- il y a 3 semaines
Biscuiterie Jeannette. Une des luttes emblématiques victorieuses pour l'emploi, menée en 2014 et 2015. 344 jours d'occupation de l'unité industrielle liquidée. Et puis, un nouveau projet artisanal, des nouveaux locaux pour produire à nouveau et durablement les célèbres madeleines normandes. L'Humanité s'est rendue à Démouville près de Caen dans le Calvados, à la rencontre des salarié-es, du président de la Biscuiterie, du secrétaire de l'UL-CGt de Caen, Franck Mérouze. Rencontre également avec Jean Lebon, secrétaire de la Fédération du PCF 14 .
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00:00...
00:20Bonjour, je suis Georges Viana et je suis officiellement le président de Jeannette 1850,
00:27qui a la nouvelle entité légale qui a été créée pour la relance de Jeannette.
00:39Moi, je suis arrivé sur cette affaire un peu par hasard, c'est en lisant le journal et en voyant
00:43qu'il y avait des salariés qui se battaient,
00:45qui occupaient une usine pour éviter que le matériel soit rendu grand chose.
00:49Alors ça, c'est quelque chose qui m'a tout de suite touché, parce que me dire qu'il y
00:54a des salariés qui se mobilisent pour l'entreprise,
00:55c'est quelque chose qui, pour moi, est fondamental, qui rentre dans nos valeurs.
01:01Et ensuite, c'était de voir le cas Jeannette.
01:04Je me suis dit, Jeannette, c'est une entreprise qui est la plus vieille discuterie de Normandie.
01:10C'est une entreprise qui fabrique un produit qui est typiquement français, qui est de la Madeleine.
01:14Vous voulez goûter encore, vous ?
01:16Ah oui, il faut.
01:24Quand on s'était vus la dernière fois, vous n'aviez pas forcément le moral.
01:27Comment vous vous êtes, quand vous repensez à tous ces mois de lutte ?
01:32Ben, il y a des moments, on y pense et on se dit, ben, on n'était pas si mal,
01:38en fait.
01:39On a bien fait de le faire.
01:42Et alors, au départ, je me suis dit, il n'y a peut-être aucun avenir dans la Madeleine en
01:47France,
01:47parce que s'il y a la fermée, c'est peut-être qu'il n'y a pas de clients.
01:50Personne n'en veut des Madeleines en France.
01:51Vous n'étiez pas du tout à pâtissier ?
01:53Pas du tout dans le domaine, mais par contre, j'avais travaillé dans plus de 20 pays,
01:58donc beaucoup à l'international.
02:00Et ce qui renaît souvent, c'est quand je visitais ces pays,
02:02tout le monde me demandait, ben, tu peux nous ramener de France ?
02:04J'avais bien des bons produits français.
02:06C'était soit du parfum, etc., pour les dames,
02:09mais pour les messieurs, c'était plutôt de la bonne nourriture.
02:12Et c'est vrai que la gastronomie française, c'est quelque chose qui a une très, très bonne image à
02:16l'étranger.
02:17Et donc, au départ, je me suis dit, ben, là, on a un salarié motivé,
02:20on a une marque qui est historique, on a un produit qui est typiquement français.
02:24Si on fait un bon mix, si on est capable de réaliser un bon produit,
02:28on doit, en tout cas, pouvoir le vendre à l'étranger.
02:30Et pour moi, mon business plan, on va dire, immédiat dans la tête,
02:35c'est-à-dire, on vise le marché étranger, avec le marketing, etc.,
02:40et on oublie la France, c'est pour ça qu'ils sont plantés,
02:42mais on va viser sur l'étranger.
02:44Et donc, c'est comme ça que je suis venu m'intéresser au sujet de la dette.
02:48Sauf que les normands, ils se sont bien mobilisés, la population.
02:51Mieux que les banquiers, il paraît, au départ.
02:54Oui, alors, c'est vrai que j'ai commencé à regarder un petit peu le projet.
03:00J'en suis entouré quand même de quelques spécialistes dans le domaine alimentaire,
03:03parce qu'il ne fallait quand même pas partir à faire n'importe quoi sur ce projet.
03:08Et là, je me suis retrouvé confronté à une sorte d'avis négatif de la plupart des banques
03:17qui nous disaient, mais Jeannette, c'est mort, vous ne compriez pas,
03:19personne n'en veut de Jeannette, les clients n'en veulent pas.
03:21Il y en a même un qui m'a dit, mais vous verrez que même si vous arrivez par miracle
03:27à relancer la production, vous verrez que vous n'aurez pas un client avant 6 mois.
03:46C'est là où je me suis commencé à m'intéresser le mieux plus.
03:49J'ai eu beaucoup de retours de Normands au départ,
03:55qui nous disaient, mais nous, on ne veut pas non plus voir Jeannette mourir.
03:59En plus, après, c'est une campagne de financement participatif,
04:02parce que les banquiers ne voulaient pas nous suivre directement sur le projet.
04:07On a eu plus de 2 000 contributeurs,
04:10beaucoup de Normandie, mais également de la France entière,
04:12voire même de l'étranger.
04:12On a eu des contributeurs d'Australie, de Singapour, de l'État-Unis, de toute l'Europe.
04:20Et c'est là, on s'est perçu que Jeannette n'était pas mort.
04:23Il y avait beaucoup de personnes qui étaient prêtes à vouloir consommer des banquiers.
04:29Et donc, mon banquier qui me disait qu'on ne vendrait pas une Madeleine avant 6 mois,
04:35bien qu'avec cette campagne de financement participatif,
04:37on était en train de démontrer qu'on avait déjà 6 mois avant vendu des Madeleines virtuelles.
04:43Voilà, c'était une pré-vente, en fait.
04:45C'était une pré-vente.
04:46Et donc, ça permettait de démontrer qu'il y avait des clients,
04:50il y avait des soutiens.
04:52Et que même si au départ, je m'étais dit,
04:55peut-être qu'il n'y a aucun marché en France,
04:56en fait, il y avait un vrai marché.
04:59En France, je ne sais pas, mais en tout cas, en Normandie,
05:01et localement, il y a un vrai marché.
05:18Je ne sais pas, mais en France,
06:09je ne sais pas, mais en France,
06:28Ici, on est dans des nouveaux locaux.
06:29Alors, au départ, l'entreprise Jeannette était plus basée en centre-ville.
06:34C'est vous qui avez eu l'idée de ces locaux ?
06:36Comment ça s'est passé ?
06:37Oui, alors, c'est vrai que lors de ma première visite,
06:40je te l'ai demandé à visiter l'usine,
06:43j'avais dans l'idée qu'on pouvait reprendre à la fois l'usine et le matériel.
06:46Et puis, quand je suis rentré dans ces locaux,
06:51qui étaient quasiment insalubres,
06:53des trous plafonds, des choses qui étaient vraiment peurs,
06:57je me suis dit, mais c'est impossible de produire ici, où on se trouve.
07:02Et également, le matériel qui était, pour la grande majorité,
07:05qui était vraiment obsolète, très très vieux, mal entretenu.
07:09On a fait une analyse, éventuellement, de remise en état du matériel.
07:15En fait, c'était très très cher,
07:16on avait pour plusieurs centaines de milliers d'euros.
07:19Donc, c'est vrai que j'ai été vraiment très déçu à ce moment-là,
07:23parce que je me suis dit, mais moi, je n'y arriverai jamais tout seul
07:25à monter une nouvelle usine, acheter du nouveau matériel.
07:30Il va me falloir beaucoup plus d'argent que ce que j'avais prévu.
07:35Donc, se dégage une autre idée qui est d'un coup ?
07:39Alors, l'idée qui est venue ensuite, c'est de dire,
07:41on fait un autre projet un petit peu différent,
07:44avec un nouveau local, avec du nouveau matériel.
07:49Par contre, en essayant d'alléger, on va dire, les investissements,
07:57en mettant du matériel un peu plus traditionnel,
08:00qui, aujourd'hui, on utilise des matériels de pâtisserie,
08:04de grande pâtisserie,
08:05et on n'a pas de matériel industriel,
08:07on n'a pas de grand four comme on avait avant,
08:10comme déjà des termes d'années avant.
08:11On est vraiment, on fait de l'artisanat.
08:13Ce qui n'est pas plus mal par rapport aux produits que l'on veut réaliser.
08:16On veut réaliser des produits haut de gamme,
08:18qui sont faits avec de très bons produits,
08:20alors c'est possible locaux,
08:21sinon on travaille avec de très bons produits,
08:25soit nationaux, soit à l'étranger,
08:26parce qu'ils ne sont disponibles qu'à l'étranger.
08:29Donc le fait d'avoir ce matériel un petit peu artisanal
08:31n'est pas une mauvaise chose,
08:33ça nous permet de travailler différemment.
08:36C'est vrai que c'est du travail un peu manuel,
08:41mais finalement, ça va bien avec l'image de Jeanne.
08:53Alors vous étiez quelqu'un avec plein de sous
08:55et vous avez placé votre argent
08:56ou vous avez pris des vrais risques, vous, personnellement ?
08:59Alors, plein de sous, non,
09:00parce que j'avais quelques économies, on va dire,
09:04mais par contre, aujourd'hui, j'ai pris énormément de risques,
09:08parce que j'ai placé, on va dire,
09:09toutes mes économies dans Jeannette.
09:13J'ai mis dans ma maison,
09:15tout ce que j'avais a été mis dans Jeannette.
09:17Il y a d'autres investisseurs qui nous ont aidé,
09:19qui sont venus nous accompagner.
09:22C'est vrai que c'est un vrai risque,
09:24mais il faut l'assumer jusqu'au bout.
09:26Aujourd'hui, je n'ai pas de salaire.
09:29Et donc, c'est un risque pour moi,
09:31mais aussi pour ma famille.
09:33C'est-à-dire, tout ce qui a été fait...
09:36J'ai croisé votre épouse dans l'entreprise.
09:38Tout le monde met la main à la patte, c'est le cas de le dire.
09:40Tout le monde, mon épouse,
09:41mes enfants, quand ils peuvent venir...
09:52Vous étiez aussi dans...
09:54Vous avez connu Jeannette...
09:55Ah oui, oui, oui.
09:57Avant, pendant et après la lutte.
09:59Voilà.
10:00Ah oui, j'ai commencé là-bas dans les 16 ans.
10:03Je suis jeune encore.
10:06Il y a 52 ans.
10:08Si on a arrêté, il y a 52 ans.
10:10Là, j'ai reçu, 53, 54 ans que je vais avoir.
10:15On s'est battu, c'était dur,
10:17mais bon, vu le résultat,
10:20ça qui est bien.
10:21Quel souvenir de lutte vous avez quand vous y pensez ?
10:24Ben, c'était quand même dur, quand même,
10:27dans la lutte, parce que...
10:28Nous, on a été assignés au tribunal.
10:31Alors, moi et ma collègue,
10:33ça, c'était pas toujours rose pour nous.
10:37Vous vous accusez de quoi ?
10:39Ben, de...
10:39de déquestrer l'usine, tout ça,
10:42les machines.
10:44Alors, euh...
10:45C'est dur à vivre, ça ?
10:46Oui, c'est dur à vivre.
10:48Il faut le vivre.
10:50Bon, l'avocat nous dit
10:51« Mais craignez rien, vous n'allez rien à voir. »
10:53Mais bon, c'est toujours pressant.
10:55Oui.
10:57C'est toujours pressant.
10:58Et quand vous entendez dans l'actualité
11:00d'autres gens qui luttent en ce moment,
11:02vous pensez...
11:04Enfin, pensez...
11:05Oui, hein.
11:05Il faut qu'ils...
11:06C'est là qu'ils luttent, là, en ce moment,
11:07ils auraient faim,
11:08il faut qu'ils continuent, hein.
11:10On y a réussi,
11:11mais quoi, pour eux, après-cûr ?
11:12Si toutes les boîtes faisaient ça,
11:14c'est vrai qu'ils baissaient pas les bras,
11:16mais bon, c'est pas évident non sûr.
11:18C'est pas...
11:18Chaque cas est particulier, mais...
11:21Ben, ben, dis donc, hein.
11:23Ça ferait du bien, hein.
11:24Ça ferait voir au moins que là,
11:25on lâche rien, comme dit l'autre.
11:27C'est sûr.
11:37Dans l'ancienne entreprise,
11:39tout était mécanisé ?
11:41Dans les anciens locaux ?
11:43Oui.
11:47Donc là, vous retrouvez un travail plus manuel ?
11:51Beaucoup manuel.
11:52Beaucoup manuel.
11:53C'est tout manuel.
11:59Et vous le vivez comment ?
12:02Ben, très bien.
12:03On a l'impression de rajeunir,
12:04puisqu'on a commencé à 16 ans,
12:05on faisait que du travail manuel,
12:07donc ça nous rajeunit.
12:09Ça fait au moins que vous.
12:2640 centimes pièce.
12:28C'est un prix de bavé.
12:30Ça, à mes repousses.
12:43Ça permet d'avoir une usine
12:45dans le Cap d'Avenez
12:46qui fonctionne très bien.
12:48Et c'est gratuit.
12:50Vous continuez à les soutenir
12:52en mangeant les madeleines ?
12:53En mangeant vos madeleines.
12:54Voilà.
13:09En quels termes,
13:11les compliments ?
13:14On est fiers que la madeleine
13:16soit recommencé.
13:19ou alors c'est des gens comme s'ils faisaient partie du combat
13:22ils s'inquiètent, est-ce que ça marche
13:26c'est pas juste une question polie
13:28ils attendent la réponse
13:31donc on se tient informé, on a aidé
13:33et on veut savoir ce qu'ils font de tout ce qu'on a
13:36non c'est tout simplement
13:37ils ont fait partie de l'histoire
13:40ils sont de camp, donc ils veulent être rassurés
13:43savoir si leur soutien n'a pas été pour rien
13:48ils veulent savoir si on n'est pas en train de se casser à la gueule maintenant
13:51c'est une inquiétude mais bienveillante
13:53vous êtes en train de chercher des points de vente honnêtement ?
13:56locaux ou pas seulement ?
14:00dans un premier temps locaux parce que c'est plus facile
14:02et puis après on peut y avoir, je pense que pas mal à Paris
14:07et puis on aura de la vente par correspondance aussi
14:10et les canais ils auront bientôt leur boutique en centre-ville
14:13où ils ne seront pas obligés de venir à l'usine
14:15ou alors ils aiment bien venir à l'usine et on continuera comme ça
14:17disons que dès qu'on pourra, on ouvrira une boutique
14:20ce sera notre priorité
14:22bon il y a déjà des points de vente des revendeurs
14:26mais il faut qu'on ait notre boutique à temps, c'est clair
14:30mais c'est sympa aussi de les accueillir sur nos lieux de production
14:32ça a du sens pour l'instant
14:34oui mais le problème c'est que tous les gens qui n'ont pas de voiture
14:37comment ils font pour venir ?
14:40parce qu'ici les bus, il y en a très peu quoi
14:42donc il faut que tout le monde puisse acheter nos madeleines
14:47les gens qui ont participé
15:01qu'est-ce qu'on peut faire pour vous aider encore ?
15:05et bien ce qu'on peut faire pour nous aider principalement
15:08c'est de consommer nos madeleines et de les trouver bonnes
15:12parce que c'est vrai que c'était un petit peu un de mes soucis
15:17c'est-à-dire attention il y a peut-être beaucoup de gens qui vont nous aider au départ
15:21donc ils vont venir par ce qu'on tient ou par curiosité
15:25mais ces gens-là, si nos madeleines ne sont pas bonnes
15:28ils ne vont venir qu'une fois et puis on ne les verra plus après
15:30donc c'était de faire des bonnes madeleines
15:31pour que les gens reviennent consommer régulièrement
15:34et donc aujourd'hui c'est vrai que ce que l'on peut faire pour nous
15:37c'est venir goûter nos madeleines
15:39et si elles sont bonnes, on peut continuer à les déguster
15:42alors un petit bémol c'est qu'une madeleine coûte un peu plus cher
15:48que des madeleines classiques
15:51donnez-nous un ordre de prix
15:54alors une petite boîte de 8 madeleines qui fait 200 grammes
15:58coûte entre 4 euros et 5 euros
16:01selon les parfums
16:03c'est vrai qu'on va les trouver 2 fois moins cher
16:06voire 3 fois moins cher en supermarché
16:09sur d'autres gammes de madeleines
16:11mais si les produits ne sont pas les mêmes
16:12là nous travaillons avec du pur beurre
16:14c'est du beurre d'Izini AOP
16:16ce sont des oeufs frais
16:17des oeufs frais de poules et du empeignet
16:21les autres produits qu'on y met
16:22quand on prend la farine
16:24qui est derrière moi
16:25c'est un minutier qui est normand
16:30on veut travailler avec des produits de qualité
16:32et forcément ça a un impact sur l'opi
16:35et la coquille Saint-Jacques vous nous rappelez pourquoi ?
16:37la coquille Saint-Jacques pour 2 bonnes raisons
16:40la première c'est que c'est un peu le modèle d'origine de la madeleine
16:44la première madeleine a été faite dans une coquille Saint-Jacques
16:47et puis parce qu'on est en centré en Normandie
16:49donc il y a plein de coquilles Saint-Jacques
16:52donc pour moi c'était évident de reprendre cette forme
16:55la vie est belle
16:57pleine de couleurs, de saveurs
16:59et de belles madeleines
17:02t'es fatiguée quand même ?
17:03bien sûr on est fatigué de notre journée
17:06mais quand elle se passe bien on s'en fiche
17:09ouais
17:10t'as le sentiment d'avoir vécu le tout
17:14des sales moments, des bons moments
17:16c'est quoi une lutte ?
17:17les deux, une lutte
17:19c'est pas que des beaux
17:20c'est des bons et des mauvais
17:21et puis on fait avec
17:23on apprend à vivre avec
17:26on cherche toujours une solution pour s'en sortir
17:28et puis à l'heure d'aujourd'hui on s'en est sorti
17:30voilà, évidemment
17:32et quand tu vois d'autres luttes là en ce moment
17:35dans les médias etc
17:36je pense à Air France
17:37je pense à Goudieur pour les plus connus
17:40mais il y a plein de petites boîtes aussi qui luttent
17:42tu penses à eux ?
17:43t'as envie de leur dire quoi ?
17:45j'ai envie de leur dire, de prendre l'exemple sur nous
17:47comme nous, tu vois
17:49j'en parlais il y a pas longtemps
17:50et c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens ici
17:52ils ne connaissent pas Lippe
17:53et pourtant Lippe ça a marqué notre jeunesse quand même
17:55et quand j'ai vu un reportage il y a pas longtemps
17:58il y a un bonhomme qui a racheté les Lippe
18:00et qui les remet dans les rayons
18:02et je me dis que pour nous c'était un exemple Lippe
18:06et puis moi j'aimerais bien que le combat Jeannette
18:08serve d'exemple aussi à d'autres
18:10je ne leur souhaite pas mais si ça leur arrive
18:12qu'ils se battent sur nous
18:14et puis qu'ils luttent aussi fort, aussi dur
18:17avec les mêmes convictions
18:18et puis qu'ils arrivent à quelque chose
18:22comme nous on n'est plus arrivé
18:23parce que c'est vrai que notre combat
18:25elle a été dur, long
18:28mais bon avec de la pognacité comme dit
18:30aujourd'hui c'est un autre combat quand même
18:32il y en a un qui est celui de faire vivre
18:34et de...
18:35ouais mais le combat qu'on menait avant
18:38qu'on menait pas toujours avec un sourire
18:41quoi que maintenant le combat de réussir aujourd'hui
18:43et puis de sortir des belles choses
18:45parce qu'il faut sortir des belles choses
18:47moi, femme personnellement
18:49je viens toujours avec un sourire le matin
18:50et puis je repars avec
18:52L'avenir oui, l'avenir c'est vrai que l'avenir c'est...
18:56pour nous c'est...
18:58c'est beaucoup plus de salariés
19:02aujourd'hui nous sommes 18 salariés
19:04c'est tout globalement
19:06c'est peut-être un peu plus que ce qu'on avait prévu au démarrage
19:09dans mon projet on était sur 15 ou 16 salariés
19:13cela dit on pourrait faire beaucoup mieux
19:14quand je vois les demandes que l'on a eues
19:19qu'on n'a pas pu satisfaire
19:20donc on pourrait augmenter la production
19:25augmenter le nombre d'emplois
19:27et ça au-delà de...
19:31de Jeannette
19:33qui est ce qui m'occupe on va dire au quotidien
19:37mais c'est de dire
19:39aujourd'hui en France on est en période de prise économique
19:46il faudrait créer aujourd'hui une sorte d'état d'urgence pour l'emploi
19:50parce qu'aujourd'hui il y a quand même des choses à faire
19:52il y a des emplois que l'on peut sauver
19:53je dis pas qu'on peut sauver tous les emplois
19:55mais il y a quand même énormément
19:57sans doute des centaines, des milliers, des dizaines de milliers d'entreprises
20:01qui vont mettre du monde au chômage
20:03on voit des chômeurs de plus en plus tous les mois
20:05et que l'on pourrait sauver par un nouveau positionnement
20:08par de nouvelles idées, par du financement
20:11justement pour qu'elles réinvestissent dans du nouveau matériel
20:16et c'est ça dont on a besoin
20:17et moi ce que je voudrais c'est...
20:20il faut que je fasse vivre Jeanette
20:22mais au delà de Jeanette il faudrait que Jeanette serve comme exemple
20:24à d'autres entreprises
20:27et globalement pour qu'on continue à relancer cette économie
20:31avec de l'envie
20:33il faut de l'envie, il faut des moyens aussi
20:36il faut du support
20:39et c'est vrai qu'aujourd'hui...
20:41il y a un jeu à tous les niveaux finalement
20:42et aujourd'hui c'est vrai que j'ai l'impression
20:44c'est pour ça que je parlais tout à l'heure d'état d'urgence
20:47un peu de l'emploi
20:49c'est qu'aujourd'hui il y a tellement de freins
20:51qui sont mis dans les entreprises
20:52je prends Jeanette
20:54quand je vois qu'on a mis il y a 8 mois
20:56avant de me rembourser la TBA qu'on nous devait
20:59c'est de l'argent dont on a besoin
21:02quand je vois que mon prêt bancaire
21:03il n'est toujours pas accordé 6 mois après
21:05enfin il est accordé mais il n'est pas décaissé 6 mois après
21:10alors que 6 mois fait 40 euros à l'Ursaf
21:13tout de suite j'ai une mise en demeure immédiate pour payer
21:17quand je vois qu'on me demande parce que j'ai 50 ans
21:22et on me dit vous devez payer une surprime
21:23parce que vous n'êtes pas tout mec
21:25vous êtes un peu gros
21:25et vous avez 19 000 euros de surprime d'assurance
21:28pour le prêt qui est déjà quand même couvert par la BPI etc.
21:31je me dis là il y a quelque chose d'allucinant
21:33il faudrait que l'Etat globalement
21:35je ne vais pas faire des politiques
21:38c'est ni un parti ni l'autre
21:40c'est que l'Etat globalement se dit
21:41là il faut vraiment faire quelque chose pour l'emploi
21:44et donc les entreprises
21:45est-ce qu'il y a besoin de dépenser 19 000 euros
21:47dans l'entreprise qui démarre
21:49juste pour garantir un prêt bancaire
21:54est-ce que la BPI ne peut pas prendre en charge
21:55à sa charge ce genre d'opération
21:58est-ce qu'on ne peut pas changer de quelques règles
21:59au niveau toujours de la BPI
22:01on peut financer directement certaines entreprises
22:04contrairement à la règle qui dit
22:05qu'on ne finance pas des entreprises
22:06qui ont encore moins de 3 ans d'existence
22:09parce que justement on est dans un état d'urgence
22:11il faut changer un petit peu les règles
22:12qui sont figées
22:13qui ont été faites pour un Etat
22:15qui était peut-être plus normal
22:16mais là on est en situation
22:17où on a presque 6 millions de personnes
22:19qui n'ont pas d'activité
22:20donc il faut qu'on bouge
22:21et qui ont des savoir-faire
22:22et qui ont des savoir-faire
22:24moi c'est vrai que des fois
22:26ça me répit quand on dit
22:28qu'on va former des gens
22:29certes, c'est peut-être des gens
22:30qui ont besoin de formation
22:32mais combien il y a de salariés aujourd'hui
22:33qui sont licenciés
22:35qui ont 20, 30 années d'expérience
22:39des gens qui n'ont pas besoin de formation
22:41ils sont formés
22:42ils ont un savoir-faire
22:43donc utilisons-le
22:46c'est ça qui me...
22:48qui des fois
22:49j'ai envie de taper dans la frontière
22:52et je me dis
22:52mais bougez-vous quoi
22:54parce qu'on a besoin d'un aide
22:56vous êtes passés aux 35 heures c'est ça ?
23:00oui
23:01et ça c'est mieux ?
23:02c'est plutôt mieux ?
23:05sans perte de salaire à peu près
23:07par rapport à avant ?
23:08on a une perte de salaire
23:11on a repris à zéro
23:13oui
23:15on a pris d'ancienneté
23:17on n'a pas pris de phase
23:18on n'a pas de...
23:23et vous aviez le choix de dire
23:25ben je reviens ou pas ?
23:26ah oui oui
23:27on a bien dit
23:28quand on a été à l'entretien
23:30on nous a bien expliqué
23:32qu'on allait payer au suite quoi
23:35on voulait ou on ne voulait pas
23:37tout était clair dès le départ
23:38voilà
23:39on savait
23:40oui
23:42oui
23:43et vous avez fait le choix vous de...
23:44j'en reviens tout le monde
23:46ouais
23:47et vous savez pourquoi ?
23:49pourquoi ?
23:50que ça soit là ou ailleurs
23:51de toute façon je savais
23:52qu'on m'en prenait au SMIC
23:53et puis...
23:55je savais pas le choix
23:56et du coup...
23:57moi j'ai fait comme les autres
23:58je me souviens de plus
23:59pour garder mon emploi
24:00pour que la Jeannette
24:01ait tout
24:02donc après tout
24:03pourquoi pas ?
24:04voilà
24:04voilà
24:04c'est quoi votre prénom ?
24:06Ginette
24:08Ginette
24:08de chez Jeannette
24:09voilà
24:10vous êtes entré à quel âge chez Jeannette ?
24:12à 7 ans
24:14ah ouais
24:17quel a été le rôle de l'UDCGT dans cette histoire ?
24:20de l'UL par exemple ?
24:21il y a l'union locale et l'union départementale qui ont participé au combat
24:25mais notre rôle ça a été d'aider, de conseiller et d'organiser le combat des salariés
24:33et d'être au quotidien auprès d'eux pour effectivement essayer de construire ce que l'on a réussi à
24:40mettre en place
24:41c'est à dire la reconstruction de l'entreprise Jeannette
24:44et effectivement dès le départ on a été présent mais c'est les salariés qui ont décidé
24:50et le jour où la situation elle a été claire c'était la première journée d'occupation de l'usine
24:58et où j'ai posé la question à Jeannette de savoir ce qu'elle voulait
25:00et ce qu'elles ont dit c'est effectivement nous si on est là ce que l'on veut c
25:04'est conserver notre emploi
25:05et à partir du moment où il y a eu cette réponse là
25:08l'occupation de l'usine a été relativement simple parce qu'on a donné du sens à notre occupation
25:16et c'était, je me plais à le dire, le combat du bon sens, essayer de faire en sorte que
25:22des salariés
25:22même si elles ont 48, 50, 52, 54 ans, elles puissent se retrouver à un travail
25:27et c'est ce en quoi effectivement c'est plaisant de venir aujourd'hui
25:31voir des salariés qui ont un CDI à 56 ans et bien ça fait chaud au cœur
25:37et sachant qu'elles gagneraient presque autant en restant chez elles
25:41Oui mais ça c'est tordre le coup aux idées du patronat
25:46où effectivement on a tendance, ils ont tendance à essayer de nous faire croire
25:50qu'il y a que des salariés qui ne veulent pas travailler
25:52là effectivement c'est l'exemple qui démontre qu'elles étaient attachées à leur entreprise
26:00certaines d'entre elles ont passé jusqu'à 40 ans derrière leur machine
26:03et c'est une vie qu'elles ont consacrée à leur entreprise
26:06et c'est aussi peut-être ce qui a fait qu'elles étaient autant pugnaces dans leur combat
26:12et aujourd'hui effectivement certaines d'entre elles pourraient attendre
26:16pendant encore 3, 6 mois, 9 mois d'avoir leur droit à la retraite
26:20mais c'est des femmes qui sont fières, ce sont des ouvrières, elles sont fières de l'être
26:23et c'est pour ça qu'aujourd'hui au quotidien elles se battent pour faire vivre cette entreprise
26:28et conserver leur emploi
26:30Et Franck, dans une entreprise où on a un patron qui a pris des risques, qui se mouille au quotidien,
26:35qui remonte ses manches
26:36des salariés qui le croisent tous les jours, qui lui parlent
26:38on peut quand même être syndicaliste et revendiquer ?
26:42Mais complètement, je pense que ça serait même une grave erreur de penser le contraire
26:46je pense qu'effectivement on peut sur un certain nombre de choses
26:50trouver des convergences avec certains employeurs
26:52et là on est dans ce cas de figure
26:54notre combat ça a été le combat du bon sens
26:57et M. Vianna, son combat de tous les jours c'est aussi le combat du bon sens
27:00bien sûr il est ici pour gagner de l'argent
27:03mais ça va pas forcément à l'encontre des intérêts des salariés
27:06et qui plus est, je serais tenté de dire plus, ça va pas à l'encontre des intérêts de la
27:11société
27:11lui son combat ça a été de reprendre une entreprise presque de pratiquement plus grand chose
27:17puisque effectivement il a été obligé de retrouver des locaux, de réinvestir dans l'outil industriel
27:24et de repartir avec certes les salariés qui avaient la connaissance
27:27mais néanmoins il a pris un grand risque financier
27:30et à partir de ce moment là on peut saluer le combat de l'homme et la détermination qu'il
27:35met en place
27:36alors aujourd'hui effectivement il a 18 salariés
27:40et il faut aussi trouver le financement nécessaire pour pouvoir verser les 18 salaires à la fin du mois
27:47et en bonne entente, en bonne intelligence, avec beaucoup de dialogue
27:52on arrive à trouver des solutions qui satisfassent aux intérêts des uns et des autres
27:57les commis, bon premièrement ont soutenu la lutte des jeanettes, des salariés des jeanettes
28:04d'autant plus qu'on était en connaissance, on connaissait bien les travailleurs et puis les salariés de la jeanette
28:12mais on a toujours été présent avec eux depuis le début
28:15les maires de nos communes, donc de Gibertville, ont soutenu les salariés pendant l'occupation des locaux
28:23et pour nous c'était un élément important de pouvoir en tenir avec eux
28:28parce qu'on contribuait à l'essor de la défense des intérêts de cette entreprise
28:36parce que c'est une entreprise quand même qui était très ancienne
28:38et qui avait un sens important pour le travail dans le travail
28:45Politiquement c'était facile de rassembler sur leur lutte ?
28:49Je pourrais dire que c'est jamais simple mais pour nous c'était assez facile
28:53c'était quand même une entreprise qui avait marqué la région
28:58donc ça a été plus facile on va dire pour nous
29:03parce que quand même c'est un département qui a été marqué beaucoup par suppression d'emploi en masse
29:09on a le souvenir d'Unginex, on a le souvenir de la SMN
29:12donc c'était quand même quelque chose qui avait marqué
29:16on disait, oula encore une boîte qui va disparaître
29:19donc il y a eu vraiment un élan de la part de la population canesse
29:25qui a permis en même temps d'aider à la fois financièrement
29:30de redémarrer ses propres crises
29:32puisqu'il y a eu un appel à une espèce d'offre financière
29:38qui a vu son moment important
29:45puisque je crois qu'ils ont récolté quelque chose comme 63 000 euros
29:48ça sert de modèle politique ?
29:52La lutte oui, la lutte ça sert toujours de modèle
29:55c'est-à-dire de voir comment les salariés conduisent leur lutte
29:59comment ils sont capables par leur détermination
30:03de redémarrer une entreprise
30:06et puis d'aider à se déterminer
30:08parce que même s'il y a eu l'intervention d'un entrepreneur
30:13pour accepter de reprendre cette entreprise
30:16n'empêche que c'est le savoir-faire des salariés
30:19qui a fait que c'est possible
30:21leurs compétences et leur détermination
30:24en disant, voilà, c'est une entreprise viable
30:26donc on y va !
30:29La vie est belle !