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  • il y a 2 semaines
A travers un travail de récolte de témoignages, de transcriptions et de photographie, Speakup ! porte la voix de ceux, victime, témoin ou simplement citoyen solidaire, souvent démunis face à leurs expériences quotidiennes de violence policière, qui refusent de garder le silence plus longtemps. Rencontre avec Isaac Paul, le coordinateur de ce projet citoyen qui préfigure et prolongera la marche pour la dignité et la justice du 19 mars à Paris.

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Transcription
00:02isaac paul bonjour alors vous êtes le fondateur de cette plateforme numérique accessible sur
00:08facebook sur twitter sur instagram qui s'appelle speak up alors c'est quoi speak up c'est le but
00:14c'est surtout de faire de donner accès à des témoignages et à des expériences qui sont qui
00:21sont pas médiatisés qui s'inscrit dans un quotidien afin de mettre la lumière sur une
00:27réalité qui est assez violente et de contextualiser l'actualité donc pour être clair c'est traduire
00:33un petit peu ce qui se passe entre les jeunes les jeunes des quartiers populaires et la police et
00:38ça s'inscrit dans une démarche qui va précéder la marche du 19 oui mais mais pas que en fait
00:44c'est
00:45aussi un projet photographique moi je suis je suis je collabore avec un photographe et un graphiste et
00:52donc le but aussi c'est de donner un corps à cette voie là et d'avoir une image assez
01:00esthétique afin
01:01de changer aussi le regard porté sur ces quartiers et sur les gens qui les habitent alors les premiers
01:08témoignages pour l'instant il y en a il y en a une trentaine à peu près on a entre
01:12on a un peu moins
01:14d'une vingtaine de témoins qui ont tous apporté au moins une histoire et des fois deux ou trois c
01:19'est
01:19vrai que c'est difficile pour eux de choisir une histoire en particulier les témoins sont tout profil
01:24on a parlé de quartier populaire mais il ya aussi des gens qui ont des expériences violentes qui
01:28n'en viennent pas il ya aussi des gens qui sont témoins parce qu'on a mis on a mis
01:32beaucoup l'accent
01:33sur le sur les témoins parce que c'est une des limites les plus difficiles à franchir quand on veut
01:38s'attaquer ou se défendre en tout cas par rapport à ça c'est de mobiliser des témoins là les
01:42policiers
01:42peuvent mobiliser des collègues dans le cas de violence policière c'est beaucoup plus difficile d'avoir des
01:47contacts avec les gens qui étaient témoins de la scène surtout quand on se fait arrêter après
01:52il ya aussi beaucoup de témoins qui sont disqualifiés s'ils ont un casier judiciaire donc c'est vrai que
01:56voilà on a c'est aussi c'est un appel à témoins et à victimes de violences policières parce que
02:00c'est
02:01vraiment là le lien entre ces deux personnes là qui permet de se défendre face à ces actions
02:07isaac qu'est ce qui pousse les gens qui veulent témoigner à le faire justement alors dans la plupart des
02:13cas c'est moi mais ensuite voilà des motivations qui les aident à sortir du silence c'est déjà le
02:20recul beaucoup des témoins ont vécu ces choses là il ya dix ans et à quinze ans c'est vrai
02:25que ça
02:25inscrit notre présent aussi dans la suite des choses ça aide à comprendre que le climat actuel
02:32il est installé depuis longtemps et c'est vrai qu'avec le recul ils ont pu comprendre que ce qu
02:37'ils ont
02:37vécu n'était pas normal donc ils sont rentrés dans cette réalité là à la fin de l'enfance et
02:42l'ont pas remise en question mais l'entrée dans l'âge adulte de chez le là les fois l
02:46'insertion le
02:47fait de devenir parent fait que qu'ils se rendent compte de la gravité des faits il ya aussi des
02:52gens qui vivent avec cette culpabilité en particulier pour les témoins on se sent souvent impuissants quand
02:58on est quand on est face à ce genre de choses là on n'a pas forcément moyen de prendre
03:01contact avec
03:02les victimes le fait de témoigner c'est aussi pour certains une possibilité de de porter l'aide
03:09à ce face aux victimes qu'ils ont rencontrés à travers le témoignage de faire partager cette
03:16expérience là pour pouvoir même pas vraiment laver leur conscience mais plutôt sortir d'une certaine
03:22passivité d'une impression d'impuissance et donc donc voilà il ya aussi pour certains témoins qui
03:28n'ont pas réussi à engager des poursuites ou dont les poursuites n'ont pas été donc n'ont pas
03:34connu
03:34de suite c'est une façon de gérer pas prendre une revanche mais plutôt de rétablir une certaine
03:42justice en sortant de du silence et en dénonçant des expériences qui sont traumatisantes avec lesquelles
03:48ont dû vivre leur vie d'adulte et alors est ce qu'il ya un ou deux témoignages qui vous
03:53ont
03:53particulièrement marqué oui bien sûr il ya eu le témoignage déjà d'une infirmière qui a vu une
04:01personne mourir dans son service des suites de violences policières mais dont l'administration
04:06a à protégé la police en allant contre certaines certains constats médicaux pour dire à la famille
04:13que c'était juste un arrêt cardiaque donc ça c'est vrai que ça m'avait beaucoup marqué parce que
04:18c'est
04:22trouvé de moyens pour pour dénoncer ces faits qui n'a pas pu contacter la famille et qui vivaient
04:29avec cette cette douleur depuis des années ça m'a aidé à comprendre que que la violence elle
04:35elle pouvait être symbolique elle pouvait aussi être au second degré et qu'être dans la famille
04:40de victimes ou proches de victimes ou avoir été témoin de certaines violences c'est aussi une violence
04:46et de vivre avec ces souvenirs là c'est aussi très difficile donc voilà il ya aussi un autre témoignage
04:51c'était le premier que j'ai récolté qui ressemblait beaucoup aux histoires que j'entendais
04:57quand j'étais adolescent où la victime enfin en tout cas c'est la personne qui témoigne riait très
05:04souvent pendant l'interview et surtout au moment où il parlait de violences assez crues et donc ça
05:12c'était vraiment un très bel exemple de la banalisation de ces violences là et de comment on
05:18l'intériorise et on la banalise aussi pour pouvoir nous vivre avec ses souvenirs
05:24l'affaire de théo qui a été violé lors d'un contrôle a été très médiatisé mais vous montrez aussi
05:31que c'est
05:31quelque chose qui dure depuis très très longtemps et qui n'est pas forcément aussi grave mais qui n'est
05:36jamais médiatisé voilà en fait ce qui est important pour nous enfin pour moi en tout cas
05:41personnellement c'était de montrer que voilà moi cette réalité là j'ai grandi avec avec tout ce
05:47scène et on est beaucoup à avoir grandi avec et pour nous c'est ces crimes s'inscrivent dans une
05:52réalité de violence quotidienne c'est vrai que on a tous été choqués mais peut-être pas autant
05:58que d'autres parce que on est habitué à ce rapport là avec la police donc le but c'était
06:01aussi de
06:01contextualiser cette actualité et de montrer que de l'insulte de la menace du contrôle abusif de la
06:09palpation jusqu'au meurtre il ya plein d'étapes et que c'est dans cette réalité que s'inscrivent cette
06:15actualité là et pas dans un contexte de débordement occasionnel et est très exceptionnel et alors dans
06:24les phrases que vous mettez en exergue de chacun des témoignages il y en a une qui m'a frappé
06:28justement c'est il nous frappe un peu en parlant des policiers mais c'est normal voilà et c'est
06:34ça
06:34qui est intéressant pour moi quand on quand on raconte ces histoires entre nous on a tendance à
06:39en rire à les banaliser à les minimiser à presque prendre des fois des postures assez héroïques
06:45dans nos provocations parce que la provocation c'est la seule défense en l'occurrence qui vient
06:49naturellement dans ces cas là et c'est vrai que bah le maître par écrit isoler certaines phrases du
06:57contexte ça permet de prendre du recul par rapport aux faits et de nous les bon en tout cas les
07:02premiers
07:02concernés se rendre compte de la gravité des faits parce que parce que se rendre compte de la gravité
07:06des faits c'est aussi la dénoncer avant d'arriver à la mort et au viol et c'est très
07:10important
07:11concrètement vos témoignages et aussi cette marche du 19 quel objectif ça en tout cas les témoignages
07:19de l'objectif c'est surtout c'est vraiment enfin ils sont ils sont multiples d'une part c'est
07:24de c'est
07:25essayer de faire baisser le seuil de tolérance face à la violence qu'on puisse commencer à réagir à
07:31se mobiliser avant que l'un des nôtres meure avant qu'une personne soit violée d'autre part essayer de
07:38créer une communication entre des gens qui n'ont pas forcément une communauté d'expérience c'est à
07:42dire quand il ya beaucoup d'amis à moi qui n'ont jamais été confrontés à la violence policière le
07:46lire noir sur blanc lire les récits d'une violence comme celle que certains vivent ça permet de créer
07:51une certaine solidarité et ça c'est aussi assez important donc c'est vraiment d'une part de 2 de
07:58contextualiser l'actualité de sortir dans certains silences de faire sortir des récits d'un cadre privé
08:05d'amener sur la scène publique pour créer un débat de montrer une solidarité avec les victimes des
08:11crimes les plus graves et en ça la marche s'inscrit tout à fait dans cette démarche dans le sens
08:17où la
08:18marche c'est aussi une expression c'est occuper l'espace public c'est faire porter sa voix contre
08:24quelque chose qu'on vit comme une injustice et en l'occurrence pour cette marche elle va aboutir place de
08:31la
08:31république la république par essence c'est la république pour tous mais c'est vrai qu'on a l'impression
08:36que ce phénomène ne concerne que les quartiers populaires et que les jeunes hommes noirs et arabes
08:42des quartiers populaires quand on est une femme on a vraiment beaucoup moins de chances de se faire
08:47contrôler quand on est blanc aussi et de subir ce genre de choses donc comment faire pour que on se
08:53rende compte que ça concerne tout le monde alors après c'est vrai que ça concerne tout le monde mais
08:58pas de la même façon et c'est vachement important je pense de de de mettre l'accent sur les
09:03spécificités un migrant n'a pas le même rapport à la police qu'un quelqu'un des banlieues un sans
09:09-papier
09:09n'a pas le même rapport que quelqu'un des banlieues un militant n'a pas le même rapport avec
09:12la police
09:13qu'est-ce qu'un des banlieues ils subissent tous de la violence mais elle s'exprime différemment et
09:17donc des cadres différents et mais il reste quand même cette communauté expérience autour d'un rapport
09:23violent avec l'état et d'une répression ou d'un certain racisme dans certains quartiers donc
09:29c'est vrai que se réunir autour de cette question ça permet de créer des ponts et de et de
09:35remettre
09:35en question l'état dans l'exercice en tout cas de la force fait actuellement surtout depuis l'état
09:40d'urgence il ya eu vraiment une recrudescence des violences policières depuis qu'on est dans
09:46l'état d'urgence et le cadre légal protège beaucoup la police par rapport à ça c'est vrai
09:51que nous les perquisitions par exemple sont en tout cas dans nos témoignages perçus comme une
09:57violence parce que les proches les gens qui vivent la perquisition le vivent comme une invasion comme
10:01une violence elles sont pas toujours fait dans un cadre respectueux les les contrôles au facettes
10:08aujourd'hui ont beaucoup lieu sur des personnes qui sont qui ont des signes distinctifs d'appartenance
10:13à l'islam voilà c'est aussi une violence qui a qui a connu une certaine augmentation après
10:20l'état d'urgence donc voilà l'islamophobie la négrophobie parce que beaucoup de nos témoins
10:24aussi sont noirs et font face à des insultes raciales très fortes de la place de la part des
10:29policiers sont voilà différentes modalités de violence mais c'est une violence qui est vécue
10:36et par les syndicalistes et par les sans-papiers et c'est vrai que si on peut pas ni l
10:42'aspect
10:43raciste on peut l'inscrire comme une des conditions qui entraîne ces violences ce serait
10:51dommage qu'on continue en france à montrer la solidarité envers les victimes que parce
10:56qu'elle nous ressemble et speak up c'est aussi ça c'est c'est de montrer des gens qui
11:00ne se
11:00ressemblent pas entre eux qui vivent des violences qui sont pas exactement les mêmes qui sont de
11:04différents degrés différentes natures mais créer une solidarité à travers justement ce récit
11:10cette partage d'expériences pour que tous ensemble on fasse face et donc voilà je
11:14pense que le 19 mars en l'occurrence c'est une marche qui est centré autour des
11:20familles de victimes c'est les familles victimes qui en sont à l'origine et le
11:24fait que différents groupes qui représentent pas forcément les quartiers ou les
11:28minorités ici d'immigration sont solidarises c'est important c'est important parce que
11:33symboliquement ça montre qu'on peut quand même malgré le climat ambiant de racisme
11:38malgré la montée des extrêmes de l'extrême droite on peut encore en france
11:43se solidariser de gens à travers à travers les différences rationnelles
11:47et au delà du 19 mars vous allez bien sûr continuer speak up sous quelle forme
11:51oui bien sûr on a des projets en tout cas pour pour continuer je suis associé avec
11:56deux personnes qui sont on va dire artistes donc évidemment on a on a pour
12:02ambition éventuellement de faire une exposition des photos du corpus de
12:06photo on collabore aussi enfin très bonne collaboration avec un collectif
12:09d'artistes qui s'appelle africada qui sont plus spécialisés dans le cinéma et
12:12dans les arts plastiques donc on aimerait vraiment que cette démarche touche
12:17d'autres lieux et d'autres populations que c'est que cette voix cette parole soit
12:21portée en dehors de nos quartiers pour atteindre des populations qui ne
12:25connaissent pas cette réalité à travers le prisme de l'art éventuellement en
12:28mettant à disposition ce corpus pour créer du contenu et alors justement cette
12:34marche on n'a pas encore dit c'est la marche pour la justice et pour la
12:36dignité est ce que la beauté l'art augmente la dignité je pense que la
12:42dignité de fait on l'a en tant qu'être humain c'est quelque chose avec lequel on
12:45est et si l'art ne permet pas forcément de donner une dignité elle permet en
12:51l'occurrence de la montrer la plupart des modèles des témoins des des speak up
12:58sont des gens qui ont qui sont dignes et fiers et qui qui dans leur prise de
13:05position ont une grande dignité et donc voilà moi je pense que
13:10il montre en témoignant même si c'est difficile de témoigner certaines choses
13:13que leur dignité n'a pas été arrachée par par ses interactions merci beaucoup
13:18isaac

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