00:04Permettre à des personnes atteintes de paralyses sévères de retrouver la parole et de communiquer
00:09à nouveau de façon autonome, c'est l'objectif d'Eclipse Neurotech. Cette startup développe
00:14une interface cerveau-machine capable de capter l'activité cérébrale et de la traduire en
00:20commande pour communiquer. Pour en parler, je reçois Gabriel Magda, médecin, chercheur et
00:26co-fondateur d'Eclipse Neurotech. Bonjour et bienvenue dans Santé Futur Gabriel.
00:31Bonjour Alex, merci pour votre invitation.
00:32Première question, concrètement, comment votre technologie pourrait-elle permettre à une personne paralysée de communiquer ?
00:39Dans le cerveau, toute commande qu'on fait, tout mouvement qu'on fait est traduit en électricité.
00:45C'est d'ailleurs cette électricité-là qui donne la commande motrice pour les muscles de bouger.
00:51L'implant vient se poser sur la membrane qui protège le cerveau et il enregistre l'activité
00:56électrique du cerveau. Cette activité électrique, quand la personne pense à parler ou à bouger,
01:02se modifie. Et c'est ces modifications-là qu'on enregistre et après qu'on traduit en
01:07paroles, en mouvements, en contrôle d'un ordinateur.
01:12Votre implant a une particularité, il est placé sur la membrane qui protège le cerveau
01:17sans pénétrer dans le tissu cérébral. Pourquoi avoir choisi cette approche ?
01:22Il y a plusieurs manières dont on peut enregistrer l'activité du cerveau.
01:26Soit on met des électrodes, du coup, comme des piques dans le tissu du cerveau directement.
01:32C'est quelque chose qui engendre du saignement pour le cerveau, la mort de neurones, la chirurgie
01:37est plus difficile et aussi plus risquée.
01:40Soit on décide de mettre l'implant, soit là sur le cerveau ou encore mieux sur la membrane
01:45qui protège le cerveau. Le signal est plus difficile à décoder, mais par contre, il
01:50y a moins de risque chirurgical, le cerveau n'est pas abîmé, l'implant alors dure beaucoup
01:55plus longtemps et parce qu'on ne touche pas au cerveau, on peut se permettre d'avoir
01:59un implant qui est d'une taille plus grande, ce qui fait qu'on enregistre une zone plus
02:03grande du cerveau et des données qui sont aussi plus riches.
02:06On l'a vu dans la séquence précédente avec nos deux invités pour qu'une innovation
02:10arrive jusqu'au patient. Il ne suffit pas qu'elle fonctionne techniquement.
02:14Vous posez d'ailleurs vous-même cette question, comment mesure-t-on le succès d'une interface
02:19cerveau-machine ?
02:22Beaucoup de personnes dans ce domaine-là parlent des implants cérébraux comme si c'est un téléphone
02:30avec le nombre d'électrodes et combien de bits par seconde on peut communiquer, comme
02:36si c'est des paramètres qui sont importants pour le patient. Comment définir si ça marche,
02:44c'est en revenant aux choses qui sont très importantes pour le patient. Est-ce que la
02:48personne peut parler de manière intuitive ? Est-ce qu'en parlant elle a aussi accès à
02:52l'émotion de la voix, la tonalité de la voix ?
02:55Une vitesse de communication aussi ?
02:56La vitesse de communication, est-ce qu'elle est compatible avec une conversation ? C'est
03:00ces choses-là et puis il faut se rappeler qu'on est là pour servir les patients.
03:04Mais pour vous, quel est le critère qui compte vraiment ?
03:07Tous ces critères au final sont très importants. La chose la plus importante, c'est quand même
03:11de permettre à ces personnes-là de pouvoir avoir de nouveau des conversations avec les
03:16personnes autour d'eux, de pouvoir exprimer leurs besoins, de pouvoir, si elles le souhaitent,
03:21retravailler par exemple. C'est leur permettre de faire des choses qu'elles ne pouvaient plus
03:26faire à cause de la maladie.
03:29Vous participez à un programme de co-conception avec des personnes en situation de handicap.
03:33Pourquoi était-ce déterminant pour vous de les associer dès le départ ?
03:39Nous, on est des médecins, des ingénieurs, des chercheurs. On met sur une feuille ce qu'on
03:46pense et bien. Mais par contre, ce que nous on pense et bien, ça ne veut pas dire que c
03:52'est
03:52bien pour la personne qui va l'utiliser au final. Parce que ça, c'est des personnes qui,
03:56en certains cas, ont eu une paralysie depuis des mois, voire des années. Ils ont des habitudes
04:02qui sont différentes des nôtres. Ils ont des préférences qui sont différentes des
04:06nôtres. Et pour qu'on puisse leur être utile, il faut les intégrer dans ce processus de
04:11création dès le début.
04:12Est-ce que c'est ce qu'on appelle des patients experts ?
04:15C'est toute personne qui en souffre de telle maladie.
04:23Je veux dire, ils ne sont pas formés en tant que tel pour vous aider.
04:27Exactement. C'est des personnes qui ne sont pas formées, mais juste qui sont experts de
04:30la maladie parce qu'ils en vivent depuis des années.
04:33Et enfin, développer un implant cérébral, c'est devoir franchir des étapes réglementaires,
04:38cliniques, financières. Aujourd'hui, quelles sont les prochaines étapes pour vous,
04:43pour vous rapprocher des patients ?
04:45Actuellement, on a une étude qui est en cours de recrutement de patients qui est portée
04:52par le laboratoire académique duquel nous sommes issus. Cette étude a pour but de montrer
04:59que chez des personnes en situation de paralysie totale, on arrive à décoder l'activité du
05:04cerveau en paroles, en mots, en phrases. La prochaine étape, c'est de venir modifier cette
05:12étude pour que les personnes puissent à leur domicile et seules de manière autonome
05:16contrôler l'ordinateur, parler avec leurs proches de manière totalement autonome.
05:23Ça reste un défi bien sûr réglementaire parce qu'avec des dispositifs classe 3 implantables,
05:31il faut s'assurer que c'est sécure pour le patient. Mais ça, c'est la prochaine étape.
05:37C'est quelque chose qui est très important pour les personnes concernées.
05:41Merci beaucoup. Merci Gabrielle Magda, cofondateur et CEO d'Eclipse Neurotech.
05:46C'est la fin de cette émission. Merci de nous avoir suivis sur Bismarck for Change.
05:49Sous-titrage Société Radio-Canada
05:49Merci à tous.