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  • il y a 2 jours
Une COP 25 pour rien, un "Pacte vert européen" sans objectifs concrets. La réponse des Etats face à l'urgence climatique n'est pas à la hauteur des mobilisations citoyennes dans le monde entier. Comment avancer ?
Entretien avec la députée européenne Karima Delli ( Verts-ALE.)

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Transcription
00:02Musique
00:11Karim Adeli, bonjour.
00:12Bonjour.
00:13Je rappelle que vous êtes députée européenne des Verts, Alliance, Libre Europe,
00:18Urgence climatique, Urgence environnementale.
00:21Alors, face à ces deux exigences qui sont martelées par les citoyens de plus en plus en Europe
00:25et dans le monde entier, tout particulièrement par les jeunes,
00:28il y a eu deux événements internationaux qui viennent de marquer l'actualité.
00:33La présentation par la nouvelle Commission européenne du pacte vert européen d'une part
00:38et puis l'un d'autre côté, la COP 25e du nom qui vient d'avoir lieu à Madrid.
00:44Je voudrais, si vous voulez bien, qu'on analyse un petit peu ces deux rendez-vous internationaux
00:49de voir ce qu'ils apportent ou non au regard de l'urgence annoncée.
00:52D'abord, le pacte européen qui a été présenté la semaine dernière à Bruxelles
00:57par la présidente de la Commission européenne, le Green New Deal.
01:02Que faut-il en penser ?
01:04Déjà, un peu globalement, sachant que ça reste tout de même pour l'instant une déclaration d'intention.
01:09Comment il faut l'annoncer ? Comment il faut l'analyser ?
01:13Parlons peut-être un peu technique finalement.
01:15Qu'est-ce qu'il y a dedans, tout simplement ?
01:16Alors, pour l'instant, c'est un catalogue de bonnes intentions avec des objectifs.
01:22La Commission européenne nous dit d'ici 2030, il faut qu'on réduise en Europe de moins 55% nos
01:29émissions.
01:30Elle dit qu'il faut absolument que l'orientation des investissements verts soit plus importante.
01:35Elle nous annonce un chèque de 1 000 milliards d'euros, rien que sur la transition.
01:40Elle nous dit également qu'il y aura des priorités, comme un plan de rénovation.
01:46Elle nous dit également qu'il va falloir qu'on se pose réellement la question sur des nouveaux domaines comme
01:51les transports,
01:52où il va falloir que l'aviation et le maritime prennent leur part dans ce réchauffement climatique.
01:57Tout ça paraît bien, mais il y a juste des objectifs qui, aujourd'hui, ne sont pas compatibles avec ces
02:05objectifs.
02:06Exemple. Lorsqu'elle dit moins 55% de CO2 d'ici 2030, si on va être sur la route de
02:12les accords de Paris,
02:13parce que je rappelle qu'aujourd'hui, aucun État européen respecte les accords de Paris,
02:18ce n'est pas 55, mais c'est 65, voire 70% de réduction de CO2 d'ici 2030 qu
02:24'il faut absolument respecter.
02:25Pourquoi ? Tout simplement parce que l'ensemble des scientifiques le prouvent tous les jours.
02:29Les rapports du GIEC se multiplient. Les jeunes, vous l'avez rappelé, sont dans la rue.
02:34Mais c'est surtout que nous n'avons que 10 ans pour retourner la courbe des températures.
02:38Ça veut dire de maintenir cette planète en dessous de 1,5 degré, parce que les conséquences, ensuite, seront irréversibles.
02:45Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans la bonne trajectoire.
02:48La Commission fait un pas avec ce Green Deal, mais on doit être beaucoup plus ambitieux en termes, notamment, de
02:54mesures très concrètes.
02:56Sachant que pour arriver à ce résultat, qui, lui, effectivement, est intangible, qui est un résultat scientifique, j'allais dire,
03:01puisqu'ils se basent sur des analyses qui le sont, ce n'est pas simplement un secteur sur lequel on
03:06doit travailler,
03:08mais c'est pratiquement sur tous les secteurs, dans tous les cas et dans tous les chapitres de l'activité
03:14économique, sociale, etc.
03:16C'est toute la société qui doit être remise en cause, les modes de production qui doivent être remises en
03:21cause, l'agriculture, etc.
03:22C'est énorme, parce qu'on part de bas, quand même.
03:25Oui, mais justement, il ne suffira plus de rafistoler le système.
03:30Aujourd'hui, il faut changer ce système.
03:32Ça veut dire concrètement que toutes les questions sur des secteurs très importants émetteurs de CO2,
03:39ça va être le bâtiment, ça va être l'agriculture, ça va être aussi les transports,
03:43doivent faire réellement une orientation à 360 degrés aujourd'hui.
03:47Est-ce qu'il y a un signe, j'allais dire, puisqu'on parle de choses concrètes,
03:50qui permettrait de rendre crédible ce New Deal vert, qui serait un signal fort aux populations ?
03:58Je crois que la première des choses, c'est la question des traités de libre-échange.
04:03Exemple, on a le traité du Mercosur.
04:06C'est un traité signé avec les pays du Sud, notamment l'Amérique du Sud,
04:12et qui dit concrètement qu'on va importer en Europe des tonnes, notamment de bœuf, de poulet, etc.
04:20Alors qu'on a tout en Europe pour bien faire.
04:22Alors pourquoi on a besoin d'importer ?
04:25Ça coûte en termes d'argent énormément, ça coûte en termes de CO2,
04:31ça coûte aussi pour nos agriculteurs, c'est de la concurrence directe.
04:35Ils ne peuvent plus vivre, notamment de leur travail.
04:37En France, un agriculteur quand même sur deux se suicide et n'arrive même plus à vivre de leur production.
04:45Donc ce n'est pas possible.
04:46On ne peut pas faire réellement de politique environnementale avec ce genre de traité de libre-échange.
04:52Dans la feuille de route, il n'y a aucune remise en cause des politiques commerciales.
04:56Vous voyez que là, on n'est pas dans la bonne ligne.
05:00Ensuite, il n'y a pas de réelle remise à plat de la PAC.
05:03Vous en avez parlé. La PAC, c'est quand même le premier budget européen.
05:07On a vu toutes les erreurs qui se sont passées depuis 30 ans.
05:10On a investi plus dans l'agro-business, dans toujours plus, plus, plus,
05:15au détriment de l'agriculture de proximité, paysanne, celle qui a besoin concret de l'emploi,
05:22qui donne envie aux jeunes.
05:23Aujourd'hui, ce n'est pas ce choix-là.
05:24Et les accords internationaux vont dans le même sens, vous le disiez, il y a deux secondes.
05:26Et voilà. Et si je viens dans le détail de l'ensemble de ces questions-là,
05:31on voit bien que ça ne tiendra pas la route, en fait.
05:34Et lorsqu'on parle des investissements, on dit 1 000 milliards.
05:37Mais 1 000 milliards, c'est une coute d'eau dans un océan, notamment pour 27 pays.
05:42Donc, il va falloir réellement trouver des nouveaux leviers d'action.
05:46On les connaît, hein.
05:47Une taxe kérosène, allons-y.
05:50Qu'on n'a pas pour l'instant.
05:51Pour l'instant, qu'on n'a pas.
05:52Et ensuite de ça, toutes les études nous montrent que si on avait une taxe kérosène,
05:56ça représenterait 0,33 centimes le litre, ce qui n'est pas grand-chose,
06:00mais apporterait au budget de l'Union européenne 27 milliards d'euros.
06:0427 milliards d'euros, c'est cette occasion pour relancer le train de nuit.
06:08Les citoyens ne veulent plus forcément prendre l'avion.
06:11Allons-y, relançons le fret, le revière.
06:14Qu'est-ce qu'on attend ?
06:15Et au fait, on a toutes les solutions.
06:17Ce qui nous manque aujourd'hui, c'est véritablement du courage politique.
06:20En sachant que, et vous parlez des questions à la fois de pollution
06:24et de leur impact, bien sûr, sur le réchauffement climatique,
06:27qu'en Europe, la pollution issue, la principale source de pollution
06:33est issue du transport et que c'est une chose fondamentale.
06:38Est-ce qu'on parle déjà, puisque c'est une question qui revient de manière récurrente,
06:42d'une reconversion de l'automobile ?
06:44Ou est-ce qu'on en est à l'heure actuelle sur cette question-là ?
06:45Actuellement, justement, en tant que présidente de la commission de transport
06:49et suite au Dieselgate, ma mission est aussi de transformer le secteur
06:55de l'industrie automobile.
06:56C'est pour ça que dès janvier prochain, je lancerai le sommet européen
06:59de la transition de l'industrie automobile.
07:02Pourquoi ? Parce que derrière, nous avons 13 millions de salariés
07:05qui ne sont pas les responsables des choix politiques de cette industrie.
07:09Je tiens à dire qu'aujourd'hui, on va de plus en plus sortir vers les énergies fossiles.
07:14Demain, nous ne serons plus dans de l'essence ni dans du diesel.
07:19Vous avez parlé de la pollution de l'air, c'est quand même 650 000 morts prématures en Europe,
07:24ce qui est un scandale, parce que c'est la maladie du XXIe siècle.
07:28Et donc, face à cette filière-là, il faut la reconvertir très vite.
07:31Un, aller vers plus de l'électrique issue des énergies renouvelables.
07:34Donc, il faut mettre l'accent sur plus d'énergie renouvelable.
07:38Un deuxième chantier, ce sera les hydrogènes.
07:40Et peut-être, on verra bien sur la question du gaz.
07:42Mais c'est surtout, c'est la nouvelle philosophie de politique industrielle.
07:47Un véhicule doit pouvoir se recycler demain, de A à Z.
07:51Donc, on va retravailler en termes de cycle de vie.
07:53Mais la grande nouveauté, c'est l'arrivée du digital,
07:56qui va percuter aussi cette révolution du changement climatique
08:00et qui va nous amener aussi à devoir concrètement retrouver
08:05et repenser notre manière de se déplacer.
08:08Je regarde dans les villes aujourd'hui, je trouve que c'est un scandale qu'on ait des SUV.
08:13Donc, des espèces de gros 4x4 qui prennent de la place,
08:16qui émettent 4x plus et ensuite de ça,
08:19qui sont très dangereuses pour les cyclistes, les piétons, etc.
08:23Donc, c'est tout ça qu'il faut réinventer,
08:25puisque demain, la voiture va de plus en plus être plus individuelle,
08:29va être partagée et ne jamais oublier.
08:32On ne pourra pas faire de politique de mobilité si on ne pense pas à tout le monde.
08:37Il y a des gens qui n'ont pas le choix d'utiliser un diesel.
08:40Ce ne sont pas eux les responsables.
08:42La crise des Gilets jaunes l'a bien montré.
08:44Ce qu'il faut faire, c'est l'accompagnement tout le temps de justice sociale.
08:48Une transition énergétique ou écologique sera juste
08:51si on l'accompagne de mesures sociales,
08:53pour que ce ne soient pas les plus pauvres qui soient les premières victimes.
08:56Un mot de la COP25, il y a déjà eu beaucoup de commentaires sur cette COP.
09:00Est-ce qu'on peut dire que c'est une COP pour rien, tout simplement ?
09:03Oui, oui, on peut dire ça.
09:04On peut dire aussi que c'est un immense gâchis.
09:07Nous sommes à un an de Glasgow.
09:09Qu'est-ce qui va se passer à Glasgow ?
09:11À Glasgow, normalement, tous les États,
09:13qui ont tous fait cette cérémonie incroyable de la COP21 à Paris,
09:20s'étaient engagés à réduire le gaz à effet de serre.
09:22Aujourd'hui, on le voit partout, ça augmente.
09:24Donc ça veut dire que les chefs d'État, les politiques publiques,
09:27n'ont pas respecté l'accord.
09:29Et ensuite, c'est qu'on a pris beaucoup de retard.
09:31Et là, on a eu justement la mise en scène d'États
09:35qui freinent des cas de fer, que ce soit la Chine, que ce soit le Brésil.
09:39Et ensuite, avec le retrait notamment des États-Unis de l'accord de Paris,
09:43la bonne nouvelle quand même, c'est que l'Europe s'est tenue...
09:46C'est la question que j'ai lui posé, et l'Europe là-dedans, quoi.
09:49L'Europe a eu quand même un discours assez ambitieux.
09:52Donc ça, on ne peut pas non plus lui reprocher.
09:55Mais en même temps, lorsqu'au Conseil, on a des chefs d'État qui disent
09:58« Banco, d'ici 2050, on investit réellement vers la neutralité carbone »,
10:04ce n'est pas en sortant des outils du passé, comme par exemple le nucléaire.
10:08Ce n'est pas possible.
10:09Vous voyez, nous avons deux grandes philosophies qui sont totalement différentes.
10:13Franchement, garder espoir dans cette prochaine COP,
10:16est-ce qu'elle peut encore jouer un rôle, ce genre de grande messe peut encore jouer un rôle
10:20dans la lutte contre le réchauffement climatique,
10:23ou est-ce que finalement, ce genre de grande messe a prouvé son inutilité définitivement ?
10:28Est-ce qu'il faut maintenir quand même l'idée, sachant qu'on tombe de désillusion en désillusion ?
10:33Alors, il faut les maintenir pour deux choses.
10:35Un, mettre la pression, notamment à ceux qui ont beaucoup de retard.
10:40Ça, c'est la première chose.
10:41La deuxième chose, c'est qu'il faut qu'on soit exemplaire.
10:43Vous savez, l'Europe était leader du climat, ce n'était pas il y a un siècle, c'était en
10:462009,
10:47c'est-à-dire il y a dix ans.
10:48À Copenhague, nous sommes arrivés au table de négociation, nous étions très ambitieux.
10:53Aujourd'hui, ce leadership, on l'a perdu à l'échelle internationale.
10:57Il faut que l'Europe se saisisse de ce moment pour revenir en 2026.
11:03à Glasgow, pour montrer des ambitions très fortes et entraîner l'ensemble de la communauté internationale.
11:08La bonne nouvelle, c'est que la mobilisation citoyenne aujourd'hui est de plus en plus prégnante,
11:15mais c'est surtout, c'est la préoccupation des citoyens européens.
11:19Et donc, par rapport à ça, on a des soutiens et je pense que ça doit avancer de manière beaucoup
11:24plus importante.
11:25C'est ça. Alors, quitte à être un peu naïf, mais c'est vrai que ce que vous dites,
11:27c'est vraiment la contradiction criante du monde.
11:29Jamais les mobilisations des citoyens, tout particulièrement des jeunes, on le répète,
11:35mais des élus, mais des spécialistes, mais des professionnels, etc.,
11:39n'ont jamais été aussi fortes à travers le monde pour qu'on change.
11:43Et finalement, quand on se retourne vers les grandes organisations internationales
11:47ou vers les États, quand on parle de ce qui vient de se passer à la Coupe 21,
11:51on s'aperçoit que finalement, personne n'est à la hauteur du problème.
11:55Donc, qu'est-ce qu'il faudrait faire tout de même pour sortir de cette situation qui commence à devenir
12:00kafkaïenne,
12:01sachant que visiblement, la seule voix des élus ne suffit plus à l'heure actuelle ?
12:05Non, mais je pense qu'il n'y a que les mobilisations citoyennes
12:08qui renforceront justement les orientations des politiques.
12:13Et ensuite, la nouveauté aussi, c'est que de plus en plus d'entreprises comprennent
12:19que la transition écologique n'est absolument pas une contrainte, mais une opportunité.
12:23Quand vous investissez dans le bâtiment, tout va en fait.
12:26Quand vous réorientez des entreprises sur la transition écologique,
12:30c'est bon pour l'emploi, mais c'est aussi bon pour le climat.
12:33La bataille du climat, c'est aussi la bataille de l'emploi, ça ils l'ont compris.
12:37Maintenant, il y a toujours les gros pollueurs, c'est-à-dire ces multinationales
12:41qui font un peu la loi avec le chantage à l'emploi.
12:44Aujourd'hui, il va falloir aussi être très courageux pour dire
12:48« Eh bien non, ce ne sont pas les multinationales qui vont sauver le climat,
12:51c'est bien la mobilisation citoyenne et les politiques qui soient un peu plus ambitieux et courageux
12:59qui vont aussi éviter, ce que vous disiez tout à l'heure,
13:03d'éviter de voler l'avenir de nos enfants.
13:06Merci, Karim Adéli, puis on continuera bien sûr à suivre ce qui va se passer
13:10dans les semaines et les mois qui viennent.
13:11Merci beaucoup, au revoir.
13:12Merci à vous, à bientôt.
13:13Sous-titrage Société Radio-Canada
13:19Sous-titrage Société Radio-Canada
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