- il y a 8 heures
Après l'été dévastateur de 2026, quatre scientifiques et lanceurs d'alerte de premier plan, Magali Reghezza, Yamina Saheb, Serge Zaka et Christophe Cassou, dressent un constat sans concession lors de la Fête de l'Humanité.
Face aux records de température, à la mortalité des forêts et aux sécheresses, ils dénoncent l'illusion d'une adaptation infinie, les milliards d'aides publiques accordés aux énergies fossiles, le cadrage défaillant des médias dominants et la dimension coloniale de la transition énergétique.
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00:00 Intro : L'été dévastateur de 2026
05:13 Le fossé entre la science et la politique
09:42 La critique de la communication scientifique
15:30 Le rôle des médias et du climatoscepticisme
19:33 Solutions : sobriété, citoyenneté et sortie du capitalisme
41:30 La colonialité de la science du climat et de ses solutions
50:31 L'espoir par l'action collective et le changement systémique
Face aux records de température, à la mortalité des forêts et aux sécheresses, ils dénoncent l'illusion d'une adaptation infinie, les milliards d'aides publiques accordés aux énergies fossiles, le cadrage défaillant des médias dominants et la dimension coloniale de la transition énergétique.
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05:13 Le fossé entre la science et la politique
09:42 La critique de la communication scientifique
15:30 Le rôle des médias et du climatoscepticisme
19:33 Solutions : sobriété, citoyenneté et sortie du capitalisme
41:30 La colonialité de la science du climat et de ses solutions
50:31 L'espoir par l'action collective et le changement systémique
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00:01On va s'en souvenir très longtemps de cet été de 2026 dévastateur entre les
00:06vagues de canicules, les feux de forêt, la sécheresse. Nous sommes en train de
00:10vivre une catastrophe majeure sur la planète. Les records de température
00:15tombent les uns après les autres et pendant que les peuples suffoquent, les
00:19multinationales des énergies fossiles se gavent de profits et le pétrole
00:24continue de couler à flot. Pas plus tard que jeudi, l'Institut Covernicus a
00:29averti, ce mois d'août a été le plus chaud jamais mesuré à l'échelle globale.
00:34Alors après un été pareil, on peut légitimement se demander comment garder
00:38espoir, combien d'alertes faudra-t-il pour que les décideurs politiques cessent
00:42enfin leur inaction et surtout les générations futures seront-elles
00:47condamnées à vivre dans un monde à plus 3 degrés ? Pour en parler avec nous
00:51aujourd'hui, quatre scientifiques de renom, quatre lanceurs d'alertes du
00:54réchauffement climatique, Magali Regeza, Serge Yaka, Yamina Saeb et Christophe
00:58Cassou, merci à vous d'être présents aujourd'hui. J'ai envie de vous demander
01:02à tous les quatre, dans quel état d'esprit êtes-vous au sortir de cet été
01:06infernal ? Quel bilan vous tirez de cette saison ?
01:11Alors moi je suis indignée, indignée de la réaction ou de la non-réaction des
01:17politiques face à la faillite morale que nous avons vécue parce que c'est une
01:23faillite morale parce que nous laissons, vous dites que les enfants, nos enfants vont
01:27vivre dans un monde à 3 degrés. On ne peut pas vivre dans un monde à 3 degrés.
01:30On ne peut pas s'adapter à 3 degrés. Le 3 degrés c'est mondial, ça veut dire 4 degrés
01:35en France. On ne pourra pas s'adapter à 4 degrés. On ne pourra pas vivre dans un
01:39monde à 4 degrés. Ce qui veut dire que nous avons déjà condamné nos enfants à ne
01:44pas grandir sur Terre. Pour nous qui sommes des adultes, nous partirons de la planète
01:48Terre dans de très mauvaises conditions. C'est ça qu'il faut comprendre. Donc peut-être
01:52égoïstement, agissons pour nous-mêmes pour partir de la planète Terre dans de bonnes
01:56conditions. Et surtout, vis-à-vis de toutes les jeunes générations, des enfants qui
02:01sont en train de naître aujourd'hui, donnons-leur la chance de vivre sur la planète Terre.
02:06Et à 3 degrés, on ne leur donne aucune chance.
02:09Christophe.
02:15Mon état d'esprit, évidemment de l'inquiétude, mais aucune surprise. En fait, ce qu'on a vécu
02:21aujourd'hui, cet été, c'est quelque chose qui était anticipé, anticipé par la communauté
02:25scientifique. Le réchauffement climatique ne va pas plus vite qu'on ne l'avait anticipé.
02:30On est dans ce qu'on appelle le champ des possibles, c'est-à-dire un été qui était
02:33possible aujourd'hui avec le niveau de carbone qu'il y a dans l'atmosphère.
02:38Donc on est face en fait à un déni, un déni de gravité du changement climatique, avec
02:43cette illusion de pouvoir négocier avec les tonnes de carbone qui s'accumulent dans l'atmosphère.
02:48On est dans un déni de notre vulnérabilité. Parce qu'on pensait qu'on pouvait en fait,
02:52comme dit Amina, s'adapter à des chaleurs extrêmes, à des sécheresses. Et on voit
02:57qu'en fait, la limite, elle est physiologique. Elle n'est pas seulement technologique, elle
03:00est aussi physiologique à partir d'un certain degré de température. Les écosystèmes meurent
03:05et des morts aussi au sein de... Dans les sociétés humaines, il va y avoir des milliers, des
03:14canicules en 2026. Et je suis aussi atterré par le débat parce qu'en fait, le débat
03:22tente vraiment à étroitiser les enjeux, à créer du clivage, de la confrontation pour
03:30éviter d'adresser les questions. Donc par exemple, pendant ces canicules, on n'a pas
03:35tendu une seule fois aborder les causes de ces canicules. Les causes de ces canicules,
03:40c'est le changement climatique, c'est le carbone qui s'accumule dans l'atmosphère. Et ce carbone
03:44qui s'accumule dans l'atmosphère, c'est lié à des modes de vie particuliers, à des
03:49responsabilités particulières dans ces émissions carbone.
03:56Moi, je suis en colère. Je suis en colère et j'ai honte. J'ai honte quand je regarde
04:03mes enfants, mais j'ai honte quand je regarde mes parents aussi. On est en 2026. Les deux
04:11trucs les plus horribles, ce pourquoi nos grands-parents se sont battus. Et on est à la fête
04:17de l'Huma. Il y a eu pas mal de communistes qui ont été passés par les armes parce qu
04:23'on
04:23pensait que plus jamais ça et blablabla. Et on est en train d'avoir l'extrême droite
04:28en Allemagne, en France, partout. Et puis en plus, on a le changement climatique qui arrive
04:33et on sera même plus capable d'assurer à nos jeunes générations ce que nous, qui
04:39y étions déjà les générations futures dans les années 90, ma génération, la vôtre,
04:46ont pu assurer. Moi, je ne sais pas comment, dans 20 ans, je vais dire à ma petite fille
04:49ou à mon petit-fils, quand ils vont me demander ce qu'on a fait contre le racisme, l'antisémitisme,
04:58contre l'extrême droite pour appeler un chat un chat. Pourquoi vous n'avez rien fait ?
05:05Et je ne saurais pas non plus leur répondre pourquoi est-ce que sur le climat, on n'a
05:10pas fait. Et en fait, ce que je vois aujourd'hui, c'est qu'il y a un écart immense,
05:15ce qu'a
05:15dit Christophe, entre la conscience des problèmes et la réponse politique tous bords confondus,
05:22qui est vraiment, mais alors vraiment pas à la hauteur des enjeux. Et je suis absolument
05:29indignée, indignée, parce que aujourd'hui, on nous parle de changement de comportement.
05:40Moi, ce que je vois, c'est des gens qui veulent, qui peuvent pas. Moi, ce que je vois, c
05:43'est
05:43des gens qui aimeraient bien manger à leur faim, qui aimeraient bien partir en vacances,
05:48qui aimeraient bien pouvoir assurer à leurs gamins un accès à l'école, qui aimeraient
05:53bien pouvoir que leurs parents ne soient pas dans des EHPAD ou dans des surchauffés.
05:58Bref, j'aimerais bien qu'à un moment, on arrête de demander aux scientifiques de
06:03s'engager en politique. Et je précise que quand je dis extrême droite, c'est pas un
06:07manquement de mon devoir de réserve. Je suis fonctionnaire, je travaille, je suis au service
06:13d'un État. Et quand je rentre dans mon travail, au-dessus de ma tête, il y a liberté,
06:18égalité, fraternité. Et que ce que j'entends, c'est ni la liberté, ni l'égalité, ni la
06:23fraternité.
06:28Et qu'en tant que scientifique, et je conclurai là, c'est pas à moi ni à mes collègues de
06:33faire de la politique. Le boulot d'un scientifique, c'est de faire progresser les connaissances.
06:37Le boulot d'un politique, c'est de nous parler d'avenir, d'imaginer le futur et d'essayer
06:42d'embarquer la population. Le boulot d'une administration, c'est de le mettre en place.
06:46Le boulot d'une entreprise, c'est de produire chacun son rôle. Et arrêtons de demander
06:50aux scientifiques de faire ce pour quoi ils ne sont pas faits.
07:02Alors moi, je travaille sur l'impact du changement climatique sur l'agriculture et les végétaux.
07:07Et je ressens une certaine forme de lassitude. Quand on est intervenu en 2022, on a eu
07:12une sécheresse et trois canicules en 2022. Quand on est intervenu en 2022, on nous a
07:17posé exactement, exactement les mêmes questions qu'en 2026. Qu'est-ce qu'il faut faire pour
07:23adapter les forêts et l'agriculture au changement climatique ? Alors en 2026, on allait sur
07:28les plateaux télé, on nous a posé les mêmes questions. Est-ce qu'il faut mettre des
07:32OGM ? Est-ce qu'il faut des réserves d'eau ou des mégabassines pour irriguer l'agriculture ?
07:38On ne s'est pas posé la question pendant ces quatre ans, est-ce que le système agricole
07:42n'est pas adapté au changement climatique actuel ? Alors en 2026, on a encore eu des
07:47pertes de rendement agricole beaucoup plus importantes qu'en 2022. On est carrément
07:51sur une faillite des écosystèmes. Je ne sais pas si vous êtes venu en voiture ou si vous
07:56êtes venu en transport en commun, mais lorsque vous traversez les différents chemins qu'il y a
08:00autour du parc, ici, un certain pourcentage, on va dire 10-20% des arbres sont en train
08:07de mourir devant vous. Et ce qu'on m'a posé comme question au cours des différents
08:12plateaux télé, c'est est-ce qu'il faut mettre la climatisation en ville ? On est hyper
08:18égoïste. On a oublié que le changement climatique, il n'impacte pas que l'homme et
08:22donc il ne faut pas trouver des solutions que pour les humains, mais il faut aussi trouver
08:28des solutions pour les animaux, qu'ils soient d'agricoles ou sauvages, pour les forêts,
08:34pour les sols, pour l'eau, pour l'agriculture, pour le végétal. Et ça, on l'a malheureusement
08:46complètement oublié, on l'a sorti même presque des champs politiques. On concentre le changement
08:51climatique sur l'adaptation des humains au changement climatique, on a oublié le reste.
08:56Je peux vous dire qu'un végétal, un végétal ou un animal, à 42-46 degrés, il n'y a
09:03pas
09:03d'adaptation nécessaire. Pour ce végétal, il va forcément mourir. Un monde avec une France
09:09à plus 4 degrés n'existe pas en termes d'écologie. Parce que c'est l'ensemble des végétaux que
09:14nous avons en France qui ne sont plus adaptés au changement climatique et qui vont mourir.
09:18Tout simplement, c'est pas juste se poser la question, est-ce que le bus 56 à Paris
09:24est trop chaud ou est-ce qu'il faut mettre la climatisation dans le RERA ? Sortons de notre
09:29égoïsme humain et regardons les impacts qu'on a sur nos écosystèmes aquatiques, forestiers
09:34et agricoles.
09:37Le message est bien passé, j'espère. Christophe Cassou, il vous a justement été reproché
09:44pas plus tard que fin juin, au beau milieu d'une canicule absolument effroyable, sur un
09:51plateau télé, de porter des discours très abstraits. Et finalement, en tant que scientifique,
09:57d'être un peu responsable de l'inaction face à la crise climatique. Or, vous l'avez
10:02très bien rappelé, les rapports existent depuis des décennies, tout est très bien
10:06documenté. Alors, j'ai envie de vous dire, qu'est-ce qui manque selon vous pour inverser
10:12la tendance ?
10:15Alors, j'ai vécu un petit moment de don't look up sur BFM avec cette interpellation sur
10:20le fait que nous, scientifiques, on serait incompréhensible, on n'aurait pas bien expliqué
10:28les impacts du changement climatique. Alors que, comme vous l'avez rappelé, les rapports
10:32du GIEC sont très clairs sur la vulnérabilité, les impacts et les risques liés à ce changement
10:37climatique. Alors, je ne dis pas qu'il faut lire, il faut que tout le monde lise les rapports
10:42du GIEC parce que, bon, c'est quand même très indigeste. Mais il y a une traduction,
10:46une digestion justement qui est faite de ces rapports qui est à la disposition de l'ensemble
10:51du personnel politique. Il y a également des rapports qui sont faits par le Haut Conseil
10:56pour le climat, qui ont une déclinaison pour le grand public, directement accessible
11:03également pour les non-experts. Et puis, des rapports aussi régionaux qui territorialisent,
11:11je vais y arriver, les impacts du changement climatique.
11:14Juste, je vais revenir sur les feux de forêt dans les Landes et en Gironde. Alors, on les
11:21qualifie d'exceptionnels, on est très surpris, on est sidérés par ces feux de forêt.
11:26Donc, c'est le vocabulaire qui a été utilisé pour les... En fait, à chaque événement
11:31extrême, notre président de la République dit qu'on vit quelque chose d'exceptionnel.
11:37Donc, au bout du moment, quand l'exceptionnel devient la norme, ce n'est plus d'exceptionnel.
11:42Mais c'est présenté comme si, pour lutter en fait, pour présenter une forme de lutte
11:46contre quelque chose qui ne tomberait du ciel et qui n'était pas prévu.
11:49Et quand on regarde le rapport régional d'Aquitaine sur les feux de forêt, quand on regarde la
11:54carte de vulnérabilité du massif forestier aquitain, on voit que les zones qui ont brûlé
11:59sont exactement celles qui étaient considérées comme les plus vulnérables et ce rapport date
12:03de 2013, les études étant de 2010. Donc, on est en 2026, 16 ans. Et pourtant, les mêmes
12:11pratiques de gestion forestière ont été continuées et continuent encore.
12:16Notamment dans les Landes.
12:18Notamment dans les Landes. Voilà. Donc, ces rapports-là qui sont présents. Et puis,
12:23bon, c'est quand même facile de rejeter la responsabilité sur les scientifiques. Donc,
12:27on est vraiment dans ce déni de responsabilité. Donc, pour moi, il y a de la déni de responsabilité
12:31politique. Mais je pense qu'aujourd'hui, on ne peut plus dire que les politiques ne savent
12:35pas. Ils savent très bien ce qui se passe. On n'est plus en 2019, après l'accord de
12:41Paris. On n'est plus non plus en 2020. On est en 2026. Donc, les décisions qui sont
12:46prises sont prises en conscience et en connaissance. Et elles sapent notre adaptation. Elles sapent
12:52notre décarbonation. Elles actent, en fait, les futures souffrances. D'ailleurs, les souffrances
12:58actuelles. Et elles actent des souffrances qui seront encore plus grandes dans le futur.
13:03Elles actent les morts futures, en fait. Donc, cette responsabilité est absolument
13:07essentielle. Et juste pour terminer sur ce point-là, la communauté scientifique, en
13:13tout cas, la recherche publique en tant que telle, a une mission. Cette mission d'éclairer
13:19la décision publique. Et je rappelle toujours qu'on a mis, nous, communauté scientifique,
13:24recherche publique française. On a mis des tentes devant l'Assemblée nationale, un
13:29certain 21 juin 2022, où on a proposé aux députés qui entraient une formation. On
13:37en appelait ça la formation premier secours, parce qu'en 30 minutes, on n'est pas formés
13:42aux enjeux environnementaux. Mais c'était en fait un pied dans la porte pour dire on est
13:46là. Notre expertise ne coûte rien en tant que telle à l'État, puisqu'on est payé par
13:51l'État. Donc, on a cette mission-là. Donc, c'est très facile, en fait, de jeter sa
13:58responsabilité sur les scientifiques. Et comme disait Magali, on n'est pas là pour
14:01ça. On pose les faits. Et ensuite, les décisions sont prises de manière la plus
14:06démocratique possible, la plus transparente possible. Mais ce n'est pas aux scientifiques
14:10de dire les décisions, mais par contre, c'est aux scientifiques de mettre le cadre
14:13de ces décisions-là. Et aujourd'hui, ce cadre-là, en fait, il n'est pas intégré.
14:18La classe politique aujourd'hui a toujours l'impression qu'on va pouvoir négocier
14:22avec les tonnes de CO2, comme on négocie avec des lois économiques, alors qu'on
14:26négocie pas avec les lois naturelles. Comme le disait Serge, à partir d'un certain
14:31niveau, les risques sont très importants.
14:36Et on ne négocie pas aussi avec la mortalité végétale. Alors, il n'y a pas
14:41que le rapport du GIEC aussi. On a des équivalents sur l'écologie, notamment
14:45des COP sur l'écologie. On a également des rapports de l'ONF sur la mortalité
14:48des forêts. On a des rapports de l'INRAE, Institut national de recherche
14:52économique et environnement, sur l'évolution du sol et de la biodiversité
14:55du sol et la rétention en eau, d'ailleurs, de ce sol. Donc, on a des rapports
14:59équivalents de l'impact du changement climatique sur nos écosystèmes.
15:02On ne peut pas dire qu'on ne le savait pas. Et je pense que pour le rapport
15:06du GIEC, encore, on a pas mal de connaissances dessus. Mais sur les autres
15:09rapports, j'ai l'impression parfois que les politiques, ils les découvrent.
15:12Alors que même, ce sont les instituts publics qui les ont publiés. Donc, ils
15:16ont été commandés par l'État. Et certains ministres ne sont même pas au
15:21courant. C'est pas qu'ils ne les ont pas lus. C'est qu'ils ne sont même pas au
15:24courant qu'il y a un rapport sur ce sujet.
15:30Vous avez été à tous les quatre menacés sur les réseaux sociaux, mais pas que.
15:35Pour avoir simplement alerté sur des faits scientifiques.
15:40Serge Zaka, vous, tout particulièrement par une horde de climato-sceptiques, si j'ose dire.
15:47Comment vous faites face à toutes ces attaques ? Et est-ce qu'il vous
15:51paraît essentiel, en tant que scientifique, que la communauté scientifique s'engage
15:57pleinement contre l'extrême droite, puisque c'est l'extrême droite qui est à la manœuvre
16:02sur ces réseaux climato-sceptiques ? Alors, il y a une très grosse partie
16:08d'extrême droite, mais je peux vous dire qu'il y en a aussi dans tous les partis politiques,
16:11bien sûr, de moins en moins quand on part vers la gauche, puisque ces enjeux sont un
16:14petit plus intégrés dans nos mœurs, on va dire. Et j'avais fait le travail sur Twitter,
16:20notamment, et sur Facebook, de regarder les profils des personnes qui m'invitaient,
16:25qui m'insultaient. Donc, on avait souvent des drapeaux français. Il y avait écrit
16:30dessus plein de termes, en fait, qui représentaient l'extrême droite. Et il y a eu un rapport
16:37qui a été fait par des instituts publics français qui ont travaillé sur les algorithmes
16:41de Twitter et qui ont déterminé, en fait, qu'une partie du pourcentage, effectivement,
16:45était ralliée à des mouvements politiques qui sont opposés aux mouvements politiques
16:49ici, actuels. Et donc, ce qui se passe, c'est qu'effectivement, on a une certaine
16:55forme de politisation de ce changement climatique, politisation presque des insultes.
17:01Et donc nous, les scientifiques, il n'y a pas que moi, on est très largement dénigrés.
17:05On est insultés, menacés de mort, dénigrés. Il y a du sexisme. Il y a du racisme.
17:09Je rappelle que je viens du Liban. On a tout un ensemble de palettes que l'objectif,
17:14c'est de nous faire taire. Le problème, c'est que ça fait l'effet inverse.
17:18En tout cas, chez moi, plus on m'insulte, plus j'ai... Ce qui est intéressant, c'est
17:27que l'insulte est souvent le dernier argument. Parce qu'il n'y a pas eu d'argument avant,
17:31ceci dit, mais c'est le dernier argument. Donc c'est un petit peu jouissif aussi
17:34d'arriver au stade, de se dire « bon, on dérange ». Donc plus on m'insulte,
17:39plus j'ai envie de le déranger. Donc il continue, d'ailleurs. Et alors, effectivement,
17:43on a eu des menaces de mort aussi. On a des enquêtes policières qui sont en cours
17:47pour déterminer d'où viennent ces menaces de mort. Mais ceci dit,
17:52c'est pas ça qui va nous faire taire. Autre point, les...
18:00S'il y a des scientifiques dans la salle, on n'est pas assez nombreux, je juge,
18:05dans les médias et auprès des politiques pour intervenir, pour leur faire comprendre
18:08la problématique. On n'est pas assez nombreux. S'il y a des scientifiques dans la salle,
18:12ce n'est pas parce qu'on se fait insulter que ça doit être un élément qui vous empêche
18:16de le faire, de faire comme nous. Personnellement, oui, je me fais insulter
18:20dénigré, mais je ne suis pas non plus au bord du suicide. Ça va, je continue le combat.
18:25Donc s'il y a des scientifiques dans la salle, n'hésitez pas à continuer le combat,
18:30à s'ajouter à nous et à proposer de façon factuelle ces évolutions climatiques.
18:35On a besoin, en fait, de beaucoup plus de puissance pour pouvoir en parler.
18:38Et le dernier point, je repasserai la parole. On m'a souvent dit, on n'est pas toujours
18:43en accord, c'est s'il faut répondre aux climato-sceptiques ou non, leur donner de la visibilité
18:47dans les algorithmes, etc. Je conçois qu'on n'est pas en d'accord.
18:51Moi, j'ai plutôt l'objectif de répondre aux climato-sceptiques.
18:55Mais mon objectif n'est pas de changer la vie des climato-sceptiques.
18:59Vous prenez Pascal Praud, par exemple, sur CNews. Je ne pense pas qu'en argumentant avec lui,
19:05j'ai changé grand-chose. Mon objectif, par contre, c'est que ça ne fasse pas tâche d'huile.
19:11Sur les réseaux sociaux, s'il n'y a pas de contradiction, il y a des personnes qui n'ont
19:14pas
19:14la faculté scientifique de savoir démêler le vrai du faux.
19:17Et l'objectif, c'est que ça ne touche pas des personnes qui pourraient avoir du vote,
19:22qui ont un potentiel de voter des partis qui n'ont rien à foutre du changement climatique.
19:30Magali Regeza, vous avez publié en mai un livre intitulé
19:35Bienvenue en 2055, dans un monde neutre en carbone,
19:39dans lequel vous rappelez justement qu'il n'est pas trop tard
19:42et que les 20 prochaines années sont décisives.
19:46Pour y parvenir, vous appelez évidemment à conjuguer mesures d'atténuation
19:51et d'adaptation au changement climatique.
19:54Est-ce que vous pourriez citer trois mesures prioritaires à mettre en œuvre en termes d'adaptation,
20:00ne serait-ce qu'en France ?
20:03Réforme de l'éducation nationale, réforme de la sécurité sociale, réforme de l'accès à l'emploi.
20:09Je m'explique.
20:16Il y a des tas de solutions qui existent et qui vont se déployer concrètement.
20:21Pas de soucis.
20:22Mais à un moment, il faut sortir le changement climatique du climat.
20:27Il faut sortir le changement climatique de l'écologie,
20:30non pas au sens l'écologie idéologique, intellectuelle,
20:37c'est-à-dire l'idée de le rapport que vous avez à la planète,
20:39le rapport que vous avez au vivant.
20:40Tout ça, c'est très important.
20:42Ce sont vos croyances et vos convictions.
20:44Mais à un moment, cette question climatique,
20:47c'est en fait à la fois le reflet d'une société en profonde crise.
20:53Et les crises révèlent la crise climatique de cet été.
20:56Elle a révélé quoi ?
20:57Elle a révélé, ô surprise, que l'hôpital allait mal.
21:01Elle a révélé que l'école allait mal.
21:03Elle a révélé que les pompiers allaient mal.
21:05Elle a révélé que les agriculteurs allaient mal.
21:07Elle a révélé que les scientifiques, ça ne se passait pas toujours bien.
21:09Elle a révélé que la réponse politique, ça allait mal.
21:12En fait, la crise est aussi un révélateur.
21:15Quand on veut adapter quelque chose, je pars du plus petit.
21:18Vous avez par exemple un bâtiment.
21:19On va devoir effectivement rénover nos bâtiments.
21:22Très bien.
21:23Pour rénover des bâtiments, il faut de la main-d'oeuvre.
21:27Et pour rénover des bâtiments correctement,
21:29il faut une main-d'oeuvre formée.
21:30Sauf que cette main-d'oeuvre,
21:31elle ne peut pas travailler de mai à octobre
21:35quand il va faire des températures.
21:38Christophe l'a déjà dit à plusieurs reprises.
21:39L'été qu'on a vécu cet été, là, ce qu'on vient de vivre,
21:43ça sera un été normal, un été habituel,
21:46dans les années 70.
21:50Donc ça veut dire que derrière,
21:52il va falloir trouver aussi des moyens de former,
21:56de reconvertir, d'accompagner,
21:58d'accompagner les périodes de chômage, de financer.
22:01Et bien ça, ça veut dire qu'il va falloir aller à l'école.
22:04À l'école, il va falloir transformer la manière, par exemple,
22:08de former, de reformer initialement en continu.
22:11Serge parle de l'agriculture.
22:13C'est très sympa de dire aux agriculteurs,
22:15alors les gars, maintenant, vous allez devoir faire de l'agroécologie.
22:19Il faut former les agriculteurs.
22:21Il faut les accompagner dans la transformation.
22:23Parce que c'est facile de dire qu'il faut diversifier les cultures.
22:29Mais diversifier les cultures, ça veut dire, par exemple,
22:31d'accéder à du conseil.
22:32Et quand vous faites une transformation,
22:34il y a le sol, il y a l'eau, il y a le végétal, il y a l'animal,
22:37ça demande un conseil différent.
22:39Ça veut dire aussi, par exemple, dans l'entreprise.
22:42Comment est-ce qu'on va gérer les métiers pénibles ?
22:45Comment est-ce qu'on va gérer les carrières longues ?
22:46Parce que ce qui est pénible aujourd'hui,
22:48je peux vous dire que dans 10 ans, dans 15 ans,
22:51ça sera plus pénible, ça sera invivable.
22:53Et donc, derrière, c'est une question de choix politique.
22:56Et là, j'insiste.
22:57C'est peut-être le seul message que j'ai à faire passer.
23:00J'en ai deux.
23:01Le premier, c'est que tous les problèmes aujourd'hui des Français,
23:05le pouvoir d'achat, l'école, la santé, l'entreprise, etc.,
23:07peuvent être résolus par des solutions qui sont neutres en carbone
23:11et adaptées au climat qui est en train de se réchauffer.
23:15C'est prouvé.
23:19Deuxièmement, et ça, c'est important.
23:21Deuxièmement, à un moment, il faut arrêter de parler de comportement.
23:25Quand on parle de comportement, on alimente en fait
23:28la machine de l'inaction et de l'impuissance.
23:31Parce qu'aujourd'hui, le problème n'est pas de vouloir,
23:34le problème, c'est de pouvoir.
23:36Et les gens crèvent parce qu'ils ne peuvent pas,
23:39parce qu'ils ne peuvent pas boucler les fins de mois,
23:40parce qu'ils ne peuvent pas nourrir leurs gamins,
23:42mais parce qu'ils ne peuvent pas non plus installer la pompe à chaleur,
23:44parce qu'ils ne peuvent pas non plus installer et rénover les bâtiments.
23:48Et donc, aujourd'hui, ce n'est plus un problème de climato-sceptique.
23:52C'est un problème de narrative de l'impuissance
23:55qui consiste systématiquement à trouver un bouc émissaire.
23:58Un coup, c'est l'Europe.
23:59Un coup, c'est l'immigré.
24:00Un coup, c'est la mondialisation.
24:01C'est toujours quelqu'un d'autre.
24:03Et à la fin, c'est l'individu qui paye.
24:05Or, l'individu, il est prisonnier de choix politiques actuels et passés.
24:12Le travail du politique, c'est de recréer les conditions de possibilité de l'action.
24:17Ce n'est pas moi qui le dis.
24:19Ce sont des travaux qui s'appellent en jargon hyper compliqués,
24:23les capabilités, Amartya Sen et compagnie.
24:26À un moment, il va falloir quand même comprendre que si on ne met pas les doigts dans la prise,
24:30ce n'est pas parce qu'on est docteur en physique.
24:33C'est parce qu'il y a un système qui nous permet collectivement de décider ou pas
24:38si on veut ou pas mettre les doigts dans la prise.
24:40Les scientifiques ne vous diront jamais, ne mettez pas les doigts dans la prise.
24:43Ils vous disent que si vous mettez les doigts dans la prise, vous avez un gros risque de vous électrocuter.
24:48Bizarrement, la plupart d'entre nous ne mettent pas les doigts dans la prise.
24:59Je voudrais ajouter que pour mettre en place toutes ces politiques de protection,
25:04de préparation, de notre préparation et de la préparation des jeunes générations au climat que l'on va vivre,
25:10il suffit d'une politique pour pouvoir...
25:14On ne manque pas d'argent, parce que vous entendez souvent la dette, on manque d'argent, etc.
25:17Ce n'est pas vrai du tout.
25:18Il y a une politique simple pour laquelle le gouvernement français peut décider,
25:24le gouvernement et les élus peuvent décider,
25:26c'est celle de mettre fin à la subvention de l'économie fossile.
25:31Et ce n'est pas moi qui le dit, c'est le Fonds monétaire international.
25:42Les aides de la France, selon le Fonds monétaire international,
25:46on ne peut pas dire qu'ils soient écolos, eux, ou alors walkies, etc.
25:48Alors, elle varie entre 12 et 25 milliards de dollars que la France.
25:54Ça, c'est notre argent qui est pris par les politiques, par le système politique qui existe,
26:00pour alimenter la machine infernale qui tue la vie en France et qui tuera la vie sur Terre.
26:07Et donc, s'il y a une politique pour laquelle il faudrait se battre,
26:10c'est de débrancher, d'arrêter, de boubronner l'économie du fossile,
26:15et la France a la capacité de le faire.
26:17Et alors là, si je compte l'ensemble des aides au niveau de l'Union Européenne
26:21pour les énergies fossiles, pour l'économie du fossile,
26:24qui va bien au-delà de l'énergie fossile,
26:26et bien, à ce moment-là, on débrancherait complètement l'économie fossile,
26:30parce que l'économie fossile, c'est une économie subventionnée
26:35à la sueur de nos francs.
26:44Magali Regezazit, vous parlez justement d'impuissance à l'instant.
26:48Il y a un point qu'on n'a pas encore abordé, c'est aussi le rôle des médias
26:51face à la crise climatique.
26:53On a vu cet été que les débats se sont focalisés autour de la question de la climatisation,
27:00passant finalement sous silence les véritables enjeux de cette crise qu'on est en train de vivre.
27:05Selon vous, est-ce que les médias participent, de fait, à alimenter cette inaction ?
27:12La dernière invention lexicale, le dernier mot qui a été pollué, c'est le pluralisme.
27:19Alors moi, je suis désolée, mais on va répéter, un fait, ce n'est pas une opinion.
27:24Un discours de comptoir, ce n'est pas une enquête journalistique.
27:30Il y a aujourd'hui trois grandes catégories qui sont directement menacées par les partis antilibéraux,
27:39antidémocratiques, les scientifiques, les magistrats, la presse indépendante.
27:46Applaudissements
27:48Vous voulez rebondir sur cette question, Christophe ?
27:53Oui, on l'a vu lors de cet été 2026.
27:57En fait, l'angle d'attaque sur ces canicules-là a visé à invisibiliser les causes de la répétition de
28:09ces canicules,
28:09donc ce carbone qui s'accumule dans l'atmosphère, mais aussi les mauvaises décisions qui avaient été prises,
28:14puisqu'elles correspondent à des aménagements de territoires particuliers.
28:18Donc je pense qu'aujourd'hui, on n'est plus... On a parlé un petit peu de climato-scepticisme,
28:24mais on n'est plus dans le cadre du climato-scepticisme.
28:26Et je pense que sur Twitter ou sur les réseaux sociaux, en fait, ces climato-sceptiques-là,
28:34en fait, c'est des idiots utiles.
28:36Et c'est des idiots utiles qui empêchent de parler des vraies responsabilités, qui monopolisent, en fait, de l'énergie
28:43et qui masquent,
28:46qui visent à masquer les intérêts privés, les intérêts particuliers qu'il y a derrière.
28:52Donc on est face à des stratégies d'obstruction qui sont organisées et qui s'expriment aujourd'hui dans les
29:01médias,
29:01et les médias ne sont pas à la hauteur.
29:03C'est ce que j'allais dire. Certains de ces idiots utiles sont quand même invités partout sur les plateaux
29:08télé encore aujourd'hui.
29:09Donc il y a un relais d'une caisse de résonance qui existe et qui est présente.
29:14Mais parce que je pense que, comme disait Magali, il y a une confusion encore entre les faits scientifiques et
29:18les opinions.
29:20Et aujourd'hui, toute la stratégie d'obstruction vise à saper la confiance dans les scientifiques,
29:27à les discréditer et justement à les présenter comme des militants alors qu'ils n'apportent que des faits.
29:34Je prends un exemple personnel, l'exemple de l'A69.
29:39C'est un fait scientifique de dire qu'une autoroute génère plus de carbone.
29:45tout simplement.
29:51Et ce fait scientifique, il est marqué noir sur blanc dans le contrat avec la compagnie responsable de construction d
30:00'autoroutes.
30:00Et ce fait scientifique, enfin, ces tonnes de carbone, elles sont chiffrées en euros.
30:06Et elles sont mises en balance avec la réduction du temps nécessaire de trajet,
30:12qui fait qu'au final, les externalités ou les risques, les conséquences liées à ces tonnes de carbone émises
30:21sont compensées par le gain de productivité lié aux quelques minutes qui vont être soi-disant gagnées.
30:29Et pour moi, tout ça, c'est très emblématique, c'est qu'on n'a rien compris.
30:33Et que les médias aujourd'hui, quand ils ne comprennent pas qu'une autoroute émet du carbone,
30:38quand ils ne comprennent pas qu'une autoroute, elle était peut-être justifiée dans un mode de développement
30:43qui était adapté au climat du passé, elle n'est plus du tout justifié au mode développement d'aujourd'hui,
30:49quand ils ne comprennent pas que chaque tonne de CO2 additionnel contribue au réchauffement et aux canicules qu'on a
30:56vécu.
30:56Et donc, il faut aller jusqu'au bout de la chaîne, jusqu'aux morts et jusqu'aux souffrances.
31:00Quand ils ne relaient pas ce message-là et qu'ils ne contredisent pas des opinions,
31:06je pense qu'il y a une forme de responsabilité des médias.
31:17Pour ma part, je trouve que les médias n'introduisent pas suffisamment de nuances dans les débats.
31:23En fait, en alimentant le côté un peu bipolaire où vous répondez oui ou non dans les médias,
31:28on alimente le côté bipolaire et de scinder la société, notamment au niveau politique.
31:33Vous prenez l'agriculture. Sur l'agriculture, les questions qu'on pose sur tous les plateaux télé.
31:40Êtes-vous pour ou contre les réserves en eau ? Êtes-vous pour ou contre les OGM ? Je l
31:44'ai déjà dit.
31:45Alors, sur les OGM, c'est un cas à part. Sur les réserves en eau, on n'introduit plus de
31:50nuances.
31:51C'est-à-dire que certaines retenues collinaires dans certains types d'agriculture, pour certains types d'agriculteurs,
31:56dans certains types de pratiques agricoles, peuvent être intéressantes.
32:00Et quand on dit que le problème, ce n'est pas de savoir si on est pour ou contre la
32:03réserve en eau,
32:03mais c'est quelle sera l'utilisation de l'eau derrière le problème.
32:07En fait, en simplifiant et en voulant vraiment scinder en deux le problème, on simplifie le débat public.
32:15Quand on travaille avec le vivant, c'est une complexité de palette de solutions qui s'offre à nous.
32:23De diversité de variétés, de sol, de micro-climat, de climat, de végétal, de type de race d'animaux.
32:28Il y a une diversité énorme. On ne peut pas répondre à oui ou non.
32:34Par exemple, l'héritage qu'on donne à nos enfants, il est plus complexe que juste le carbone dans l
32:40'atmosphère.
32:41Ça, c'est le travail des climatologues qui le font très bien, réduire les gaz à effet de serre.
32:46Quand on fait comprendre aux médias qu'il y a un peu plus de nuances aussi là-dessus,
32:50c'est que l'héritage qu'on donne à nos enfants, c'est aussi la vie des sols.
32:54C'est aussi les filières présentes sur le territoire.
32:58C'est aussi l'héritage des arbres qui sont beaucoup plus longs qu'une vie humaine, je le rappelle.
33:03Donc c'est un héritage qu'on donne à nos enfants.
33:05C'est aussi les paysages, c'est aussi l'écoulement de l'eau sur les parcelles.
33:08Et en fait, on est toujours là sur un oui ou non dans les débats.
33:12J'aimerais bien que dans les médias, on introduise beaucoup plus de nuances
33:15parce qu'on alimente en fait le débat politique qui est basé sur du oui, non.
33:20Et ça, c'est très dommageable notamment pour les réponses, pour les solutions sur le terrain.
33:33Juste pour rebondir ce que tu disais, Serge, je pense qu'il faut monter un cran au-dessus encore.
33:39La question, ce n'est pas comment on va se répartir l'eau, c'est aussi est-ce qu'il
33:44y aura-t-il de l'eau ?
33:45Y aura-t-il de l'eau au futur ?
33:48Et donc de ne pas prendre en fait cette contrainte géophysique pour ensuite discuter de ce qu'on fait de
33:55cette eau-là.
33:56La première question, c'est y aura-t-il de l'eau ? Oui, non. Ou éventuellement certaines saisons.
34:03Ensuite, on a des adaptations sur l'eau, mais c'est surtout qu'on ne s'arrête pas là.
34:09Derrière, si vous avez une réserve en eau pour l'irrigation, quelle pratique vous avez sur le sol ?
34:14Est-ce que vous avez un sol qui retient l'eau ? Est-ce que vous avez du maïs ?
34:17Est-ce que vous avez prévu de travailler sur d'autres filières alternatives qui consomment moins de l'eau et
34:23qui sont plus résistantes aux fortes chaleurs ?
34:25Est-ce que vous avez prévu de mettre de l'arbre sur les parcelles pour protéger le sol par l
34:29'ombre ?
34:30Et donc cette eau qu'on peut avoir ou non, c'est de savoir qu'est-ce qu'on en
34:34fait derrière.
34:36Oui, mais quand même, il faut lutter contre le narratif aujourd'hui qui est un mensonge, un mensonge scientifique qui
34:42est répété ad nauseum.
34:44Et plus c'est gros, plus ça passe. Il ne pleuvra plus pas plus sur la France en hiver. Il
34:52faut le répéter.
34:53Parce qu'en fait, cette hypothèse-là, qui est fausse scientifiquement, vous voyez la colère qui m'anime, parce qu
35:01'en fait, on est en train d'embarquer l'ensemble de la politique agricole sur une fausse hypothèse scientifique.
35:08Cette hypothèse scientifique, elle n'est vraie que si on ne s'adapte, que si on n'atténue pas nos
35:13émissions de gaz et de serre, si on rentre dans un climat qui est plus chaud de 4, 5 degrés.
35:19Et dans ce cas, les bassines ou la gestion de l'eau, c'est le cadet de nos soucis. Donc
35:23en fait, il y a un enfumage. Il y a du mensonge.
35:26Et tant qu'on ne dénoncera pas ces mensonges politiques, c'est du bavardage.
35:39Damina Saeb, vous vouliez rebondir sur la question du rôle des médias ?
35:43Oui. Alors moi, ce que j'ai remarqué, c'est que les médias mainstream, ils invitent les scientifiques et experts
35:48mainstream.
35:49Il ne faut pas se mentir. Et il y en a plein, des scientifiques et des experts mainstream.
35:54Au moment de la sortie du rapport du GIEC, il y a eu plusieurs journalistes qui m'ont dit plus
35:58tard,
35:59on ne vous connaissait pas, votre nom n'avait pas circulé. Dommage, on vous a découvert un petit peu plus
36:04tard grâce aux médias alternatifs.
36:05Et c'est là où c'est une question d'organisation. Comment est-ce qu'on s'organise ? Qui
36:09est-ce qu'on soutient ?
36:11Est-ce qu'on se laisse bercer et alimenter par les médias mainstream avec des experts mainstream qui viennent apporter
36:17toujours le même argument,
36:20qui viennent renforcer les mêmes arguments ? Ou alors, on va plutôt se battre tous ensemble parce que la liberté
36:24de la presse, c'est notre liberté aussi.
36:26C'est ça, il ne faut pas oublier. La liberté de la presse, ce n'est pas juste pour les
36:29journalistes, c'est aussi pour nous.
36:32Une démocratie, les démocraties n'existent que parce qu'il y a de la liberté. Autrement, on ne serait plus
36:38des démocraties.
36:38Quand il y a eu la canicule, j'ai été appelée par plusieurs médias et à chaque fois, on me
36:43posait la question, bien sûr, de la clim.
36:45Il se trouve que je suis ingénieure en clim. Donc, quand je leur dis, j'aimerais parler d'autre chose,
36:49j'essaye des causes, etc.
36:52Non, mais ce qu'on me répétait, c'est que non, en fait, c'est ça qui intéresse les Français.
36:56Il y avait une personne qui m'avait appelée, je lui dis d'un média mainstream, mais comment est-ce
37:00que vous savez ce qui intéresse les Français ces jours-ci ?
37:03Comment est-ce que vous pouvez me dire que c'est le climatiseur qui va installer, qui va l'intéresser
37:07?
37:07Donc, on a conclu que je ne convenais pas. Eh bien, j'ai regardé ensuite l'émission.
37:12Elle a bien trouvé un scientifique mainstream qui a parlé de climatisation sans être un expert de la climatisation.
37:17C'est aussi ça, la vérité.
37:23Justement, Yamina Saeb, vous défendez ardemment, comme d'autres scientifiques, le concept de sobriété.
37:30Récemment, dans un entretien paru dans l'Humanité cet été, justement, vous rappelez que la cause première de la crise
37:36écologique,
37:36c'est le capitalisme. Alors, quelle alternative vous appelez de vos voeux ?
37:43Il faut sortir du capitalisme.
37:56La vraie question, c'est comment est-ce qu'on fait pour sortir du capitalisme ? C'est très très
37:59dur.
38:00Et comment est-ce qu'on fait, nous, au laboratoire des sobriétés ?
38:04On sait qu'il faut... En fait, on situe historiquement les historiens de l'économie,
38:08en particulier de l'économie néoclassique qui a fait l'expansion du capitalisme,
38:14situe le bouleversement que nous vivons aujourd'hui.
38:18au moment de la crise de 1929 aux États-Unis, c'est à ce moment-là que ce qui était,
38:23à l'époque,
38:24des associations de protection des citoyens sont devenues des associations de protection des consommateurs.
38:30Et donc, on est passé du statut de citoyen, parce que quand on est citoyen,
38:35nous avons des droits et des devoirs, à un statut de consommateur.
38:38Quand on est consommateur, c'est votre carte bancaire qui décide de ce à quoi vous avez droit.
38:44Ce n'est pas du tout la même chose. On prend l'exemple de la RATP, par exemple.
38:48Quand j'étais petite, nous étions des usagers de la RATP.
38:51Aujourd'hui, nous sommes des clients de la RATP. Ce n'est pas la même chose.
38:54En tant que client, ce que je peux faire en tant que client, c'est plutôt ce que je peux
39:00payer
39:01qui permet de décider de ce que je peux faire.
39:04Et donc ça, ce n'est pas du tout logique. Ce n'est pas comme ça qu'on peut s
39:07'en sortir.
39:08Et pour se réapproprier notre citoyenneté, au laboratoire des sobriétés, nous lançons,
39:15nous avons déjà commencé à Aubervilliers, ce qu'on appelle les agoras.
39:19Ça tombe bien parce que nous sommes dans une agora.
39:21Les agoras de la sobriété. Parce que la sobriété, contrairement à ce qui a été compris en France,
39:25sachant que la France, c'est le pays de l'Union européenne et de l'OCDE où on parle le
39:29plus de sobriété,
39:30mais c'est là où c'est le moins compris, parce qu'elle est arrivée par la plus mauvaise porte
39:34possible
39:35qui est celle de la restriction, de la réduction, etc.
39:38Lorsqu'on retourne dans la théorie, on trouve que la sobriété, c'est une théorie de justice distributive
39:46pour garantir que chacun a suffisamment pour bien vivre.
39:50Mais c'est ce qu'on demande, c'est ce que demande le peuple.
39:53Mais seulement, dans le monde tel qu'il est organisé aujourd'hui,
39:57tout est organisé pour qu'une petite minorité ait plein d'extrats et que la majorité n'ait pratiquement rien.
40:03Et ce qui s'est passé historiquement, moi je fais même remonter ça plus loin en fait,
40:08ce qu'on vit aujourd'hui, c'est l'extension de la période esclavagiste à l'homme blanc européen.
40:14Avant, les esclaves étaient en Afrique, ça convenait à nos aïeux.
40:18Aujourd'hui, nous sommes les esclaves du capitalisme, tous comme nous sommes ici.
40:27Et l'esclavagisme, contrairement à ce qu'on peut lire dans certains livres,
40:31ce n'est pas qu'un jour, l'homme blanc qui avait décidé que des humains allaient lui appartenir,
40:36s'était rendu compte que ce n'était pas possible, que c'était des humains comme lui.
40:39Non, c'est parce que les esclaves se sont révoltés, et donc on doit se révolter.
40:44C'est la seule façon de nous en sortir.
40:52Et là où je considère que le scientifique a un rôle de par son expertise,
40:56sachant que nous, scientifiques européens, nous avons été fermés avec de l'argent public,
41:00donc non seulement nous avons un rôle, mais nous avons un devoir de rendre à la société ce que la
41:05société nous a donné,
41:06c'est d'apporter la connaissance scientifique pour que cette révolution que l'on doit faire,
41:11il ne faut pas avoir peur des mots.
41:12Révolution, ça ne veut pas dire couper des têtes.
41:14Révolution, ça veut dire reprendre le pouvoir sur nos vies.
41:17Ce pouvoir-là qui est aujourd'hui marchandisé, que le capitalisme nous a pris.
41:31Face à la crise climatique et aux catastrophes qui en découlent,
41:35les peuples dits du Sud sont en première ligne.
41:38On l'a vu tout récemment au Népal avec un bilan humain très lourd,
41:42et en Chine également.
41:44Pour rappel, le Népal n'émet que 0,01% des émissions de CO2 au niveau global.
41:51Cette injustice climatique, est-ce que, selon vous quatre,
41:55elle est synonyme d'une poursuite d'une logique coloniale à l'œuvre de la part des pays riches ?
42:04Je peux prendre ça ?
42:06Ça, c'est l'un de mes nouveaux sujets.
42:09En fait, à l'origine, je ne travaillais pas sur la colonialité de la science du climat,
42:14mais c'est en rejoignant le GIEC que je me suis rendue compte
42:17que, en fait, la colonialité de la science du climat,
42:19il y avait du colonialisme dans, par exemple, les scénarios dits du GIEC.
42:23Je vous donne un exemple.
42:24Aujourd'hui, un Africain consomme beaucoup moins d'énergie que nous,
42:29beaucoup moins de matière que nous.
42:30On peut dire que ça, c'est l'héritage, c'est comme ça.
42:32Vous et moi, on n'est pas responsables de ça.
42:34Ce qui m'a amenée à qualifier les scénarios du GIEC
42:38comme étant des scénarios colonialistes,
42:40c'est que dans les projections, en 2050,
42:43nous, on consommera toujours beaucoup plus qu'un Africain.
42:46Et moi, je lui dis, mais pourquoi ?
42:47De quel droit faisons-nous ces projections-là ?
42:50Et en fait, mes collègues étaient choqués que j'utilise le mot colonialiste,
42:54mais en vérité, c'est très colonialiste.
42:56On ne se rend pas compte comment est-ce qu'on a été formés.
42:59On n'a pas été vraiment formés à l'égalité.
43:00Ce qu'on trouve sur le fronton de nos mairies, etc., c'est pour nous.
43:04L'égalité était là.
43:06La devise républicaine, égalité, fraternité, liberté,
43:11était là quand l'Algérie était colonisée.
43:12Elle était où, l'égalité, à ce moment-là ?
43:14Elle n'était pas là.
43:20Et donc, à l'époque, on avait inventé le concept, on va aller les civiliser.
43:24Et aujourd'hui, elle est où, l'égalité, lorsqu'on prévoit à Paris le chauffage de Paris
43:30avec un incinérateur qu'on va poser quelque part en banlieue parisienne ?
43:33Elle est où, l'égalité ?
43:34Moi, je ne la vois pas, cette égalité-là.
43:39Et donc, la transition, ce qu'on appelle transition énergétique ou transition climatique,
43:43ce qu'on appelle transition, en fait, ça a été conçu avec un esprit colonialiste.
43:48La transition, quand on me parle de la voiture électrique,
43:51mais d'où viennent les matériaux de la voiture électrique ?
43:53Ils viennent des pays du Sud.
43:54Qui c'est qui en profite ?
43:56C'est nous !
43:56C'est nous, les bobos du Nord !
44:03Parce que même chez nous, la voiture électrique, ce n'est pas pour tout le monde,
44:08c'est pour les petits bobos, nous qui sommes ici, dans cette salle.
44:11La plupart d'entre nous, on a des moyens pour pouvoir avoir la voiture électrique
44:16et continuer notre vie comme si de rien n'était
44:19et on ne se pose jamais la question de l'autre,
44:22de comment est-ce que ma voiture électrique a été conçue.
44:25Donc, tous les plans climatiques,
44:27la neutralité carbone telle qu'elle a été conçue,
44:30c'est une neutralité carbone,
44:31mais c'est très choquant de voir dans les scénarios climatiques de neutralité carbone.
44:35Ce sont des scénarios qui prévoient encore plus d'extraction dans les pays du Sud
44:40pour construire la pseudo-transition dans le Nord.
44:44Et en se disant ça, je prends l'exemple de la voiture,
44:46parce que c'est un exemple très frappant,
44:47le transport et le bâtiment.
44:49Alors, on vous dit en Europe,
44:50nous sommes les champions de la décarbonation,
44:52mais en fait, on n'a jamais réussi à faire bouger vraiment les émissions du transport,
44:56à faire décroître transport et bâtiment.
44:58Pourquoi ? Parce que ça, on ne peut pas l'exporter ailleurs.
45:01Ça, ça se passe chez nous.
45:02Et donc, vient la voiture électrique
45:03qui va nous permettre de décarboner le transport chez nous,
45:08la mobilité des personnes.
45:09mais à quel prix ?
45:10En fait, en déplaçant nos émissions liées au transport dans les pays du Sud
45:15avec des impacts environnementaux et sociaux incroyables.
45:18Et ça, on n'en parle pas du tout.
45:20Et donc, c'est colonialiste.
45:30Alors, non seulement la crise climatique fait, c'est la succession,
45:36c'est la suite de l'esprit colonial,
45:39mais en plus, la façon dont elle est étudiée, c'est colonialiste.
45:43Les méthodes sont colonialistes, mais les solutions que l'on propose,
45:47mais bien sûr qu'elles ne peuvent être que colonialistes.
45:49En ce moment, il y a une grande polémique au GIEC
45:51entre les pays du Sud et les pays du Nord, les pays riches,
45:55parce qu'ils veulent faire avancer la date de publication
45:58du dernier rapport du GIEC pour 2028
46:00pour que ça cale bien avec les discussions à la COP.
46:03La COP, c'est la conférence des partis, c'est ce qui se produit.
46:06C'est la partie politique du climat qui se produit une fois par an
46:09pour que ça cale bien.
46:11Les pays du Nord veulent faire avancer cette date-là
46:13comme argument qui tient la route quand on n'est que du Nord,
46:17qu'il nous faut l'analyse du GIEC pour pouvoir alimenter les COP,
46:22pour pouvoir prendre des décisions au niveau de la COP.
46:25Et les pays du Sud disent, mais nous, on n'a pas la capacité technique
46:28pour fournir, pour produire les publications nécessaires
46:32pour justement alimenter le rapport du GIEC
46:34avec des publications qui viennent du Sud.
46:36En vérité, ils ne le disent pas comme ça,
46:38mais avec des publications décoloniales.
46:42Il y a une confrontation entre les deux.
46:45Et l'argument qu'on entend, c'est que les pays du Sud
46:47s'opposent à ce que le rapport sorte, etc. pour alimenter la COP.
46:50Mais en vérité, la COP comme système, il n'y a pas plus colonialiste que la COP.
46:55Et ce n'est pas à la COP que l'on va résoudre la crise climatique.
46:58Ça, on le sait.
46:59La décision...
47:03Si on voulait, nous, Européens, contribuer à résoudre la crise climatique,
47:09on débranche tout de suite toutes les aides à l'économie fossile.
47:12C'est une économie qui va couler tout de suite.
47:13De fait, elle va couler.
47:15Et de fait, on va stabiliser les émissions.
47:17On ne va pas réduire les émissions, mais on va stabiliser dans un premier temps les émissions.
47:20Et on donnera une chance à nos enfants de vivre sur Terre.
47:25Vous parlez justement d'extractivisme, de logique extractiviste.
47:30Les guerres impérialistes menées aux quatre coins du monde
47:32déstabilisent profondément l'approvisionnement énergétique.
47:36On le voit depuis le début de l'année avec la fermeture du détroit d'Hormuz
47:40du fait de la guerre au Moyen-Orient.
47:43Conséquence, le prix de l'essence grimpe en flèche en France,
47:46mais c'est le cas partout ailleurs dans le monde.
47:49Et ce sont bien évidemment les plus démunis qui se retrouvent pris à la gorge.
47:55Christophe Cassou, est-ce que vous pouvez rappeler en quoi cette injustice-là
48:00fait partie d'une double injustice ?
48:03C'est-à-dire qu'il y a la question du prix à la pompe,
48:07mais on est face à un public qui est également en première ligne
48:10face aux catastrophes climatiques, face à cette crise.
48:16Alors moi, ça sort un petit peu de ma casquette de géophysicien.
48:22Ce que je peux dire, c'est que la crise des gilets jaunes est un exemple
48:31de mauvaises solutions qui ont été prises,
48:35qui étaient complètement désincarnées dans le sens où elles faisaient porter
48:38la responsabilité de l'action sur les plus vulnérables.
48:42Donc là, on est de nouveau une crise avec une hausse des carburants
48:49qui pèsent le plus sur les ménages qui sont verrouillés dans l'usage de la voiture.
48:54Mais ce qu'on voit de nouveau, c'est que c'est une crise qui se répète.
48:58Donc comme toujours, quand une crise se répète, c'est plus une crise.
49:00C'est une trajectoire où en fait, ce sont des symptômes,
49:03une accumulation de symptômes qui montre que c'est l'ensemble du système qui ne fonctionne pas.
49:08Donc en fait, cette crise du détroit d'Hormuz,
49:12parce qu'on espère que c'est quand même une crise,
49:14elle devrait nous inciter justement à aborder de manière totalement systémique la mobilité.
49:22Et quand on aborde la mobilité, en fait, on aborde la question de l'aménagement du territoire.
49:28Quand on aborde l'aménagement du territoire, on aborde la question d'une politique du logement,
49:34politique de loyer, etc.
49:36Et là, vous voyez, quand on tire la ficelle et on arrive à, comme le disait Magali, en fait, à
49:39du social.
49:41Donc le changement climatique, ce n'est pas un problème en fait de géophysicien,
49:44ce n'est pas un problème physique, ce n'est pas un problème technique non plus.
49:48C'est un problème qui est politique, politique au sens faire société,
49:52au sens relation au commun, relation au vivant.
49:56Et ce problème-là, il nous impose de la lucidité, bien évidemment, de l'honnêteté, du courage,
50:03parce que ce n'est pas facile quand même de décarboner,
50:07en fait, de sortir de cette utilisation du carbone qui fait qu'on a une certaine prospérité aussi.
50:13ce n'est pas facile. Il faut de la justice, de l'équité et de la solidarité.
50:18Et c'est un mot qu'on entend très peu.
50:20Le mot de solidarité, sans solidarité, à toutes les échelles,
50:24on n'arrivera pas, en fait, à lutter contre le changement climatique,
50:26on n'arrivera pas à décarboner.
50:31Je vous propose un rapide mot de confusion.
50:33Bon, l'été de 2026 a été très difficile, mais hélas, il n'est qu'un avant-goût
50:39de ce qu'on va vivre dans les années à venir.
50:43Et les gens ont peur, de façon tout à fait légitime, d'ailleurs.
50:47Comment se saisir de cette peur-là, justement,
50:50ce qu'on appelle dans les médias l'éco-anxiété, notamment,
50:53pour transformer ça en espoir ?
50:56Je vais commencer par la claque et je vais finir par la bonne nouvelle.
51:01La claque, c'est que la question, c'est plus de savoir si on va décarboner,
51:05c'est quand. Il faut le répéter.
51:08Parce qu'à un moment, on peut se raconter ce qu'on veut.
51:12Il n'y aura pas assez d'eau, il n'y aura pas assez...
51:15On m'a posé avant-hier la question, qu'est-ce que vous pensez des data centers, etc.
51:19Qu'est-ce qui va limiter les data centers ?
51:21C'est le changement climatique.
51:22Parce que quand il n'y a plus d'eau, en fait, il n'y a plus d'eau.
51:24Voilà. Donc, à un moment, cette décarbonation, elle va se faire,
51:27soit parce qu'on l'aura choisie, soit parce qu'on va la subir.
51:31Et on la subira soit parce que les contraintes géophysiques
51:33ne nous permettront plus d'avancer, soit parce que d'autres pays
51:37s'y sont déjà engagés et sont en train de se transformer sur cette base,
51:42pas pour des motifs écologistes, mais bien pour des motifs
51:44de compétitivité, de souveraineté.
51:47La bonne nouvelle, la très bonne nouvelle,
51:49c'est que si on met en place les solutions déjà évaluées,
51:53par le GIEC, on peut y arriver.
51:56La bonne nouvelle, c'est que pour quelqu'un qui était né en 1925,
52:01la semaine de 40 heures, les congés payés, le droit des femmes,
52:07la sécurité sociale, l'Union européenne quoi qu'on puisse en penser,
52:11l'agriculture modernisée, la douche à la maison parce que ça existait,
52:15les couches culottes, ça n'existait pas et qu'en 1955, tout ça avait été fait.
52:23Le seul problème, c'est qu'il a fallu avoir une guerre avec des milliers de morts.
52:26Donc on arrête de nous expliquer que ça n'est pas possible.
52:30À chaque fois que vous endosserez le discours de l'impuissance,
52:35vous contribuerez à faire en sorte que ceux qui justement
52:39pensent pouvoir s'en sortir sur le dos des autres,
52:42et bien à leur donner raison.
52:44On peut parfaitement y arriver à condition d'accepter,
52:48un, de s'appuyer sur la science,
52:50deux, d'arrêter de penser dans des cadres qui ont été construits au 19e siècle
52:54avec un discours du 19e siècle.
52:57Moi, j'en ai assez d'entendre parler.
52:58C'est très bien le capitalisme, tout ça, j'en doute pas.
53:00Mais à un moment, on a parlé du 21e siècle.
53:03Qu'est-ce qu'on construit comme système politique,
53:06démocratique, idéologique, nouveau ?
53:09Et quand est-ce qu'on parle de futur ?
53:10Tout ça, c'est du politique.
53:11C'est pas ici que ça se joue.
53:13Ça se joue de votre côté.
53:15Ça se joue dans les partis, dans les syndicats, etc.
53:18C'est de la politique au sens noble,
53:20parce que ce qui se joue en ce moment,
53:21c'est notre capacité à vivre ensemble,
53:24à vivre collectivement.
53:30Juste en une phrase, Yamina Saeb.
53:32Vous voulez répondre ?
53:34Moi, je dirais que pour paraphraser Anna Arendt,
53:37il faut aimer le monde dans le sens où
53:40il faut qu'on fasse monde ensemble.
53:43Ce sera le mot de la fin.
53:45Merci beaucoup.
53:46Merci à vous.
53:46Merci à vous tous.
54:02Merci à vous.
54:02Merci à vous.