- il y a 2 semaines
Comment un homme ordinaire, par son courage et son ingéniosité, peut-il changer le cours de l'Histoire ? Le documentaire Adolfo Kaminsky, le faussaire libre plonge dans la vie fascinante d'Adolfo Kaminsky, un héros méconnu qui, grâce à ses talents de faussaire, a sauvé des milliers de vies.
De ses premières falsifications pour protéger des enfants juifs menacés par la déportation à son rôle central dans les luttes clandestines pour la liberté à travers la Résistance et les combats anticoloniaux, Kaminsky incarne un combat intime et acharné contre l'injustice sous toutes ses formes. Son atelier clandestin, transformé en un véritable bastion de liberté, devient le théâtre de son engagement héroïque.
En mêlant archives et séquences animées inspirées du dessin à l'encre - un hommage visuel à l'outil qui fut sa meilleure arme -, ce film explore avec émotion et originalité l'héritage d'un homme hors du commun. Vibrant et audacieux, ce documentaire éclaire le parcours d'un artisan du courage qui a marqué les grandes causes du 20e siècle.
Un film de : Gaspard Wallut / Avec les voix de : Sarah Kaminsky et Arthur Igual / Conseiller historique : Guillaume Pollack / Musique originale : Edouard Perrin / Produit par : Julie Guesnon Amarante, Justine Henochsberg / Durée : 52' / Année : 2026 / Coproduction : Les Batelières Productions / LCP-Assemblée nationale
De ses premières falsifications pour protéger des enfants juifs menacés par la déportation à son rôle central dans les luttes clandestines pour la liberté à travers la Résistance et les combats anticoloniaux, Kaminsky incarne un combat intime et acharné contre l'injustice sous toutes ses formes. Son atelier clandestin, transformé en un véritable bastion de liberté, devient le théâtre de son engagement héroïque.
En mêlant archives et séquences animées inspirées du dessin à l'encre - un hommage visuel à l'outil qui fut sa meilleure arme -, ce film explore avec émotion et originalité l'héritage d'un homme hors du commun. Vibrant et audacieux, ce documentaire éclaire le parcours d'un artisan du courage qui a marqué les grandes causes du 20e siècle.
Un film de : Gaspard Wallut / Avec les voix de : Sarah Kaminsky et Arthur Igual / Conseiller historique : Guillaume Pollack / Musique originale : Edouard Perrin / Produit par : Julie Guesnon Amarante, Justine Henochsberg / Durée : 52' / Année : 2026 / Coproduction : Les Batelières Productions / LCP-Assemblée nationale
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NewsTranscription
00:06Le visage d'Adolfo Kaminsky ne vous dit probablement rien.
00:12Pourtant, derrière ce nom, se cache une histoire hors du commun.
00:18Un destin qui s'est écrit à l'ombre des événements les plus marquants du siècle passé.
00:25Fausseur de génie, résistant à 17 ans, agent secret, artisan de l'ombre au service des causes les plus urgentes
00:34de son temps.
00:36Pendant près de 30 ans, Adolfo Kaminsky a fabriqué des faux papiers.
00:41Pour des juifs traqués par les nazis, pour des rescapés des camps de la mort, pour des militants du FLN
00:47algérien,
00:48pour des révolutionnaires des quatre coins du monde en lutte contre les dictatures.
00:54Il a sauvé des milliers de vies, sans jamais faire de distinction entre les êtres humains et sans jamais chercher
01:00la reconnaissance.
01:03Cette histoire aurait pu rester secrète pour toujours, s'il n'avait pas décidé de la partager avec sa fille.
01:16Pour mon père, tout commence dans une teinturerie.
01:20La première fois qu'il m'en parle, je comprends très vite qu'il ne s'agit pas d'une
01:24expérience professionnelle comme les autres.
01:28Il a tout juste 15 ans quand il met les pieds pour la première fois dans l'arrière-boutique.
01:33C'est ici qu'il se découvre une passion qui va changer sa vie.
01:38La chimie.
01:39C'est une révélation, parce que là où certains ne voient que des vêtements tachés ou des tissus sales à
01:45laver,
01:47lui voit des défis à relever.
01:49Il découvre un monde fait de solutions chimiques miraculeuses, d'énigmes à résoudre.
01:56Passionné, autodidacte, il parvenait toujours à sauver ce qui était soi-disant irrécupérable.
02:02Alors, les gens venaient des villes alentours pour lui remettre des gants de communion en dentelle
02:07ou des robes de mariée tachées.
02:10Ça l'amusait.
02:11Cette teinturerie, à Vire, en Normandie,
02:15c'est en quelque sorte son tout premier laboratoire.
02:18Quand la guerre éclate, ça devient aussi son refuge.
02:24Fils d'immigrés juifs de Russie,
02:27Adolfo Kaminsky a déjà parcouru le monde au gré des exils successifs de ses parents,
02:31Salomon et Anna.
02:34La famille est marquée par le déracinement.
02:37Lui et ses deux frères sont nés en Argentine,
02:40quand sa petite sœur voit le jour en Turquie.
02:50Après un passage de quelques années à Paris,
02:53la famille quitte la capitale française en 1938.
02:59Direction Vire, en Normandie.
03:03Dans cette campagne normande,
03:04les Kaminsky découvrent enfin la stabilité.
03:06Après des années d'errance,
03:09ils connaissent des jours heureux,
03:11une vie normale.
03:13Mais cette parenthèse enchantée
03:14ne dure qu'un temps.
03:25Le 3 septembre 1939,
03:27deux jours après l'invasion de la Pologne par l'armée allemande,
03:31le président du conseil, Édouard Daladier,
03:33annonce l'entrée en guerre de la France
03:35aux côtés du Royaume-Uni.
04:01Le 10 mai 1940,
04:05l'Allemagne envahit l'ouest de l'Europe.
04:07Après la Belgique et les Pays-Bas,
04:09en quelques semaines,
04:11la France s'effondre.
04:28Adolfo voit défiler les réfugiés.
04:34Puis les chars.
04:36La Normandie passe sous occupation allemande.
04:47Mais c'est une autre violence qui le marque.
04:49En octobre 1940,
04:52le gouvernement de Vichy promulgue la loi portant statut des Juifs.
05:04Ainsi grossit chaque jour le nombre des Français
05:07qui, sachant discerner le Juif,
05:09pourront se protéger contre ces agissements.
05:18Adolfo et son frère,
05:19seuls ouvriers juifs de leur usine,
05:21sont renvoyés.
05:23Pour la première fois,
05:25ils se heurtent de plein fouet
05:26à un antisémitisme désormais inscrit dans la loi.
05:30Le jeune homme retrouve alors un travail
05:31dans une teinturerie de la ville,
05:33une arrière-boutique
05:34qui devient son refuge.
05:42En 1942,
05:45sa mère est assassinée
05:46lors d'un trajet en train depuis Paris.
05:56Adolfo a 16 ans.
05:58Il en est profondément marqué.
06:01Il se réfugie dans la chimie.
06:05Il se crée un laboratoire
06:07dans lequel, le soir,
06:09il fabrique du savon,
06:10des bougies,
06:11du sel.
06:17Autant de produits
06:18qui manquent cruellement en temps de guerre.
06:21Ses talents d'apprenti chimiste
06:23arrivent aux oreilles de M. Brancourt,
06:26une figure de la résistance locale,
06:28qui lui propose d'aider son réseau.
06:33Adolfo accepte sans hésiter
06:35et commence à fabriquer des détonateurs
06:37et des produits corrosifs
06:38pour saboter les voies ferrées.
06:41Un premier acte de résistance
06:44qui ne dure qu'un temps.
06:53Durant l'été 1943,
06:55l'armée allemande émet un ordre d'arrestation
06:58à l'encontre des Kaminsky.
07:05Adolfo est interpellé sur son lieu de travail.
07:07Dans le camion,
07:09il retrouve son père,
07:11ses frères,
07:12sa sœur,
07:13ainsi que son amie Dora Ogier
07:15et son père,
07:16seuls autres juifs
07:17encore présents à Vire.
07:19Tous
07:19prennent la direction
07:21du camp d'internement de Drancy.
07:33Lorsqu'ils arrivent à Drancy
07:34à la fin de l'été 1943,
07:37les Kaminsky découvrent
07:38ce qui est désormais
07:39le principal camp de transit
07:41des Juifs en France.
07:45Avec son père,
07:47ses frères et sa sœur,
07:50Adolfo est placé
07:51dans des bâtiments
07:52réservés aux détenus
07:53non déportables.
07:55Grâce à leur nationalité,
07:57ils bénéficient d'une immunité.
07:59L'Argentine est pour l'heure neutre
08:01dans le conflit
08:01qui agite le monde
08:02et ses ressortissants
08:04sont protégés
08:04de toute déportation.
08:07Pour autant,
08:08ils ne sont pas tenus
08:09à l'écart de la vie quotidienne
08:11de ce camp
08:11déjà chargé d'histoire.
08:17Réquisitionné
08:17par les Allemands
08:18dès l'armistice de 1940,
08:20le camp de Drancy
08:21devient à partir d'août 1941
08:23le principal centre
08:25d'internement
08:25des Juifs de France.
08:39À partir de mars 1942,
08:42les premiers convois
08:43partent vers l'Est.
08:51A chaque fois,
08:53ce sont des milliers
08:54de personnes
08:54qui prennent le départ
08:55et ne reviennent jamais.
09:01Les soldats allemands
09:02parlent de camps de travail.
09:05Mais à Drancy,
09:06personne n'est d'eux.
09:07Que ferait-on
09:08de centaines d'enfants
09:09et de vieillards incapables ?
09:10Les détenus ont donné un nom
09:13à cette destination inconnue.
09:15Pichipoy,
09:16le pays de nulle part.
09:19Un voyage sans retour.
09:35C'était une cité immense,
09:38entourée de barbelés.
09:40Des immeubles formant un U
09:42autour d'une vaste cour carrée
09:45sur laquelle planait l'ombre
09:47menaçante des tours
09:48où résidaient les troupes
09:49d'occupation allemande.
09:52Ce qu'il a vraiment marqué,
09:54ce sont les milliers
09:55de personnes par Kella.
09:57Des hommes,
09:58des femmes
09:59et des enfants
10:00de toutes les origines,
10:01de toutes les conditions.
10:03Toutes enfermées
10:04pour une seule raison.
10:06Parce qu'elles sont juives.
10:09Il n'a jamais fait
10:10de distinction
10:11entre les êtres humains.
10:13Venant d'une famille athée
10:14et marxiste,
10:15cette injustice lui est insupportable.
10:18Lui, son père,
10:20ses frères et sa sœur
10:21étaient protégés
10:22par leur papier argentin.
10:24Mais il voyait partir
10:25les autres,
10:26par groupe de mille.
10:28C'était atroce.
10:30Il a vu son amie Dora partir,
10:33sans pouvoir rien faire,
10:35puis son professeur d'algèbre,
10:37qui avait continué
10:38de lui faire cours
10:38chaque jour
10:39à l'intérieur du camp,
10:40comme pour garder
10:41un semblant de vie normale.
10:44Il en est resté
10:45à jamais traumatisé.
10:47Il en a même gardé
10:48une forme de culpabilité.
10:51Culpabilité
10:51d'être un survivant.
10:53Ça explique sans doute
10:54qu'il est passé
10:54le reste de sa vie
10:55à essayer de sauver des gens.
10:58Pour ne pas en avoir
10:59réchappé pour rien.
11:05Les semaines passent
11:07et avec eux,
11:08les convois défilent.
11:10Les Kaminsky, eux,
11:12sont toujours là.
11:14Ce n'est que trois mois
11:15après leur arrivée
11:16que la situation se débloque.
11:20Les nombreux courriers
11:21envoyés au consul d'Argentine
11:23portent enfin leurs fruits.
11:26Adolfo et sa famille
11:27sont libérés
11:28à la fin de l'année 1943
11:30à la faveur
11:31d'un imbroglio diplomatique.
11:34L'Argentine
11:35n'est plus neutre
11:36et ne les protège plus.
11:38Ils doivent se cacher
11:39dans un Paris occupé
11:40où les soldats allemands
11:42sont omniprésents.
11:53Depuis leur départ
11:54pour la Normandie
11:55cinq ans plus tôt,
11:56la capitale française
11:58est devenue
11:58un environnement hostile.
12:00Une ville
12:01qu'Adolfo
12:02ne reconnaît presque plus.
12:04Il y a d'abord
12:05l'Allemand
12:05qui côtoie désormais
12:06le Français
12:07sur les devantures
12:08de magasins
12:08et sur les panneaux
12:09de circulation.
12:12Il y a aussi
12:12les soldats
12:13de l'armée
12:13d'occupation
12:15omniprésentes
12:16dans les rues.
12:21La priorité
12:22est de se mettre
12:23à l'abri.
12:27La famille
12:27doit se disperser
12:28et changer
12:29d'identité.
12:35Grâce à de vieilles
12:36connaissances,
12:37le père d'Adolfo
12:38obtient le contact
12:39d'un certain
12:40Pingouin,
12:41responsable
12:42d'un mouvement
12:42de résistance
12:43baptisé
12:44Sixième Section Secrète.
12:49Ce mouvement
12:50est infiltré
12:51au sein même
12:51de l'Union Générale
12:52des Israélites
12:53de France,
12:54l'UGIF,
12:55une organisation
12:56créée par Vichy
12:57en novembre 1941
12:58pour apporter
13:00une aide matérielle
13:01et administrative
13:02aux Juifs
13:03à travers tout le pays.
13:05Une façade
13:06dont les fichiers
13:08servent en réalité
13:09à l'organisation
13:09des rafles.
13:15Grâce à des sources,
13:17le réseau récupère
13:18en avance
13:19les listes
13:19des personnes ciblées.
13:24un laboratoire
13:25se charge ensuite
13:26de fabriquer
13:27de faux papiers
13:27et de les faire
13:28disparaître
13:29dans la nature.
13:36Après un premier
13:37rendez-vous
13:37dans le quartier latin,
13:39Adolfo retrouve Pingouin
13:40pour récupérer
13:41les nouveaux papiers
13:42de la famille.
13:46son père devient
13:47Georges Vernet.
13:48Lui
13:49s'appelle maintenant
13:50Julien Keller.
13:55Leur chemin
13:55aurait pu se séparer
13:56à cet instant.
13:58Mais Pingouin
13:59est intrigué
13:59par la profession
14:00d'Adolfo.
14:01Un teinturier,
14:02ça ne court pas
14:03les rues.
14:06Il lui explique
14:07qu'ils ont beaucoup
14:08de mal à effacer
14:09l'encre Waterman
14:09présente sur de nombreux
14:10documents officiels.
14:14Adolfo n'hésite pas
14:15un seul instant.
14:16La solution,
14:18l'acide lactique.
14:24Pingouin comprend
14:24immédiatement
14:25que le jeune homme
14:26peut devenir
14:26un atout important
14:27pour son équipe.
14:29Il lui donne rendez-vous,
14:31quelques jours plus tard,
14:32dans un hôtel
14:33de la place Maubert
14:34pour un test
14:34grandeur nature.
14:42Ce jour-là,
14:44quand il pousse
14:44la porte d'entrée,
14:46il ne se doute pas
14:47que son destin
14:47s'apprête à basculer.
14:49Dans la chambre sombre,
14:51il retrouve trois hommes,
14:53Pingouin,
14:54Giraffe
14:54et Héron.
14:56Trois résistants
14:57dont il ne connaît pas
14:58les véritables identités.
15:01On lui demande
15:02de s'installer
15:03devant un bureau en bois.
15:04Il a devant lui
15:05une carte d'identité vierge,
15:07une plume
15:07et un encrier.
15:12Il se souvient
15:12des regards
15:13tournés vers lui
15:14quand il commence
15:14à recopier
15:15les informations
15:16inscrites sur une feuille
15:17qu'on vient de lui fournir.
15:19Il s'applique
15:20à adopter l'écriture
15:21d'un banal secrétaire
15:22de mairie.
15:25Sur le papier,
15:27rien de compliqué.
15:29Il dit même
15:29que ce qu'il a fait
15:30ce jour-là,
15:31n'importe qui
15:32aurait pu le faire.
15:34Pourtant,
15:36il sait qu'il s'agit
15:37d'un rituel
15:37initiatique,
15:39un passage
15:39qui le marque
15:40à tout jamais.
15:42Mon père
15:43vient de réaliser
15:44son tout premier faux papier.
16:00Dès le lendemain de ce test,
16:03Pingouin emmène Adolfo
16:04dans un appartement discret
16:05au dernier étage
16:06d'un immeuble
16:06situé aux 17 rues
16:08des Saint-Père,
16:09dans le quartier latin.
16:11Le jeune homme de 17 ans
16:13a tout de suite
16:13les yeux rivés
16:14sur la petite équipe
16:15qui s'affaire
16:15devant une montagne
16:16de documents
16:17à falsifier.
16:19Et tout juste arrivé,
16:21il repère des failles.
16:23La technique employée
16:24pour effacer l'encre
16:25des documents
16:25est risquée.
16:27Il sait qu'avec le produit
16:28qu'ils utilisent,
16:30les inscriptions
16:30ressurgiront
16:31en quelques jours seulement.
16:34sans attendre,
16:36le jeune chimiste
16:37s'empare alors
16:38de plusieurs flacons
16:38et concocte
16:39des solutions
16:40bien plus efficaces,
16:42incolores
16:42et intraçables.
16:45L'ancienne responsable
16:46lui confie alors
16:47les rênes
16:48du laboratoire clandestin,
16:49un endroit
16:50où il passe désormais
16:52toutes ses journées.
16:56Il faut imaginer
16:58un laboratoire minuscule,
17:00à peine 15 mètres carrés.
17:02Mais grâce à une lucarne,
17:04il y a une belle clarté
17:05durant la journée.
17:07Deux tables bout à bout
17:08qui occupent alors
17:09presque toute la longueur
17:10de la pièce.
17:13Pour augmenter
17:14la surface de travail,
17:15mon père a bricolé
17:16des grands tiroirs coulissants.
17:19C'est là que les documents
17:19sont mis à sécher.
17:22Il a aussi revu
17:23l'organisation
17:24des étagères fixées au mur.
17:26Il y a disposé
17:27tous les produits chimiques
17:28et les différentes encres,
17:30scrupuleusement
17:31classés dans l'ordre
17:32de leur utilisation.
17:34Chacun sait quoi faire.
17:36C'est une équipe soudée
17:37où chacun se soutient
17:38et a un rôle à jouer.
17:40Ils sont quatre
17:40dans ce laboratoire
17:41dont personne
17:43ne connaît l'adresse,
17:44pas même les autres membres
17:45de la sixième section secrète.
17:49Cette petite équipe
17:50devient vite
17:50sa nouvelle famille.
17:53Ce qui frappe,
17:54c'est avant tout
17:55leur jeunesse.
17:56Ils sont tous étudiants.
17:58certains font ça
17:59en cachette
18:00de leurs parents.
18:01Mon père était
18:02le plus jeune.
18:04Un mineur
18:05qui aurait dû être caché
18:06chez des fermiers
18:07en zone libre
18:07par le réseau,
18:08comme l'étaient
18:09ses frères et sœurs.
18:14Les semaines passent
18:15et la quantité
18:17de documents
18:17à falsifier
18:18ne faiblit pas.
18:20Adolfo décide alors
18:21de revoir
18:21la stratégie
18:22du laboratoire
18:23et d'industrialiser
18:25le processus.
18:27Plutôt que de modifier
18:28les papiers originaux,
18:29il veut maintenant
18:30fabriquer des pièces vierges
18:31lui-même.
18:33Le soir,
18:34il arpente
18:35les bouquinistes
18:36des quêtes scènes,
18:37déniche
18:37des ouvrages techniques,
18:39arrache ses secrets
18:40à un professionnel.
18:42La fabrication
18:43du papier
18:43et la photographure
18:44n'ont bientôt
18:45plus de mystère
18:46pour lui.
18:48En quelques semaines,
18:49il installe
18:50un second laboratoire
18:51au-dessus de sa chambre.
18:53C'est là
18:54que chaque nuit,
18:55il façonne
18:56seules des dizaines
18:57de pièces vierges
18:57que l'équipe remplit
18:58dès le lendemain matin.
19:12Grâce à Adolfo Kaminski,
19:14l'équipe de Fosser
19:16se forge rapidement
19:17une solide réputation.
19:18Le laboratoire
19:20de la rue des Saint-Pères
19:21est le seul en France
19:22capable de produire
19:23en grande quantité
19:24des faux
19:25d'une qualité identique
19:26aux originaux.
19:28Pas étonnant alors
19:29de voir les commandes
19:30affluer de toutes parts.
19:31Bientôt,
19:32le laboratoire
19:34inonde la France,
19:35la Belgique
19:36et les Pays-Bas.
19:43En ce début d'année 1944,
19:47c'est toute la résistance
19:47qui a besoin
19:48de faux papiers.
19:56Mouvement de libération nationale
19:57ou communiste
19:59des francs-tireurs
19:59et partisans,
20:01Adolfo apporte son aide
20:02à tous ceux
20:03qui ont besoin de lui.
20:06mais face à ce nombre
20:07toujours plus important
20:08de demandes,
20:09l'équipe se fixe
20:11une seule règle.
20:12La priorité
20:13est toujours donnée
20:14au sauvetage
20:15des enfants.
20:17Cette règle
20:18prend tout son sens
20:20au printemps 1944
20:22quand Pingouin
20:23vient transmettre
20:24une information
20:25alarmante.
20:27Les Allemands
20:28ont décidé
20:28d'accélérer
20:29le processus d'épuration
20:30et n'épargne plus personne.
20:32Ils s'apprêtent
20:33à mener une rafle géante
20:34dans une dizaine
20:35de maisons d'enfants
20:36de la région parisienne.
20:37300 enfants
20:38dont les parents
20:38ont déjà été arrêtés
20:39sont à leur tour
20:41menacés de déportation.
20:46Carte d'identité,
20:47certificat de baptême,
20:49carte d'alimentation,
20:50laissée passer.
20:51La petite équipe
20:52doit fabriquer
20:52plus de 900 faux documents
20:53en trois jours seulement.
21:01Durant 72 heures,
21:03le laboratoire
21:03se consacre
21:04à cette tâche titanesque
21:05et tourne sans relâche.
21:07Adolfo a fait le calcul.
21:08En une heure,
21:09il fabrique
21:1030 documents vierges.
21:12Dormir,
21:12ne serait-ce qu'une heure,
21:13c'est condamner
21:1430 personnes.
21:19Alors,
21:19le fossé renchef
21:20de la sixième
21:20ne s'accorde aucun répit,
21:23luttant contre le sommeil,
21:24se giflant pour tenir,
21:25refusant de flancher.
21:32Au terme
21:33de ces trois jours éreintants,
21:34l'équipe est parvenue
21:36à réaliser
21:36plus de 900 faux documents.
21:39Mais le soulagement
21:40est de courte durée.
21:42Pingouin a été arrêté
21:44alors qu'il accompagnait
21:4430 enfants en zone libre.
21:47Adolfo l'apprendra plus tard.
21:49Tous ont été déportés
21:51à Auschwitz.
21:52Pingouin a été fusillé
21:54dès son arrivée.
21:55Les enfants aussi.
22:00Les jours passent
22:01et cet épisode tragique
22:03continue de hanter
22:04Adolfo.
22:08Pourtant,
22:09après bientôt
22:10cinq années
22:10de guerre
22:11et d'occupation,
22:12l'horizon
22:13semble enfin
22:13se dégager.
22:16Le 6 juin 1944,
22:18les forces alliées
22:19déclenchent
22:19l'opération
22:20Overlord.
22:23Plus de 150 000 soldats
22:25débarquent sur la mer
22:26et par les airs
22:27sur le sol de Normandie.
22:28Une opération
22:29d'une ampleur jamais vue
22:30qui met à mal
22:31l'armée allemande
22:32sur un mur de l'Atlantique
22:34qu'elle pensait
22:34infranchissable.
22:36La reconquête
22:37de la France débute.
22:45Le 24 août,
22:46après une percée éclair,
22:48les premiers blindés
22:49de la deuxième DB
22:50du général Leclerc
22:51entrent dans la capitale.
22:58La déroute allemande
23:00ne fait plus de doute.
23:04Le 25 août,
23:05le général von Scholtitz,
23:07commandant allemand
23:07à Paris,
23:08signe l'acte de reddition.
23:12Le lendemain,
23:13le général de Gaulle
23:14défile triomphant
23:15sur les Champs-Elysées.
23:17Une liesse populaire
23:18s'empare d'une ville
23:19enfin libérée
23:20de l'oppression allemande.
23:26Toujours dans son laboratoire,
23:28Adolfo Kaminsky, lui,
23:30ne participe pas
23:31aux célébrations.
23:33Le faussaire de la 6e
23:35est habité
23:36par une profonde tristesse.
23:38Il ne parvient pas
23:39à oublier les morts,
23:41tous ceux
23:42qu'il n'a pas pu sauver.
23:44Il se demande
23:45pourquoi lui
23:45s'en est sorti
23:47et pas eux.
23:54Paris.
23:55Paris outragé,
23:58Paris brisé,
24:00Paris martyrisé,
24:02mais Paris libéré.
24:09Alors que Paris est libéré,
24:12Adolfo Kaminsky
24:13est perdu.
24:18Sa vie s'est comme arrêtée
24:19quand il est arrivé à Drancy.
24:22Sa famille est éparpillée
24:23et les contacts avec eux
24:25sont rares.
24:26Il n'a pas d'études
24:28à poursuivre,
24:29pas de travail à reprendre.
24:34Il sait aussi
24:34que la guerre
24:35ne s'est pas terminée
24:36avec la bataille de Paris.
24:39La France n'est pas
24:40encore entièrement libérée.
24:42Les troupes allemandes
24:43sont défaites
24:44dans la capitale,
24:45mais elles sont encore loin
24:46d'avoir rendu les armes.
24:48Engagée dans une folle
24:49remontée vers le nord,
24:51la 1re armée française
24:52du général de l'Atre
24:53de Tassini
24:54débarquait le 15 août
24:55sur les côtes de Provence,
24:56libère Lyon et Besançon
24:58en septembre 1944
25:00avant d'atteindre
25:00les Vosges
25:01au mois d'octobre.
25:06Les forêts denses
25:07de l'Est
25:07sont le théâtre de combat
25:09parmi les plus violents
25:09et les plus meurtriers
25:10de la reconquête du pays.
25:18En novembre,
25:19ce sont toutes les forces alliées
25:21qui se lancent
25:21dans une course effrénée
25:22vers le Rhin,
25:23luttant contre
25:24des soldats allemands
25:25solidement installés
25:26sur leur position.
25:29Adolfo sait
25:29que des vies
25:30sont encore menacées.
25:31Il veut se rendre utile.
25:33Alors il s'engage
25:34dans l'armée
25:34comme brancardier,
25:36bien décidé
25:36à rejoindre
25:37ces zones de combat.
25:47Mais à l'automne,
25:49deux officiers
25:50de la DGER,
25:51les nouveaux services secrets
25:52du gouvernement provisoire
25:53de la République,
25:54se présentent
25:55dans sa caserne.
25:56Ils cherchent
25:57un certain
25:58Julien Keller.
26:01Le jeune homme
26:01de 18 ans
26:02est rattrapé
26:02par son passé.
26:04Ils ont eu
26:05vent de ses exploits
26:05de faussaire
26:06et ont une mission
26:07hautement prioritaire
26:09à lui confier.
26:13À l'approche
26:14de la victoire,
26:15une course
26:16contre la montre
26:17est lancée.
26:20Le Troisième Reich
26:21s'emploie
26:22à effacer méthodiquement
26:23les traces
26:23de ses crimes.
26:27Dans les camps
26:28où des médecins
26:29se sont livrés
26:29à des expérimentations
26:30sur des êtres humains,
26:33les archives brûlent
26:34et les témoins
26:36disparaissent.
26:41La DGER
26:42et les alliés
26:43doivent envoyer
26:44des agents
26:44derrière les lignes ennemies
26:46pour documenter
26:47ces crimes
26:48avant qu'ils ne soient
26:49trop d'art.
26:56Pour ça,
26:57il leur faut
26:57des faux papiers
26:58et des légendes
26:59parfaites.
27:00C'est là
27:01qu'Adolfo
27:02entre en jeu.
27:04Le jeune homme
27:05accepte.
27:05Il devient
27:06agent secret.
27:10C'est un changement
27:11de vie radical.
27:12Il emménage
27:13dans un logement
27:14de fonction
27:14dans les beaux quartiers
27:15de Paris.
27:18Il a une solde
27:19confortable
27:19et une voiture
27:20avec chauffeur.
27:24Ses camarades
27:25ne sont plus
27:25des étudiants résistants
27:26mais des militaires
27:27en uniforme.
27:28Ils passent
27:29d'un laboratoire
27:29minuscule
27:30à un étage entier
27:31avec du matériel
27:32professionnel.
27:33Il est maintenant
27:34faussaire d'État.
27:37L'objectif de sa mission
27:38pour les services secrets
27:39était de permettre
27:41à des agents français
27:42de s'infiltrer
27:42en Allemagne.
27:43Mais confectionner
27:44des papiers allemands
27:45représente un nouveau
27:46défi technique pour lui
27:47parce qu'il n'en a jamais
27:48fabriqué
27:49et qu'ils sont réputés
27:50infalsifiables.
27:52Grammage de papier,
27:53filigrane,
27:54écriture,
27:55il doit trouver
27:56des solutions pour tout.
27:57Imaginez de nouvelles techniques
27:58dans un temps record
28:00et avec les moyens du bord.
28:01Il fabrique
28:02ses propres machines.
28:03Il crée une centrifugeuse
28:05avec une roue de vélo.
28:07Grâce à son ingéniosité,
28:08il parvient à reproduire
28:09tous les documents
28:10à la perfection.
28:12Il doit aussi fournir
28:13de quoi alimenter
28:14la couverture des agents,
28:15inventer leur légende
28:16avec eux.
28:17Tickets de caisse,
28:18de cinéma,
28:19de bus.
28:20Ils réalisent des quittances
28:21de loyers
28:22et des cartes de bibliothèque.
28:23Ce sont ces éléments-là
28:25qui,
28:26lors d'un contrôle de police,
28:28peuvent faire la différence
28:29entre la vie
28:29et la mort.
28:38Au printemps 1945,
28:40l'ensemble des documents
28:41sont prêts à être remis
28:42aux six agents
28:43qui s'apprêtent
28:43à être parachutés
28:44en Allemagne.
28:47Ils n'auront pas
28:48le temps de partir.
28:52Le 8 mai 1945,
28:55au sud-est de Berlin,
28:57le général Wilhelm Keitel,
28:58en présence des représentants
29:00des forces alliées,
29:01signe l'acte de capitulation
29:02du Troisième Reich.
29:09Après six ans de guerre,
29:11les armes se taisent
29:12enfin en Europe.
29:14La paix est revenue.
29:21Mais Adolfo n'a pas
29:22le temps de souffler.
29:24Ses supérieurs
29:25lui assignent déjà
29:25une nouvelle mission.
29:27Cette fois-ci,
29:28il n'est plus question
29:29de fabriquer des faux papiers
29:30pour des missions d'infiltration,
29:32mais de réaliser
29:33toute une série
29:33de cartes de l'Indochine.
29:37Car à peine sorti
29:38de la Seconde Guerre mondiale,
29:40la France s'apprête
29:41à lancer une guerre
29:42de reconquête coloniale
29:43dans ce territoire
29:44considéré comme la perle
29:45de l'Empire français.
29:49L'objectif ?
29:51Lutter contre la montée
29:52du Viet Minh,
29:53un mouvement indépendantiste
29:55dirigé par Ho Chi Minh.
30:01La DGER est chargée
30:03de préparer le terrain
30:04avant l'arrivée
30:05des premiers corps
30:06expéditionnaires.
30:08Alors,
30:09carte après carte,
30:11Adolfo photographie,
30:12reproduit,
30:14classe.
30:14C'est un travail mécanique,
30:16silencieux.
30:18Mais dans son laboratoire,
30:20quelque chose commence
30:21à se fissurer en lui.
30:25installé devant sa table
30:26de travail,
30:27il prend peu à peu conscience
30:28que ce ne sont pas
30:29de simples cartes géographiques
30:31qui défilent sous ses yeux.
30:34Ces montagnes,
30:35ces fleuves et ces vallées
30:37sont des terres habitées
30:39par des hommes
30:40et des femmes indochinois
30:41qui, comme les Français
30:43quelques mois plus tôt,
30:44se soulèvent contre
30:45ce qu'ils considèrent
30:46être une force d'occupation.
30:49Un constat s'impose à lui.
30:51Ce que la France a appelé
30:53la résistance chez elle,
30:54elle s'apprête
30:55à l'appeler
30:56insurrection là-bas
30:57et la combattre
30:58par les armes.
31:01Cette idée le hante
31:02et ne le quitte plus.
31:03Il n'est plus en accord
31:04avec sa ligne morale.
31:06Pour lui,
31:08chaque être humain
31:09a la même valeur.
31:10La seule raison
31:11pour laquelle
31:12il a commencé
31:12à faire des faux papiers,
31:14c'est pour sauver
31:15des innocents,
31:16pas pour participer
31:17à la guerre coloniale
31:18qui s'annonce.
31:20Il sait que s'il reste
31:21dans l'armée,
31:22il n'est plus
31:23du bon côté.
31:30Alors,
31:30un matin
31:31de l'été 1945,
31:33il se présente
31:34devant son supérieur
31:35et lui remet
31:36sa démission.
31:38Peu importe
31:39les tentatives
31:39pour le retenir,
31:41il a fait son choix.
31:44Du jour au lendemain,
31:46Adolfo Kaminski
31:47a tout perdu.
31:56Il a maintenant
31:57tout juste 20 ans.
31:59Les temps sont durs.
32:01Il vit dans un taudis,
32:02sans eau,
32:03ni électricité.
32:06Sa situation administrative
32:07est un cauchemar.
32:09Il n'a que son vieux
32:10passeport argentin,
32:11portant toujours
32:12le tampon juif.
32:14sa demande
32:15de permis de séjour
32:16est refusée
32:16par les autorités
32:17françaises.
32:18Il est même
32:19frappé d'une obligation
32:20de quitter le territoire
32:21et risque maintenant
32:23l'expulsion
32:23vers l'Argentine,
32:24un pays
32:25où il n'a
32:25aucune attache.
32:27Il passe
32:28de faussaire d'état
32:29à sans-papier.
32:31Il doit se confectionner
32:32sa propre fausse carte
32:33d'identité.
32:35C'est à cette période
32:36que Pierrot,
32:37un ancien de la Résistance,
32:39fait appel à lui
32:40pour venir en aide
32:41aux rescapés
32:41des camps de la mort,
32:42toujours parqués
32:43à l'est de l'Europe.
32:47Au sortir de la guerre,
32:49ils sont des centaines
32:50de milliers
32:50à être bloqués là,
32:51dans des camps
32:52où ils ne meurent plus,
32:53mais qu'ils refusent
32:54de quitter
32:54pour ne pas rentrer
32:55dans leur pays d'origine
32:56où ils ont vécu
32:58tant d'atrocités.
33:01Ils espèrent partir
33:02en Palestine,
33:03toujours sous mandat
33:04anglais.
33:05Mais le Royaume-Uni
33:06impose un quota
33:07d'immigration dérisoire,
33:09appelé Livre Blanc.
33:11Ce sont ces hommes,
33:13ces femmes
33:14et surtout ces enfants
33:15que Pierrot
33:16tente d'aider.
33:18Mais Adolfo refuse.
33:20Il ne croit pas
33:21dans le projet sioniste.
33:23Selon lui,
33:24les Juifs n'ont pas
33:25de nation.
33:26Ils ont leur place
33:27partout dans le monde,
33:28sans avoir à risquer
33:30la mort.
33:31Pour tenter
33:32de le convaincre,
33:33Pierrot lui propose
33:34de l'accompagner
33:35en Allemagne.
33:38Son voyage en Allemagne
33:40a lieu au mois
33:40de janvier 1946.
33:43Il est à bord
33:44d'une Jeep militaire
33:45américaine.
33:46Il fait froid
33:47et gris.
33:49Au loin,
33:50les baraquements
33:51rectangulaires
33:51d'un camp
33:52dressés
33:53au milieu
33:53d'un champ boueux.
33:56et soudain,
33:58de l'autre côté
33:59des barbelés,
34:00les premières silhouettes.
34:03Des hommes
34:03et des femmes
34:04qui s'approchent
34:04lentement
34:05et interrogent
34:06du regard.
34:07Ils portent encore
34:08leurs costumes
34:09rayés de prisonniers
34:10alors que la guerre
34:11est finie.
34:15Il est horrifié
34:16par les histoires
34:17de ces personnes
34:18qui ont vécu
34:19les persécutions,
34:20les lynchages
34:21de leurs voisins,
34:22qui ont vu
34:23leur famille tuée,
34:24des rescapés
34:25de la mort
34:25qui n'envisagent pas
34:26un instant
34:27de rentrer
34:27dans le pays
34:28qui les a trahis.
34:29Ils sont prêts
34:30à attendre ici
34:31des mois,
34:32des années s'il le faut,
34:33pour obtenir
34:34un visa pour la Palestine.
34:40Sur le chemin
34:41du retour,
34:42une dernière image
34:43le terrifie.
34:44Des hordes
34:45d'enfants sauvages,
34:47des orphelins
34:48qui rôdent
34:49aux abords des camps,
34:49des gamins
34:51rescapés eux aussi,
34:52armés de bâtons
34:53et livrés
34:54à eux-mêmes.
34:56Il se dit alors
34:57que ces faux papiers
34:58peuvent peut-être
34:59apporter une solution
35:00à ces situations
35:01sans espoir.
35:08De retour à Paris,
35:10Adolfo renoue
35:11avec son passé
35:11de faussaire.
35:12S'il s'engage
35:13à nouveau,
35:14c'est avant tout
35:15parce qu'il rejette
35:16la notion de frontière.
35:18Il se souvient
35:19combien lui
35:19et sa famille
35:20ont souffert
35:20de cette condamnation
35:21à l'immobilité,
35:22faute de papiers
35:23d'identité.
35:26Il veut lutter
35:27pour la liberté
35:28de circulation
35:29des peuples menacés.
35:36Pour permettre
35:37le départ
35:37des rescapés,
35:38la méthode
35:39est bien rodée.
35:40Les candidats
35:41à l'exil
35:41sont exfiltrés
35:42des camps
35:43par groupes de 30,
35:44rassemblés
35:45en convoi
35:45en convoi
35:45de 500
35:46à 800 personnes,
35:47puis embarqués
35:48sur des bateaux
35:49dans la destination
35:50officielle
35:50et l'Amérique du Sud.
35:52Une fois en mer,
35:54ils mettent le cap
35:55sur la Palestine.
35:58Même si la plupart
35:59des navires
35:59sont interceptés
36:00par la Royal Navy
36:01et détournés
36:02vers Chypre
36:02où les passagers
36:03sont parqués
36:04dans des camps,
36:05c'est une première victoire.
36:06Ils ne sont plus
36:07en Allemagne
36:08ou en Pologne.
36:13Pour chaque voyage,
36:15la tâche
36:15est titanesque.
36:18Visa de groupe,
36:20billet pour des destinations
36:21fictives,
36:22passeport d'équipage,
36:23tampon douanier,
36:24autorisation d'amarrage.
36:28Adolfo fabrique tout
36:29et ne laisse rien au hasard.
36:36Un travail de fond
36:37qui finit par payer.
36:38Les scandales à répétition
36:40achèvent de discréditer
36:41le Royaume-Uni.
36:44En novembre 1947,
36:46l'ONU vote
36:47la partition de la Palestine
36:49en deux États.
36:53Et le 14 mai 1948,
36:55David Ben-Gurion
36:56proclame la création
36:57de l'État d'Israël.
37:00Comme lors de la libération
37:02de Paris,
37:03le jeune homme de 22 ans
37:05est amer.
37:06il espérait la création
37:08d'un unique État laïque
37:09et binational,
37:10sans religion érigée
37:11au-dessus de la nouvelle
37:12constitution.
37:14Ce n'est pas le cas.
37:16Il pressent la distinction
37:17inévitable
37:18entre les populations,
37:20les conflits
37:21qui surviendront.
37:23Alors qu'il voit sa sœur
37:25et plusieurs amis
37:25faire le choix
37:26de s'installer
37:26dans ce nouvel État,
37:28lui,
37:29n'envisage pas
37:29de quitter son pays,
37:31la France.
37:39C'est en reproduisant
37:41des tampons
37:41dans son laboratoire
37:42de la 6ème
37:43qu'Adolfo s'est découvert
37:44une passion
37:45pour la photographie.
37:47En temps de paix,
37:48il choisit
37:49d'en faire son métier.
37:53Son ingéniosité
37:54et sa maîtrise technique
37:55lui permettent
37:55de se faire un nom.
37:57Spécialiste de la couleur,
37:59il réalise des formats
38:00photographiques géants
38:01pour le cinéma
38:01ou des reproductions
38:02d'œuvres d'art
38:03pour les catalogues
38:03d'expositions.
38:06Dans ce Paris
38:07du début des années 50,
38:08Adolfo,
38:09désormais père
38:10de deux enfants
38:11issus d'un premier mariage,
38:12mène une vie d'artiste
38:13et côtoie des talents
38:14venus des quatre coins
38:15du monde.
38:17A-t-il renoncé
38:18à faire des faux papiers ?
38:19Jamais vraiment.
38:21Dans le secret
38:22de son laboratoire,
38:23il continue d'aider
38:24des républicains espagnols
38:25en lutte contre
38:26la dictature de Franco.
38:32Mais un sujet
38:33ne cesse
38:34de le préoccuper.
38:36L'Algérie.
38:38Un pays
38:39qu'il découvre
38:40en 1953.
38:44Il est parti
38:45en Algérie
38:46en vacances
38:47avec une amie
38:48photographe.
38:49Un simple
38:50voyage touristique.
38:52Mais là-bas,
38:53il est profondément
38:54marqué
38:55par les graves problèmes
38:56que pose alors
38:57la colonisation.
38:59Lui qui a déjà
39:00une forte conscience
39:01anticoloniale
39:03perçoit la distinction
39:04entre les populations.
39:06A travers l'objectif
39:07de son appareil photo,
39:09il ressent
39:09cette dure réalité.
39:11Il y a les Français
39:12d'un côté
39:13et de l'autre,
39:14les Français musulmans
39:16d'Algérie.
39:17Ceux qu'on appelle
39:18les Arabes.
39:20Il voit les Arabes
39:22qu'on tutoie
39:22et les Français
39:23qu'on appelle Monsieur.
39:25Il endure
39:26le paternalisme colonial
39:27d'une partie
39:28des métropolitains.
39:29Pas tous, bien sûr,
39:30mais tout ça
39:31le met mal à l'aise.
39:34Alors qu'on lui a appris
39:35que l'Algérie,
39:35c'est la France,
39:37il comprend qu'ici,
39:38la devise nationale
39:39« liberté, égalité, fraternité »
39:42ne concerne pas
39:42tout le monde.
39:44Lui, le blanc de métropole,
39:46a honte d'être
39:47qui il est.
39:48Mais surtout,
39:49il a honte
39:50pour la France.
39:59Depuis la fin
40:00de la Seconde Guerre mondiale,
40:01la population algérienne
40:03affirme avec force
40:04sa volonté d'émancipation.
40:05Et depuis le mois
40:06de novembre 1954,
40:08le territoire est en proie
40:09à une insurrection armée
40:11menée par un puissant
40:12mouvement indépendantiste,
40:13le FLN,
40:14le Front de Libération Nationale.
40:29Face à cet embrasement,
40:31l'armée française répond
40:33par ce que le gouvernement
40:33qualifie d'opérations
40:35de maintien de l'ordre
40:35ou de campagne
40:36dites de pacification.
40:44La propagande parle
40:45des événements algériens.
40:47Pourtant,
40:48le départ de milliers
40:49de jeunes soldats
40:50et les premiers récits
40:51de torture
40:51ne laissent pas la place
40:52aux doutes.
40:54La torture.
40:56Pour Adolfo,
40:57la ligne rouge
40:58a été franchie.
41:00Il ne peut s'empêcher
41:01de faire le parallèle
41:02avec les pratiques
41:03de la Gestapo
41:0415 ans plus tôt.
41:05Il veut s'engager
41:06pour aider les Algériens.
41:11C'est par l'intermédiaire
41:12de Marceline Loridan,
41:13une rescapée des camps
41:15et meilleure amie
41:15de Simone Veil,
41:17qu'Adolfo rencontre
41:18Francis Jansson
41:19à la fin de l'année 1957.
41:24Philosophe existentialiste,
41:26Jansson est une figure médiatique
41:28de l'anticolonialisme.
41:30Il est aussi le fondateur
41:31du premier réseau clandestin
41:32de soutien au FLN.
41:34Un réseau qu'il crée
41:35dans l'espoir
41:36de préserver les chances
41:37d'une amitié entre les gens.
41:38et d'une amitié entre les peuples,
41:39éviter les morts
41:40de part et d'autre,
41:40mais aussi pour que la France
41:42ne se déshonore plus
41:43avec l'usage de la torture.
41:47Le réseau qui porte son nom
41:49coordonne la collecte
41:50des cotisations
41:51auprès des quelques 300 000
41:52Algériens présents
41:53en métropole,
41:54organise le transfert
41:55des fonds vers la Suisse,
41:56ainsi que l'exfiltration
41:57des militants recherchés.
41:59Il aide enfin
42:00les jeunes appelés
42:01à déserter
42:02pour éviter
42:02de prendre part au conflit.
42:06Et pour fonctionner,
42:08son réseau a besoin
42:09de faux documents.
42:11Le philosophe
42:12demande à Adolfo
42:13de l'aider.
42:16L'ancien résistant
42:17attendait cette opportunité
42:18depuis des années.
42:20Enfin,
42:20elle se présente à lui.
42:22Mais il est profondément
42:23tiraillé,
42:24car depuis deux ans,
42:25il vit une histoire
42:26d'amour avec Sarah Elisabeth,
42:28une artiste afro-américaine.
42:31Après plusieurs mois
42:32d'un voyage
42:32le long des côtes françaises,
42:34le couple vient de prendre
42:35la décision
42:36de s'installer aux Etats-Unis.
42:38Partie la première,
42:39elle l'attend déjà.
42:44Mais s'il veut aider
42:45le réseau Jansson,
42:46Adolfo ne peut plus partir.
42:48Bientôt,
42:49les lettres de sa compagne
42:50s'accumulent
42:51sur le rebord de sa fenêtre.
42:52Il ne peut pas lui répondre.
42:55Lui expliquer les raisons
42:55de son silence
42:56serait trop risquée.
42:58Alors,
42:59il se plonge dans le travail.
43:05Comme toujours,
43:06le faussaire pose ses conditions.
43:08Il refuse d'être payé
43:09pour garder son indépendance
43:11et la liberté de rompre
43:12avec le réseau
43:13en cas de désaccord.
43:14Il impose aussi
43:16un cloisonnement strict
43:16avec un unique agent de liaison.
43:21Il s'installe
43:22dans un laboratoire
43:23de 150 m²
43:24où coexiste
43:25son entreprise photographique légale
43:27et son atelier clandestin.
43:30Celui que les membres du réseau
43:32ne connaissent que
43:32sous le pseudonyme
43:33de M. Joseph
43:34réalise des passeports
43:35pour les porteurs de valises.
43:38Des papiers espagnols,
43:39italiens,
43:40belges,
43:41allemands.
43:42Il parvient même
43:43à reproduire à la perfection
43:44le passeport suisse,
43:45un Graal
43:46réputé infalsifiable.
43:52Pendant plus de deux ans,
43:53son laboratoire
43:54tourne à plein régime.
43:55Mais à la fin de l'année 1959,
43:58une vague d'arrestations
43:59décime le réseau.
44:00Les cadres tombent
44:01un à un.
44:02Jansson prend la fuite,
44:03muni de faux papiers
44:04fabriqués en urgence
44:05par Kaminsky.
44:07S'en suit un procès médiatique
44:08au cours duquel
44:09de nombreuses personnalités
44:10comme Simone de Beauvoir,
44:11Jean-Paul Sartre
44:12ou Marguerite Duras
44:13soutiennent le réseau Jansson
44:15et affirment leur droit
44:16à l'insoumission.
44:17Un pas de plus
44:18vers une prise
44:19de conscience collective.
44:22Passé entre les mailles
44:23du filet
44:23grâce à un cloisonnement
44:24rigoureux,
44:26Adolfo continue
44:26de faire des faux papiers
44:27pour celui qui a pris
44:28le relais du réseau Jansson,
44:29le militant communiste
44:31Henri Curiel.
44:33La lutte n'est pas terminée.
44:35Mais il sait
44:36qu'il est traqué.
44:37En juin 1961,
44:39il repère un homme
44:40en planque
44:41sous ses fenêtres.
44:42L'instinct du faussaire
44:43ne trompe pas.
44:45Il alerte ses responsables
44:47qui décident
44:47de déménager
44:48le laboratoire
44:49à Bruxelles.
44:51Adolfo Kaminsky
44:52a tout juste
44:52le temps
44:53d'emporter son matériel
44:54et des documents vierges.
44:56Mais il part
44:57sans même pouvoir
44:58dire au revoir
44:59à ses deux enfants.
45:01Il s'installe
45:02dans une petite maison
45:03avec Katia,
45:04une autre faussaire
45:05du réseau.
45:06S'ils semblent mener
45:07la vie paisible
45:08d'un couple rangé,
45:09leur sous-sol
45:10est un laboratoire
45:10clandestin
45:11qui tourne
45:11à plein régime.
45:14Si depuis
45:14le référendum
45:15sur l'autodétermination
45:16de l'Algérie
45:16de janvier 1961,
45:18l'indépendance
45:19semble inéluctable,
45:21dans le chaos
45:22de cette fin de guerre,
45:24le réseau
45:24a encore du travail.
45:32Pour intensifier
45:33la pression sur Paris,
45:34Adolfo et Katia
45:35se lancent
45:35dans la fabrication
45:36de faux billets.
45:37Après des semaines
45:38de travail,
45:39près de 100 millions
45:40de nouveaux francs
45:40sont prêts
45:41à être déversés
45:42pour déstabiliser
45:43l'économie française.
45:45Ils n'entreront
45:46jamais en circulation.
45:48Le 18 mars 1962,
45:51les accords
45:51déviants sont signés.
45:53La guerre d'Algérie
45:54prend fin.
45:55Adolfo et Katia
45:56creusent un trou
45:57dans leur jardin.
45:58Ils y brûlent
45:59les billets,
45:59un à un.
46:04Quand il rentre
46:05à Paris en 1963,
46:07il retrouve ses enfants
46:08après deux ans
46:09d'absence.
46:10Il découvre aussi
46:11la dernière lettre
46:12de Sarah Elisabeth.
46:14Elle ne l'attend plus.
46:18après tant d'années
46:19de clandestinité,
46:21Adolfo est fatigué
46:22de ses sacrifices
46:22personnels et professionnels.
46:25Il n'est pas le père
46:26qu'il aimerait être.
46:27Il n'a pas d'argent,
46:29sa carrière patine
46:31et sa vie d'artiste
46:32est au point mort.
46:36Pourtant,
46:36ce n'est qu'une question
46:37de temps
46:37avant que sa réputation
46:38ne le rattrape,
46:39encore une fois.
46:42C'est Georges Matei,
46:43un membre du réseau
46:45Curiel qui vient le voir.
46:46Entre les deux hommes,
46:48l'entente est immédiate.
46:50Ils partagent
46:50les mêmes convictions,
46:52les mêmes idéaux.
46:53Leurs cœurs sont partout
46:54où se trouvent les opprimés.
46:56Et très vite,
46:57une nouvelle collaboration
46:58débute.
47:00Dans son laboratoire,
47:02Adolfo confectionne
47:03des faux papiers
47:04pour des militants
47:04et résistants
47:05partout à travers le monde.
47:07Matei, lui,
47:08grimé en journaliste,
47:09parcourent la planète
47:11pour les distribuer
47:12à tous ceux
47:12qui luttent
47:12contre les dictatures.
47:14Dans les Caraïbes d'abord,
47:15à Saint-Domingue
47:16et à Haïti.
47:18En Amérique du Sud ensuite,
47:20au Brésil,
47:21en Argentine
47:22ou encore en Colombie.
47:25Pour des déserteurs américains
47:26qui refusent
47:27de prendre part
47:27à la guerre du Vietnam.
47:32Pour les peuples africains
47:33qui cherchent
47:34à s'émanciper
47:34de l'oppression coloniale.
47:37Pour les militants
47:38de l'ANC
47:38de Nelson Mandela
47:39en Afrique du Sud
47:40qui se battent
47:41pour mettre fin
47:41au régime d'apartheid.
47:44En Europe aussi,
47:45où les résistants grecs
47:46luttent contre
47:47le régime des colonels.
47:48Au Portugal,
47:49où l'on tente
47:50de faire tomber
47:51ça l'hasard.
47:52En Espagne, enfin,
47:53où Franco s'accroche encore
47:54et toujours au pouvoir.
47:57Pendant plus de huit ans,
47:59Adolfo œuvre
48:00dans le secret
48:01de son laboratoire,
48:02toujours avec cette obsession
48:03de sauver des vies
48:04grâce à des papiers
48:05d'identité.
48:07Mais avec le temps,
48:08son activité
48:09finit par le mettre
48:10à nouveau en danger.
48:12Dans le courant
48:12de l'année 1971,
48:14il comprend
48:15qu'il est recherché.
48:17Plusieurs intermédiaires
48:18viennent lui demander
48:18de produire
48:19des faux papiers
48:19sud-africains.
48:20Mais à chaque fois,
48:21c'est le même passeport
48:23qu'on lui confie
48:23comme modèle.
48:26Il ne croit pas
48:27à une coïncidence.
48:31Adolfo comprend
48:32qu'il se trame
48:32quelque chose de grave.
48:35qui se cache derrière
48:36la manœuvre ?
48:37Une infiltration
48:38de la police ?
48:39Des services secrets,
48:40français ou peut-être
48:41étrangers ?
48:42Finalement,
48:43peu importe.
48:45Il comprend
48:46que le danger
48:46est trop important.
48:48Au mieux,
48:48il risque la prison.
48:50Au pire,
48:51la mort.
48:53Il doit disparaître
48:54immédiatement.
48:55À la fin de l'année 1971,
48:58après 30 ans
48:59de lutte clandestine,
49:00il embarque
49:01dans un avion
49:01pour l'Algérie
49:02où il compte se cacher
49:03le temps
49:04que la pression retombe.
49:07Il accepte
49:08un poste de professeur
49:09au Beaux-Arts d'Alger.
49:10Il pensait rester un an,
49:12il en restera dix.
49:17Il rencontre Leïla,
49:19une Algérienne,
49:20étudiante en droit
49:20et militante anticolonialiste
49:22comme lui.
49:24Ensemble,
49:25ils ont trois enfants.
49:26Une vie de famille
49:27qu'il n'osait plus imaginer.
49:32En 1982,
49:34la montée du fondamentalisme religieux
49:36les pousse à quitter l'Algérie.
49:37Il débarque en France
49:38sans argent ni travail,
49:40muni de simples visas
49:41de touristes.
49:42Encore une fois,
49:43il est un immigré
49:45dans ce pays
49:45qu'il considère être le sien.
49:50Décédé en janvier 2023,
49:53Adolfo Kaminsky,
49:54qui a enfin obtenu
49:55la nationalité française
49:56en 1992,
49:58a consacré sa vie
49:59à combattre l'injustice,
50:00refusant de la regarder
50:02sans agir.
50:06Humaniste jusqu'au bout,
50:08il a toujours refusé
50:09de prendre les armes,
50:10préférant mettre son savoir-faire
50:12au service d'une utopie tenace,
50:14celle d'un monde
50:15où plus personne
50:16n'aurait besoin de faussaire.
50:39Sous-titrage Société Radio-Canada
51:03Sous-titrage Société Radio-Canada
51:03...