- il y a 1 semaine
Aujourd’hui, pour des centaines d’ouvriers, après leur licenciement, plane un risque de maladies graves dues à leur exposition prolongée à certains produits nocifs tels que les HAP-CMR utilisés dans la composition des pneus. Or la direction de Goodyear a soigneusement omis de les informer des risques encourus alors même que la loi l'y oblige. Du coup c'est la double peine pour les victimes et leurs familles, non seulement ils sont malades, pour ceux qui ne sont pas décédés, mais ils doivent se battre pour faire reconnaitre leurs pathologie comme maladie professionnelle. Aidés par les organisations syndicales, ils ont créé une association et entamé une action collective (class action) contre la direction américaine de Goodyear. Il ont des chance de voir leurs droits reconnus .. à moins que les récentes peines infligées aux ex employés de l'usine ne les empêche l'aller défendre leur dossier outre atlantique. Une condamnation qui arrange bien Goddyear... Entre 2006 et 2012, Mourad Laffitte suit le conflit social des Goodyear qui frappe durement les 1300 salariés de l'entreprise américaine. Après un plan social dévastateur, il aborde le chapitre des conditions de travail de ces salariés et les risques sanitaires qu’ils encourent dans son documentaire "Googyear, la mort en bout de chaîne"
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00:01...
00:01... sa proposition aux salariés des accords de flexibilité.
00:05Dès 2007, le groupe d'Enlob-Goudier réclame des efforts sur le temps de travail à ses salariés sur ces
00:09deux sites d'Amiens.
00:10Ce matin, plusieurs centaines d'entre eux sont venus pour manifester.
00:13Le coup de massue pour les salariés de Goudier-Amiens.
00:17Mourad Lafitte, bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Alors vous êtes réalisateur, vous avez fait de nombreux films,
00:22et vous êtes ici aujourd'hui pour nous parler de votre suivi de la lutte des Goudiards à Amiens Nord,
00:29puisque vous les avez suivis de longue date.
00:32Vous avez fait deux films avec eux,
00:35Chronique d'une délocalisation annoncée, qui a été réalisée entre 2006 et 2009.
00:39Vous avez suivi tout le démantèlement annoncé de cette usine.
00:44Vous avez vécu un petit peu sur place avec les ouvriers.
00:47Et puis à cette occasion, vous avez fait un deuxième film qui a suivi,
00:53puisque je crois qu'en travaillant avec eux,
00:55justement, vous êtes tombé sur un rapport commandé par le CHT de l'usine,
01:00qui dénonçait l'utilisation de produits extrêmement toxiques et cancérogènes,
01:05et aussi les conditions de travail et d'information des ouvriers,
01:09qui n'étaient pas du tout respectées,
01:11et qui mettaient gravement en péril leur santé.
01:13Vous avez rencontré aussi beaucoup de gens qui avaient eu des cancers,
01:16dont le lien avec leurs conditions de travail est en cours d'être prouvé,
01:21puisqu'il y a des procès qui sont en cours.
01:23Alors expliquez-nous un petit peu, déjà,
01:25qu'est-ce qui vous a amené à travailler sur ce conflit des Goudillards ?
01:28Au départ, moi, j'étais persuadé que c'était un conflit qui allait s'éterniser.
01:32Donc j'ai décidé de suivre le processus de la délocalisation,
01:37et plus précisément de la lutte, la lutte sociale.
01:41Au cours du tournage, je tombe sur un rapport provisoire commandé par le CHSCT,
01:48et au même moment, sort une très belle étude sur la revue Que Choisir.
01:52Et donc à partir de là, je me dis qu'il y a matière à travailler,
01:57à revenir sur ce dossier.
01:59Alors que disait cette étude de la revue Que Choisir ?
02:01L'étude, alors c'est pas l'étude que je peux aussi comparer
02:04avec les travaux que j'ai fait également sur ce film,
02:06puisque je me suis entouré d'un professeur
02:08qui a fait un doctorat sur les HAP et CMR,
02:11et il n'y a pas que Goudieur, ça concerne Michelin,
02:14ça concerne l'ensemble de l'industrie du caoutchouc,
02:16du pneumatique mais du caoutchouc plus précisément.
02:20Et donc ces HAPC et CMR, ce sont des substances vraiment dangereuses ?
02:25Des huiles aromatiques polycycliques qui sont utilisées,
02:28cette combustion provoque est cancérogène,
02:31et d'ailleurs est classée comme produit cancérogène.
02:34Alors elle est utilisée dans toute l'industrie ?
02:36Tout à fait.
02:36Alors elle a des doses peut-être différentes,
02:38et puis surtout, il faut voir dans les conditions
02:41dans lesquelles elles sont utilisées.
02:44Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu
02:46le tableau de l'usine que vous avez découverte ?
02:49Parce que, comme je l'ai dit, c'était un peu Zola.
02:52Les usines, j'en ai fait quatre.
02:54Certaines, je ne peux pas les nommer.
02:56Il n'y a pas de prescription, je n'ai pas trop envie d'avoir.
02:58J'y suis en train de me dire, je dirais illégal.
03:01Il y a des gros problèmes en termes de fiches techniques,
03:04affichage sur les bidons,
03:07et plus précisément Goodyear.
03:08Ce qui m'a un petit peu alerté,
03:09c'est que je n'ai pas trouvé d'amical d'anciens salariés de Goodyear.
03:14Et parmi les retraités, énormément de gens qui étaient malades
03:17ou porteurs de maladies,
03:20donc en l'occurrence, cancer, cancer de la lèvre, cancer du poumon,
03:25et la réponse souvent qu'on leur donnait,
03:26vous fumez, vous buvez.
03:28On a toujours essayé, je dirais, d'occulter un peu
03:33ces risques d'exposition et les conséquences, bien entendu,
03:35qui ont découlé.
03:37D'accord.
03:38Et alors, il y a eu néanmoins des procès qui ont été intentés,
03:42des veuves, des gens malades ?
03:44Alors, il y a un collectif qui s'est créé autour de Goodyear
03:45il y a à peu près trois ans.
03:47Il y a eu une procédure, une classe action,
03:49donc une action collective aux Etats-Unis.
03:52Sinon, moi, j'ai fait mon travail, je dirais, en tant que réalisateur,
03:55mais aussi en tant que lanceur d'alerte.
03:57Donc, puisqu'on a projeté le film à l'Assemblée nationale,
03:59j'ai pris des contacts avec Bruxelles.
04:01Énormément de difficultés avec les universités, les chercheurs,
04:04puisqu'aujourd'hui, avec la LRU, elles sont souvent financées,
04:06et entre Goodyear financent quelques universités.
04:10Donc, à partir de là, il y a une omerta.
04:12Il y a un conflit d'intérêts manifestes.
04:14Puis, certains hommes politiques qui m'ont répondu
04:16qu'il y avait plus de morts sur les routes que...
04:19Ce qui est vrai, mais ça ne change rien.
04:22Donc, voilà.
04:23Et concernant les conditions de travail, c'est vrai que j'y reviens.
04:26Alors, moi, quand j'ai visité cette usine, on le voit.
04:29Il y a des images en caméra cachées.
04:31À l'intérieur, c'est germinal.
04:33On est vraiment au début du siècle.
04:34C'est poussiéreux, c'est vétuste.
04:37Je n'ai jamais vu des installations.
04:38Aujourd'hui, l'usine est fermée,
04:40mais je n'ai jamais vu une installation si vétuste.
04:42Vraiment, j'ai découvert... Enfin, j'ai été faré.
04:45Et c'est vrai que ça découle aussi de cette délocalisation annoncée,
04:49puisque vous le rappelez, et ça a été rappelé aussi dans la presse,
04:54qu'il n'y avait plus d'investissement dans cette usine,
04:56qu'on voulait fermer à dessein.
04:58Tout à fait.
04:58Donc, on l'a sacrifié.
05:00Tout à fait, on l'a sacrifié.
05:01Et au passage, on a sacrifié la santé de dizaines de salariés.
05:05Tout à fait.
05:06C'est même la...
05:07Alors, à une époque, je parlais de simple peine
05:09quand il s'agissait de délocalisation,
05:11et que cette affaire-là, c'est une double peine.
05:12Et puis, quand on voit la manière avec laquelle...
05:15Enfin, je dirais cette répression qu'il y a sur le monde syndical,
05:17c'est vraiment la triple peine.
05:19Alors, c'est vrai qu'on y vient.
05:21Là, on a appris, il y a quelques semaines,
05:24la condamnation à neuf mois de prison ferme.
05:27Une première en France depuis les années 30 d'ouvriers
05:32qui n'avaient fait que défendre leurs droits.
05:36Peut-être sur des méthodes contestables et contestées,
05:39mais en l'occurrence, les personnes directement visées
05:41avaient retiré leurs plaintes.
05:42Donc, on sent qu'il y a vraiment une volonté de les punir
05:46et une volonté peut-être de les empêcher d'agir.
05:49Parce qu'on ne peut pas s'empêcher de penser,
05:51en voyant votre documentaire,
05:53que sachant qu'il y a des poursuites en cours
05:55contre l'usine, contre la direction américaine de l'usine
06:00pour mise en danger de la vie d'autrui,
06:03eh bien, ces gens qui seront en prison,
06:04qui seront fragilisés par leur licenciement,
06:07par le risque de sanctions, etc.,
06:09n'auront peut-être plus envie,
06:11n'auront peut-être plus la force
06:12d'aller se défendre comme ils ont commencé à le faire.
06:15Et pour des risques qui ressemblent à un scandale
06:17comme l'a été peut-être celui de l'amiante.
06:19C'est un scandale sanitaire en même titre que l'amiante.
06:22Malheureusement, c'est toujours dur d'être avant-gardiste,
06:25je dirais, de soulever ces problèmes.
06:26Cette affaire-là, on en parlera dans 10 ans,
06:28on en parlera encore dans 20 ans, j'en suis persuadé.
06:31On regardera cette affaire avec...
06:34Enfin, quand on la regardera avec beaucoup de recul,
06:36on sera indigné, scandalisé,
06:37de se dire comment est-il possible
06:39qu'en 2000, on ait pu...
06:42Je tiens à faire travailler des gens dans ces conditions.
06:44Maintenant, sur la question de la condamnation,
06:46oui, effectivement, moi, je...
06:48Je le vois de cette manière.
06:50Ils risquent la prison, effectivement.
06:52Je leur souhaite de ne pas y aller,
06:53mais dans l'éventualité où ils iraient,
06:55ils auraient des problèmes pour obtenir leur visa
06:56pour aller aux Etats-Unis, entre autres.
06:57C'est des délégués syndicaux qui ont besoin
06:59d'avoir une liberté, je dirais, de mouvement.
07:02On est dans un contexte géopolitique
07:04qui n'est pas simple,
07:06avec les menaces terroristes et avec...
07:09Donc, est-ce qu'ils vont avoir la possibilité
07:11d'aller aux Etats-Unis ?
07:12Je dirais, même avec une condamnation,
07:14avec du sursis.
07:14Il y aura toujours, je dirais,
07:17de la part du gouvernement américain,
07:19de les empêcher, sous un prétexte quelconque,
07:24de pouvoir se rendre et se défendre.
07:26Oui, donc, c'est...
07:28Peut-être que c'est derrière cette condamnation
07:30qui est scandaleuse,
07:32il y a peut-être aussi une arrière-pensée.
07:33C'est ce que vous nous dites.
07:34Cette condamnation est scandaleuse
07:36dans la mesure où le DRH et le directeur
07:39ne se portent plus partie civile,
07:40l'entreprise ne se porte plus partie civile.
07:42Donc, c'est le parquet.
07:44Le parquet dépend quand même de la chancellerie.
07:46Il y a quand même une volonté politique, quelque part.
07:49Moi, c'est mon sentiment d'avélir un petit peu
07:55toute forme, tout ce qui relève la tête aujourd'hui.
07:57Et d'ailleurs, il n'y a pas Goudieur.
07:58On le voit avec Air France,
07:59on le voit avec Ford.
08:01Je crois que Philippe Poutou est convoqué.
08:03Alors, c'est marrant parce qu'en plus,
08:04j'avais fait des images à l'époque de Philippe Poutou.
08:06Alors, c'était rien du tout.
08:07Je crois que c'était au Salon de Versailles.
08:08Il n'y a vraiment rien eu du tout.
08:10Ils sont convoqués aujourd'hui.
08:12Alors, il me semble, si c'est bien au Salon de Versailles,
08:15ça remonte à 4-5 ans.
08:17C'est complètement fou.
08:19Oui, il y a une reprise en main.
08:21Oui, il y a une reprise en main,
08:21une volonté un petit peu de...
08:24Je dirais de faire plier tout ce qui relève la tête.
08:27Alors, ce film, Goudiard, la mort en bout de chaîne,
08:30en ce moment, vous le projetez ?
08:32Oui, alors il tourne beaucoup dans les...
08:34Jeudi, j'ai essayé, moi, j'ai essayé de le passer.
08:37Alors, à Bruxelles, ça a posé des problèmes
08:39à la Commission européenne.
08:39Je suis toujours en attente de...
08:41Parce que l'idée, c'est aussi d'être lanceur d'alerte,
08:43de voir s'il n'y a pas moyen de mettre en place des lois
08:46sur la question de la sécurité du travail,
08:48sur ces notes, sur ces notifications d'information,
08:52ces fiches techniques auxquelles tout employé
08:54doit avoir conscience de ce qu'il utilise,
08:57de ce qu'il manipule.
08:58Je l'ai projeté à l'Assemblée nationale.
09:00Alors, ça s'est très bien passé.
09:01C'était deux députés européens...
09:03Une députée européenne et une députée du Parlement français,
09:07Europe Écologie.
09:08On avait fait un très bon débat sur les lanceurs d'alerte,
09:11entre autres, et sur cette question-là.
09:12Le souci, c'est qu'il n'y a pas eu, malheureusement, de suite.
09:15Et alors, là, aujourd'hui, c'est vrai qu'il reprend une actualité.
09:19Et est-ce que les ouvriers, les anciens ouvriers,
09:22notamment ceux que vous avez interrogés dans le film,
09:24humains, peut-être qu'entre-temps, certains sont morts,
09:27ou sont encore plus malades,
09:29puisque vous avez interrogé des gens
09:30pour qui c'était difficile, déjà, à l'époque.
09:34Est-ce que ça leur donne un peu de force ?
09:36Est-ce que ça leur donne envie de plus de continuer ?
09:38Oui, parce que le collectif,
09:41qui s'est créé un ancien salarié de Goudieur,
09:43de Veuve, d'Ayambro, je crois qu'il devait être 1300-1400,
09:47la combativité, ils l'ont eu,
09:48dès qu'ils ont commencé à lancer, je dirais, la procédure, oui.
09:54Ils continuent à lutter sur cette question,
09:56ils ont, il y a eu une détermination,
09:58maintenant, ce qui est en dit, c'est une procédure qui est très très longue.
10:00Moi, ce que j'en ai surtout retenu,
10:02alors, au-delà de l'indignation,
10:03en tant que citoyen, face à de telles pratiques,
10:07c'est l'absence de réponse.
10:09On a des femmes, on a des enfants,
10:11qui se posent des questions,
10:12pourquoi mon père est parti ?
10:14Et il n'y a pas de réponse.
10:15Il n'y a pas de réponse, actuellement.
10:17Oui, tout comme il n'y avait pas d'information,
10:19tout comme ces gens ont eu, pour certains,
10:21sans doute, beaucoup de mal à faire classer en maladie professionnelle,
10:23la cause de leur décès.
10:26Voilà, c'est un silence méprisant.
10:28Tout à fait.
10:29Et puis, on voit la politique qui est menée actuellement
10:30sur la question de l'inspection du travail,
10:32où on a besoin d'inspecteurs du travail,
10:34le rôle de l'inspection du travail qui doit être à charge,
10:37enfin, c'est-à-dire la défense des employés,
10:39mais en même temps à charge.
10:41Vous voyez, on est vraiment en plein dans ce contexte
10:44qui n'est pas évident.
10:45Et dans le même temps,
10:47moi, pour moi, il y a énormément d'injustice.
10:49Alors, bien sûr, injustice pour ces familles,
10:51pour toutes ces victimes,
10:53mais d'un autre côté, moi, en tant que citoyen,
10:55ça me pose aussi un gros problème.
10:56Je cotise, comme tout le monde,
10:58je fais partie des 65 millions de bénéficiaires
11:01d'une carte vitale sur le régime général.
11:05Alors, je suis entièrement d'accord,
11:06il faut les soigner,
11:07mais comment ça se fait-il
11:09qu'ils soient pris sur le régime général,
11:10alors qu'il y a des responsabilités ?
11:12La justice doit déterminer les responsabilités.
11:16Prenons le cas...
11:17Alors, imaginons que sur la filière caoutchouc,
11:18il y a 300, 400 ou 500 cas de cancer,
11:21ça coûte quand même relativement cher,
11:22puis ensuite, on va nous expliquer
11:23qu'il n'y a plus d'argent à la sécurité sociale
11:25et qu'il va falloir encore se serrer.
11:26Vous voyez, c'est aussi...
11:27Encore une fois, ce sont les entreprises
11:28qui sont les assistées.
11:30Tout à fait, moi, je crois qu'il y a...
11:31Moi, pour moi, il y a un problème.
11:33Merci beaucoup, Mourad Lafitte,
11:34d'être venu, et aussi pour ce film,
11:37je rappelle, Goudiard,
11:38La mort en bout de chaîne,
11:40un film qui dévoile peut-être
11:42une des raisons, parmi d'autres,
11:44de la condamnation si violente
11:46à laquelle on a assisté il y a quelques semaines.
11:49Sous-titrage Société Radio-Canada