00:01Qu'est-ce que vous comptez faire avec cette histoire de dérèglement climatique ?
00:05Vous, les arbres.
00:08Vous allez pas rester plantés là comme ça ?
00:11Vous en parlez entre vous, comment ça se passe ?
00:14Il y a déjà des millions de victimes, des espèces qui disparaissent, des réfugiés climatiques.
00:21C'est l'espèce humaine qui menaçait un peu de solidarité.
00:31Juliette Rousseau, bonjour.
00:32Bonjour.
00:33Vous êtes porte-parole de la coalition Climat 21.
00:36Est-ce que vous pouvez d'abord nous présenter cette coalition ?
00:39J'imagine qu'elle a été formée plus ou moins en lien avec la COP21.
00:44Qui représente-t-elle cette coalition et dans quel but a-t-elle été créée ?
00:49La coalition Climat 21 a été créée début 2014 par 3 organisations françaises
00:55nommément le RAC, le Réseau Action Climat, le CRID qui est une plateforme d'ONG de solidarité internationale et ATTAC.
01:01Ces trois réseaux français, en fait, à la suite du sommet de Varsovie,
01:05au cours duquel la société civile était sortie du sommet pour dénoncer la présence grandissante des lobbys de l'industrie
01:11fossile,
01:11ont décidé alors, retour en France, de lancer la coalition Climat 21 dans la perspective effectivement de la COP21.
01:17Très rapidement, d'autres organisations ont rejoint cette coalition et aujourd'hui, on a 130 membres,
01:25avec une grande diversité dans le type d'organisations,
01:27depuis des syndicats, en passant par des ONG environnementales, de solidarité internationale,
01:32mais aussi ce qu'on a plutôt tendance à qualifier comme des mouvements sociaux,
01:36comme ATTAC par exemple ou Alternatiba, ou des groupes de jeunes, des groupes de foi,
01:41et aussi, on compte un certain nombre de groupes locaux qui défendent des luttes locales.
01:46Cette coalition, elle a pour vocation d'impulser des mobilisations de masse au moment de la COP21
01:52et, par là, de permettre de construire un mouvement de long terme pour la justice climatique.
01:58Alors, vous pouvez peut-être nous donner quelques dates, quelques rendez-vous ?
02:01Tout à fait. Alors, on a quatre moments forts, en fait, pendant la COP21.
02:05Tout d'abord, une marche à Paris qui aura lieu le 29 novembre
02:07et qui aura, en fait, des répliques à la fois dans différentes villes de France et à l'international.
02:12Aujourd'hui, on a plus de 5000 manifestations annoncées le week-end des 28 et 29 novembre.
02:17L'enjeu de ces marches pour le climat, c'est à la fois de donner à voir la diversité du
02:21mouvement
02:22pour la justice climatique, mais également de faire peser, avant le début de la COP21,
02:27qui commencera donc le 30 novembre, de faire peser la nécessité d'avoir
02:31une déclinaison dans les politiques domestiques, nationales et locales,
02:35des accords ou de l'accord qui aura été pris à Paris.
02:40On voit aujourd'hui en France, par exemple, qu'on a une certaine incohérence
02:44entre des choix politiques qui sont faits et la volonté affichée à l'international
02:47d'avoir de vraies politiques en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique.
02:51Donc, ces marches, elles auront vraiment cette vocation à rappeler ces enjeux nationaux.
02:55Ensuite, on aura deux espaces de convergence.
02:56Un premier les 5 et 6 décembre à Montreuil, où on organisera un sommet citoyen pour le climat,
03:01avec l'idée, pour ces deux jours, de se retrouver et d'ouvrir la porte à un public large
03:08pour réfléchir aux outils dont on peut se doter sur le long terme pour construire ce mouvement.
03:13Et ces outils, ils sont de deux types.
03:15Ils sont à la fois de type pratique, ce qu'on appelle les alternatives citoyennes.
03:20Quelles sont les alternatives aujourd'hui que les mouvements, que les communautés, que les groupes,
03:24que les villes mettent en place et qui nous permettent de répondre à la crise climatique ?
03:28Et ils se déclinent de plein de façons différentes.
03:30Ça peut être sur l'habitat, sur le transport, sur la monnaie, sur l'alimentation.
03:34Donc, quelles sont ces alternatives ? Comment les partager ? Comment les répandre ?
03:38Et la deuxième dimension, c'est plutôt, je dirais, les outils théoriques.
03:42C'est-à-dire, qu'est-ce que les mouvements proposent aujourd'hui ?
03:44Quelle est leur interprétation plutôt systémique de contenu de ce qu'est la crise climatique ?
03:51De quoi la crise climatique est-elle le nom et comment on peut y répondre ?
03:54Ensuite, on aura un deuxième espace de convergence, ici.
03:57On le voit autour de nous, là, au 104.
03:59Du 7 au 11 décembre, on organisera une zone d'action pour le climat,
04:02avec là l'idée que les activités que nous organiserons
04:09conféreront plutôt aux actions, aux mobilisations qui auront lieu à Paris.
04:12Donc, comment on s'organise quotidiennement pour converger sur ces actions,
04:17pour que l'information circule.
04:21Et également, chose importante, je pense, on organisera des assemblées générales quotidiennes
04:25pour à la fois faire le débrief sur les négociations,
04:28puisqu'un certain nombre de nos membres seront dans l'espace officiel des négociations.
04:31Donc, tous les jours, on se retrouvera ici à 6 heures pour discuter de ces négociations.
04:35Et puis également, annoncer, voilà, telle action demain, comment on peut s'y préparer,
04:39comment on peut y participer, etc.
04:42Enfin, dernière date de mobilisation, c'est un long calendrier.
04:45Le 12 décembre, on organisera une journée d'action de masse, avec deux actions principales.
04:50La première consistera à encercler le bourget et à poser des lignes rouges,
04:53qui sont pour nous les lignes rouges à ne pas franchir pour rester sur une planète vivable.
04:58Or, on a de gros doutes sur leur capacité à ne pas franchir ces lignes rouges.
05:01Donc, le 12 décembre, notre vocation, c'est d'entourer le sommet du bourget
05:06pour poser ces lignes rouges et dire, voilà, les lignes à ne pas franchir.
05:09Et nous, annoncer que nous, on se tiendra sur ces lignes pour les empêcher de les franchir.
05:13La deuxième action, ça sera une convergence Place de la République avec des chaînes humaines,
05:16où là, la vocation pour nous, c'est d'organiser un rassemblement Place de la République
05:20où on annoncera la suite du mouvement, où on donnera la parole à ce qu'on appelle les communautés affectées,
05:24les gens qui sont aujourd'hui déjà impactés par le réchauffement climatique
05:27et ils sont à la fois au sud, mais également ici.
05:32Et puis, voilà, annoncer la suite du mouvement, annoncer que notre enjeu à nous,
05:36et c'est bien le sens de cette coalition, quoi qu'elle s'appelle Coalition Climat 21,
05:40ça n'est pas de construire un mouvement autour de l'échéance d'un sommet,
05:44mais bien de se servir de l'énergie impulsée par ce sommet
05:48pour alerter sur la nécessité de construire un mouvement de long terme.
05:51On va y revenir sur le long terme, mais je voudrais qu'on vienne quand même un petit peu sur
05:55la COP 21.
05:56Est-ce que vous pensez que la société civile est bienvenue à cette COP 21 ?
06:01Parce que je sais qu'il y a eu ce décret de contrôle aux frontières,
06:06qui est justifié par l'antiterrorisme, mais enfin, c'est aussi une manière d'empêcher la société civile d'autres
06:13pays
06:13de pouvoir vous rejoindre, de pouvoir éventuellement manifester, éventuellement contester ces accords
06:21dont on a appris aujourd'hui, par la voix du président Obama, que de toute façon, ils ne seraient pas
06:25contraignants.
06:26Donc voilà, c'est un peu peut-être pour empêcher d'alerter. Quel est votre regard là-dessus ?
06:32Et deuxième question dans la question, qu'est-ce que vous attendez néanmoins de cette COP 21 ?
06:38C'est notre inquiétude, notamment la mesure de mettre, entre parenthèses, l'espace Schengen pendant un mois,
06:45puisque c'est ça, le rétablissement du contrôle aux frontières.
06:48Notre inquiétude, c'est qu'effectivement, les dizaines de milliers de militants qui comptent venir à Paris,
06:52notamment rejoindre les mobilisations qu'on organise, mais pas seulement, soient empêchés de venir.
06:58Plus généralement...
07:00C'est le cas déjà, hein ?
07:02C'est le cas déjà, notamment sur les questions de visa.
07:04Mais là, on parle plutôt des partenaires au sud qui ont besoin de visa, et on sait qu'on a
07:08un certain nombre de partenaires,
07:10particulièrement en Afrique subsaharienne et au Maghreb, qui rencontrent des difficultés pour obtenir des visas.
07:16Donc on sent effectivement qu'on a aujourd'hui des difficultés.
07:21Je dirais plus généralement que je pense que tout le monde a conscience que l'enjeu est extrêmement important et
07:29grave,
07:30et qu'on a assez peu envie, finalement, de laisser s'exprimer des voix qui seraient critiques de ce moment
07:36de communion qu'est la COP21.
07:37On sait aujourd'hui, effectivement, qu'il ne s'agit pas d'un accord contraignant.
07:41Ça repose sur la volonté des États,
07:43cette volonté étant parfois scandaleusement faible au regard des émissions produites par les États en question.
07:51Je dirais aussi que, plus généralement, ça pose la question d'une certaine volonté à assimiler toute manifestation de rue
07:59à une potentielle menace pour la sécurité, à de potentiels débordements, etc.
08:08On a vu notamment qu'il y a un mois et demi à peu près, une note a été fuitée
08:13de la préfecture de police
08:14qui expliquait qu'il y aurait des manifestations, dont certaines manifestations revendicatives.
08:19Je trouve ça intéressant de le souligner, puisque ça veut dire en fait qu'à partir du moment où on
08:23a des revendications,
08:24on est potentiellement gênant pour l'État, on est potentiellement menaçant.
08:29Donc effectivement, on a un contexte général qui est créé, qui ne favorise pas l'expression des citoyens.
08:39Et cette expression, je crois qu'il faut le reconnaître, il y a une forme d'inquiétude,
08:42il y a une forme de lassitude aussi, avoir des négociations année après année qui n'aboutissent à rien
08:47et de voir que la crise climatique s'aggrave.
08:49On a passé cette année la barre des 1 degré de réchauffement, c'est extrêmement grave.
08:53Et je pense que les gens en ont conscience et qu'il y a une volonté de manifester cette inquiétude.
08:57Et je pense qu'il faut la laisser s'exprimer.
09:00Mais aujourd'hui, ça n'est pas ce qu'on ressent.
09:03C'est notre bien-être à tous qui est en jeu, notre qualité de vie, notre survie.
09:08Et nous pouvons changer les choses ensemble, là, maintenant, avant qu'elles soient irréversibles.
09:21Des solutions existent, il faut les mettre en place.
09:26Si on imagine qu'on ne peut pas trop compter sur les États, qu'est-ce qu'en tant que
09:31citoyen, en tant qu'individu ou que groupe d'individus, on peut faire ?
09:34Est-ce qu'il y a des pistes ? Est-ce que, justement, vous allez profiter de ce sommet pour
09:38en donner, pour en faire partager ?
09:41Pour nous, et c'est une réflexion en long cours, encore une fois, puisque je pense, c'est un petit
09:47peu de la cuisine interne, mais je pense que c'est important de l'expliquer.
09:49Et ce travail sur la COP21, ça a été un travail de longue haleine de préparation de ces mobilisations, qui
09:53nous a beaucoup mobilisés.
09:55Or, depuis le début, il était très clair pour nous que l'enjeu, c'était effectivement de construire un mouvement
10:01de long terme.
10:02Et ça pose des vraies questions stratégiques.
10:04Comment on construit un mouvement de long terme ? Sur quoi il doit se porter ? Quelles actions il doit
10:08mener ?
10:09Et ce qu'on sait aujourd'hui, ce qu'on ressent dans l'ensemble des échanges qu'on a, et
10:14à la fois au niveau national, mais aussi au niveau international,
10:17avec les plusieurs centaines d'organisations avec lesquelles nous travaillons, de la société civile internationale,
10:22ce qu'on ressent, c'est qu'on a deux dimensions aux réponses possibles et nécessaires, qui doivent être données
10:32par la société civile.
10:33La première, c'est la question des alternatives. J'en parlais tout à l'heure.
10:36Quelles sont les alternatives pratiques qui existent déjà, qu'on peut mettre en place, et pour lesquelles nous, en tant
10:41que citoyens, devons pousser,
10:43qui sont une réponse à la crise climatique ?
10:45On peut penser bien sûr aux énergies renouvelables, mais ce ne sont pas les seules.
10:47Il y a la question de l'habitat, il y a la question du transport, donc toutes ces alternatives-là...
10:52Et la question du commerce international.
10:53Oui, exactement. Mais nous savons que des alternatives sont possibles.
10:57Et que donc, c'est une question de volonté politique que de les mettre en place.
11:00Donc la question, c'est comment on force cette volonté politique ?
11:04Donc ça, c'est la première dimension, celle des alternatives.
11:07Et la deuxième dimension, c'est la dimension des résistances.
11:09On sait aussi qu'à un moment donné, sur certains projets, sur certains choix politiques, il faut résister.
11:15On n'a pas le choix.
11:16En France, on a un très bon exemple, qui est l'exemple de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
11:20On a une résistance depuis 40 ans de la population locale, qui a fait l'effort de mettre en place
11:25une expertise citoyenne pour prouver que son opposition n'était pas juste une opposition NIMBY.
11:30Not in my backyard.
11:31Je ne veux pas cet aéroport, mais s'il se fait ailleurs, ce n'est pas grave.
11:33Mais de dire que cet aéroport n'a pas de sens.
11:36Donc, l'avenir du mouvement, c'est à la fois cette capacité à mettre en avant des alternatives.
11:41Ne nous dites pas qu'il n'y a pas d'alternatives parce qu'il y en a que nous
11:44les pratiquons et qu'il ne suffit que de les répandre.
11:49Et la deuxième chose, c'est que nous savons que certains modèles, certains projets doivent être abandonnés tout de suite.
11:55Et nous allons tout faire pour qu'ils le soient.
11:57Donc, on peut parler de Notre-Dame-des-Landes, mais on a eu un certain nombre d'exemples gagnants cette
12:01année qui sont très importants.
12:02Il y a eu des victoires dans ce mouvement.
12:03Je pense à la plus récente qui est l'abandon par Obama du projet de pipeline qui stone.
12:08Un certain nombre de membres de la coalition, par exemple l'ONG350.org, étaient très investis dans cette lutte aux
12:13Etats-Unis.
12:14Ça a été une lutte de longue haleine, de plusieurs années, qui a conduit à des actions de désobéissance,
12:18qui a conduit à des arrestations de masse, qui a été largement critiquée, mais qui a fini par gagner.
12:22Et ça, c'est très important. On a besoin de victoire aussi.
12:25Eh bien, on termine sur cette victoire. Merci beaucoup, Juliette Rousseau.
12:30Merci.
12:33Merci.