00:00Christian Pellicani, bonjour.
00:02Bonjour.
00:03Vous représentez donc le Mouvement National de Lutte pour l'Environnement,
00:08qui est un partenaire de longue date à la fête de l'humanité.
00:12Le MNLE, d'où vient ce mouvement et quels sont ses mots d'ordre de mobilisation ?
00:20Il est né dans l'élan de 1981 par le regroupement de plusieurs associations,
00:25notamment de la vallée du Rouen, qui déjà dans les années 70
00:29et 10 se battaient pour mettre en place des stations d'épuration
00:32liées aux producteurs industriels de la Valle du Rhône,
00:35mais aussi contre les inondations, notamment à Givor.
00:38Et le premier congrès fondateur s'est tenu notamment à Givor,
00:41avec Camille Valen, sénateur honoraire de la ville de Givor.
00:44Et dès le début, l'originalité de notre mouvement,
00:47c'est d'avoir aggloméré, additionné et mis en mouvement
00:49à la fois des syndicalistes, des citoyens, des scientifiques et des élus locaux.
00:55Et dès d'entrée, on était dans le cadre de ce qu'on appelle
00:58le développement durable.
01:00Pour mémoire, aujourd'hui, on peut se dire que le fameux rapport
01:02Bondland de 1992 a été largement diffusé par notre association
01:08parce qu'on se retrouvait complètement dans la démarche à cette époque-là.
01:13Le fait d'avoir été, dès le départ, sur un triple pilier, en fait,
01:19entre l'économie, l'écologie et le social, c'est quelque chose
01:24qui, finalement, vous a positionné un peu en pionnier
01:27par rapport aux évolutions actuelles.
01:29Comment voyez-vous, justement, le rapprochement
01:32entre mouvements associatifs, mouvements écologistes
01:36et puis syndicats et mouvements sociaux ?
01:39Non, on l'a fait naturellement de le début dans mon statut
01:42et dans notre fonctionnement.
01:44C'est vrai qu'on avait tendance à ne pas retrouver,
01:47sur des combats concrets, l'ensemble de ceux qui ont intérêt à changer les choses.
01:53Là, depuis quelques années, on constate que nous participons,
01:56avec d'autres, à de nombreux collectifs ou actions.
01:59Par exemple, on est dans Convergence Rail,
02:01avec des syndicalistes cheminots, mais pas que cheminots,
02:03et nous venons le combat pour les transports collectifs ferrés,
02:07mais aussi les transports collectifs urbains et interurbains.
02:09On se retrouve dans le collectif qui s'est battu
02:12contre le projet Auchan à Gona, c'est le fameux Europa City.
02:15Là aussi, il y a une diversité d'acteurs et on s'y trouve bien
02:18puisqu'on a une démarche aussi de force de proposition.
02:22On a mis en débat avec d'autres des idées alternatives au projet Auchan.
02:26Aujourd'hui, on a battu Auchan dans un premier combat sur son projet.
02:30Maintenant, on est en train de faire avancer le projet Karma
02:32et on est complètement intégré à la stratégie collective
02:35pour faire déboucher ce projet.
02:37Il y en a de même qu'on était contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes,
02:41là, moins engagé sur les solutions de terrain
02:43parce qu'on n'était pas occupants directement de la ZAD.
02:46Nos amis de Nantes et d'ailleurs,
02:49y compris certaines, dans des contradictions,
02:51parce que la vie n'est pas toute rose,
02:53les choses ne sont pas simples.
02:55Mais on a aussi sur d'autres combats contre Ikea,
03:00dans les Alpes-Maritimes ou par exemple dans la vallée du Rhône,
03:04un certain nombre de projets qui ne conviennent pas aux habitants.
03:06Nous sommes toujours dans l'idée de rassembler,
03:09de travailler avec les autres et de mettre en mouvement des alternatives.
03:13Il y en a de même pour le commerce équitable.
03:15On était, pour mémoire, un des fondateurs,
03:18avec les premiers pionniers du système ESS,
03:21mais commerce équitable, dans l'espace qui s'est monté à la fête de l'Huma.
03:25Et donc, on a ouvert, dans ce cadre-là,
03:27une boutique équitable sur la commune d'Aubagne.
03:29On gère maintenant depuis 11 ans.
03:31L'actualité en ce moment, c'est l'annonce du plan de relance par le gouvernement.
03:37Est-ce que, justement, le gouvernement arrive à utiliser
03:43ce triptyque économie, sociale et environnement ?
03:46Non, je ne crois pas.
03:47En tout cas, nous, on n'est pas convaincus par les annonces.
03:49On est trop habitués à, par exemple, on a vu les discours sur le jour d'après,
03:55les changements climatiques à prendre en compte.
03:57Et on voit bien que, par exemple, sur le transport,
03:59on est toujours sur la route.
04:00On n'est pas dans le développement du transport collectif,
04:03dans le développement des marchandises sur le rail.
04:05Le fluvial, par ailleurs, on n'est pas du tout dans des choses concrètes et efficaces.
04:12Par exemple, ils n'ont pas tenu compte de la crise de mars à mai 2020,
04:17sur le terrain, la crise sanitaire.
04:19Ils ont mis en place des mesures coercitives de réduction des libertés.
04:22Mais sur le terrain, on applaudit pendant des soirées entières
04:26les infirmières, les médecins, le corps médical.
04:28Où sont les ouvertures de lits, des urgences ?
04:32Les centres de réanimation, on n'a pas ce qui correspond à la réalité qu'on a vécue.
04:36On a vu qu'il y avait des manques.
04:38Et le plus outrancié aujourd'hui, c'est quand même tout ce qui est fabrication de masques,
04:42de gants, de gel.
04:43On voit bien qu'à part la démarche artisanale et volontaire et citoyenne
04:47de certains qui, dans leur village, leur commune, leur quartier,
04:50se sont mis à faire des masques d'urgence.
04:52Aujourd'hui, on commande par millions, par dizaines de millions du matériel à l'étranger
04:56parce qu'on n'a pas développé les outils locaux
04:58qui permettent vraiment de répondre à la commande.
05:00Il y a des petits trucs qui sont mis en place.
05:03Ce n'est pas à la hauteur des enjeux.
05:04Mais là, il en va de même sur la politique agricole.
05:06On n'est pas du tout d'accord avec les mesures qui sont prises,
05:09notamment où sont les aides pour aider les jeunes paysans à s'installer,
05:13tourner le dos à la PAC, la politique agricole commune.
05:16Et les Jeux Olympiques, on peut dire aujourd'hui qu'on fait partie
05:20de ces habitants et de ces associations qui s'interrogent sur les investissements
05:24colossaux qui sont faits à région parisienne et ailleurs, sur leur réutilisation.
05:29Par exemple, il y a l'air des vents, il y a le parc de la Courneuve
05:33qui aussi va être une contribution, alors que le parc de la Courneuve,
05:37pour mémoire, c'est une décharge qui a été réhabilitée en son temps
05:40et qui a été restituée à la population comme un espace aujourd'hui vert
05:44reconnu par les gens.
05:45C'est un poumon pour leur environnement immédiat.
05:48Qu'est-ce qu'il va devenir si on construit des logements ?
05:50Ce sont des décisions qui tournent le dos aux besoins des habitants et des habitantes.
05:54Est-ce qu'il y a des mobilisations à venir ?
05:56Est-ce qu'il y a des convergences d'actions ?
05:58On poursuit notre travail d'éducation populaire à l'environnement,
06:01c'est ce qu'on vient de faire dans une semaine à Nevers,
06:04au niveau de notre université d'été, qui produit des documents
06:08qu'on diffuse nationalement par les réseaux, des vidéos, du papier,
06:12notre journal, la revue naturellement.
06:14Mais à côté de cela, on est dans le mouvement social, dans les luttes,
06:17on est co-organisateur de la manif du 3 octobre,
06:20qui va aller vers l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle
06:25contre l'agrandissement du Terminal 4.
06:27On est dans des actions concrètes sur l'eau.
06:29On est en train de préparer un forum international de l'eau de 2021
06:33pour justement tourner le dos aux propositions des majors de l'eau
06:36qui sont en train de se regrouper, de fusionner Veolia, Suez.
06:41Pendant ce temps, on a des pays qui souffrent de stress hydrique.
06:46Le Sénégal, qui va accueillir le fameux forum des marchands d'eau,
06:50ils sont en situation de stress hydrique depuis plusieurs mois.
06:52Et là, les gens arrivent comme dans le confort,
06:55ils vont me disserter sur la distribution de l'eau par le privé.
06:58Nous, on se bat contre cela avec d'autres
07:01et on prépare en mars 2021 un grand forum alternatif
07:04qui trouvera un débouché concret et pérenne à Marseille,
07:08dans la commune où je suis peut-être président national,
07:10mais je suis aussi marseillais.
07:11On va accueillir le siège d'une ONG qui sera pérenne
07:15et qui portera les questions de l'eau sur la distance.
07:18Le rendez-vous est donc pris.
07:20Merci beaucoup Christian Pellikani du Mouvement national de lutte pour l'environnement.