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  • il y a 45 minutes
Rodica Negroiu, 50 ans, aide-soignante à Nancy, deux fois mariée. A la fin de l'année 90, la voici soupçonnée d'être le décès rapide d'un veuf de 82 ans. Héritière inattendue de ses biens. Les enquêteurs vont ainsi marcher dans les pas de cette femme de caractère. Remonter le temps, les mensonges et quelques morts suspectes. Faut-il croire aux coïncidences ?
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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Transcription
00:00Tout de suite, l'heure du crime.
00:01Je suis victime d'un complot criminel, car c'était une machination criminelle,
00:07parce que moi j'ai été ciblée, j'ai rien fait de mal à qui ce soit.
00:14Bonjour, Rodika Negroyou, 50 ans, aide-soignante à Nancy.
00:18A la fin de l'année 90, la voilà soupçonnée d'avoir tué un veuf de 82 ans pour hériter
00:24de ses biens.
00:24Les enquêteurs vont alors fouiller le passé de cette femme et découvrir d'autres morts suspectes.
00:30Faut-il croire à de tragiques coïncidences ?
00:34Rodika Negroyou, l'empoisonneuse de Maxéville, l'heure du crime.
00:38Votre rendez-vous 100% fait diverser tout de suite sur RTL.
00:49Lundi 17 décembre 1990, les policiers du commissariat de Vendœuvre, une commune du Grand Nancy,
00:56sont alertés sur la mort suspecte d'un veuf de 82 ans, Raymond Jactel.
01:02Il habitait au 15 de la rue Sainte-Barbe, décédé ce week-end à l'hôpital central.
01:08Un infarctus massif, une femme, était depuis ces derniers mois omniprésente dans la maison.
01:15Elle s'occupait de lui, elle a déjà organisé les obsèques.
01:18Il y a deux mois, Raymond Jactel a fait un premier malaise cardiaque.
01:22Il n'était pourtant pas malade du cœur.
01:25La femme était ce jour-là avec lui.
01:27Elle n'a curieusement pas appelé le médecin traitant, mais un docteur de garde.
01:32Il a été hospitalisé pendant deux jours.
01:34À son retour, la femme était là, jour et nuit.
01:37Elle préparait les repas, elle faisait le ménage, elle filtrait les visites.
01:41Elle a congédié l'infirmière en charge du malade.
01:45À ses voisins, Raymond Jactel avait confié qu'il prenait des médicaments et se sentait crevé.
01:50La femme en question est identifiée.
01:53Rodica Négroyou, veuve et lui, aide-soignante, 51 ans, domiciliée à Maxéville, autre commune du Grand Nancy.
02:06Mardi 18 décembre 1990, lendemain du signalement à la police,
02:11le procureur de Nancy ouvre une information judiciaire pour recherche des causes de la mort.
02:16Neuf jours plus tard, le corps de Raymond Jactel est exhumé.
02:20L'expert en toxicologie détecte dans le sang et les cheveux des traces de digoxine.
02:25C'est un cardiotonique.
02:27Il renforce la contraction du cœur.
02:29On trouve aussi du phénobarbital.
02:32Utilisé pour lutter contre les crises d'épilepsie, il n'était pas prescrit à Raymond Jactel.
02:38La dose ingurgitée est déclarée toxique.
02:41L'origine des médicaments est inconnue.
02:43Pour les enquêteurs, Raymond Jactel a pu être empoisonné.
02:46Quelques semaines avant sa mort, le veuf a modifié sa succession.
02:50Il a vendu en viagé à sa garde malade, Rodica Négroyou, sa maison et le terrain qui étaient à côté.
02:58Elle s'engageait à lui verser une rente mensuelle de 2000 francs.
03:02Il a aussi fait d'elle le bénéficiaire d'une assurance vie à hauteur de 40 000 francs.
03:07Après la mort de Raymond Jactel, Rodica Négroyou a pris possession de la maison.
03:11Elle la vit des démeubles, des objets de valeur pour les déménager chez elle, à Maxéville.
03:20Vendredi 8 novembre 1991, le procureur de Nancy ouvre une information judiciaire contre X pour homicide volontaire.
03:29Rodica Négroyou est au cœur des soupçons, suspectée d'avoir empoisonné Raymond Jactel.
03:35Rodica Négroyou a travaillé dans une clinique à Nancy, puis dans deux maisons de retraite,
03:40l'une à Bainville-sur-Madon, où elle aurait pu se procurer la digoxine stockée à l'infirmerie.
03:46Une fois, elle avait été surprise en train d'emporter des anesthésiques.
03:50Elle avait été licenciée.
03:55Des enquêteurs qui commencent à dessiner un profil sombre de Rodica Négroyou,
03:59une femme qui aurait fait main basse sur les biens d'un homme qu'elle assistait et qu'elle soignait.
04:04Alors il y a des doutes, des coïncidences, mais pas de preuves formelles contre elle.
04:08Des soupçons qui vont se renforcer.
04:10On va trouver une autre mort étrange dans son sillage, c'est celle de son mari.
04:14Mais ça, on va en parler dans la suite de l'heure du crime.
04:19Bonjour Dimitri Ramelot.
04:20Bonjour Jean-Alphonse Richard.
04:21Merci beaucoup d'être avec nous en direct dans l'heure du crime.
04:24Vous êtes chez vous ici, vous êtes à Nancy.
04:26Vous travaillez au bureau RTL de Nancy et vous connaissez parfaitement cette histoire.
04:30Évidemment, cette histoire locale.
04:32Maxéville, c'est juste à côté de ce centre-ville où nous nous trouvons, près de la place Stanisla.
04:37Si vous voulez venir nous voir en direct, nous sommes là et on vous attend.
04:41Dimitri Ramelot, tout de suite, on peut dire que les policiers,
04:44ils sont alertés de cette mort qui est considérée comme suspecte.
04:48Ça parle beaucoup autour du défunt, autour de Rodica Négroyou.
04:52Oui, il y a des voisins qui s'étonnent un petit peu de le voir moins.
04:58Il n'y a plus trop de communication avec les occupants de cette maison, avec ce vieil homme.
05:06La situation a un petit peu changé.
05:08Effectivement, les policiers reçoivent ce coup de fil anonyme au commissariat.
05:13Et ils se disent que ça mérite peut-être d'être creusé.
05:16Et c'est creusé très très vite puisque, vous l'avez dit, le lendemain, effectivement,
05:21le procureur se saisit de ce dossier.
05:23Et au bout d'une grosse semaine, il y a vraiment une vraie machine qui va se mettre en place
05:27dans cette affaire.
05:27D'autant plus que ces témoignages qui arrivent, vous dites, un témoignage anonyme, à demi-anonyme, on va dire,
05:32parce qu'il y a beaucoup de personnes qui connaissent bien le défunt.
05:35En tout cas, c'est quelqu'un qui sait précisément ce qui se passe,
05:38qui semble connaître un petit peu au moins les deux protagonistes.
05:40Qui connaît bien Raymond Jactel.
05:41Et juste un petit mot, c'est que tout ça est très précis.
05:44On détaille bien les choses qui pouvaient se passer dans ce foyer.
05:47Oui, oui, c'est-à-dire qu'on n'avait plus vraiment accès à M. Jactel.
05:52Il y avait cette femme qui rôdait.
05:54On ne savait pas bien qui elle était, ce qu'elle faisait là.
05:56Mais visiblement, elle était coupable de couper un peu la communication entre l'extérieur et cet homme.
06:02Donc la personne qui appelle voit tout ça.
06:05C'est ce qui ne se passe peut-être pas dans les détails.
06:08Mais les détails sont suffisamment nombreux.
06:10Et ils alertent quand même les policiers et le procureur pour qu'on aille chercher un petit peu plus loin.
06:16Voilà, c'est un peu douteux.
06:17Il y a quelque chose qui se passe, on ne sait pas trop quoi.
06:19Puis il y a cette femme qui est omniprésente.
06:20Effectivement, ça pose des questions.
06:23Bonjour Éric Nicolas.
06:23Bonjour.
06:24Merci beaucoup d'être avec nous également dans le Car RTL à Nancy où nous sommes en direct.
06:30Éric Nicolas, journaliste à l'Est Républicain.
06:32Vous aussi, évidemment, vous avez suivi toute cette affaire qui a fait la une de votre journal, l'Est Républicain.
06:36Excellent journal qu'il faut lire d'ailleurs.
06:38Autopsie ordonnée, je le disais, du malheureux Raymond Jactel.
06:42Et puis on trouve là un cocktail médicamenteux toxique, disent les experts.
06:45On trouve notamment deux produits qui s'appellent la digoxine, déjà bien connue pour des affaires d'empoisonnement antérieure qui
06:53sont produites sur Nancy.
06:55Et on trouve également du Phinobarbital.
06:57Et a priori, il n'y avait aucune prescription médicale pour Raymond Jactel pour ces deux médicaments.
07:05Oui, c'est ça. Donc effectivement, on se pose beaucoup de questions.
07:08On s'oppose énormément de questions.
07:09Mais on est au stade des doutes. Parce que tout peut arriver. Il y aura d'ailleurs expertise, contre-expertise.
07:15Mais ça, on va en parler.
07:16Rodi Cané-Groyou, un mot sur elle, cette femme. D'où est-ce qu'elle vient ? Elle apparaît dans
07:20le décor.
07:20En fait, elle est née à Bradoulette. Quand elle arrive en France, elle a 51 ans. Elle a déjà un
07:28fils. Elle a déjà été mariée en Roumanie une fois.
07:31Et on va s'apercevoir au cours de l'enquête que son premier mari, qui s'appelait Herman Goldstein, a
07:38disparu à l'âge de 50 ans dans des circonstances qui ressemblent un peu à celles de Raymond Jactel.
07:45Une enquête va même être ouverte, mais elle va bénéficier d'un non-lieu.
07:48On va voir ça, d'ailleurs. Parce qu'effectivement, ça fait partie d'une espèce de série de points d
07:52'interrogation.
07:53Tout à fait.
07:55Elle arrive en France. Alors, elle a arrêté sa scolarité à l'âge de 14 ans. Elle a travaillé comme
07:59couturière, comme dactylo.
08:02Et après, dans une fabrique d'ampoules. Et c'est d'ailleurs dans cette fabrique d'ampoules qu'elle a
08:05rencontré son mari.
08:07Et elle est arrivée au début des années 80 en France.
08:13Alors, elle a avancé des raisons politiques, mais elle n'a jamais eu le statut de réfugiée politique.
08:18Parce qu'elle n'a pas réussi à prouver qu'elle était en danger, réellement en danger, en Roumanie.
08:22Voilà. Et c'était une femme très séductrice qui a eu plusieurs compagnons en France.
08:27Voilà. Alors là, vous décrivez, effectivement, il y a un décor un petit peu soupçonneux, j'ai envie de dire.
08:32On se pose des questions sur cette femme.
08:35Dimitri Ramelot, autre question pour vous.
08:37Ce qui fait tiquer, finalement, tout le monde, y compris les voisins, qui connaissaient bien ce malheureux Raymond Jactel,
08:43qui était, je crois, un ancien militaire, il était droit dans ses bottes, etc.
08:48On ne lui la faisait pas, comme on dit.
08:50C'est-à-dire, là, ce qui fait tiquer, c'est la modification du testament, qui est récente.
08:56C'est ça. C'est-à-dire qu'on sent que cet homme qui est militaire et qui, a priori,
09:00a quand même la tête sur les épaules
09:01et les idées assez claires dans sa tête, on a la sensation qu'il y a probablement quelque chose qui
09:06ressemble à la manipulation, en fait.
09:08Parce qu'effectivement, il y a ce testament, donc une première version, et puis une deuxième version où, finalement, il
09:15donne tout.
09:16Enfin, il prévoit, en cas de décès, de donner tout à Madame Négroyou.
09:21Et ensuite, on va rechanger ce testament. Enfin, tout ça est très étrange, surtout dans un laps de temps
09:27où il y a un alignement de planètes, pour le moins, suspicieux et très étrange en faveur de Rodica Négroyou.
09:34Oui, évidemment, toutes les questions sont là.
09:37Éric Nicolas, lorsqu'elle hérite, finalement, de ce veuf qui est décédé, de manière un peu brutale,
09:45ça va vite avec Rodica Négroyou ? Elle déménage toute la maison ?
09:48Elle déménage dans les jours qui ont suivi le décès de Raymond-Jacquetel,
09:53et on va retrouver à son domicile, dans lequel elle réside avec son fils,
09:57on va retrouver de multiples objets qui appartenaient à Raymond-Jacquetel.
10:01Pas n'importe quels objets, il y a des belles choses.
10:04Il y a des vases de l'école de Nancy, il y a beaucoup de bijoux, il y a effectivement
10:08des meubles,
10:10des objets qui sont assez onéreux.
10:12Mais aussi des tours Eiffel en plastique, dont on se demande pourquoi elles sont là.
10:15C'est-à-dire qu'elle n'a pas vraiment fait le tri.
10:17Elle n'a pas fait le tri, mais dans le tri, qui n'a pas été fait,
10:20il y a des choses quand même extrêmement intéressantes,
10:22et qui ont énormément de valeur, comme vient de le dire, Eric.
10:25Deux ans auparavant, une première mort suspecte.
10:29Rodica Négroyou, l'empoisonneuse de Maxéville.
10:31La mort de notre frère était une mise en scène.
10:34C'est elle qui a tout organisé.
10:36L'enquête de l'heure du crime, on se retrouve dans un instant sur RTL.
10:44L'heure du crime, consacrée à l'affaire Rodica Négroyou.
10:53En 1990, cette aide-soignante de Nancy est soupçonnée d'avoir empoisonné un retraité
10:59pour faire main basse sur ses biens.
11:01Deux ans auparavant, son mari était lui aussi décédé dans des circonstances troubles.
11:10Les policiers qui travaillent sur la mort suspecte de Raymond Jactel
11:14se penchent sur un autre décès, celui du mari de Rodica Négroyou.
11:20Gérard est lui, 68 ans.
11:22Il est mort brutalement chez lui il y a deux ans.
11:25Rodica Négroyou connaissait ce veuf depuis trois ans.
11:29Il s'était rapidement marié, mais le couple ne vivait pas ensemble.
11:33Des proches se souviennent que Rodica rendait visite à Gérard,
11:37mais uniquement quand il touchait sa pension.
11:41Les économies du retraité auraient rapidement fondu.
11:44L'aide-soignante avait acheté une voiture, un manteau de vison.
11:48Elle avait aussi équipé la chambre à coucher de son fils.
11:52Gérard et lui s'étaient plaints auprès de ses deux sœurs de ses dépenses.
11:56Il avait fini par révoquer son testament et il voulait divorcer.
12:00Pour une raison très mystérieuse, il avait renoué avec l'aide-soignante.
12:05Il s'était éloigné de ses sœurs.
12:07Il avait fini par retourner chez le notaire avec Rodica pour la désigner comme sa légataire.
12:15Il décédait un mois plus tard.
12:17Rodica Négroyou avait indiqué que son époux, présentée comme alcoolique,
12:21avait sombré dans un coma éthylique.
12:24Elle montrait à la famille les bouteilles d'alcool dans le salon.
12:28Quelques heures auparavant, pourtant, une voisine venue pour la toilette mortuaire
12:33n'avait remarqué aucune bouteille.
12:36Le corps est exhumé, autopsié.
12:39Quatre ans après, de la digoxine est détectée dans le cadavre.
12:47Mardi 9 juin 1992, après deux ans d'enquête,
12:51Rodica Négroyou est placée en garde à vue.
12:53Son fils, soupçonné de recel de vol, est également entendu.
12:58L'aide-soignante nie les accusations.
13:00Selon elle, l'enquête est truquée.
13:01Elle affirme avoir signé les procès-verbaux sous la torture des policiers.
13:06Et puis, elle n'arrivait pas à lire ces procès-verbaux
13:08parce qu'on lui avait confisqué ses lunettes.
13:11Rodica Négroyou est mise en examen pour les empoisonnements mortels
13:14de Raymond Jactel et Gérard et lui.
13:16La perquisition chez elle, à Maxéville,
13:19permet de découvrir une multitude de meubles,
13:23bibelots de valeurs, bijoux,
13:25bons du trésor ayant appartenu à Raymond Jactel.
13:28Une femme, chez qui Rodica Négroyou avait fait le ménage,
13:32identifie même un précieux vase galet qui avait disparu.
13:36L'aide-soignante soutient qu'elle a ramené tous ses objets
13:39depuis son pays natal, la Roumanie.
13:45Les proches des victimes sont convaincus de l'empoisonnement.
13:48Les sœurs de Gérard et lui évoquent un décès
13:51qui avait tout d'une mise en scène.
13:52Elles affirment que leurs frères n'étaient pas alcooliques.
13:55Elles se souviennent que quelques semaines après le décès de Gérard,
13:59Rodica consultait déjà les petites annonces.
14:02Elle était à la recherche d'une personne âgée
14:05qui désirait avoir auprès d'elle une dame de compagnie.
14:11Deux morts suspectes dans l'ombre de Rodica Négroyou.
14:14Peut-être trois d'ailleurs, on va le voir dans le prochain chapitre
14:17de l'heure du crime.
14:17Le fait est que l'aide-soignante ne se démonte pas.
14:21Elle a beaucoup de caractère, Rodica Négroyou.
14:23C'est le moins qu'on puisse dire.
14:24Elle nie avec acharnement, avec constance,
14:27même si les indices, voire les preuves, s'accumulent.
14:31Éric Nicolas, vous êtes avec nous dans cette heure du crime,
14:34journaliste à l'Est républicain.
14:35Évidemment, ce dossier, vous le connaissez sur le bout des doigts.
14:38Alors, il y a la deuxième mort, la mort de Gérard et lui.
14:41On se pose aussi encore des questions.
14:43On se pose des questions parce que finalement,
14:44ça ressemble beaucoup à la mort de Raymond Jactel.
14:47C'est bien ça, Éric Nicolas ?
14:48Le processus semble un peu le même.
14:51C'est-à-dire, on a affaire à une femme qui a fait le vide autour de Raymond Jactel
14:57et qui, par le passé, a fait le vide également autour de son mari, Gérard et lui.
15:04Et on a aussi exactement la même chose, une captation de leur argent, de leur patrimoine.
15:10C'est ça, de l'héritage finalement.
15:12De l'héritage.
15:12De l'héritage.
15:13Et puis, il y a aussi un phénomène, on en a un petit peu parlé avec Dimitri Ramelot il y
15:17a un instant,
15:17mais il y a ce côté, moi, qui m'a beaucoup frappé dans cette histoire.
15:21C'est le côté enfermement.
15:23C'est-à-dire qu'elle parvient à isoler les personnes qu'elle surveille et qu'elle aide.
15:29Au fil des mois, ces gens-là étaient coupés de leurs relations, de leurs proches
15:32et éventuellement de leur famille s'ils en avaient.
15:35C'est ça.
15:36Dimitri Ramelot, journaliste, vous êtes l'un de nos correspondants ici dans le Grand Est.
15:41On est à Maxéville, là, avec Rodica Négroyou.
15:43C'est tout près de Nancy où nous nous trouvons.
15:46Dans les deux cas, dans ces décès, alors il y a quelque chose, il y a un trait d'union
15:49aussi.
15:50C'est la fameuse digoxine.
15:52Oui, alors c'est un médicament, effectivement, qu'on trouve dans les deux affaires
15:55parce que Gérard et lui, son cadavre est donc exhumé, lui aussi.
15:58Il y a des analyses qui sont faites.
16:01Et là, effectivement, il y a un point de contact entre les deux décès.
16:04Deux décès qui sont donc dans l'entourage très proche de cette femme.
16:08Et donc, évidemment, alors compte tenu du cercle qu'elle mettait de vide autour des deux,
16:15de cette histoire de médicaments qu'on retrouve chez les deux victimes.
16:19Forcément, il y a un faisceau qui commence à faire dire aux policiers
16:23qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
16:24Et il est quand même à creuser qu'est-ce que cette femme peut éventuellement avoir fait
16:30à ces deux hommes dont l'un, elle avait racheté la maison en viagé et l'autre qui était son
16:36mari.
16:36C'est-à-dire qu'il y a énormément de similitudes.
16:38Les deux maisons qui sont vidées avec les objets de valeur, ses médicaments, cet enfermement.
16:43C'est finalement un peu un copier-coller, même si les relations qu'elle avait avec ces deux hommes
16:48étaient quand même fondamentalement différentes.
16:49Viagé d'un côté et mari de l'autre.
16:51Évidemment différent, mais vous le savez mieux que moi, Dimitri Ramelot.
16:54Les enquêteurs, ils détestent les coïncidences.
16:56Oui, mais c'est ça.
16:57C'est-à-dire qu'il y a trop de choses pour que ce soit fortuit, pour que ce soit
17:01le hasard.
17:02Surtout que cette femme a quand même un caractère bien trempé.
17:06Elle vient de la Roumanie.
17:08L'un de ses objectifs dans la vie, c'est de sortir de ce statut social pas très gratifiant
17:13qui était le sien dans ce pays.
17:15Elle a effectivement essayé de plaider d'être réfugiée politique.
17:19C'est ça, ça n'a pas du tout abouti.
17:20Elle avait posé des dossiers qui n'avaient pas fonctionné.
17:24Et donc, elle est cupide.
17:26Elle aime l'argent.
17:27Ça commence à se voir un petit peu trop.
17:29J'ai envie de dire qu'elle ne s'en cache pas.
17:30Parce qu'avec l'argent des maris, des compagnons...
17:36Le vison, la voiture, il y a aussi une histoire dont on n'a pas parlé de bon du trésor.
17:42Elle envoie son mari...
17:44700 000 francs.
17:44700 000 francs à l'époque.
17:46Elle envoie son mari à la poste qui est juste à 150 mètres derrière nous pour retirer l'argent.
17:51Ça ne fonctionne pas.
17:52Tout ça, ça sent l'argent.
17:55Ça sent le doute.
17:56Ça sent les médicaments.
17:58Ça sent l'enfermement.
17:59Enfin, c'est malsain, si vous voulez.
18:01C'est malsain.
18:02Il y a un climat un peu bizarre qui tourne autour de cette maison de Maxéville.
18:05Une caverne d'Ali Baba, d'ailleurs.
18:06On retrouve plein d'objets là-bas qui ont été sans doute empruntés aux uns et aux autres.
18:11Non, ramenée de Roumanie, elle vous le dit.
18:12Elle va le dire.
18:13C'est ce qu'elle dit.
18:13Mais effectivement...
18:14On verra ça au moment du procès.
18:15C'est ça ?
18:15On verra ça.
18:16Mais enfin, pour l'instant...
18:17Il y a une très belle anecdote qu'il faudra souligner sur l'histoire du...
18:19Justement, Éric Nicolas, elle a un gros caractère, cette femme.
18:23Elle est en garde à vue.
18:25Alors ça aussi, c'est étonnant, parce qu'elle est en garde à vue.
18:27Elle n'a jamais eu affaire vraiment à la justice, Rodica Négroyou.
18:30Non.
18:30Voilà, elle affronte quand même des policiers...
18:32Et sans avocat à l'époque.
18:34Expérimenté, sans avocat.
18:36Mais alors là, qu'est-ce qu'elle bombarde, j'ai envie de dire ?
18:40Elle est retranchée sur ses ergots.
18:42Elle dénonce même, j'ai les termes exacts, une machination xénophobe digne des nazis.
18:47Voilà, et les relations avec Jean-Paul Hartmann, qui va être le juge d'instruction, sont très très mauvaises.
18:54Puisque, en fait, elle a été incarcérée en juin de 92.
18:58Elle est sortie de détention provisoire en avril 93.
19:01Donc, tout pensait à croire qu'elle allait se présenter libre à son procès.
19:05Mais en fait, elle arrivait détenue à son procès.
19:07Pourquoi ?
19:08Parce qu'elle a accusé Jean-Paul Hartmann, le juge d'instruction, d'avoir voulu la renverser en voiture.
19:15Donc, elle a été condamnée à un enferme pour dénonciation calomnieuse.
19:18Elle a été embastillée quelques semaines avant son procès.
19:21C'est pour vous dire le niveau des relations qu'elle avait avec le juge d'instruction.
19:24Mais elle est infernale, dans son comportement, elle est infernale.
19:28Elle, c'est l'histoire dans l'histoire.
19:29Oui, non, mais elle est infernale.
19:30C'est-à-dire que c'est un personnage explosif.
19:32Elle nie tout.
19:33Et lui, il est mort parce que, de toute façon, il buvait.
19:36Il y avait des bouteilles d'alcool qu'on n'a jamais vraiment retrouvées.
19:38D'ailleurs, quand elle est rentrée du boulot et qu'elle l'a vue décédée, c'est sûrement parce qu
19:42'il a trop bu.
19:44Sur Jacques Tell, elle est très excessive.
19:46C'est elle qui dirige la garde à vue.
19:48Elle nie, elle n'accepte pas la contradiction.
19:51Et ça va être les prémices, ça, en très léger, alors que c'est déjà quand même assez gratiné,
19:56de ce qui va se passer, du comportement qu'elle aura au procès,
19:59où là, elle va, pardon l'expression, mais complètement péter les plombs.
20:02Oui, alors juste encore un petit mot.
20:03On l'a vu dans d'autres cas, le complot, c'est un complot contre moi.
20:07On le voit, ça, en matière criminelle et judiciaire.
20:10Là, on est au paroxysme.
20:11Oui, non, mais surtout que, voilà, elle vient de Roumanie.
20:14Elle plaide, effectivement, qu'à les réfugiés politiques, ça n'a pas fonctionné.
20:17Elle parle le français correctement, mais avec un accent.
20:20Donc, c'est facile aussi d'aller sur cette fibre-là et de se victimiser, finalement,
20:24pour essayer de se décharger, mais même peut-être pour elle,
20:27parce qu'est-ce qu'elle a fait peut-être trop lourd,
20:28et de se victimiser et d'essayer de trouver la clémence auprès de ses interlocuteurs.
20:32Une troisième victime suspecte.
20:36Rodica Négroyou, l'empoisonneuse de Maxéville.
20:39Mon frère était son premier mari.
20:41Il avait 51 ans.
20:43Ce n'est pas un âge pour mourir.
20:45L'enquête de l'heure du crime.
20:46Qui était le tout premier mari de l'aide-soignante et de quoi est-il mort ?
20:49À suivre dans un court instant sur RTL.
21:03Sur le plan psychologique, c'est catastrophique et ce n'est pas de chance.
21:07Parce qu'on va dire, ah ah, son premier mari aussi est mort.
21:11Il y a trois décès différents, mais ça aura un effet catastrophique.
21:15Ça donne l'impression que c'est une tueuse en série.
21:17Et surtout, pour l'opinion publique, ça devient, il n'y a pas de fumée sans feu.
21:23Retour dans l'heure du crime.
21:25Sur l'affaire Rodica Négroyou, cette aide-soignante de Nancy a été mise en examen en 92,
21:31soupçonnée d'avoir empoisonné son mari, puis un autre retraité dont elle s'occupait.
21:35Elle aurait voulu faire main basse sur leur bien.
21:37Une troisième victime supposée est évoquée.
21:43Mardi 28 juillet 92, le juge d'instruction du dossier Rodica Négroyou est destinataire d'un message du vice-consul
21:52de France à Tel Aviv.
21:53Une femme, Esther Goldstein, qui a appris l'affaire dans la presse, dit avoir des doutes sur la mort de
22:00son frère.
22:01Herman Goldstein était le premier mari de Rodica Négroyou.
22:06Le couple s'était connu en Roumanie.
22:09Herman travaillait dans l'administration.
22:11Ils avaient eu un fils ensemble.
22:13La sœur raconte que les relations entre les époux étaient mauvaises.
22:18Herman reprochait à Rodica ses dépenses, ses infidélités.
22:22Les scènes de ménage étaient permanentes, nombreuses.
22:26Le mari voulait divorcer, mais le 9 août 82, Herman Goldstein est brutalement décédé, à l'âge de 51 ans.
22:35Le médecin avait conclu à une insuffisance cardiorespiratoire aiguë.
22:40La victime n'avait pourtant pas de problème de santé.
22:42Pas un âge pour mourir ? déplore la sœur.
22:46Le 4 novembre 92, Rodica Négroyou est mise à l'examen pour homicide volontaire.
22:52Poursuites qui seront finalement abandonnées.
22:58Jeudi 8 avril 93, Rodica Négroyou, emprisonnée depuis plus de 10 mois, est remise en liberté, placée sous contrôle judiciaire.
23:06Elle continue à contester les accusations.
23:08Elle remet en cause les expertises toxicologiques, lesquelles sont effectivement divergentes.
23:14Les premières avaient décelé des traces importantes de digoxine dans les viscères de Raymond Jactel et Gérard et lui.
23:21Mais une contre-expertise affirme n'avoir pas retrouvé ce produit dans les organismes.
23:27Pas de présence de substances organiques de nature toxique dans les viscères, est-il écrit dans le rapport.
23:34Une troisième expertise, mars 96, confirme la présence de digoxine, mais à un niveau thérapeutique.
23:41C'est-à-dire non susceptible d'entraîner un décès.
23:45Rodica Négroyou ne va cesser de se battre contre ces experts incapables de renseigner, selon elle, le juge.
23:53Alors là, c'est important, c'est un tournant, en tout cas, ça conforte un petit peu les précédents doutes.
23:59C'est l'ombre d'une troisième victime, Eric Nicolas, avec nous dans le secteur du crime, en direct.
24:05Vous êtes journaliste à l'Est Républicain, effectivement le journal qui est sur Nancy, vous connaissez bien cette affaire.
24:13L'ombre d'une troisième victime plane.
24:16Qui est cet homme, Herman Goldstein ? C'est le premier mari, on l'a oublié cet homme, il est
24:21assez jeune.
24:22C'est le premier mari de Rodica Négroyou, qui est décédé en 82.
24:27Elle l'avait racontré alors qu'elle travaillait dans une usine d'ampoules.
24:32Ils ont eu un fils ensemble, qui se prénomme Marius, voilà.
24:35Et en fait, même chose, Herman Goldstein va, au fil des mois et des années, se plaindre de la cupidité
24:42de Rodica Négroyou,
24:44va même envisager le divorce.
24:48Et après, Rodica Négroyou est devenue très très agressive, allant même jusqu'à frapper son époux.
24:54Voilà, et ce dernier est décédé en 82.
24:57C'est étonnant, parce qu'il y a une précédente victime, là aussi, qui voulait demander le divorce.
25:01Oui.
25:01Et cette victime, elle est morte peu de temps après.
25:04Exactement.
25:04Encore une fois, ce n'est pas copié-collé, mais enfin, on retrouve énormément de similitudes.
25:10Alors, il y a autre chose de très important dans cette séquence de l'enquête.
25:13C'est une enquête assez longue, d'ailleurs assez précise, qui est plutôt bien menée par les policiers qui ont
25:19travaillé là-dessus.
25:23Dimitri Ramelot, vous êtes avec nous, il faut que vous nous expliquiez, journaliste, correspondant RTL ici, dans le Grand Est.
25:29La digoxine, on en détecte dans le corps de, au moins, deux victimes.
25:34On est d'accord.
25:35Ensuite, il y a des experts qui vont dire, non, pas du tout, il n'y en avait pas.
25:38Un expert.
25:39Alors, mais qu'est-ce qui se passe ? Parce que là, il y a des gros doutes qui apparaissent.
25:42Alors, ce qui se passe, c'est qu'il y a une première expertise qui dit, ces substances sont présentes
25:47chez deux victimes.
25:48Il y a ensuite une contre-expertise qui est demandée, effectivement, par la défense de cette femme.
25:58Alors là, on prend un expert, je crois, de la préfecture de police du Paris.
26:01Enfin, quelqu'un d'extrêmement haut niveau.
26:03Une pointure.
26:04Ce qui se fait, a priori, de mieux en France, qui dit, comme vous l'avez dit, pas du tout.
26:07Et puis, finalement, il y a un juge de paix, qui est quelqu'un qui travaille à Lille, qui est
26:11spécialiste aussi de ce genre de choses,
26:12qui dit, si, si, il y en a, mais finalement, à des hausses qui ne seraient pas forcément létales.
26:16Pourquoi il y a une différence ?
26:18Il faut comprendre qu'en fait, le troisième qui rejoint un peu, quand même, les conclusions du premier,
26:24mais qui contredit complètement celle du deuxième,
26:27le troisième va travailler, en fait, pas sur les mêmes pièces, pas sur les mêmes parties de viscères.
26:33Pas sur le même modèle.
26:34C'est ça.
26:34Et en fait, si vous voulez, si vous prenez à cet endroit-là, sur une viscère, et à un autre
26:38endroit sur la même viscère,
26:39vous n'allez pas forcément avoir les mêmes taux de ce médicament.
26:43Et du coup, ça peut passer de tout à rien sur un centimètre de décalage sur le préalèvement que vous
26:48allez faire.
26:49Donc, c'est problématique.
26:50Je vous suis, Dimitri Ramelot, le fait est, et Eric Nicolas va aussi nous répondre là-dessus,
26:55le fait est, c'est qu'il y a un doute.
26:57On se dit, après tout, est-ce qu'on n'a pas forcé un peu le trait avec cette femme
27:00?
27:00Il y a un réel doute, et c'est ce qui va être abordé par la défense de Rodica Négroyou
27:05des années plus tard.
27:08Est-ce qu'à partir du moment où on exhume un corps, quatre ans après,
27:11on peut être certain d'une concentration qu'il existait au moment du vivant de cet être ?
27:19Ça, c'est compliqué aussi.
27:20Est-ce que la concentration de produits n'est pas altérée, par exemple ?
27:23Est-ce que le temps qui passe fait qu'on va avoir une dose moindre, ou au contraire, plus élevée
27:27?
27:28Et est-ce que finalement, du coup, c'est fiable pour porter des conclusions ?
27:30C'est un réel problème dans ce dossier.
27:32Le fait est que Rodica Négroyou, qui hurle partout, etc., qui a des propos insensés,
27:37peut-être qu'elle a raison, peut-être qu'elle n'a pas empoisonné...
27:40Alors, peut-être qu'elle a raison jusqu'au moment où, quand même, a priori,
27:43ces deux personnes n'avaient aucune raison de prendre ces médicaments.
27:47Et qu'on va quand même retrouver une pharmacie où elle s'est procuré ces médicaments.
27:51Du gardénal.
27:52Voilà.
27:52Et il y a aussi une ancienne histoire où elle avait été licenciée dans l'un de ses précédents travaux...
27:58Pour avoir fauché des...
27:59Pour avoir fauché des flacons et des comprimés.
28:01Donc, il y a quand même quelque chose qui mérite d'être dit.
28:03Est-ce qu'elle a totalement empoisonné à des doses létales ces gens ?
28:07On ne peut pas réellement le dire, mais il s'est passé quelque chose quand même.
28:10Après neuf ans d'enquête, le procès...
28:13Rodica Négroyou, l'empoisonneuse de Maxéville.
28:16Je suis innocente et vous êtes des criminels.
28:18L'enquête de l'heure du crime.
28:19On se retrouve dans un instant sur RTL.
28:23RTL, 60 ans ensemble.
28:27Écoutez.
28:29C'était en 1968.
28:31Edgar Schneider.
28:32Chien-lit.
28:33Le général a dit hier qu'il ne voulait pas la chien-lit.
28:36Bien sûr, vous avez fait comme moi, vous avez sauté sur votre dictionnaire.
28:39Si ça peut vous rassurer sur l'état de votre culture générale,
28:41je vous révélerai que nos ministres en ont fait autant.
28:44Et nos ministres ont découvert qu'une chien-lit, c'était une mascarade, un déguisement grotesque.
28:49J'ai eu la curiosité de consulter le dictionnaire des injures et j'étais bien inspiré de consulter ce dictionnaire
28:54parce que le vocable chien-lit y figure.
28:57Cette définition du dictionnaire des injures, la voici.
29:00L'expression « toute la chien-lit » ne doit être utilisée, je cite,
29:03que pour désigner une assemblée de gens huppés, habiles à masquer leurs sentiments, les travestir, voire à les échanger avec
29:10ceux de leur entourage.
29:11En somme, ce qu'il est convenu d'appeler le « tout Paris ».
29:14RTL à 60 ans, 60 heures de souvenirs, 60 heures de surprises.
29:21L'heure du crime, présentée par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
29:26Au programme de l'heure du crime, l'affaire Rodica Négroyou, cette aide soignante de Nancy a été mise en
29:32examen en 92
29:33pour avoir mortellement empoisonné son mari, puis un homme dont elle prenait soin.
29:37Elle en voulait à leurs héritages.
29:39Elle a toujours nié.
29:40Après 9 ans d'investigation, elle est enfin jugée.
29:47Lundi 21 juin 99, Rodica Négroyou, 59 ans, pose devant les photographes dans le boxe des accusés de la cour
29:55d'assises de Meurthe-et-Moselle à Nancy.
29:57Cheveux blonds décolorés, chemisier blanc, veste pied de poule.
30:01Son fils, 31 ans, est également jugé, accusé de vol d'objet d'art.
30:06« Cela fait 10 ans que je ferme ma gueule », lance Rodica Négroyou.
30:11Elle accuse alors la justice d'avoir voulu l'écraser.
30:14Elle dit avoir été battue, défigurée.
30:17Le directeur de la maison d'arrêt de Nancy est qualifié de SS.
30:21La suspecte raconte sa vie en Roumanie.
30:24Elle s'était mariée avec Hermann Goldstein.
30:27Elle déplore que la sœur de celui-ci l'accuse de l'avoir tuée.
30:30Esther a toujours essayé de détruire notre mariage.
30:34Elle est juive et moi, je suis orthodoxe.
30:36En 1985, elle pose ses valises à Nancy, très vite mariée à Gérard et lui.
30:41« Cela a été fait selon nos désirs », affirme-t-elle.
30:45Trois jours après le mariage, le mari signait un acte de donation au dernier des vivants.
30:54Un policier vient raconter que Rodica Négroyou avait isolé l'autre victime présumée,
30:59le veuf Raymond Jactel.
31:00« Médisances, mensonges, machinations », hurle l'accusé dans la salle d'assise.
31:05L'avocat de la partie civile, Joël Lagrange, indique.
31:08Cette histoire, c'est le crépuscule des dieux réécrit par Rodica Négroyou.
31:13Hier encore antipathique, aujourd'hui pathétique.
31:17L'avocat général réclame 20 ans de prison.
31:19Les jurés suivent.
31:21« 20 ans pour Rodica Négroyou.
31:23Je suis innocente et vous êtes des criminels », lance-t-elle au juré.
31:28Son fils écope d'un an de détention avec sursis.
31:32Alors effectivement, il y a du monde dans cette salle d'assise pour venir voir Rodica Négroyou.
31:36Et d'ailleurs, elle se prête au jeu.
31:38Elle se montre, etc.
31:39Les photographes sont là, ils s'en donnent à cœur joie.
31:42Elle s'est bien habillée, elle est teinte en blond, etc.
31:45Elle sait qu'il va y avoir un show.
31:47En tout cas, elle est prête à faire ce show.
31:49Dimitri Ramelot, journaliste, correspondant à RTL dans le Grand Est.
31:52Et avec nous dans cette heure du crime depuis une heure presque maintenant.
31:57Dimitri Ramelot, c'est un show ce procès ?
31:59Elle tient ses promesses ?
32:01C'est-à-dire qu'elle est en habit de scène, tirée à quatre épingles, vous l'avez dit.
32:06Les cheveux impeccables, maquillés, nickel.
32:08Franchement, on se demande ce que cette femme fait dans cette cour d'assise.
32:12Et effectivement, c'est plein à craquer.
32:14Parce qu'on parlait énormément de cette histoire.
32:16L'Est républicain en parle quotidiennement.
32:18Enfin, c'est l'attraction.
32:19Il y avait eu Simone Weber.
32:20Il y a Rodigan et Grouillou.
32:22C'est la star du palais de justice.
32:24Et là, on avait déjà vu.
32:26Alors, pas en public.
32:26Parce qu'évidemment, les gardes-avions, on n'y assiste pas.
32:28Mais de ce qu'on avait su, elle a réponse à tout.
32:30Elle a été véhémente.
32:32Elle hurlait.
32:33Et là, on monte encore.
32:35En grade.
32:35Oui, on monte en grade.
32:36Là, c'est n'importe quoi.
32:38Elle prend des notes.
32:39Elle passe des papiers à ses avocats.
32:42À Gérard Michel, qui n'en peut plus.
32:44Qui reçoit des dizaines de papiers.
32:45Qui raconte aux suspensions d'audience.
32:47Qu'ils n'arrivent pas à gérer.
32:49Que ce qu'elle écrit n'est pas toujours très pertinent.
32:51Elle connaît toutes les cotes.
32:53Vous savez, ces moyens de retrouver tel papier, tel certificat.
32:56Tel procès verbal.
32:58Voilà.
32:58Dans un dossier qui est titanesque.
33:00Des réactions totalement volcaniques.
33:02Agressives.
33:03À l'insulte.
33:04À l'invective.
33:05Le directeur de la prison est un SS.
33:07Si vous voulez, c'est n'importe quoi.
33:09Ça part dans tous les sens.
33:11C'est le cirque.
33:12Et au final, ces avocats sont un petit peu gênés.
33:15Parce qu'ils commencent à se demander si tout ça ne va pas la desservir.
33:17Bien sûr.
33:18Parce qu'elles volent le procès.
33:19Ça arrive.
33:20Un accusé déborde ses avocats.
33:21Et là, c'est très compliqué.
33:22Effectivement, pour la défendre.
33:24Dans ces cas-là, Éric Nicolas, journaliste à l'Est républicain.
33:27Il y a quelque chose d'étonnant à ce procès.
33:29Vous allez nous le raconter.
33:31C'est qu'on a fait venir, évidemment, dans les scellés.
33:34Il y a une table où on dépose les scellés.
33:35En général, c'est comme ça.
33:36En matière criminelle.
33:37Là, il y a quasiment tous les objets qui, apparemment, ont été détournés par Rodica Négroyou.
33:42Qu'est-ce qui se passe ?
33:43Sur une table devant les avocats, il y a effectivement tous les scellés.
33:46Notamment les objets qui ont été découverts au domicile de Rodica Négroyou.
33:51C'est des dizaines d'objets.
33:52Des dizaines d'objets.
33:53Et pour lesquels on la soupçonne de les avoir volés en compagnie de son fils, Marius.
33:59Voilà.
33:59Donc, il y a des pattes de verre.
34:02Il y a des bijoux.
34:02Il y a des colliers.
34:03Il y a 20 millions de choses.
34:05Et à chaque fois, la réponse de Rodica Négroyou, quand on lui demande...
34:09Et ça, ça vous appartient ?
34:11Elle répond, oui, ça vient de Roumanie.
34:13C'est des bijoux de famille.
34:13C'est à moi.
34:14C'est à moi.
34:15Voilà.
34:15Ça m'appartient.
34:16Voilà.
34:17Et à une suspension d'audience, Joël Lagrange, qui est avocat des partis civils...
34:22Décédé aujourd'hui, on s'allue.
34:23Qui est décédé aujourd'hui.
34:24Qui était un excellent avocat.
34:27Et un peu joueur.
34:29Joël Lagrange va décrocher sa montre.
34:31Et la poser sur la table aux figures.
34:33Tous ces scellés.
34:34L'audience reprend.
34:35Discrètement, évidemment.
34:36Sans qu'elle le voie.
34:37Sans qu'elle le voie.
34:38L'audience reprend.
34:39Et à un moment, Joël Lagrange s'avance.
34:44Saisit un collier.
34:45Demande à Rodica si ça lui appartient.
34:47Elle dit, oui, ce sont des bijoux de famille.
34:49Je suis venu avec de Roumanie.
34:51Juste après, il prend sa propre montre.
34:53Il la montre à Rodica.
34:55Et cette montre-là ?
34:57Pareil, même chose.
35:00Cette montre m'appartient.
35:01C'est un bijou de famille.
35:02Je suis venu avec de Roumanie.
35:04Et il va la remettre discrètement à son poignet.
35:07Et c'est là qu'on voit toute la cupidité.
35:09Et c'est là qu'on voit qu'elle aime l'argent.
35:11Extraordinaire.
35:12Et cette anecdote, en fait, fait un petit peu basculer le procès.
35:16Parce que jusque-là, elle disait, non, non, c'est pas moi.
35:18Non, non, j'ai ramené de Roumanie.
35:19Et finalement, juste sur cette histoire de montre,
35:21finalement, c'est fini.
35:22Tout le monde s'aperçoit qu'elle montre.
35:23Voilà, c'est ça.
35:24Condamné à 20 ans de prison.
35:26Et puis, trois demandes en révision.
35:29Rodica Négroyou, l'empoisonneuse de Maxéville.
35:32Cette affaire est devenue un véritable laboratoire de sciences criminelles.
35:35On peut s'interroger sur la fiabilité des experts.
35:38L'enquête de l'heure du crime, je vous retrouve tout de suite sur RTL.
35:42Merci d'écouter RTL.
35:50RTL.
35:53Votre radio.
35:54L'heure du crime.
35:55Présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
35:59Dans l'heure du crime, l'affaire Rodica Négroyou,
36:02une aide-soignante de Nancy,
36:03accusée d'avoir mortellement empoisonné son deuxième mari
36:06et un autre homme dont elle s'occupait.
36:08Condamnée à 20 ans de prison en 99,
36:10elle ne va cesser de se battre pour prouver son innocence.
36:16Samedi 24 janvier 2015,
36:19Rodica Négroyou, 75 ans, sort de prison.
36:21En détention, elle avait déposé deux demandes de révision de son procès,
36:25toutes rejetées.
36:26Son avocat était pourtant sûr d'avoir trouvé un élément nouveau
36:29pour obtenir un nouveau jugement.
36:31Il avait établi que la deuxième victime prenait de son plein gré
36:36un médicament qui contenait du phénobarbital,
36:38substance qui aurait entraîné la mort.
36:41En 2019, une troisième demande de révision sera déposée,
36:46toujours sans succès.
36:50L'avocat de Rodica Négroyou, maître Alain Baer,
36:53déplorait dans le journal L'Est Républicain
36:56que cette affaire soit devenue un véritable laboratoire de sciences criminelles.
37:01Au-delà du cas, Rodica Négroyou se pose la question de la fiabilité des experts.
37:06On a pu constater la relativité d'une science présentée comme détentrice de la vérité absolue,
37:13à savoir la biologie.
37:16Je continuerai jusqu'à la fin de ma vie à défendre mon innocence et ma liberté.
37:23Je suis l'innocent de Maxéville et ce n'est pas l'empoisonneuse de Maxéville.
37:27Et je crois qu'un jour viendra et que tout sera vu à la lumière et que je serai innocentée.
37:36Je ne suis pas l'empoisonneuse de Maxéville, la voix évidemment de Rodica Négroyou.
37:41Elle n'a cessé de nier effectivement son implication dans les crimes.
37:47Et c'est vrai qu'on peut parfois aussi se poser une question,
37:50même avec le temps qui est passé.
37:52Elle a purgé sa peine, cette femme.
37:53Éric Nicolas faisait journaliste à l'Est Républicain.
37:55L'Est Républicain, le journal de Nancy et de sa région,
37:58qui a suivi évidemment toute cette affaire dans le détail.
38:01C'est vrai qu'Alain Baer, qui est un bon avocat,
38:05il a raison de dire que les expertises sont fragiles.
38:08Et que finalement, il fallait peut-être regarder un peu plus
38:11s'il y avait tous ces produits qu'on a dit.
38:13Parce que là, on aurait eu sans doute une autre lecture du dossier.
38:16Il y a déjà une erreur capitale qui a été faite pendant l'instruction.
38:20C'est quand on a dit qu'il n'y avait pas de prescription médicale
38:26qui ordonnait que M. Jactel prenne du Phenobabital.
38:29Et ça, ça a avéré faux.
38:31Parce qu'en fait, Raymond Jactel prenait du Colchimax.
38:34Pour la route.
38:35Et le Colchimax contient du Phenobabital.
38:37Donc rien que ça, c'est déjà très important.
38:40Et puis, l'autre chose dont on a déjà parlé tout à l'heure,
38:44est-ce que les concentrations du vivant
38:47sont les mêmes que les concentrations post-mortem ?
38:49Et ça, c'est très important.
38:51Parce que ça arrive souvent dans les affaires,
38:52avec notamment les exhumations.
38:54Tout à fait.
38:54Effectivement, il y a une dégradation des tissus, etc., des viscères,
38:58qui parfois donnent une lecture vraiment très différente.
39:00Et ça peut aller dans les deux sens.
39:02Absolument.
39:03Absolument.
39:04Et là, c'est la faiblesse.
39:05Effectivement, on est au bout un petit peu de l'expertise scientifique,
39:07même si ça a fait énormément de progrès.
39:10Alors, on voit bien que ce n'est peut-être pas ces expertises biologiques,
39:16scientifiques, qui ont fait condamner cette femme.
39:18Dimitri Ramelot, journaliste, correspondant à RTL dans le Grand Est.
39:21Mais ce qu'il a perdu, finalement, Rodica Négroyou, c'est quoi ?
39:26C'est le goût de l'argent ?
39:28Elle a été prise de la main dans le sac en détournant des objets, c'est ça ?
39:32C'est le mimétisme entre ces deux dossiers, finalement.
39:36C'est les mêmes médicaments.
39:38C'est, je fais le vide autour de ma victime.
39:40C'est, j'avais un intérêt financier à chaque fois.
39:43C'est, je vide la maison à chaque fois avec des objets de valeur.
39:46Et tout ça, si vous voulez, ça a pesé manifestement plus lourd que tout le reste
39:51au moment de juger cette femme qui encourait la réclusion criminelle à perpétuité
39:56et qui n'a pris, entre guillemets, que 20 ans au terme d'un délibéré
40:02qui n'a duré à peine trois heures.
40:05Donc, oui ?
40:06Non, j'ai envie de vous dire.
40:07Alors, il n'a pris que 20 ans.
40:09Mais c'est parce que finalement, il n'y a pas de témoin direct, il n'y a pas de
40:13preuves formelles.
40:15Alors, je n'étais pas dans cette salle, vous non plus, et personne dans ce camion n'y était.
40:19Mais si on considère qu'elle est outrageusement coupable d'avoir vraiment voulu donner la mort
40:27dans les conditions qu'on raconte aujourd'hui, ça mérite peut-être plus.
40:34Mais il y avait eu des réquisitions de 20 ans qui ont été suivies.
40:37Il y avait eu des réquisitions de 20 ans et Simone Weber, quatre ans plus tôt, poursuivi pour deux meurtres
40:42aussi, avait pris 20 ans.
40:43Avait pris 20 ans. Donc, est-ce qu'il n'y a quand même pas eu un doute ? Mais
40:46le doute doit bénéficier à l'accusé.
40:48Donc, si vous voulez, tout ça est quand même très compliqué à lire tant qu'on n'est pas dans
40:53la salle du délibéré.
40:54Et juste une petite précision, cette histoire de médicaments qui étaient dans le Colchimax,
41:01c'est son fils qui, en reprenant le dossier des nuits et des nuits et des nuits et des nuits
41:06pendant que sa mère est en prison, constate, va dans le Vidal, vous savez, ce dictionnaire médical,
41:12et constate que dans le médicament qu'effectivement il prenait de son pain gré,
41:16il y avait ce médicament qu'on a pensé être, celui qui était létal.
41:22Mais bon, voilà, tout ça a été plus lourd que la science, plus lourd que la biologie,
41:26et donc elle a été condamnée à 20 ans de prison, et il n'y avait pas d'appel à
41:29l'époque.
41:29Dernier mot avec vous, Eric Nicolas, c'est une affaire qui a beaucoup marqué,
41:32cette ville de Nancy et puis cette région.
41:34Oui, depuis une trentaine d'années, on a effectivement des affaires marquantes.
41:39Simone Weber, Nadir Sedrati, et l'affaire Rodica Négroyou,
41:44qui intervient juste cinq ans après celle de Simone Weber,
41:48est également très importante dans notre histoire judiciaire.
41:51Merci beaucoup, Eric Nicolas, Dimitri Ramelot,
41:55d'avoir été les invités de l'heure du crime, en direct de Nancy.
41:57Merci à l'équipe de l'émission, rédactrice en chef Justine Vigneault,
42:00préparation Marie Bossard, Lili Labeille, réalisation en direct, Jonathan Griveaux et...
42:05Merci.
42:05Merci.
42:05Merci.
42:05Merci.
42:05Merci.

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