00:02Bonjour François Ruffin. Alors Fakir est bien sûr au coeur de cette lutte depuis son début j'imagine.
00:09Ça fait 17 ans que le journal il existe à Amiens, il est juste de l'autre côté du pont
00:15ici et moi
00:16ma baraque est juste de l'autre côté en face du parc donc évidemment les goudiors ça fait 17 ans
00:20qu'on suit ce qui s'y passe comme dans d'autres usines mais enfin depuis qu'il y a
00:25une lutte en
00:25cours un peu plus que dans d'autres usines quoi. Et moi je m'attache à ce qu'il y
00:33a eu 1137 personnes
00:34qui ont été licenciées de chez Goudieur mais que ça reste pas un chiffre et à sortir des visages de
00:40la
00:40masse et là j'en ai profité pour raconter l'histoire de Patrick, Patrick qui est quelqu'un qui nous
00:45avait
00:45envoyé des textes au journal et qui profitait d'être sur la chaîne pour essayer de gagner du temps et
00:51d'en profiter pour lire ou alors à la fin il n'y avait plus du tout de travail chez
00:54Goudieur et donc
00:55il amenait les rougons macar de Zola, il s'est tapé tous les rougons macar chez Goudieur, Ulysse Joyce il
01:00l'a lu là-bas et donc je suis allé le rencontrer chez lui il y avait sa baraque, son
01:06appartement
01:07était plein plein plein plein de CD mais vraiment des milliers de CD, il était un grand fan de musique.
01:11Je lui demande mais toi tu joues aussi ? Oui je jouais et il me montre sa main et sur
01:17sa main il y avait deux doigts qui manquaient.
01:18Il jouait de la guitare avant et il y avait son auriculaire qui était bloqué, je lui dis bon ça
01:22c'est qu'est ce qui s'est passé ?
01:23Ben c'est Goudieur, il me dit j'étais sur une presse, c'était mon deuxième jour le 13 janvier
01:281993 et ben la presse elle m'a, ils avaient enlevé la sécurité et donc la presse m'a bouffé
01:34mes deux doigts et m'a bloqué l'auriculaire.
01:36Mais il y a eu la même chose sur la presse numéro 1, il y a un gars qui a
01:40aussi perdu trois doigts, il y a sur la presse numéro 2 et c'est à ce moment-là qu
01:45'ils ont remis la sécurité.
01:46Sur la presse numéro 2 c'est une main entière qui était perdue et c'est à ce moment-là
01:49qu'ils ont remis la sécurité.
01:50Michael ce matin il parlait des milliards engrangés en bénéfices par Goudieur, je fais le lien entre les doigts de
01:57Patrick et les dividendes versés aux actionnaires.
01:59Ce sont les doigts de Patrick qui font qu'il y a eu des gains de productivité et tout ça
02:03et qu'on peut verser de l'argent aux actionnaires.
02:07Donc il y a un lien qui est relativement direct entre les deux et je conclurai en disant que jamais
02:11ceux qui ont volé les doigts de Patrick n'ont été poursuivis au tribunal.
02:16Et là les cadres on ne leur a pas coupé la main pour l'instant et je ne dis pas
02:19qu'il faille le faire.
02:20Mais enfin je vois que de manière relativement régulière il y a eu des gens qui ont été estropiés dans
02:24cette usine et ça n'a pas conduit personne devant un tribunal correctionnel.
02:29C'est parti !