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Le 23 juin, le Royaume-Uni votera pour son maintien ou sa sortie de l'Union européenne. C'est la première fois qu'un pays, membre historique de la construction européenne, remet en cause son appartenance à l'Europe en demandant aux électeurs de trancher.
Trois députés européens - Isabelle Thomas, Karima Delli et Patrick Le Hyaric - débattent des enjeux de ce scrutin crucial pour l'avenir de l'Europe.
Trois députés européens - Isabelle Thomas, Karima Delli et Patrick Le Hyaric - débattent des enjeux de ce scrutin crucial pour l'avenir de l'Europe.
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00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Le référendum sur le Brexit, c'est dans 15 jours maintenant, ça approche.
00:19Être ou ne pas être dans l'Europe, qu'est-ce que ce scrutin vous inspire ?
00:24Et qu'est-ce qu'il nous dit au fond de l'État de l'Union aujourd'hui pour en
00:27débattre autour de cette table ?
00:28Isabelle Thomas, bonjour. Vous êtes députée socialiste et démocrate.
00:32Karim Adéli, députée vert, ALE, n'oublions pas.
00:35Et puis Patrick Leyaric, gauche unitaire européenne, merci à vous d'être là.
00:39J'ai envie de vous poser une question comme ça, initiale, peut-être un peu abrupte.
00:43Est-ce que ce sujet vous préoccupe ? Ce sujet du Brexit, est-ce que vous y voyez des enjeux
00:47importants à l'heure actuelle ?
00:48Ou est-ce qu'au contraire, vous considérez que tout ça, c'est beaucoup de bruit pour rien ?
00:52Comment vous envisagez cette échéance qui arrive ? Isabelle Thomas.
00:58Finalement, Cameron aura eu l'audace de poser la question de l'avenir de l'Europe au moins.
01:05Lui, il y voit un grand marché.
01:07C'est l'ancien Premier ministre Di Ruppo qui disait l'autre jour dans une réunion,
01:12quand Cameron au Conseil parle de l'Union européenne, il ne dit jamais l'Union européenne, il dit single market.
01:17Donc lui, c'est clair, les choses sont claires, d'ailleurs elles le sont dans les propositions qu'il fait.
01:22Lui, il veut un marché unique, point barre, et il a une vision extrêmement libérale.
01:27Mais au moins, il a le mérite de dire ce qu'il veut.
01:30Le problème, c'est que parmi les Européens, c'est quoi le projet ?
01:35Ceux qui ne sont pas seulement pour un marché unique, ceux qui sont pour la solidarité,
01:39ceux qui sont pour des frontières européennes, que ce soit d'ailleurs du point de vue commercial ou du point
01:47de vue du départ.
01:50On y reviendra peut-être en détail sur ces aspects-là.
01:53En tout cas, au moins, oui, parce que du coup, il nous oblige, enfin en tout cas, moi, c'est
01:56ma vision,
01:58il nous oblige à nous poser la question, et nous, qu'est-ce qu'on veut ?
02:01Et le problème qu'on a, c'est qu'au moment où il a posé le débat, personne ne lui
02:05a vraiment répondu.
02:07Et il va falloir le faire après le référendum.
02:10Bien sûr.
02:11Karim Adéli, est-ce que ça vous intéresse ? Est-ce que ça vous préoccupe ? Est-ce que ça
02:15vous inquiète ?
02:17Moi, ça me passionne.
02:19Ça me donne l'idée de l'état de l'Union, le rapport de force que Cameroun enclenche au sein
02:26de l'Union européenne,
02:27alors qu'il n'est ni dans la zone euro, ni dans Schengen.
02:29Il impose sa vision souverainiste, la première chose, en disant je fais mon marché,
02:34parce que oui, j'ai besoin du marché.
02:38Le problème que j'ai, il est de deux ordres.
02:40Le premier, je trouve ça hallucinant que Cameroun, qui vient à Bruxelles et qui dit
02:46je n'aime pas Bruxelles, mais je préfère le Royaume-Uni,
02:49on a en face des chefs d'État avec une position qui est hallucinante.
02:55Personne ne branche, quoi, en gros.
02:57On ne dit rien.
02:58Alors qu'ils sont tous en train de défendre le projet européen,
03:01de dire qu'il faut qu'on avance, etc.
03:03Face à ça, ils ne disent rien.
03:04Moi, ce dont j'ai peur, c'est les conséquences,
03:07qui vont être dramatiques sur le plan économique.
03:11Moi, je considère qu'aujourd'hui, si, et certains le disent,
03:15si l'Angleterre sort de l'Union européenne,
03:17elle va perdre 6 points de PIB.
03:19Mais tout le monde dit, oh, ce n'est pas grave, c'est le Royaume-Uni.
03:21Non, c'est toute la zone euro qui sera touchée,
03:24puisque par exemple, les Allemands vont perdre 9 milliards d'euros
03:27dans l'échange de marchandises,
03:30la France sera à 3 milliards d'euros, etc.
03:32Ça, c'est le fait économique.
03:33Mais c'est surtout le fait politique.
03:35Vous vous rendez compte ?
03:36Si le Brexit marche, les euroceptifs vont crier victoire,
03:40on aura un effet boule de neige
03:42où de plus en plus d'États vont dire,
03:45eh bien, nous aussi, on veut notre référendum.
03:47Et donc, quelque part, on est en train de déconstruire
03:51ce qu'on a mis des centaines d'années là
03:54pour construire l'idée européenne.
03:57Et donc là, je dois le dire très clairement,
04:01la responsabilité face à ce choc qu'il va être le Brexit,
04:04c'est la responsabilité des chefs d'État,
04:05mais aussi des chefs qui sont aux têtes des institutions.
04:09Parce que je trouve ça regrettable.
04:10On n'a pas entendu nos commissaires faire campagne.
04:13Comment ça se fait qu'ils n'ont pas fait campagne ?
04:15Où était M. Juncker ?
04:16On a que c'est Obama et la classe extérieure,
04:21la Chine, etc., qui disent qu'il faut rentrer.
04:23À un moment, la question du Brexit va revenir
04:27sur un mot d'ordre très simple,
04:29comment on refait de la démocratie européenne en Europe ?
04:31Donc on est bien là sur un moment de vérité central, crucial pour l'Europe.
04:36Patrick Loyaric, qu'est-ce que vous en pensez ?
04:38Moi, je crois qu'il y a là un effet ou un contre-effet de la crise
04:44qui est en train de vivre l'Union européenne aujourd'hui,
04:46le type de construction européenne actuelle.
04:49Secondement, il ne faut pas oublier que pour pouvoir faire ce référendum
04:56qu'il est peut-être contraint de faire à cause de la demande populaire en Angleterre,
05:01ce n'est pas tout à fait la même situation en Écosse et en Irlande.
05:05L'Irlande perdra beaucoup et l'Écosse aussi n'y sont pas très favorables.
05:09Mais pour répondre à ça, le Conseil européen a décidé quand même
05:16de dispositions à la carte, alors que déjà le Royaume-Uni a des dispositions à la carte.
05:20C'est-à-dire qu'on a donné au Royaume-Uni et à M. Cameron
05:23tout ce qu'on a refusé comme possibilité autonome à Alexis Tsipras.
05:30Et Alexis Tsipras, il a fait l'objet d'une campagne violente
05:33des institutions internationales et des institutions européennes,
05:36alors que pour Cameron, il n'a que des félicitations, semble-t-il.
05:41Troisièmement, dans ce qui a été donné, c'est quand même la voie,
05:48la préservation quand même du business et des intérêts de la City de Londres.
05:53Et donc, on est quand même sur une, quel que soit le résultat,
05:58on est sur une construction européenne, ultra-libérale,
06:01une construction européenne pour la finance, contre les peuples.
06:04Il n'est pas dit qu'en sortant de l'Union européenne,
06:07le peuple anglais, et c'est encore plus vrai pour les Irlandais,
06:11j'ai entendu ce week-end un dirigeant du Sinn Féin expliquer
06:15pourquoi il était contre le Brexit, c'était très révélateur,
06:20c'était très éclairant.
06:22Le peuple irlandais et vraisemblablement le peuple écossais,
06:25mais aussi les travailleurs anglais, ils perdront quoi qu'on en pense par ailleurs.
06:31On revient sur ce que vous disiez peut-être pour développer l'idée
06:34que vous commenciez à aborder tout à l'heure, Isabelle Thomas.
06:36Finalement, bon, qu'est-ce qu'il pousse à faire ça à l'heure actuelle ?
06:39Alors, on vient de le dire, vous venez de le dire tous les uns les autres partiellement,
06:43il y a évidemment, au sein même de son groupe,
06:48il est poussé à ça, cette poussée ultralibérale qui se conjugue,
06:55on pourrait dire, avec l'euroscepticisme galopant malgré tout, rappelons-nous,
07:00enfin, on est aussi au Parlement européen,
07:02on sait qu'il y a 24 députés de l'équipe qui sont ici,
07:06donc est-ce que c'est ces deux mouvements-là qui se conjuguent
07:09pour donner cette situation à risque à l'heure actuelle ?
07:11En gros, une situation qu'on va retrouver dans d'autres pays à l'heure actuelle en Europe,
07:15montée des eurosceptiques, des extrémistes,
07:19et par ailleurs, une espèce de poussée ultralibérale
07:22qui fait qu'un Premier ministre libéral peut se permettre d'y aller,
07:27avec le risque que ça présente par ailleurs.
07:29Non, mais ça a été dit, Karima l'a dit,
07:32il est clair qu'il y a une poussée nationaliste
07:34et qu'elle a été instrumentalisée en réalité,
07:40alors à la fois il est sous la pression,
07:41mais à la fois, Cameroun l'a très bien instrumentalisée,
07:45comme l'a dit Patrick Le Garic,
07:48pour additionner encore des exceptions,
07:51ce que n'a pas eu, comme c'était dit la Grèce,
07:54additionner des exceptions sur le plan de la finance
07:58et de la régulation de la finance,
08:00mais aussi, encore, je ne sais pas ce qui est le plus grave des deux,
08:03mais aussi des exceptions sur le social.
08:05Sur la question sociale.
08:06Et sur cette question-là, d'ailleurs, il faut bien prévenir les choses,
08:10le Parlement aura son mot à dire à l'issue.
08:13C'est-à-dire que le président du Conseil a beau avoir donné
08:17tous les feux verts à David Cameron
08:19sur le fait que, soi-disant,
08:23le Royaume-Uni pourrait ne pas attribuer
08:27les mêmes droits sociaux aux ressortissants britanniques
08:31qu'aux autres ressortissants européens.
08:33C'est quand même extrêmement grave.
08:35Une nouvelle exception, un nouveau traité additionnel.
08:38Mais cette question-là, elle devra passer par les fourches codines,
08:44que j'espère très acérées, du Parlement européen.
08:49Cet accord-là, il n'est pas concevable, il n'est pas acceptable.
08:53Donc effectivement, il a à la fois subi,
08:55mais il a aussi utilisé de manière habile le nationalisme
09:00pour essayer de gagner des pans sur le libéralisme
09:06qui se résument entre, d'une part, pas de régulation financière
09:09et de l'autre, par contre, des exceptions
09:13contre toute solidarité, toute prestation sociale supplémentaire, etc.
09:19Donc oui, on en est là.
09:21Donc il y a une habileté de la part de David Cameron aussi.
09:26Il n'y a pas seulement, il n'y a pas que la pression.
09:29Il y a aussi une habileté.
09:32Cependant, moi je partage ce qu'a dit Karima.
09:34Ce qui m'interpelle aussi, c'est que derrière cela,
09:38si jamais les Britanniques,
09:41il n'y a pas d'ailleurs que les Écossais
09:44et l'Irlande du Nord, le Pays de Galles aussi.
09:46C'est le Pays de Galles aussi, oui.
09:47Mais si jamais les Britanniques, malgré tout,
09:49votent pour la sortie de l'Union,
09:52je pense que derrière, d'autres peuvent se révéler.
09:55La Pologne, qui est...
09:57Oui, les pays de l'Europe central.
09:59On va revenir sur ces conséquences, si vous le voulez bien.
10:03Karima Delis, sur cette question-là,
10:05cette question de la poussée extrémiste de droite eurosceptique
10:11et en même temps cet ultralibéralisme,
10:14on s'aperçoit qu'on vient de le dire il y a quelques secondes,
10:17les institutions européennes sont assez molles,
10:19pour le dire, comme vous l'avez dit tout à l'heure aussi,
10:21par rapport à ce qui se passe.
10:22Et le Parlement ?
10:25Le Parlement, dans sa grande majorité, malheureusement,
10:27n'a pas beaucoup de pouvoir.
10:29Ça, c'est la première chose.
10:30La deuxième chose, c'est qu'il faut que...
10:32Et c'est là où on a un vrai travail de pédagogie à faire.
10:36Pourquoi ?
10:37Parce qu'il faut que les chefs d'État, comme les États, même les peuples,
10:40doivent comprendre qu'on ne peut pas s'en sortir individuellement.
10:45Si on veut que ça avance, c'est tous ensemble.
10:48Et là, on est dans un paradoxe totalement incroyable,
10:51puisque David Cameron, qui est coincé,
10:53il faut le rappeler, parce que ça, je pense qu'on ne le matraque pas assez,
10:56mais il est coincé avec son extrême droite
10:59et les eurosceptiques avec UKIP.
11:02Et lui, la seule porte d'entrée, de sortie, qu'il trouve, c'est...
11:06Mais ça, c'est intéressant.
11:08La seule sortie qu'il trouve, c'est de taper encore sur l'Europe bouc émissaire,
11:13sans régler les problèmes internes.
11:15Mais il a très bien joué, quelque part, Cameron.
11:18Pourquoi ?
11:18Parce que lui, il n'a pas de contraintes,
11:20contrairement parce que vous faisiez...
11:22Isabelle faisait la comparaison, et Patrick aussi avec la Grèce.
11:25Il ne fait pas partie de la zone euro.
11:27Il n'a pas de contraintes.
11:28Regardez la dette de la Grande-Bretagne.
11:31Elle est équivalente à la France.
11:32Elle ne doit des comptes à personne, ce qui est quand même fou.
11:36Les 3% du PIB de sa dette, personne ne lui tape sur les mains.
11:39Vous voyez les contraintes de cette zone euro.
11:41La deuxième chose qui est importante,
11:43moi, je pense que le Parlement et les institutions européennes,
11:47aujourd'hui, ne fonctionnent plus comme elles devraient fonctionner.
11:50Il y a un moment où il va falloir se dire
11:53si on veut continuer la construction européenne,
11:57ce sera une Europe à double vitesse.
11:59Il y a ceux qui veulent avancer sur une harmonisation sociale,
12:01une harmonisation fiscale.
12:03Il y en a qui veulent aller beaucoup plus loin,
12:05notamment en termes de budget.
12:06Ce n'est pas normal qu'on n'a pas la taxe des transactions financières.
12:08Il y a une volonté d'avancer.
12:11Et parallèlement, il y a, notamment, les pays de l'Europe centrale,
12:14c'est la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la République tchèque et les Slovaques,
12:21qui disent quoi ?
12:22Qui disent, mais bravo, M. Cameron, défendez la souveraineté.
12:26Parce que nous, si vous réussissez demain,
12:28nous aussi, on fera un statut spécial
12:30et on reviendra à imposer plus de libéralisme,
12:34mais surtout plus de déréglementation.
12:37C'est ça qu'il faut dire.
12:38au profit, contre ce que nous, nous essayons de faire.
12:42C'est-à-dire une Europe sociale, une Europe politique
12:44et continuer à avancer sur le projet européen.
12:49Alors, Patrick Loyer, est-ce que tout ce qu'on est en train de dire là,
12:52ça ne mène pas un peu, maintenant, une grande majorité,
12:55et peut-être des groupes qui étaient ambivalents sur ces questions-là,
13:00une grande majorité des députés,
13:02à se dire que finalement, il faut quand même, aujourd'hui,
13:04défendre l'unité européenne, j'allais dire,
13:07au sens classique du terme,
13:09est-ce que ça plaide pour cette Europe-là, malgré tout, j'allais dire ?
13:14Non, ça ne plaide pas pour cette Europe-là.
13:16Oui, bien sûr, on s'entend.
13:17Oui, bien sûr.
13:19En tous les cas, pas pour la destruction ou la sortie de l'Europe.
13:22Est-ce que l'exemple anglais, britannique,
13:25devient un exemple à ne pas suivre pour vous ?
13:28Non, la question de fond qui est posée à tout le monde aujourd'hui,
13:33c'est comment crée-t-on des conditions pour transformer cette construction européenne ?
13:39Parce que, dans le cas du Royaume-Uni,
13:42le Royaume-Uni veut sa liberté, veut déréglementer,
13:46veut avoir la possibilité de pressurer encore le travail, par exemple,
13:51ou les droits sociaux,
13:52mais le Royaume-Uni n'a pas été privé de fonds européens.
13:56On connaît ce slogan de Mme Thatcher qui dit
14:00« Moi, il faut que j'ai plus d'argent que j'en retourne ».
14:05Donc, il n'a pas été privé de ça.
14:07Donc, la question qui est posée au fond,
14:10c'est que les fonds, même s'ils restent insuffisants aujourd'hui,
14:14les fonds qui sont utilisés aujourd'hui,
14:16devraient l'être avec comme retour des progrès sociaux,
14:22des progrès économiques, des progrès démocratiques,
14:24des progrès dans les manières de produire,
14:27c'est-à-dire passer vers la transition environnementale dont on a besoin.
14:31Et donc, la question, pour moi, n'est pas sortir ou pas.
14:35La question fondamentale qui est posée aujourd'hui,
14:38c'est que nous avons besoin d'une construction européenne,
14:41nous avons besoin de plus de solidarité européenne,
14:43et même mondiale, entre nous, soit dit.
14:46Mais ceci ne peut pas se faire sur ces bases-là,
14:49parce que les bases-là qui font qu'il y a un développement inégalitaire
14:55conduisent des gens, des groupes de gens,
14:58à refuser même l'idée de construction européenne.
15:01Et ça, c'est un peu dangereux aujourd'hui.
15:04Et au nom de cette idée, la facilité,
15:07c'est d'aller vers des forces nationalistes et extrémistes
15:10qui ne sont pas favorables aux travailleurs qui prétendent défense.
15:13Mais est-ce que, selon vous, ce discours-là est audible en ce moment
15:16en Grande-Bretagne, au Royaume-Uni ?
15:18Est-ce qu'il y a des forces qui soutiennent,
15:20on sait, les travaillistes en partie, les syndicats ?
15:22Les syndicats.
15:23Parce qu'on ne l'entend pas tellement, ce discours-là,
15:25à l'heure actuelle, dans la campagne électorale.
15:26Les syndicats, Jérémy Corbyn a dit un certain nombre de choses intéressantes.
15:29Pour parler de ces positions.
15:31Les confédérations des unions au Royaume-Uni
15:35ont toutes appelées à voter in.
15:38C'est ça.
15:38Pourquoi ? Alors, en plus, avec des arguments qui nous,
15:40nous interpellent en tant que Français un peu,
15:42parce qu'ils disent, aujourd'hui, finalement,
15:45compte tenu de la dégradation des droits sociaux au Royaume-Uni,
15:49eh bien, finalement, les directives et les niveaux de l'Union européenne
15:57nous stabilisent et nous empêchent de continuer la dégradation des droits sociaux.
16:03Donc, c'est quand même assez intéressant.
16:05Et par ailleurs, effectivement, ils ne sont pas pour...
16:10Alors, après, ils n'osent pas forcément le dire dans le débat.
16:12C'est aussi ça, le sujet.
16:14Et ça rend un peu inaudibles les choses,
16:16parce que, finalement, c'est toujours pareil.
16:17Quand on est droite, gauche, syndicaliste et SIT,
16:21enfin, en tout cas, une partie de la SIT,
16:24à défendre la même position,
16:25c'est sûr que ça n'aide pas la clarification du débat.
16:29C'est souvent le problème dans les référendums.
16:32La simplification est toujours dangereuse.
16:34Donc, c'est vrai qu'ils n'ont pas...
16:36Mais pourtant, ils le disent.
16:37Ils disent que, finalement, au point où ils en sont arrivés,
16:41malheureusement, les directives européennes sont protectrices des droits sociaux.
16:47Et pour autant, je crois sincèrement qu'il y a énormément de Britanniques
16:52qui sont pour la construction européenne.
16:54Mais c'est ce que dit Patrick Huillac.
16:55C'est-à-dire qu'à un moment donné,
16:57ça veut dire quoi être pour ou pas la construction européenne ?
17:00Et la question qui nous est posée,
17:03c'est bien sûr par quels moyens,
17:05mais c'est d'abord, est-ce que, oui ou non,
17:08on est fichus capables de construire,
17:12enfin, d'avancer vers quelques victoires progressistes de gauche,
17:15on va dire pour simplifier, et notamment la question fiscale,
17:19la question sociale.
17:20Sur la question fiscale, il y a quelques avancées ces derniers temps,
17:23mais bon sang, est-ce qu'on est capable de montrer au peuple
17:26que, oui, ça sert à quelque chose ?
17:27Oui, on est en meilleure situation de les protéger
17:30que si on était seulement les États-nations.
17:33Ça, la seule question.
17:35Est-ce qu'on peut faire cette démonstration ?
17:37Et là, si on fait cette démonstration, on peut continuer.
17:40Si on n'arrive pas à faire cette démonstration...
17:43Et le problème, c'est qu'on est un peu au milieu du...
17:45Oui, c'est ça.
17:45Au milieu du guet, quoi.
17:47Vous en parliez tout à l'heure, Karima, Deli.
17:50Revenons-y peut-être sur ce scénario que vous ne souhaitez pas,
17:54que personne ne souhaite en ce moment.
17:56Quelles en seraient finalement les conséquences ?
17:58Et qu'est-ce qu'on peut estimer ?
17:59Parce qu'on entend beaucoup de choses là-dessus, bien entendu.
18:01C'est un des motifs, bien entendu, de campagne.
18:06On essaie d'envisager cette hypothèse-là
18:09pour s'en servir comme argument de campagne pour les uns ou pour les autres.
18:12Qu'est-ce qui se passerait réellement ?
18:14Ce serait une première dans l'histoire européenne.
18:17C'est-à-dire que l'histoire européenne n'a fait que se construire.
18:20Là, on déconstruit.
18:22Donc symboliquement, c'est très révélateur.
18:24Je le rappelle simplement d'un point de vue,
18:27puisqu'on fait allusion à ces statistiques,
18:28c'est la première fois qu'un pays qui appartient à l'Union européenne
18:31depuis 1973 remet en cause son appartenance.
18:34Il y a eu des référendums sur des aspects de la construction européenne,
18:37mais là, symboliquement, c'est-à-dire que la construction européenne s'est toujours construite
18:42et maintenant, on déconstruit.
18:44Symboliquement, c'est très fort parce que quand vous regardez l'ensemble des sondages
18:48qui est assez intéressant, notamment,
18:50qu'est-ce que pensent les citoyens européens de ce Brexit qui ne sont pas anglais ?
18:55Mais ça va de 60 à 80% des citoyens européens ne veulent pas que le Royaume-Uni sorte de
19:02l'Europe,
19:03ce qui est quand même assez révélateur, notamment de ces citoyens qui disent
19:06« c'est notre histoire, quelque part ».
19:08C'est notre histoire.
19:09Alors, ce qui va être terrible, c'est qu'on va tomber dans deux ans,
19:14puisque l'article 50 du traité de Lisbonne permet légalement,
19:17c'est la règle du divorce, de sortir de l'Europe.
19:21Mais ça va prendre deux ans.
19:22C'est pendant ces deux ans, qu'est-ce qui va se passer ?
19:25En termes institutionnels, est-ce que les députés européens, britanniques vont sortir ?
19:30Le grand perdant de la farce, si je peux me permettre de parler comme ça, c'est l'Écosse.
19:34L'Écosse qui a tout fait pour ne pas devenir indépendante,
19:38qui aujourd'hui, on lui dit « vous allez sortir de l'euro ».
19:43Et donc, peut-être que le 28e pays, ce sera l'Écosse.
19:46Et donc, pendant qu'il y en a un qui sort, l'autre va commencer à faire sa procédure
19:50pour entrer dans l'Union européenne.
19:52Ensuite, on aura vraiment toutes les questions de comment on fait pour les commissaires européens,
19:59comment ça va se passer en termes budgétaires, comment ça va se passer.
20:04Et moi, je crois que ça va être la grande âme, c'est la question notamment sociale.
20:08Pourquoi ?
20:09Actuellement, on a au Royaume-Uni 3 millions d'Européens.
20:14Sur les 3 millions d'Européens, on a beaucoup, beaucoup de travailleurs,
20:18notamment d'Europe centrale.
20:20Si demain, on bascule sur le fait qu'ils ne toucheront plus leurs indemnités,
20:27leurs protections sociales, énormément de pays vont se lever en disant
20:30« mais si nous, à ce moment-là, il n'y a pas de raison que les citoyens britanniques
20:33qui vivent chez nous, aient le même statut ».
20:35Donc, vous voyez, on va créer des conflits en interne qui vont être terribles.
20:39Et c'est pour ça que moi, je souhaite qu'on soit assez intelligents
20:43pour dire qu'on sorte ou qu'on sorte pas, la date du 23,
20:47il faut faire un appel sur l'année pour maintenant, il faut siffler la fin de la récré à l
20:51'Europe
20:52et de dire qu'il est grand temps de créer ce que moi, je souhaite,
20:55les conditions pour une autre Europe
20:56et surtout de voir quelles sont les urgences.
21:00Parce que les urgences, on sait, c'est la question de l'emploi,
21:03c'est la question de ce poison qu'on appelle le dumping social,
21:06ce poison aussi qu'on appelle le dumping fiscal, comment on fait pour être…
21:09Et là, il faut avoir le vrai débat.
21:11Est-ce qu'on veut une Europe fédérale ?
21:12Ou est-ce qu'on règle les questions notamment d'étape ?
21:16Est-ce qu'on passe sur une étape, une Europe zone euro ?
21:19Ou alors, on prend tous ensemble et on avance à son niveau ?
21:22Moi, je pense que ce sont des questions centrales sur lesquelles les chefs d'État,
21:26mais même la Commission européenne, doivent avoir des solutions.
21:29Et nous, en tant que parlementaires, nous sommes prêts à prendre ce genre d'initiative.
21:33Dans les grands débats d'idées, on est dans la solution des grosses questions les unes après les autres, j
21:38'allais dire.
21:38On est un peu dans cette procédure-là.
21:40Oui, mais il faut aller vite parce qu'il y a deux enjeux.
21:43C'est-à-dire qu'en France, on a une élection présidentielle où si, malheureusement, le Brexit a lieu,
21:49c'est-à-dire les euro-sceptiques en France vont brandir la question du référendum.
21:53Et ensuite, on a l'Allemagne, tout de suite dans la foulée.
21:55Donc, vous voyez que le terreau, si on ne réagit pas tout de suite,
21:59le terreau de l'euro-scepticisme gagnera dans les esprits et ensuite, demain, dans les votes.
22:03Parce que c'est un pays fondateur, le Royaume.
22:06Voilà. C'est ça. Est-ce que l'Europe est au péril de ce Brexit, on pourrait dire, aujourd'hui
22:11?
22:11Est-ce que vous pensez ça ?
22:12Au péril, non.
22:14Non.
22:14Mais c'est un événement qui s'ajoute à une multitude d'autres.
22:18C'est-à-dire ce qui a été fait à la Grèce et qui a donné l'image la pire
22:22des institutions européennes,
22:24très autoritaires, qui imposent la manière dont est, je n'ose pas employer ce mot géré,
22:31dont est appréhendée la question des réfugiés, celle de la paix et de la guerre,
22:35la solidarité entre pays européens, contre le terrorisme.
22:39Voilà une multitude de questions qui sont posées, qui pourrissent au fond jusqu'à l'idée même.
22:46Et ceci ajoute encore à cela avec vraisemblablement, s'il y avait la sortie, c'est vrai ce que dit
22:54Karima,
22:55il y aurait un débat vraisemblablement d'une autre nature dans tous les pays européens,
23:03dans le nôtre, mais aussi dans d'autres pays européens.
23:05Alors juste un petit jeu pour terminer.
23:08Si vous aviez un conseil, j'allais dire, à donner pour ces élections, un argument avancé,
23:14quel serait-il, Isabelle Thomas ?
23:16Qu'est-ce que vous diriez aujourd'hui à des électeurs britanniques pour tenter de les convaincre ?
23:24Difficile, mais je dirais que plus on sera fort, donc plus on sera nombreux, plus on sera fort,
23:33et plus on sera fort, et plus on pourra réguler une économie mondiale qui est dévastatrice,
23:41réguler, y compris d'ailleurs aider les pays en développement à retrouver...
23:47Bref, plus on sera nombreux, plus on sera fort, plus on sera fort,
23:50plus on pourra peser sur l'avenir de ce monde qui va très mal.
23:55Et voilà, je pense moi que les solutions, elles sont dans ce rassemblement
24:01et non pas dans la division, comme on disait avant, le parti ne se renforce pas, on ne s'est
24:04plus rendu.
24:06Karima Deli ?
24:07Moi je dirais juste que l'Europe était une utopie,
24:11mais maintenant l'Europe va devenir une réalité.
24:14Mais c'est ça, voilà.
24:15C'est ça, on passe de l'Europe utopie, donc maintenant il faut que l'Europe devienne une réalité,
24:19c'est pour ça qu'il faut avancer, il faut la construire,
24:22mais avec un autre projet politique qui donne envie et qui redonne espoir,
24:26et de montrer à quel point les solutions, elles ne viendront pas des États,
24:29c'est réellement, elles ne viendront de l'Union Européenne.
24:32Alors on ne va pas jouer les bookmakers, c'est une spécialité britannique,
24:35mais vous pensez quoi du résultat final ?
24:39Comment vous ressentez les choses ? Comment vous ressentez ce qui est en train de se passer ?
24:42Qu'est-ce que vous dites ?
24:43Les derniers sondages que j'ai vus, c'est-à-dire hier soir,
24:46ils donnaient vraiment 50...
24:47Ils en sortent, les sondages, c'est un business incroyable.
24:49Ils donnent vraiment 50-50, moi je pense que réellement ils vont sortir.
24:54Ah oui, tu vois.
24:54Ah oui.
24:55Et je pense qu'ils vont sortir et ça va avoir...
24:58C'est pour ça qu'il faut préparer l'électrochoc
25:00et préparer justement l'alternative à un nouveau projet politique européen.
25:05Patrick Le Yéric, même chose, un conseil, un pronostic, j'allais dire ?
25:09Le pronostic, non.
25:10Mais moi, ce qui est valable pour les citoyens du Royaume-Uni comme les autres citoyens,
25:15notre grande question à tous, aux salariés, aux syndicalistes,
25:19aux associations, au mouvement des consommateurs, au mouvement écologiste,
25:23c'est de se retrouver, de se rassembler ensemble,
25:27non pas pour faire table rase,
25:29mais pour dépasser la construction européenne actuelle,
25:32la refonder totalement pour un nouveau projet social et environnemental.
25:37Merci à vous, merci beaucoup d'avoir pris sur votre temps,
25:40sur votre emploi du temps ici au Parlement européen.
25:43Résultat, le 23 juin, donc à la prochaine session du Parlement,
25:47on va bien sûr, bien entendu, y revenir, d'une manière ou de l'autre.
25:51Merci à vous tous, merci à vous qui nous avez suivis.
25:54Sur le site de l'humanité.fr, vous retrouverez l'autre débat de cette session au Parlement européen.
26:00Il porte, on en a parlé déjà un petit peu, sur la politique, l'économie qui est sociale de l
26:04'UE
26:04au moment où la Commission européenne, on s'en est rendu compte,
26:08notamment spécialement en France au cours des dernières semaines,
26:11se mêle de plus en plus de ces questions sociales dans les pays membres.
26:17Au revoir, merci à vous.