00:07Lundi matin, Jean-Marie Le Pen a dit qu'il ne serait sans doute pas candidat en PACRA
00:14et que finalement la meilleure candidate serait sans doute sa petite fille Marion Maréchal Le Pen.
00:22Alors, il y a quand même dans cette histoire, puisque ça fait des choux gras de l'actualité,
00:26à juste titre d'ailleurs, quelque chose d'assez surprenant.
00:28Rappelons que Jean-Marie Le Pen a quand même été condamné 19 fois pour des propos révisionnistes ou négationnistes, etc.
00:36Et que, par conséquent, on se demande pourquoi sa fille, Marine, et son entourage découvrent tout d'un coup
00:43que les propos de Jean-Marie Le Pen sont insupportables.
00:47C'est quand même assez extraordinaire comme découverte, il ne faut pas se raconter l'histoire.
00:51Il est bien clair que Marine Le Pen et son entourage savent très bien qui est Jean-Marie Le Pen,
00:56savent très bien quelles sont les sources du Front National,
00:58et que s'ils ont choisi une autre stratégie, c'est bien sûr pour ratisser l'âge aux services d
01:04'intérêts
01:05qui n'ont rien à voir, quoi qu'ils en disent avec les intérêts des classes populaires.
01:09Mais il y a plus là-dedans.
01:10C'est que, par exemple, j'entendais ce matin une journaliste de France Acteur,
01:15que je ne critique pas a priori, vraisemblablement sympathique,
01:19mais qui avait cette phrase extraordinaire à propos de Marion Maréchal Le Pen,
01:22qui avait tenu la part égale entre sa tante et son grand-père,
01:27qui était de dire « la plus jeune députée de l'Assemblée nationale a réussi à faire un parcours sans
01:33faute ».
01:33Eh bien, c'est quand même étonnant ce parcours sans faute de Marion Maréchal Le Pen,
01:37parce que refuser de choisir entre la démagogie sociale de la tante
01:42et le révisionnisme du père, le néo-fascisme du père,
01:45c'est finalement accepter les deux.
01:47Alors voilà un parcours sans défaut, ça pose quand même un problème.
01:59Pas de contenu sans forme et toute forme est forme d'un contenu.
02:03On peut réfléchir à cette phrase que je crois de Hegel
02:06à propos de la loi sur le renseignement à l'Assemblée nationale,
02:10qui arrive à l'Assemblée nationale.
02:12Parce que, finalement, c'est une loi qui va être adoptée
02:16sans véritable débat dans une procédure d'urgence.
02:19Autrement dit, la façon même dont la loi vient à l'Assemblée
02:23sans véritable discussion, qui est un déni démocratique,
02:27nous renseigne quand même un petit peu aussi, probablement, sur son contenu.
02:30Parce que, finalement, le gouvernement la banalise.
02:33Bernard Cazeneuve dit qu'il s'agit de lutter contre le crime, contre le terrorisme, etc.
02:38Son champ d'application est bien plus vaste.
02:40J'en veux pour témoignage une tribune de la secrétaire générale
02:45du syndicat de la magistrature, publiée récemment dans un quotidien
02:50que je vais citer, Libération.
02:53Ainsi, l'intrusion est-elle dite légitime pour la défense des intérêts économiques,
02:58industriels et scientifiques majeurs de la France.
03:00Cette vaste catégorie ne se limite pas à l'espionnage industriel.
03:04Elle met en péril le droit à l'information et toute forme d'opposition citoyenne
03:08à des choix qui engagent la société sur l'alimentation, la culture ou la santé.
03:12Ça veut dire que la loi, telle qu'elle arrive,
03:15elle va un peu dans le prolongement de ce qui avait déjà été envisagé à un moment par le gouvernement.
03:20Donc, cette loi, elle va bien au-delà de la lutte contre le terrorisme,
03:23parce que, finalement, elle vise tout ce qui pourrait porter aux intérêts de la France,
03:27mais dans un sens extrêmement large.
03:29Par exemple, si on prend la question des lanceurs d'alerte,
03:31de ces gens qui, dans le monde, interviennent pour attirer l'attention
03:35sur quelque chose qui ne cloche dans le système,
03:37eh bien, après tout, la loi pourrait limiter leur intervention.
03:41Rappelons-nous qu'au mois de janvier, il y avait un projet de loi,
03:44dans un projet de la loi Macron, il était question de, comment dirais-je,
03:48de pénaliser l'atteinte au secret des affaires.
03:51Ce qui voulait dire que les journalistes qui révèlent un certain nombre de choses
03:55sur des opérations financières plus ou moins frauduleuses
03:58seraient éventuellement poursuivis.
04:01C'est seulement parce qu'il y a eu une forte mobilisation, d'ailleurs, des journalistes,
04:04que cette partie a été retirée.
04:06Mais, finalement, la loi sur le renseignement veut le réintroduire.
04:09Enfin, il y a quand même autre chose dans cette histoire de loi sur le renseignement,
04:12qui est que, finalement, c'est aussi une mise en condition de l'opinion.
04:16À partir du moment où on voit surgir une sorte d'ennemi intérieur,
04:21il est bien évident que tout bon citoyen se dira,
04:24mais, après tout, moi, la loi sur le renseignement, ça ne me concerne pas,
04:27puisque je suis un bon citoyen.
04:29Mais, en réalité, ce bon citoyen, quelque part,
04:31il devient lui-même, je dirais, un citoyen qui rentre dans l'air du soupçon.
04:36Il est un citoyen lui-même sous surveillance.
04:38Et donc, voilà un peu ce qui va se passer.
04:41Alors, je voudrais terminer sur ce point
04:44avec une phrase, quand même, assez singulière de Bernard Cazeneuve,
04:47défendant son projet,
04:49où il dit qu'il évoque le crime organisé,
04:52les trafics d'êtres humains, etc.
04:54Et il a cette phrase extraordinaire.
04:56« Ces organisations seraient-elles moins dangereuses
04:58que les dispositions que nous prenons ? »
05:01Si on entend bien la phrase,
05:03ça veut dire qu'il avoue que les dispositions qu'ils prennent
05:06sont, elles aussi, dangereuses.
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