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  • il y a 3 semaines
"In Between Wars" est une installation proposée par Médecins Sans Frontières, qui conduit le visiteur au cœur du quotidien des Palestiniens pour mieux comprendre la violence continuellement subie, une vie en sursis, entre deux guerres. À travers un parcours, il est immergé dans plusieurs espaces faits de photographies, objets et témoignages sonores.
Près de 70 ans après le plan de partage de la Palestine adopté par les Nations unies et plus de 20 ans après les accords d'Oslo, les Palestiniens vivent toujours sous le joug de l'occupation civile et militaire israélienne, en sursis, comme entre deux guerres.
En reconstituant le quotidien des patients et collaborateurs de Médecins Sans Frontières, eux-mêmes déterminés à en témoigner et y faire face, In Between Wars exprime le refus de contribuer à banaliser l'inacceptable. A la Maison des Métallos, à Paris jusqu'au 17 janvier

Réalisation : Eugénie Barbezat et Franck Cartelet

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Transcription
00:01...
00:08Médecins sans frontières, on vous imagine en train de soigner des gens sur le terrain.
00:11Comment est venue l'idée de montrer la réalité d'un théâtre d'opération,
00:17même si c'est entre deux guerres ?
00:20Quelle est la genèse de ce projet ?
00:22La genèse, elle tient justement à nos activités sur place
00:25et au fait qu'on travaille dans les territoires palestiniens occupés
00:29depuis la fin des années 80
00:30et qu'à l'issue de la dernière offensive majeure sur Gaza,
00:35on s'est senti nous répéter nous-mêmes en fait,
00:39à la fois en termes de ce qu'on mettait en œuvre comme activité médicale,
00:43comme réponse à cette urgence-là
00:45et aussi dans notre manière de répondre justement aux interviews.
00:49Donc on décrivait les mêmes causes qui provoquaient les mêmes effets.
00:53Donc on s'est posé la question à l'issue de cette dernière offensive
00:57quand effectivement la tension médiatique chute un peu,
01:00beaucoup même, comment continuer à décrire non seulement le quotidien
01:05et donc l'impact de ces grandes offensives après le cessez-le-feu
01:08sur le quotidien des palestiniens de Gaza,
01:10mais aussi ce à quoi sont confrontés les palestiniens de Cisjordanie
01:14qui finalement, eux comme les Gazaouis,
01:19vivent de la même manière sous occupation,
01:21même si elles prennent des formes différentes.
01:23Mais vous l'avez pensé comment ?
01:25Vous l'avez pensé sous forme justement d'un parcours
01:28et qui peut être aussi transportable, mobile,
01:30ça veut dire que ça va bouger, ça va s'exporter ailleurs ?
01:32On l'a pensé sous la forme d'un parcours justement
01:34pour essayer de rendre plus proche
01:36et de rendre plus aussi tangible ce quotidien-là,
01:39le quotidien des palestiniens sous occupation,
01:41de le rendre plus accessible au grand public.
01:44Évidemment, c'est une installation qui demande une certaine logistique,
01:49qui va effectivement se déplacer, c'est vraiment l'intention qu'on en a,
01:54de la déplacer non seulement en France,
01:56mais aussi à l'étranger, en Europe et au Moyen-Orient.
01:58Même si ma maison est pleine de suie,
02:00et même si je ne peux pas supporter tout ça,
02:02c'est impossible pour moi de partir.
02:03Je resterai à l'intérieur de ma maison, même si la démonisent.
02:06On ne partira pas, quoi que l'ennemi nous fasse.
02:09La question qui se pose à nous, c'est
02:12est-ce qu'en ne portant pas secours de cette manière-là,
02:16systématiquement, aux palestiniens,
02:17on ne finit pas par devenir une sorte d'auxiliaire
02:19du système de l'occupation lui-même ?
02:21C'est-à-dire qu'est-ce qu'on ne fait pas un peu
02:23le service après-vente de l'occupation ?
02:26Et c'est des vrais questions, c'est des vrais dilemmes
02:29avec lesquels reviennent tout le temps, finalement,
02:32nos équipes sur le terrain,
02:34avec lesquelles vivent nos équipes sur le terrain,
02:35et qu'on a voulu aussi mettre en question et aborder
02:39à travers cette exposition-là, cette installation-là.
02:42Donc, en la déplaçant, on souhaite aussi déplacer
02:47cette question-là et la porter en débat,
02:49parce que ce qui nous paraît aujourd'hui inacceptable,
02:53c'est effectivement la situation qui semble insoluble
02:58d'un point de vue humanitaire pour les Palestiniens,
03:02c'est-à-dire que leurs conditions de vie se dégradent,
03:04se détériorent d'actes de violence en actes de violence,
03:09sans que nous, nous soyons absolument capables
03:11d'y apporter une réponse satisfaisante.
03:13Donc, en apportant cette question aussi en débat,
03:16on essaye d'explorer un peu ces zones grises,
03:18c'est ce qu'on souhaite, avec d'autres acteurs humanitaires,
03:22avec des chercheurs, des académiques, des journalistes.
03:25Des politiques ? Pourquoi pas ?
03:28Non, parce que, par exemple, ce qu'on explique,
03:30ce qu'on voit dans les petits films, etc.,
03:33c'est qu'ils ne peuvent pas reconstruire leur maison,
03:35parce qu'il y a un blocus qui les empêche d'avoir
03:37tout ce qu'il faut pour le faire,
03:39qui n'ont pas de médicaments, pareil, à cause d'un blocus.
03:41C'est-à-dire qu'entre la guerre, la guerre continue.
03:43Et ça, peu de médias en parlent.
03:46Vous en parlez, mais pas de manière frontale,
03:48parce que peut-être que ce n'est pas votre rôle,
03:49quoi qu'on vous ait reproché récemment votre neutralité,
03:53et que ça, c'est aussi un peu une réponse à ce reproche
03:55que vous avez pu vous faire et qu'on a pu vous faire.
03:59Une belle réponse, en tout cas.
04:01La neutralité n'est pas possible.
04:03Pour nous, cette installation,
04:05effectivement, elle illustre un parti pris,
04:06qui est le parti pris de nous, en tant qu'acteurs humanitaires,
04:10de décrire les conséquences humaines
04:13du système de l'occupation
04:14sous toutes les formes dont on est témoin, en tout cas.
04:18C'est-à-dire que nous, quand on reçoit des Palestiniens
04:20en consultation en Cisjordanie ou à Gaza,
04:24ceux dont ils souffrent comme symptômes
04:26sont le résultat de la manière dont le système de l'occupation
04:32vient accaparer les moindres interstices de leur vie quotidienne.
04:38Donc, nous, notre témoignage, il est celui d'un humanitaire.
04:42Donc, c'est un parti pris humanitaire, effectivement.
04:45On a bien conscience, et on le savait en montant cette installation,
04:49que cette description-là, elle serait controversée.
04:52Elle est controversée, elle est critiquée, elle est critiquable.
04:55Et c'est tant mieux.
04:55Et c'est vraiment notre pierre à l'édifice qu'on s'est apportée là,
05:00en n'ayant pas du tout la prétention
05:02d'apporter une réponse holistique à cette question-là.
05:04Après cette guerre, il n'y a plus d'espoir.
05:09Tout est détruit à Gaza.
05:10Imagine, plus de maison.
05:12Après tout ça, pour moi, il n'y a plus d'espoir.
05:14On vous a suivi pendant l'exposition, pendant l'installation.
05:18Vous avez fait tout le parcours, on vous a vu réagir parfois.
05:21Là, vous en sortez tout juste.
05:23Quelles sont vos impressions comme ça à chaud ?
05:26C'est très stressant.
05:28On est tous chamboulés parce qu'on passe d'une zone à l'autre.
05:34Il y a beaucoup d'émotions.
05:35Il y a les voix off, les bruits, il y a l'ambiance.
05:38Donc, il faut encaisser.
05:43Il faut encaisser l'émotion de chaque zone.
05:46Est-ce qu'il y a une des pièces particulières,
05:49que ce soit la maison, que ce soit l'hôpital,
05:51que ce soit Gaza en ruine, qui vous a particulièrement touchée ?
05:55Peut-être l'hôpital ?
05:56Oui, l'hôpital, oui.
05:57L'hôpital, les gens, les blessés.
06:01Les petits aussi, les témoignages qu'on avait aussi sur l'hôpital.
06:04Et puis, on se rend compte que...
06:09Des victimes, de l'innocence, des petits qui se retrouvent brûlés.
06:13Il y a la photo de quelqu'un qui est complètement brûlé,
06:17complètement défiguré jusqu'au bout des doigts.
06:20C'est pas un petit qu'on opère.
06:23Puis les témoignages qu'on a, c'est assez éprouvant comme on a un petit aussi.
06:28Alors, est-ce que vous pensez que c'est bien de faire ce genre d'informations par l'immersion ?
06:34En quoi c'est différent pour vous de ce que vous pouvez lire dans les journaux
06:37ou voir à la télévision concernant justement ce conflit en Palestine
06:41et ces guerres à répétition ?
06:43C'est le côté interactif d'une installation.
06:46Donc, on voit les vidéos, on est habitué, même au reportage des grands reporters, etc.
06:53Mais là, on est...
06:54Comment dire ?
06:55C'est même le salon qui est disposé comme ça, comme si...
06:58Enfin, on peut même s'asseoir, limite.
07:00Donc, c'est...
07:02On voit du matériel.
07:05Donc, c'est comme si on était plongé dedans.
07:08Donc, ça suscite une émotion qu'on n'a pas parce qu'on est quand même plutôt blasé.
07:12Quand on regarde les infos, on voit tellement de misère.
07:15C'est ce qui passe tout le temps.
07:16Donc, à la fin, oui, bon, on sait que c'est...
07:20Voilà, on sait ce qui se passe.
07:21Mais là, le fait de voir ça comme ça, c'est poignant, en fait.
07:25C'est beaucoup plus poignant parce que ça donne vraiment...
07:29Ça nous plonge dans le bain.
07:30Vraiment, on est dans le bain.
07:32On est stressé.
07:32On est vraiment hyper stressé.
07:35Sachant que l'exposition s'intitule « Entre deux guerres ».
07:39Donc, ça, c'est même pas encore la guerre.
07:40C'est pas ce qu'on appelle la guerre dans les médias.
07:42C'est la guerre qui continue entre chaque guerre.
07:46Mais c'est ça, justement.
07:48C'est ça qui nous choque, qu'on trouve poignant,
07:50notamment à l'hôpital ou même dans le salon.
07:52On voit que c'est un salon,
07:55comme on peut trouver chez tout un chacun.
07:57Il y a les chaises, il y a le thé.
08:01Puis il y a les ruines juste à côté.
08:03Le salon à moitié démoli.
08:06Donc, c'est ça, justement.
08:07C'est des citoyens, c'est des gens.
08:09C'est des gens, c'est des civils.
08:11C'est ça qui change, en fait.
08:14De ce qu'on voit.
08:16Donc, « In between wars », oui, c'est entre deux guerres.
08:18Mais c'est...
08:20Enfin, ils sont en plein dedans.
08:22Est-ce que c'est une exposition, une installation ou un voyage,
08:26en l'occurrence, que vous conseilleriez à des gens ?
08:28Ah oui, oui, oui.
08:30Ne serait-ce que l'expérience du cheminement,
08:32labyrinthe un peu, l'émotion que ça suscite.
08:35C'est intéressant à voir après,
08:37quelle que soit la vie qu'on en ait.
08:39C'est histoire de se plonger, en fait, dedans.
08:42Je pense.
08:45Les gens méritent de vivre normalement,
08:47comme dans n'importe quel pays.
08:56Sous-titrage Société Radio-Canada
08:59Sous-titrage Société Radio-Canada

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