a voulu faire un discours pour essayer de remonter dans les sondages, et donc s'adressant
00:54aux parlementaires, leur disant qu'ils pouvaient ne pas avoir raison sur tout, etc., etc. Mais
01:00vous savez, pas plus Macron que Hollande ou Sarkozy avant lui n'accordent beaucoup d'importance
01:08aux enjeux climatiques. Je pense que nos chefs d'État, ils...
01:14C'est pas seulement la France. Non, c'est pas seulement la France, mais d'une façon
01:18générale, oui, il faut mine de s'intéresser à ces questions quand il y a une conférence
01:24internationale, et entre deux conférences internationales, il se passe rien. Ça a été
01:30vrai entre Kyoto et la conférence de Paris, puisque c'est les deux seuls qui ont abouti
01:35à un accord international. Mais on a vu que les États-Unis, en 2002, se sont retirés
01:42du protocole de Kyoto, et Donald Trump, en 2017, s'est également retirés du protocole de Paris.
01:50Et donc, du côté d'Emmanuel Macron, eh bien, on ne fait rien au niveau des orientations
01:58politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en France. Donc, là aussi,
02:04ça continue comme avant.
02:07Donc, ce que vous analysez aussi dans votre livre, vous dites que voilà, il y a un siècle
02:12qu'on a consommé d'énergie fossile, il ne restera qu'encore 100 ans, et presque,
02:19vous dites, la Terre est finie.
02:22Alors, ce que je dis, c'est qu'on a consommé...
02:25Et où ça vient le titre de votre livre ?
02:27Oui, on a consommé beaucoup trop d'énergie fossile, ce qui est la cause principale de
02:32l'augmentation de la température terrestre. Et donc, l'intérêt, c'est d'en consommer
02:37quatre ou cinq fois moins, d'une part, pour faire durer ces énergies, parce que les générations
02:42futures en auront quand même besoin, et d'autre part, freiner le réchauffement, dont la
02:48conférence de Paris nous disait qu'il ne fallait pas que ça dépasse les deux degrés
02:53par rapport à la période pré-industrielle du milieu du XIXe siècle. Or, on a déjà
03:00pris plus d'un degré, et on voit bien que les choses s'accélèrent. Je vous fais remarquer
03:05que ce qui s'est passé ce printemps en France, avec des orages de grêle d'abord, des inondations,
03:13ensuite, dans beaucoup de régions, et maintenant, cette chaleur qui perdure depuis un certain
03:20nombre de semaines, montre bien que nous sommes dans une phase de réchauffement climatique.
03:25Et si on regarde au-delà de la France, ce qui vient de se passer au Japon ces derniers
03:31jours, avec ces pluies diluviennes qui ont fait plus de 140 morts et des dommages considérables,
03:38est un autre aspect du réchauffement climatique. De même, je dirais, les incendies qui ont
03:44déjà débuté en Californie très tôt, au début de l'été cette année, montrent
03:49bien que nous sommes vraiment dans une situation d'urgence. Et face à cette situation d'urgence,
03:56les décideurs politiques, qu'il s'agisse de Donald Trump, d'Emmanuel Macron, de Poutine
04:02ou des autres, eh bien, continuent un peu comme avant.
04:05Donc, il faut chercher l'énergie alternative.
04:09Oui, il faut trouver des énergies alternatives.
04:11Ou ce qu'on a trouvé, on continue. L'énergie nucléaire.
04:14Il y a l'énergie nucléaire.
04:16Mais elle est partagée.
04:17Il y a le photovoltaïque, il y a les éoliennes pour produire de l'électricité.
04:23Mais, comment vous dire, ça veut dire aussi que dans un pays comme la France, qui a été
04:31nucléarisé pour sa production électrique à plus de 75%, on ne peut pas sortir du nucléaire
04:38comme ça en une dizaine ou en une vingtaine ou en une trentaine d'années.
04:43Il va falloir avoir une gestion durable et sécurisée du nucléaire.
04:49Et en même temps, faire progresser les énergies alternatives.
04:54Mais en sachant que l'éolien comme le photovoltaïque, eh bien, ça ne produit pas du courant tout le temps.
05:01Et donc, tant qu'on ne...
05:02Ça veut dire qu'on n'a pas de stock. On ne peut pas y stocker.
05:04Tant qu'on ne peut pas stocker l'électricité, eh bien, on a intérêt de garder une importante
05:12industrie nucléaire pour produire de l'électricité.
05:14Mais sinon, on ferait comme en Allemagne, c'est-à-dire en sortant du nucléaire, on relancerait
05:22la production électrique à partir du charbon, du lignite, du pétrole et du gaz.
05:26Donc, un retour en arrière.
05:27Et donc, ce serait un retour en arrière avec beaucoup d'émissions de gaz à effet de serre, oui.
05:32Ce n'est pas la voie à suivre.
05:33Et si même on choisit la voie moderne comme énergie solaire, il faut une grande surface
05:40pour remettre des panneaux. Il faut des kilomètres, des milliers de kilomètres carrés
05:45pour installer. Qu'est-ce que vous pensez ? Est-ce que c'est faisable ?
05:48Moi, je pense que le solaire doit être mis sur les toits en priorité.
05:55Et les terres agricoles ne doivent pas être couvertes de panneaux solaires.
05:59Après, peut-être, dans certains coteaux qui ne sont pas cultivables, qui sont des friches,
06:07c'est peut-être du domaine du possible, mais mettre des panneaux solaires,
06:12même le sol comme on l'a fait dans les lampes, par exemple, ce n'est pas la bonne solution.
06:16En revanche, dans des endroits comme les parkings des grandes surfaces et des choses comme ça,
06:22on peut mettre des panneaux solaires. Or, ça ne se met pas beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi, d'ailleurs.
06:26Mais dans vos livres, les conseils, les critiques que vous avez sur l'énergie actuelle,
06:34ça crée un doute que vous allez nous priver, avec vos propositions, des anses qu'on a appris l'habitude.
06:41Par exemple, j'ai remarqué que vous marquez fausse route pour...
06:49pour fausse route, oui, on a fait fausse route en privilégiant la route.
06:55Oui.
06:55Et dans une autre partie, vous critiquez la création des choses qui sont, quand même,
07:02on a pris l'habitude à notre aisance, pour certains, un petit bourgeoisie.
07:06Mais, par exemple, avoir piscine, vous critiquez que ça consomme beaucoup de...
07:13ça produit beaucoup de C2.
07:15Donc, c'est décarbonisation, ça nous coûte cher en aisance.
07:22Qu'est-ce que... est-ce que vous proposez des éléments alternatifs ?
07:25Alors, quand je dis on a fait fausse route en privilégiant la route,
07:30ça veut dire que les transports de voyageurs, comme les transports de marchandises,
07:37si on voulait réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faudrait privilégier le train.
07:43Parce que sur la route, quand une personne va tout près travailler avec sa voiture
07:48et qu'elle fait 60 km par jour, elle a un bilan carbone considérable.
07:53Or, comme on concentre les activités dans les grandes agglomérations
07:59et qu'on étale l'habitat à 40 ou 50 km alentour
08:02et qu'il n'y a pas de transports en commun suffisants,
08:06eh bien, des millions de gens prennent leur voiture tous les jours
08:10et ceux qui habitent à la campagne, en général, n'ont pas d'autre solution
08:14que prendre leur voiture non plus.
08:15Donc, il faudrait une politique d'aménagement du territoire
08:18qui privilégie le rail et les transports en commun.
08:21Parce que l'écart, ce n'est pas idéal, mais ça pollue moins que la voiture individuelle
08:26par rapport au nombre de voyageurs transportés.
08:30Et puis, les transports de marchandises, on aurait dû développer beaucoup plus par le rail
08:36que pour la route hors d'un bout à l'autre de l'Europe.
08:40Et la France est traversée du nord vers le sud et du sud vers le nord
08:45en remontant les cargaisons de tomates, de concombres, tout ce qu'on veut.
08:49Eh bien, la France est traversée en permanence par des fils de camions
08:55dans toutes les directions et ça pollue énormément.
08:58En plus de nos consommations de nationaux.
09:00En plus de nos consommations, oui, tout à fait, oui.
09:02Donc, ça ne peut pas durer comme ça.
09:04S'agissant de votre remarque sur les piscines,
09:08je n'ai rien contre les piscines,
09:10mais on peut avoir des piscines publiques plutôt que des piscines individuelles.
09:14parce que faire de la piscine individuelle, ça veut dire creuser une piscine,
09:21cimenter, etc., fournir de l'eau, chauffer l'eau.
09:24Et puis, pour avoir tout le confort, on a ensuite besoin peut-être d'une climatisation pour être bien.
09:32Mais si tout le monde, si tous ceux qui ont les moyens accèdent à tout cela,
09:37eh bien, au lieu de réduire les émissions de gaz à effet de serre,
09:41on continuera de les augmenter.
09:43Donc, il va falloir faire des choix de sobriété à un moment donné
09:47si on veut laisser une chance de vivre dans un confort relatif aux générations futures,
09:55à savoir nos enfants et nos petits-enfants.
09:58Ça se pose déjà pour eux.
09:59Bien sûr.
10:00Dans votre livre, vous vous adressez beaucoup aux militants communistes et aux militants gauches.
10:06Mais votre livre n'est pas ni uniquement, exclusivement pour militants communistes,
10:11ni militants gauches.
10:13Mais si on revient vers la gauche, en sous-titre aussi, vous marquez
10:17« Faire une politique de gauche au XXIe siècle ».
10:21Alors, faire la politique de gauche, gauche, quelle gauche ?
10:26Parce qu'une partie dit qu'il faut sortir de notre nucléaire, une partie dit qu'il faut maintenir.
10:32Et ce n'est pas, on n'a pas une politique discutée et commune ou définie.
10:39Quoi faire ?
10:41Je pense tout d'abord qu'aucun parti politique de droite ou de gauche ne pense l'économie
10:51dans la perspective de freiner le réchauffement climatique.
10:55Et c'est encore plus vrai pour tous les économistes.
10:58Moi, je lis beaucoup les articles économiques dans la presse
11:01et je vois que le raisonnement des économistes, il est schématique,
11:06mais il ne tient aucun compte des enjeux climatiques.
11:10On raisonne ou à partir de la théorie de Ricardo qui est vieille de deux siècles
11:15ou à partir de la théorie de Marx peut-être pour certains
11:20ou de Keynes pour d'autres,
11:22mais on a du mal à intégrer aujourd'hui
11:26la nécessité de freiner le réchauffement climatique
11:30dans le raisonnement économique.
11:32Et les partis politiques sont imprégnés de tout ça.
11:36Et donc, je pense qu'ils ont besoin de réviser tout ce temps qu'ils sont,
11:43leur stratégie dans ce domaine.
11:45Et c'est vrai aussi pour le Parti communiste
11:48dont je suis membre depuis 52 ans maintenant,
11:52puisque j'ai adhéré en 1960, même plus que ça,
11:57j'ai adhéré en 1964, donc ça fait encore plus que ça.
12:00Mais on a besoin vraiment de revoir les choses,
12:04de repenser l'économie dans un monde fini,
12:06qui est le titre de mon livre et qui résume, je crois, assez bien ma réflexion.
12:12Et je dirais que le domaine dans lequel on a le plus de possibilités,
12:21c'est l'agriculture, parce que l'agriculture, c'est de l'agronomie.
12:26Et avoir des bonnes pratiques agronomiques, faire de l'agroécologie,
12:31c'est-à-dire cultiver des arbres et des cultures au sol en même temps,
12:36gérer l'eau de manière intelligente,
12:40mélanger des graminées et des légumineuses pour mettre moins d'engrais
12:44et avoir une terre productive en même temps,
12:47augmenter le stock de carbone dans les sols,
12:50tout ça nous montre qu'il y a de grandes possibilités.
12:53Et je pense que là-dessus,
12:56comme il y a une réforme de la politique agricole commune
12:59qui doit se faire avant 2021,
13:02l'idéal serait de faire une réforme
13:05qui aboutisse à une agriculture bas carbone,
13:10comme on dit aujourd'hui.
13:12Malheureusement, les idées qui sont dans la tête des commissaires européens
13:17ne portent pas à cela.
13:18Et je crains aussi que le ministre français de l'agriculture
13:21n'en ait pas beaucoup plus.
13:23Et donc, on peut craindre le pire dans ce domaine,
13:26alors qu'on pourrait faire le meilleur.
13:28Et ce qui est possible dans l'agriculture,
13:30est possible aussi dans l'industrie,
13:32si on s'y prend bien.
13:34Il faut arrêter, par exemple,
13:35de délocaliser des productions industrielles
13:38dans les pays à beaucoup de main-d'oeuvre,
13:39parce que ça conduit à casser des usines ici,
13:42à construire d'autres dans des pays
13:45qui vont nous réexporter des marchandises après,
13:50comme cela s'est fait avec Whirlpool,
13:52dont on a transféré la production en Pologne ces derniers mois,
13:56pour réexporter la production en Europe de l'Ouest sur des camions.
14:00Donc là encore, on fait le contraire de ce qu'il faudrait faire.
14:02Mais on a fait ça pourquoi ?
14:04Parce que les salaires sont trois fois plus bas en Pologne qu'en France.
14:07C'est aussi simple que ça.
14:08Mais ça ne peut pas continuer comme ça.
14:11Je rappelle le titre de votre dernier livre,
14:14« Réinventons l'économie dans un monde fini »
14:17aux éditions du Croquant.
14:20Oui, et je fais des débats pour faire connaître ce livre,
14:24et je trouve un public très intéressé par tout.
14:27Tant mieux.
14:28Merci beaucoup Gérard Glepuil.

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