00:02isaac paul bonjour alors vous êtes le fondateur de cette plateforme numérique accessible sur
00:08facebook sur twitter sur instagram qui s'appelle speak up alors c'est quoi speak up c'est le but
00:14c'est surtout de faire de donner accès à des témoignages et à des expériences qui sont qui
00:21sont pas médiatisés qui s'inscrit dans un quotidien afin de mettre la lumière sur une
00:27réalité qui est assez violente et de contextualiser l'actualité donc pour être clair c'est traduire
00:33un petit peu ce qui se passe entre les jeunes les jeunes des quartiers populaires et la police et
00:38ça s'inscrit dans une démarche qui va précéder la marche du 19 oui mais mais pas que en fait
00:44c'est
00:45aussi un projet photographique moi je suis je suis je collabore avec un photographe et un graphiste et
00:52donc le but aussi c'est de donner un corps à cette voie là et d'avoir une image assez
01:00esthétique afin
01:01de changer aussi le regard porté sur ces quartiers et sur les gens qui les habitent alors les premiers
01:08témoignages pour l'instant il y en a il y en a une trentaine à peu près on a entre
01:12on a un peu moins
01:14d'une vingtaine de témoins qui ont tous apporté au moins une histoire et des fois deux ou trois c
01:19'est
01:19vrai que c'est difficile pour eux de choisir une histoire en particulier les témoins sont tout profil
01:24on a parlé de quartier populaire mais il ya aussi des gens qui ont des expériences violentes qui
01:28n'en viennent pas il ya aussi des gens qui sont témoins parce qu'on a mis on a mis
01:32beaucoup l'accent
01:33sur le sur les témoins parce que c'est une des limites les plus difficiles à franchir quand on veut
01:38s'attaquer ou se défendre en tout cas par rapport à ça c'est de mobiliser des témoins là les
01:42policiers
01:42peuvent mobiliser des collègues dans le cas de violence policière c'est beaucoup plus difficile d'avoir des
01:47contacts avec les gens qui étaient témoins de la scène surtout quand on se fait arrêter après
01:52il ya aussi beaucoup de témoins qui sont disqualifiés s'ils ont un casier judiciaire donc c'est vrai que
01:56voilà on a c'est aussi c'est un appel à témoins et à victimes de violences policières parce que
02:00c'est
02:01vraiment là le lien entre ces deux personnes là qui permet de se défendre face à ces actions
02:07isaac qu'est ce qui pousse les gens qui veulent témoigner à le faire justement alors dans la plupart des
02:13cas c'est moi mais ensuite voilà des motivations qui les aident à sortir du silence c'est déjà le
02:20recul beaucoup des témoins ont vécu ces choses là il ya dix ans et à quinze ans c'est vrai
02:25que ça
02:25inscrit notre présent aussi dans la suite des choses ça aide à comprendre que le climat actuel
02:32il est installé depuis longtemps et c'est vrai qu'avec le recul ils ont pu comprendre que ce qu
02:37'ils ont
02:37vécu n'était pas normal donc ils sont rentrés dans cette réalité là à la fin de l'enfance et
02:42l'ont pas remise en question mais l'entrée dans l'âge adulte de chez le là les fois l
02:46'insertion le
02:47fait de devenir parent fait que qu'ils se rendent compte de la gravité des faits il ya aussi des
02:52gens qui vivent avec cette culpabilité en particulier pour les témoins on se sent souvent impuissants quand
02:58on est quand on est face à ce genre de choses là on n'a pas forcément moyen de prendre
03:01contact avec
03:02les victimes le fait de témoigner c'est aussi pour certains une possibilité de de porter l'aide
03:09à ce face aux victimes qu'ils ont rencontrés à travers le témoignage de faire partager cette
03:16expérience là pour pouvoir même pas vraiment laver leur conscience mais plutôt sortir d'une certaine
03:22passivité d'une impression d'impuissance et donc donc voilà il ya aussi pour certains témoins qui
03:28n'ont pas réussi à engager des poursuites ou dont les poursuites n'ont pas été donc n'ont pas
03:34connu
03:34de suite c'est une façon de gérer pas prendre une revanche mais plutôt de rétablir une certaine
03:42justice en sortant de du silence et en dénonçant des expériences qui sont traumatisantes avec lesquelles
03:48ont dû vivre leur vie d'adulte et alors est ce qu'il ya un ou deux témoignages qui vous
03:53ont
03:53particulièrement marqué oui bien sûr il ya eu le témoignage déjà d'une infirmière qui a vu une
04:01personne mourir dans son service des suites de violences policières mais dont l'administration
04:06a à protégé la police en allant contre certaines certains constats médicaux pour dire à la famille
04:13que c'était juste un arrêt cardiaque donc ça c'est vrai que ça m'avait beaucoup marqué parce que
04:18c'est
04:22trouvé de moyens pour pour dénoncer ces faits qui n'a pas pu contacter la famille et qui vivaient
04:29avec cette cette douleur depuis des années ça m'a aidé à comprendre que que la violence elle
04:35elle pouvait être symbolique elle pouvait aussi être au second degré et qu'être dans la famille
04:40de victimes ou proches de victimes ou avoir été témoin de certaines violences c'est aussi une violence
04:46et de vivre avec ces souvenirs là c'est aussi très difficile donc voilà il ya aussi un autre témoignage
04:51c'était le premier que j'ai récolté qui ressemblait beaucoup aux histoires que j'entendais
04:57quand j'étais adolescent où la victime enfin en tout cas c'est la personne qui témoigne riait très
05:04souvent pendant l'interview et surtout au moment où il parlait de violences assez crues et donc ça
05:12c'était vraiment un très bel exemple de la banalisation de ces violences là et de comment on
05:18l'intériorise et on la banalise aussi pour pouvoir nous vivre avec ses souvenirs
05:24l'affaire de théo qui a été violé lors d'un contrôle a été très médiatisé mais vous montrez aussi
05:31que c'est
05:31quelque chose qui dure depuis très très longtemps et qui n'est pas forcément aussi grave mais qui n'est
05:36jamais médiatisé voilà en fait ce qui est important pour nous enfin pour moi en tout cas
05:41personnellement c'était de montrer que voilà moi cette réalité là j'ai grandi avec avec tout ce
05:47scène et on est beaucoup à avoir grandi avec et pour nous c'est ces crimes s'inscrivent dans une
05:52réalité de violence quotidienne c'est vrai que on a tous été choqués mais peut-être pas autant
05:58que d'autres parce que on est habitué à ce rapport là avec la police donc le but c'était
06:01aussi de
06:01contextualiser cette actualité et de montrer que de l'insulte de la menace du contrôle abusif de la
06:09palpation jusqu'au meurtre il ya plein d'étapes et que c'est dans cette réalité que s'inscrivent cette
06:15actualité là et pas dans un contexte de débordement occasionnel et est très exceptionnel et alors dans
06:24les phrases que vous mettez en exergue de chacun des témoignages il y en a une qui m'a frappé
06:28justement c'est il nous frappe un peu en parlant des policiers mais c'est normal voilà et c'est
06:34ça
06:34qui est intéressant pour moi quand on quand on raconte ces histoires entre nous on a tendance à
06:39en rire à les banaliser à les minimiser à presque prendre des fois des postures assez héroïques
06:45dans nos provocations parce que la provocation c'est la seule défense en l'occurrence qui vient
06:49naturellement dans ces cas là et c'est vrai que bah le maître par écrit isoler certaines phrases du
06:57contexte ça permet de prendre du recul par rapport aux faits et de nous les bon en tout cas les
07:02premiers
07:02concernés se rendre compte de la gravité des faits parce que parce que se rendre compte de la gravité
07:06des faits c'est aussi la dénoncer avant d'arriver à la mort et au viol et c'est très
07:10important
07:11concrètement vos témoignages et aussi cette marche du 19 quel objectif ça en tout cas les témoignages
07:19de l'objectif c'est surtout c'est vraiment enfin ils sont ils sont multiples d'une part c'est
07:24de c'est
07:25essayer de faire baisser le seuil de tolérance face à la violence qu'on puisse commencer à réagir à
07:31se mobiliser avant que l'un des nôtres meure avant qu'une personne soit violée d'autre part essayer de
07:38créer une communication entre des gens qui n'ont pas forcément une communauté d'expérience c'est à
07:42dire quand il ya beaucoup d'amis à moi qui n'ont jamais été confrontés à la violence policière le
07:46lire noir sur blanc lire les récits d'une violence comme celle que certains vivent ça permet de créer
07:51une certaine solidarité et ça c'est aussi assez important donc c'est vraiment d'une part de 2 de
07:58contextualiser l'actualité de sortir dans certains silences de faire sortir des récits d'un cadre privé
08:05d'amener sur la scène publique pour créer un débat de montrer une solidarité avec les victimes des
08:11crimes les plus graves et en ça la marche s'inscrit tout à fait dans cette démarche dans le sens
08:17où la
08:18marche c'est aussi une expression c'est occuper l'espace public c'est faire porter sa voix contre
08:24quelque chose qu'on vit comme une injustice et en l'occurrence pour cette marche elle va aboutir place de
08:31la
08:31république la république par essence c'est la république pour tous mais c'est vrai qu'on a l'impression
08:36que ce phénomène ne concerne que les quartiers populaires et que les jeunes hommes noirs et arabes
08:42des quartiers populaires quand on est une femme on a vraiment beaucoup moins de chances de se faire
08:47contrôler quand on est blanc aussi et de subir ce genre de choses donc comment faire pour que on se
08:53rende compte que ça concerne tout le monde alors après c'est vrai que ça concerne tout le monde mais
08:58pas de la même façon et c'est vachement important je pense de de de mettre l'accent sur les
09:03spécificités un migrant n'a pas le même rapport à la police qu'un quelqu'un des banlieues un sans
09:09-papier
09:09n'a pas le même rapport que quelqu'un des banlieues un militant n'a pas le même rapport avec
09:12la police
09:13qu'est-ce qu'un des banlieues ils subissent tous de la violence mais elle s'exprime différemment et
09:17donc des cadres différents et mais il reste quand même cette communauté expérience autour d'un rapport
09:23violent avec l'état et d'une répression ou d'un certain racisme dans certains quartiers donc
09:29c'est vrai que se réunir autour de cette question ça permet de créer des ponts et de et de
09:35remettre
09:35en question l'état dans l'exercice en tout cas de la force fait actuellement surtout depuis l'état
09:40d'urgence il ya eu vraiment une recrudescence des violences policières depuis qu'on est dans
09:46l'état d'urgence et le cadre légal protège beaucoup la police par rapport à ça c'est vrai
09:51que nous les perquisitions par exemple sont en tout cas dans nos témoignages perçus comme une
09:57violence parce que les proches les gens qui vivent la perquisition le vivent comme une invasion comme
10:01une violence elles sont pas toujours fait dans un cadre respectueux les les contrôles au facettes
10:08aujourd'hui ont beaucoup lieu sur des personnes qui sont qui ont des signes distinctifs d'appartenance
10:13à l'islam voilà c'est aussi une violence qui a qui a connu une certaine augmentation après
10:20l'état d'urgence donc voilà l'islamophobie la négrophobie parce que beaucoup de nos témoins
10:24aussi sont noirs et font face à des insultes raciales très fortes de la place de la part des
10:29policiers sont voilà différentes modalités de violence mais c'est une violence qui est vécue
10:36et par les syndicalistes et par les sans-papiers et c'est vrai que si on peut pas ni l
10:42'aspect
10:43raciste on peut l'inscrire comme une des conditions qui entraîne ces violences ce serait
10:51dommage qu'on continue en france à montrer la solidarité envers les victimes que parce
10:56qu'elle nous ressemble et speak up c'est aussi ça c'est c'est de montrer des gens qui
11:00ne se
11:00ressemblent pas entre eux qui vivent des violences qui sont pas exactement les mêmes qui sont de
11:04différents degrés différentes natures mais créer une solidarité à travers justement ce récit
11:10cette partage d'expériences pour que tous ensemble on fasse face et donc voilà je
11:14pense que le 19 mars en l'occurrence c'est une marche qui est centré autour des
11:20familles de victimes c'est les familles victimes qui en sont à l'origine et le
11:24fait que différents groupes qui représentent pas forcément les quartiers ou les
11:28minorités ici d'immigration sont solidarises c'est important c'est important parce que
11:33symboliquement ça montre qu'on peut quand même malgré le climat ambiant de racisme
11:38malgré la montée des extrêmes de l'extrême droite on peut encore en france
11:43se solidariser de gens à travers à travers les différences rationnelles
11:47et au delà du 19 mars vous allez bien sûr continuer speak up sous quelle forme
11:51oui bien sûr on a des projets en tout cas pour pour continuer je suis associé avec
11:56deux personnes qui sont on va dire artistes donc évidemment on a on a pour
12:02ambition éventuellement de faire une exposition des photos du corpus de
12:06photo on collabore aussi enfin très bonne collaboration avec un collectif
12:09d'artistes qui s'appelle africada qui sont plus spécialisés dans le cinéma et
12:12dans les arts plastiques donc on aimerait vraiment que cette démarche touche
12:17d'autres lieux et d'autres populations que c'est que cette voix cette parole soit
12:21portée en dehors de nos quartiers pour atteindre des populations qui ne
12:25connaissent pas cette réalité à travers le prisme de l'art éventuellement en
12:28mettant à disposition ce corpus pour créer du contenu et alors justement cette
12:34marche on n'a pas encore dit c'est la marche pour la justice et pour la
12:36dignité est ce que la beauté l'art augmente la dignité je pense que la
12:42dignité de fait on l'a en tant qu'être humain c'est quelque chose avec lequel on
12:45est et si l'art ne permet pas forcément de donner une dignité elle permet en
12:51l'occurrence de la montrer la plupart des modèles des témoins des des speak up
12:58sont des gens qui ont qui sont dignes et fiers et qui qui dans leur prise de
13:05position ont une grande dignité et donc voilà moi je pense que
13:10il montre en témoignant même si c'est difficile de témoigner certaines choses
13:13que leur dignité n'a pas été arrachée par par ses interactions merci beaucoup
13:18isaac