00:09Est-ce que vous pensez que le budget et l'accès aux différents produits est problématique
00:19en ce moment concernant le rapport à la nourriture ?
00:23Je dis que je mange avec deux cœurs.
00:26C'est le premier cœur où je me sens la bruxelloise géniale, qui est dans un truc écologique,
00:36la classe.
00:39Je dis aux gens que je fais mes courses là-bas, la Biscope, géniale.
00:44Tout de suite, ça me met dans un niveau social.
00:48Je suis au-dessus du monde.
00:49Et puis, d'un autre côté, si il faut aller à Matongué, aller manger mes ailes de poulet,
00:57j'irai à Matongué.
01:00C'est pour ça que je dis que je mange avec deux cœurs.
01:03Il y a la conscience politique.
01:06Il y a d'abord les impacts sur l'environnement, sur notre corps.
01:12Et puis, il y a aussi le droit, même si on est précaire, de réfléchir à ce qu'on mange.
01:17Ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on ne peut pas remettre en question ce qu'on
01:21mange.
01:21Je voulais venir juste par curiosité.
01:24Et en fait, quand je suis venue, j'ai vraiment été agréablement surprise,
01:27parce qu'en même temps, ça répondait à quelques questions liées à mon travail,
01:32sachant que je suis assistante sociale de formation.
01:35Et donc, parler de cette thématique liée à la pauvreté et à la faim de certaines catégories de personnes,
01:44cette conférence avec les différents intervenants et aussi les personnes dans le public,
01:48m'a vraiment permis d'apprendre quelques subtilités dans le fonctionnement de certaines procédures
01:56et certains genres d'aides qu'on peut apporter aux gens dont le besoin.
02:01Moi, je travaille dans un service qui s'appelle la concertation aide alimentaire,
02:05qui est né, comme vous le voyez, en 2006.
02:07Donc, ça fait 20 ans qu'on existe. J'aurais presque envie de dire malheureusement.
02:12Et donc, ce qu'on fait principalement, on travaille à Bruxelles et en Wallonie,
02:17et on fait pas mal de choses, qui est de soutenir et d'accompagner toutes les organisations
02:23qui distribuent de la nourriture aux personnes qui en ont besoin,
02:26tant sur le territoire bruxellois que sur le territoire Wallonie.
02:29Et donc, le soutien se fait de différentes manières.
02:32On propose des formations aux travailleurs ou aux volontaires.
02:35On fait beaucoup de plaidoyers politiques.
02:36Donc, on va voir ce qui se passe sur le terrain.
02:38On va rencontrer les responsables pour l'éthique pour leur dire que c'est la catastrophe.
02:42Et on organise des actions de mobilisation.
02:45On fait des groupes de travail à thème.
02:47Enfin bref, en tout cas, l'idée, c'est de travailler avec le terrain.
02:49Donc, notre public, à nous, c'est les bénévoles de l'aide alimentaire et les travailleurs sociaux.
02:54On nous invite aux fédérales pour aller choisir le poulet sauce forestière le moins grave.
02:58Donc, on goûte quatre poulets sauce forestière et on doit dire, nous, qui je suis...
03:04Les quatre sont dégueulasses et on doit choisir le moins grave.
03:07Donc, vous voyez à quoi sert l'argent de l'État quand même.
03:09Parfois, on se dit, bon, on va pas rentrer dans ce détail.
03:12Mais donc, oui, les produits européens, c'est pas génial.
03:15Même s'il y a un effort qui a été fait, ça reste quand même des palettes entières de boîtes
03:20de conserve.
03:21Il y a des pâtes, il y a du riz, mais c'est pas les meilleures pâtes, c'est pas
03:23le meilleur riz.
03:24Et il faut savoir que quand les gens reçoivent un colis, c'est toute l'année qu'ils vont manger
03:28ça.
03:29Tous les mois, ils vont recevoir le même colis, le même produit, le même poulet, la même boulette sauce tomate
03:35pendant un an, deux ans, pas tout le temps qu'ils vont aller au colis.
03:38C'est la même chose qui va être reçue.
03:40La problématique qu'on a eue, c'est comment est-ce qu'on peut lancer un projet qui soit pérenne
03:44dans le temps.
03:45Donc, on n'a pas vraiment de subsides.
03:47Donc, juste pour vous expliquer, en fait, comment ça fonctionne la classe aujourd'hui.
03:50On différencie l'encadrement des personnes, donc les gens qui vont être salariés comme moi,
03:55et le pot commun, donc la caisse commune qui va servir à recevoir les cotisations et à faire la redistribution.
04:02Aujourd'hui, on a des subsides, en fait, sur l'encadrement.
04:05Donc, on a l'équivalent d'un peu près de deux ETP sur trois ans.
04:10Voilà.
04:11Mais sinon, la caisse commune, c'est un projet citoyen.
04:14Aujourd'hui, elle est entièrement financée, en fait, par les citoyens.
04:19Donc, sachant que, évidemment, on va chercher, on essaye d'aller chercher un peu des...
04:23Notre objectif, c'est d'avoir au moins dans les trois ans 85% de financement, en fait, d'autofinancement
04:30sur la caisse.
04:31Il faut savoir que les caisses en France, l'autofinancement, il est plutôt entre 30 et 50%
04:36et qu'elles sont toutes, finalement, très, très, très subsidiées.
04:40Ce qui présente un risque dans le climat politique aujourd'hui,
04:44parce que, ben, si les politiques décident de ne plus subsidier la caisse, ben, finalement, le projet s'arrête et
04:50voilà.
04:50Je vais aussi faire remarquer une chose.
04:52Nous savons pertinemment que, dans le quartier populaire, il y a aussi une dimension aussi culturelle
04:56et que la souveraineté alimentaire passe aussi par le respect de l'offre culturelle alimentaire de ces diasporas.
05:03Moi, la question que je viens de vous poser, c'est comment intégrer-vous, dans le conventionnement,
05:07le lien avec les épiceries africaines et les épiceries aussi d'autres communautés
05:13qui tiennent compte aussi des réalités alimentaires de ces populations ?
05:17Nous, je dirais que, dans la caisse, l'idée, c'est que ce soit les gens, en fait, qui choisissent
05:23et qui proposent, en fait, de quel commerce ils ont envie de faire entrer, finalement, dedans.
05:28Donc là, l'idée, typiquement, c'est, ben, déjà, on a un comité citoyen,
05:32les affiliés sont tous les bienvenus pour postuler au comité citoyen.
05:36Alors, je dis postuler parce que c'est...
05:38On essaye, justement, de garder dans le comité citoyen une certaine mixité
05:42pour ne pas avoir seulement une certaine catégorie de population.
05:44Mais bon, dans l'absolu, le comité citoyen est ouvert à tous les affiliés.
05:50Donc, potentiellement, tout le monde qui est dans la caisse
05:53peut venir pour donner son opinion et participer au débat démocratique.
05:58Et il y a aussi une fonctionnalité sur le site où on invite les gens à nous dire,
06:02mais en fait, quel commerce vous voulez voir dans la classe ?
06:06Et ça, c'est très important parce que cette caisse, elle va marcher
06:10si c'est la caisse que les gens, ils s'approprient et qu'ils voient que c'est quelque chose.
06:13En fait, c'est eux qui vont décider qu'est-ce qu'ils veulent voir.
06:15Je l'ai trouvé très, très intéressant et ça m'a aussi beaucoup aidée
06:19parce que moi, j'ai fait un doctorat maintenant sur des initiatives de transition alimentaire,
06:24notamment la SSA.
06:26Et je viens de cette étude migratoire, donc je suis un peu dans le volet de la diversité et tout
06:31ça.
06:32Et ici, je trouve que c'est le premier espace où j'ai été,
06:35où cette conversation a été dans un endroit un peu plus mixte,
06:38où il y a des autres enjeux qui sortent,
06:42pas juste ceux qui sortent dans le milieu de la transition alimentaire.
06:45Et je trouve que c'est des conversations très importantes à avoir
06:48pour faire quelque chose de plus collectif
06:50et pas juste certains groupes, on va dire.
06:55Donc je trouve que ça a été super riche
06:58et que ça a permis que plein d'éléments sortent
07:02qui, je crois, sont super importants.
07:04On perd dans nos familles, on ne pousse plus assez nos enfants
07:07à retrouver ce sens de l'engagement.
07:09À se dire, il y a une cause qui me touche, et madame l'a très bien souligné,
07:13les associations existent.
07:15Il y a des gens qui réfléchissent, qui font des choses.
07:18Et au lieu de se cacher derrière les préjugés,
07:20je pense que la meilleure manière de faire changer les choses,
07:23c'est de les bousculer et c'est de s'engager.
07:25Mon service, ça s'appelle la concertation aide alimentaire.
07:28Et ce qu'on fait, c'est qu'on accompagne et on soutient
07:30toutes les organisations qui font de l'aide alimentaire à Bruxelles
07:33et en région Wallonne.
07:34Donc on fait de l'accompagnement en formation,
07:36en plaidoyer politique, en action de mobilisation,
07:39de mettre en avant les réalités de l'aide alimentaire en Belgique,
07:43de dénoncer tout ça et aussi de revendiquer le droit
07:47à une alimentation de qualité pour tout le monde dans ce pays.
07:50Étant afro-descendante, ça m'interpelle davantage
07:54et j'ai eu beaucoup de réponses à mes questions
07:57et j'ai découvert aussi qu'il existe tout un système
08:00qui permet aux gens de prendre conscience
08:03de l'importance de l'alimentation dans nos vies
08:05et aussi la bienveillance envers les personnes précaires
08:09parce qu'il y a des personnes qui vivent des moments difficiles.
08:12On ne se rend pas toujours compte dans notre petit cocon.
08:15Et aujourd'hui, vraiment, j'ai pu prendre conscience
08:18de beaucoup de choses et peut-être aussi changer ma manière
08:20de penser vis-à-vis de certains.
08:22Je m'appelle Gabi, je suis d'origine colombienne.
08:25Je suis touchée aussi pour la cause parce que c'est vrai
08:28qu'il y a beaucoup de gens en précarité,
08:30mais il y a aussi des gens qui font la file
08:31qui ne sont pas nécessaires qui passent la file et ça.
08:34Je vous remercie de l'avoir dit parce que
08:36parfois je suis triste de cette situation-là.
08:39Bon, je viens de la Colombie, là-bas c'est la fête.
08:44On ne peut pas rester assis, ça ne va pas.
08:47Il faudrait s'enlever.
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