- il y a 1 semaine
Quelques jours après l'assassinat de la journaliste maltaise Daphné Caruana Galicia, le Parlement européen s'engage à protéger les lanceurs d'alerte. Pour quels résultats ? Débat avec Virginie Rozière, Michèle Rivasi et Patrick Le Hyaric.
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00:11Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:16L'assassinat il y a quelques jours de Daphne Caruana Galizia, une blogueuse de Malte qui était spécialisée dans les
00:23questions de corruption,
00:24semble montrer que non seulement les lanceurs d'alerte ne sont pas protégés en Europe, mais qu'ils sont aussi
00:31en danger au cœur même de l'Europe.
00:32C'est à Malte. Que faire si l'on veut que ça change ? On en parle avec vous, Virginie
00:37Rosière, vous êtes députée européenne, socialiste et démocrate.
00:39C'est vous qui êtes l'auteur du rapport sur la protection des lanceurs d'alerte qui a été voté
00:44par le Parlement européen.
00:45On va en parler en détail avec vous tout à l'heure. Michel Rivasi, vous êtes députée verte à Alliance
00:50Libre Europe.
00:51et Patrick Le Yaric, députée gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:56J'ai peut-être eu une réaction. Je dis ça parce que les enfants de Daphne Caruana Galizia sont présents
01:03ici au Parlement européen cette semaine.
01:05Quelle a été votre réaction quand les uns et les autres avaient entendu ce meurtre d'une blogueuse, d'une
01:11journaliste, à Malte ?
01:16C'est dramatique. C'est la liberté d'information qui est directement, non pas menacée, mais attaquée, assassinée en Europe.
01:25Et on parle de blogueuse parce que justement, elle avait décidé, elle a fait du journalisme d'investigation sur la
01:29base des Panama Papers, entre autres, pour dénoncer la corruption, le blanchiment.
01:33Et elle a décidé justement, pour aller plus loin dans le journalisme d'investigation, de monter son propre blog.
01:38Et c'est 15 jours après cette décision et cette annonce de sa part qu'elle est assassinée.
01:42Donc on voit bien qu'il y a un lien direct et qu'on veut réduire au silence ceux qui
01:46parlent.
01:47C'est pour ça que le vote de ce rapport aujourd'hui est un signal fort, je pense.
01:51Au-delà des hommages absolument indispensables, c'est une avancée.
01:55Votre réaction, Patrick Loéry, peut-être Michel Rivasi, allez-y.
02:00Oui, mais moi, dans cette droite ligne que dit Virginie, c'est...
02:04Jusqu'à présent, on parlait de la Russie.
02:07Vous vous rappelez, tout ce journaliste, c'est pas la seule, clairement, où il y a eu des enquêtes.
02:12On n'a toujours pas la solution, d'ailleurs.
02:14Là, c'est à l'intérieur de l'Europe, à Malte, où il y a eu des grosses réunions des
02:21États à Malte.
02:22Ou par ailleurs, les affaires de corruption sont connues relativement, on en parle.
02:25Elles sont connues, mais on les accepte, quelque part.
02:29Et ça, cette journaliste, elle disait non.
02:32Et juste avant de mourir, elle disait, c'est pas possible, où que je me tourne, il y a de
02:37la corruption.
02:38Et ça, ça doit être un message au-delà de l'annonceur de l'air.
02:42Ça doit être un message, comment se fait-il qu'on accepte à ce qu'il y ait des paradis
02:46fiscaux ?
02:47Comment se fait-il qu'on accepte à ce qu'il y ait des premiers ministres ou des gens qui
02:51sont la directeur de cabinet et qui sont corrompus ?
02:55Si vous voulez, c'est ça, moi, qui me fait mal au cœur.
02:57C'est que si...
02:59Alors, là, c'est terrible pour elle, parce qu'elle est morte, on a fait exploser sa voiture.
03:05Mais c'est l'acceptabilité de cette corruption qui fait qu'il n'y a plus de justice.
03:11Il y a des inégalités qui ne font qu'augmenter, et même dans notre pays qui est la France, on
03:17voit que ces inégalités ne font qu'augmenter, qu'il y a une injustice de plus en plus forte.
03:24Voilà, c'est tout ça qui fait que, pour moi, Daphné, c'est le symbole d'une désagrégation de notre
03:33système de valeurs, de notre système de pensée, de notre système capitaliste, néolibéral, là, où tout est permis.
03:39D'autant que le lien, j'allais dire, vous l'avez dit toutes les deux, mais le lien entre le
03:45travail qu'elle faisait et la corruption avérée dans ce pays est clairement établi, et le meurtre qui s'ensuit,
03:51j'allais dire, est clairement établi à l'heure actuelle.
03:55On est vraiment dans un cas de figure où la blogueuse en question est directement, j'allais dire, c'est
04:01directement en raison et eu égard à son travail de blogueuse et de lanceuse d'alerte qu'elle a été
04:06punie Patrick Leyaric.
04:08Oui, moi, je crois qu'au-delà des condoléances et des hommages, il faudra venir au fond des questions.
04:17C'est-à-dire que, comme le dit Michel, il n'y a pas que la Russie, la Hongrie et
04:21la Pologne qui, aujourd'hui, bafouent les droits.
04:24On a Malte. Mais c'était connu. Je crois qu'on a changé cinq fois le chef de la police
04:32à Malte en quatre ans.
04:36La question des Panama Papers est venue sur le devant de la scène à Malte et il fallait absolument le
04:43camoufler.
04:44Mais par-dessus le marché, alors qu'il existait dans les institutions européennes un système de contrôle des droits et
04:52des valeurs appliquées dans l'Union européenne,
04:54on a supprimé cette commission pour l'intégrer dans ce qu'on appelle le semestre européen.
05:00Donc on ne peut pas d'un côté se réclamer de valeurs et d'un autre détruire le peu d
05:05'instruments qui existaient pour au moins les contrôler, voire les mettre en œuvre.
05:11D'autant que, Virginie Vronzière, vous y faites allusion dans votre rapport, les lanceurs d'alerte subissent d'autres types
05:18de mauvais traitements tout à fait légaux.
05:20Rappelons l'affaire Deltour et Raphaël Allais, ils sont toujours sous le cul d'une combination.
05:25Donc voilà, c'est tout à fait légal et de la part d'un pays qui s'appelle le Luxembourg.
05:30Oui, et Michel pointe le fait qu'on a un conflit permanent entre l'intérêt général des citoyens européens
05:37et quelques personnes courageuses qui prennent la parole, que ce soit des lanceurs d'alerte, des journalistes, pour le défendre.
05:44Et puis des pressions, des menaces, de l'intimidation de la part d'intérêts économiques puissants.
05:50Dans la plupart des cas en Europe, et c'est déjà discutable, c'est déjà contestable,
05:55et c'est toute la plus-value de lanceurs d'alerte,
05:57on est sur des modes de pression qui restent de la dissuasion judiciaire, des procès.
06:02C'est déjà extrêmement lourd et c'est déjà inacceptable.
06:04Mais là, effectivement, avec le cas de la journaliste maltaise, on franchit un cran supplémentaire,
06:09on change complètement de degré, puisque là on parle d'un assassinat.
06:13Donc c'est totalement... ça nous laisse effectivement sans voix.
06:16Mais vous avez raison de souligner qu'il faut aussi balayer devant notre porte.
06:21Ce n'est pas juste Malte qui a des comportements répréhensibles,
06:26c'est partout en Europe que cette tension, cette confrontation permanente
06:29entre l'intérêt général et les intérêts économiques se pose.
06:32Vous allez parler dans notre débat de la question du glyphosate,
06:35on a les Monsanto Papers.
06:37On voit bien que l'influence des intérêts économiques, elle est très forte.
06:40Et on a besoin de gens qui prennent la parole et qui ont ce courage-là.
06:43Et on ne peut pas leur demander de le faire sans, de notre côté,
06:46en tant que responsable politique, mettre en place les moyens de les protéger,
06:50mettre en place les moyens de garantir leur sécurité quand ils ont ce courage-là.
06:53Michel Rivasi, est-ce que l'Europe, c'est la bonne échelle
06:56pour s'occuper de ces questions de lanceurs d'alerte ?
06:59Réellement, est-ce que c'est la bonne échelle ?
07:00Est-ce que c'est la bonne dimension ?
07:02Est-ce que ça doit être assuré au niveau européen ?
07:05Et pourquoi, finalement ?
07:07Ça serait bien si c'était à l'échelle internationale,
07:09parce que des lanceurs d'alerte...
07:12Mais c'est quand même une échelle intéressante.
07:14Tout à l'heure, vous parliez dans le cas de Deltour,
07:16qui a été accusé au niveau des États, notamment du Luxembourg.
07:22Si on arrive à avoir une directive de la part de la Commission,
07:25là, il y a un amendement qui est très intéressant que tu as déposé,
07:28c'est sur le fait que c'est l'intérêt général européen qui prime.
07:32Et ça empêcherait justement que Deltour soit attaqué
07:36spécifiquement par rapport à son État, qui est le Luxembourg.
07:40Donc, pour moi, c'est primordial.
07:43Regardez le scandale du Fiproni.
07:44Ça a été quand même un lanceur d'alerte aussi qui a dénoncé ça.
07:48Ça n'a jamais été les institutions, d'ailleurs nationales ou européennes.
07:52Donc, pour moi, le fait d'avoir accès à l'information,
07:56le fait d'avoir accès, vous voyez, sur toute la problématique de santé,
08:00d'environnement, sur l'aspect financier,
08:02parce qu'on voit que le verre est dans le fruit.
08:04Si on a un président de la commission qui a été complice, si vous voulez,
08:09des Luxembourg, c'est vrai que ce n'est quand même pas le top du top.
08:14Donc, il y a intérêt à avoir des contrôles.
08:16C'est un élément, pour moi, nécessaire pour construire une démocratie.
08:23S'il n'y a pas la sauvegarde de ces lanceurs d'alerte,
08:26qui sont des individualités, moi, j'en ai, j'ai fait plusieurs réunions
08:29des lanceurs d'alerte, et je trouve ce qui manque,
08:32c'est une structure qui les aide juridiquement, financièrement,
08:37parce que c'est des gens...
08:38C'est dans le rapport, hein ?
08:38Alors, c'est dans le rapport, mais c'est indispensable,
08:42parce que sinon, moi, j'ai eu des tas de cas où les gens,
08:46souvent, ont été licenciés, on les a mis à l'écart de la société,
08:50ils ne sont plus reconnus, il y a des divorces, en fait.
08:53C'est l'horreur !
08:54Oui, leur vie est complètement énergétique.
08:56Et ça, et s'il n'y avait pas ces gens-là,
08:59mais regardez tous les scandales, c'est souvent les lanceurs d'alerte qu'ils sont.
09:02Oui, allez-y, allez-y, vous allez continuer, d'ailleurs.
09:05Effectivement, les lanceurs d'alerte, ce sont des vigies citoyennes.
09:07Elles sont là pour...
09:09Elles détectent les dysfonctionnements.
09:12Alors, il ne s'agit pas de penser que les institutions fonctionnent toujours mal,
09:16parce que quand elles fonctionnent bien, on n'en parle pas, et c'est normal,
09:18parce que c'est le fonctionnement normal.
09:19Mais chaque fois qu'il y a un problème, un dysfonctionnement, et que c'est grave,
09:22ce sont les lanceurs d'alerte, justement, qui jouent ce rôle de vigie.
09:27Et on en a absolument besoin en démocratie,
09:28parce que ce sont eux et elles qui nous permettent de corriger ces dysfonctionnements-là.
09:32Et c'est tout l'objet de ce rapport, de dire que ce ne sont pas eux les coupables,
09:36ce sont eux une partie de la solution.
09:38Bien sûr.
09:39Juste, on continue avec vous, Virginie Rosière, sur ce rapport.
09:42Alors, en gros, est-ce que vous pouvez en résumer comme ça,
09:45sans entrer trop dans le détail, mais en résumer tout de même les points principaux ?
09:48Oui, oui.
09:50Ça part de ce constat qu'on a un rapport de force déséquilibré.
09:53On a des individus isolés, seuls, fragiles,
09:56qui se heurtent à des organisations extrêmement puissantes.
10:00Donc, la question, elle est, comment est-ce qu'on les définit, déjà ?
10:04Qui sont-ils ?
10:05Alors, après, la question s'est posée de savoir comment on allait analyser les intentions.
10:09Mais on a dit non.
10:11Ce qui doit permettre la définition, c'est l'intérêt général.
10:13À partir du moment où les lanceurs d'alerte défendent l'intérêt général
10:16et dénoncent une atteinte à l'intérêt général,
10:18alors, ils doivent être protégés.
10:20Ensuite, on a voulu avoir une protection dans l'éventail de domaines le plus large possible.
10:27C'est pour ça qu'on s'est attaché à cette notion d'intérêt général,
10:29et ça couvre à la fois les aspects financiers, d'environnement, de santé,
10:32de lutte contre la corruption, donc quelque chose de très large.
10:34On n'a pas non plus voulu limiter sur la relation avec l'organisation incriminée.
10:40On ne voulait pas limiter ça au champ des salariés.
10:42Donc, on couvre tout, les salariés, les consultants, les experts indépendants, les simples citoyens.
10:47Et là, ensuite, on a donc...
10:48Ça, c'est pour dire qui sont les lanceurs d'alerte, ensuite, comment on les protège.
10:51Eh bien, on pénalise toute forme de représailles,
10:54parce que dans l'entreprise, dans les relations professionnelles,
10:56on peut avoir du licenciement, des mutations forcées, d'intimidation, etc.
11:00Donc, ça, c'est pénalisé, c'est sanctionné, et les dommages sont entièrement réparés.
11:05Ensuite, on a tout l'aspect judiciaire.
11:08Un lanceur d'alerte, souvent, il va être poursuivi pour diffamation, pour vol, pour recel.
11:12C'est de dire qu'en ces cas-là, une divulgation par un lanceur d'alerte,
11:16à partir du moment où elle répond à un objectif d'intérêt général,
11:18elle est légitime, et qu'on lui donne à la fois une aide juridictionnelle,
11:22mais aussi une aide financière.
11:23Michel disait que ce sont souvent des vies ruinées.
11:25Perte d'emploi, divorce, perte de domicile, extrême précarité,
11:30et donc, il faut pouvoir les aider.
11:31Et pour les accompagner, justement, on demande la mise en place
11:36d'instituts d'autorité indépendante dans tous les États membres,
11:38et aussi d'une autorité européenne,
11:39parce qu'on sait que dans certains États membres,
11:41les situations peuvent être délicates,
11:42donc on veut une coordination européenne et une forme d'appel européen.
11:45Voilà, les grandes lignes du martin.
11:47Qu'est-ce qui vous semble, à vous, Patrick Le Yerick,
11:49le plus important dans ce vote qui a été acquis par le Parlement européen
11:54pour cette protection, justement, des lanceurs d'alerte ?
11:57Ce vote et ce rapport corrigent un peu ce que nous avions voté avant,
12:04c'est-à-dire le rapport de Mme Lecrip,
12:06mais moi, je veux...
12:08Sur le secret d'affaires.
12:09Sur le secret d'affaires, et c'est utile,
12:12je ne veux pas minimiser ce que nous faisons là.
12:14Mais d'un autre côté,
12:19ceci n'aurait pas beaucoup de valeur
12:22si on ne traite pas les questions de fond,
12:24parce qu'on est en train de parler de questions sociales,
12:27de questions environnementales,
12:29de questions de santé,
12:30et puis d'un autre côté,
12:32on est en train de voter d'autres textes
12:34et d'accepter des accords de libre-échange
12:37qui vont totalement à l'encontre
12:40de ce que nous pourraient nous révéler des lanceurs d'alerte.
12:43Donc, on peut avoir des lanceurs d'alerte protégés,
12:47mais quand même des dispositifs qui, à terme,
12:50joueront contre l'intérêt général,
12:51dès lors qu'on veut même créer une justice
12:55qui ne soit pas une justice de l'intérêt général,
12:58mais un droit plutôt des affaires.
13:00Donc, il faut faire les deux,
13:02c'est-à-dire il faut faire cela,
13:04mais il y a pour moi des préoccupations
13:09à inscrire dans un cadre très général
13:11sur lequel les luttes doivent se développer.
13:15Michel Rivasi, ça c'est le vote du Parlement européen,
13:17qui aujourd'hui, sur la base d'un rapport
13:20qui a été présenté lundi, en début de semaine,
13:22est-ce que la Commission européenne,
13:24bien sûr, c'est à elle qui revient
13:25de prendre la décision finale,
13:26est-ce que vous pensez qu'elle y est favorable à ça ?
13:29Écoute, elle a fait des déclarations.
13:31Elle a fait des déclarations en disant
13:33qu'en 2018, elle était prête à proposer un texte.
13:37Bon, maintenant, j'attends de voir le texte et le rapport.
13:41Et puis, qui va faire le rapport ?
13:42Parce que Virginie, elle a fait un très bon rapport.
13:44Mais si on me confie ce rapport à quelqu'un de borné,
13:48ça sera, vous voyez, délicat.
13:51Même s'il y a toujours des shadows
13:53et qu'on peut toujours amender.
13:56Mais pour moi, c'est vraiment une urgence.
13:57Et pour revenir à ce que tu dis,
13:59tu sais, les choses, elles sont complémentaires.
14:01Je suis d'accord avec
14:03tous ces accords de libre-échange
14:05qui vont ne faire que renforcer des inégalités,
14:09qui vont ne faire que aider des multinationales.
14:12C'est ça qui est fou.
14:13C'est-à-dire qu'on présente ça.
14:15Vous êtes contre le commerce,
14:16mais vous n'êtes pas séliste.
14:18Mais on n'est pas contre le commerce.
14:19Seulement, ce type de commerce,
14:21vous voyez, ça va à l'encontre.
14:22Mais il faut aussi des lanceurs d'alerte.
14:24Et s'ils ne sont pas protégés, ces gens-là...
14:26Moi, je prends un peu mon exemple en 86.
14:30Si on ferme les comités d'hygiène et de sécurité,
14:32on aura moins de protection.
14:34Oui, mais c'est souvent pas...
14:36Je suis désolée,
14:37mais c'est comités d'hygiène et de sécurité
14:38qui ont lancé des fois des alertes
14:40sur des dysfonctionnements d'entreprises.
14:42Pas seulement.
14:43L'amiante, c'est quand même les CHCT.
14:44Oui, tout à fait.
14:46Ça a été plein d'associations
14:48et avec le relais.
14:49Mais c'est souvent...
14:50De toute façon, c'est souvent une dynamique collective.
14:52La société civile, les ONG,
14:54ont aussi un rôle très important à jouer.
14:55D'ailleurs, on a énormément travaillé ensemble
14:58pour la production de ce rapport.
15:00Et les ONG, les citoyens et le Parlement
15:03ont un rôle commun à jouer,
15:04justement, dans la perspective...
15:05C'est la question que j'allais vous poser.
15:06...de l'action de la Commission.
15:07Parce qu'en fait, ce rapport,
15:08le principal message de ce rapport,
15:10c'est de dire à la Commission
15:11qu'on veut une législation harmonisée européenne.
15:14Pourquoi ?
15:15Parce que dans le cas des LuxLeaks,
15:16justement, qu'est-ce qu'on a vu ?
15:17On a vu que l'employeur, PwC,
15:19a fait son marché
15:21parmi les régimes juridiques nationaux
15:23pour choisir le régime juridique
15:26le plus avantageux
15:26pour être sûr que les lanceurs d'alerte
15:28soient condamnés.
15:28Et ça, on ne veut pas que ça arrive.
15:30C'est pour ça qu'on a besoin...
15:31Mais oui.
15:31...pour vraiment protéger les lanceurs d'alerte,
15:33d'avoir une protection européenne.
15:34D'abord, de toute façon,
15:35on n'a que six pays aujourd'hui
15:36qui protègent les lanceurs d'alerte.
15:37Donc ça, c'est vraiment le premier message.
15:39La balle est dans le camp de la Commission.
15:42Les États membres, sans doute,
15:43ne seront pas forcément aussi allant
15:45que le Parlement européen.
15:45C'est pour ça que c'était important
15:47qu'on ait un vote
15:49avec des propositions fortes
15:50et aussi une forte majorité.
15:51C'est le cas.
15:52On est plus que la majorité qualifiée
15:55en appui de ce rapport,
15:56malgré l'opposition d'une partie de la droite
15:59et des ultraconservateurs.
16:01Néanmoins, on a une prise de parole très forte.
16:03Et donc, c'est maintenant
16:04une pression supplémentaire sur la Commission.
16:06et je sais que toute la société civile
16:08et toutes les ONG
16:09sont très mobilisées pour qu'on n'y arrive.
16:11Sachant que sur cette question
16:12de lanceurs d'alerte,
16:13vous pouvez vous appuyer aussi en Europe
16:14sur un mouvement d'opinion citoyen, etc.
16:18assez syndical, politique,
16:20assez puissant, assez fort.
16:21C'est un des grands thèmes aujourd'hui européens.
16:23Oui, puis on a plein d'associations organisées.
16:25Transparency, on a le CEO.
16:28On a plein de gens qui voient bien
16:30que si on ne protège pas ces gens-là,
16:33je vous dis tout à l'heure,
16:34je disais, on n'a pas les éléments
16:36pour construire une démocratie correcte.
16:38Et quand c'est sur le plan européen,
16:40c'est très important.
16:41Moi, j'attends qu'à Malte,
16:43on trouve les coupables.
16:45Parce qu'il y a la justice,
16:46mais il y a aussi...
16:47Vous voyez, Malte,
16:48c'est pour moi un peu un symbole
16:50d'une acceptabilité par l'Europe
16:53de dysfonctionnement.
16:55Et si on ne protège pas des journalistes,
16:59parce que c'est des lanceurs d'alerte,
17:00ça peut être des employés,
17:02mais ça peut être des gens extérieurs.
17:03Ce sont les sources.
17:04Ça peut être tout ce qui est source
17:06et justement ne pas pouvoir divulguer ces sources
17:09quand on est journaliste,
17:10parce qu'à ce moment-là,
17:11on n'a plus accès forcément à l'information.
17:15Mais pour moi, tous ces éléments
17:17doivent être très importants à développer
17:20et pousser la Commission
17:21à sortir ce rapport
17:24pour avoir une vraie directive.
17:26Par exemple, dans le cas de Malte,
17:28alors évidemment, il y aura une enquête,
17:31je suppose, des autorités judiciaires
17:33et de police maltaise.
17:34Mais s'il y avait un cadre d'enquête judiciaire
17:38européen concomitant,
17:41il y aurait une expertise
17:43et une contre-expertise
17:44ou une expertise complémentaire
17:46pour être modérée.
17:47Ça changerait beaucoup de choses.
17:49Pour l'instant, Malte a fait appel,
17:51je crois, à des enquêteurs
17:53de plusieurs pays européens,
17:55le Royaume-Uni.
17:56Europol va se saisir, je pense, aussi,
17:57de cette affaire.
17:59Et puis bon, on travaille à la constitution
18:01d'un parquet européen
18:02qui n'est pas encore en place.
18:02Donc ce ne sera pas forcément
18:03lui qui pourra s'en saisir.
18:05Mais ce sont autant d'éléments
18:06dans la bonne direction.
18:06Mais je voulais quand même souligner
18:08le fait qu'on a besoin
18:10d'être en permanence mobilisés
18:11sur ces questions,
18:12pour le cas de Malte,
18:13mais aussi pour d'autres cas.
18:14Parce qu'on voit bien aussi
18:15que c'est facile d'être
18:17dans les grands discours politiques,
18:18les discours de bonnes intentions.
18:20Mais quand il s'agit
18:21de prendre des décisions,
18:23on a certains collègues
18:24qui sont un petit peu plus frileux.
18:25Ça a été le cas sur ce vote
18:26où quand même,
18:28le PPE,
18:29donc la droite,
18:29a essayé de faire passer
18:31dans le texte
18:32des mesures qui empêchent
18:33les lanceurs d'alerte
18:34de parler à la presse.
18:35c'est quand même un comble
18:36qu'on rend dommage
18:38à Daphné Caruana Galizia
18:39et à son travail essentiel
18:41et au fait qu'elle a payé
18:43le prix de la vie
18:44pour informer les citoyens
18:47et qu'ensuite,
18:48on essaie de baillonner
18:49les lanceurs d'alerte
18:49et d'empêcher le journalisme
18:50en investigation.
18:51Heureusement,
18:52ça n'a pas été au bout.
18:53Mais ce sont quand même
18:54ces contradictions-là aussi
18:54qu'ils font dénoncer
18:55parce que c'est par ce combat
18:57permanent aussi
18:58qu'on fait avancer
18:59la transparence et la démocratie.
19:03Je suis tout à fait d'accord.
19:06Mais c'est tous les jours
19:08qu'on a des pressions
19:09pour ne pas dire,
19:11pour ne pas révéler.
19:13Moi, j'ai des expériences terribles.
19:15Quand il y a eu
19:17les affaires de pétroliers
19:20qui ont échoué en mer
19:23et qui ont pollué les mers
19:24par une grande entreprise
19:27pétrolière française,
19:28eh bien, un journal
19:30comme celui que je dirige,
19:32il est interdit de publicité
19:34de ce pétrolier
19:35depuis trop longtemps
19:36alors que tous nos lectrices
19:37et nos lecteurs
19:38vont faire le plein
19:39de carburant
19:40chez ce pétrolier.
19:42Quand on a dénoncé
19:44des licenciements
19:45dans un grand groupe
19:46qui fait des yaourts
19:47et des biscuits
19:47où on a participé
19:49à des manifestations,
19:50soutenu des manifestations,
19:51nous n'avons plus le droit
19:52à une goutte de lait
19:56ou de yaourt
19:57de publicité
19:57ni un gramme
19:58de whisky
19:59de publicité.
20:00Et je pourrais comme ça
20:00multiplier les exemples
20:01et nous sommes tous
20:02à la même enseigne.
20:04Donc, ce qui veut dire
20:05que d'une part,
20:06il y a ces nécessités
20:08mais la question
20:08de l'indépendance
20:09et de la liberté
20:11de la presse,
20:12elle n'est pas quelque chose
20:14où on est placé
20:15sur un pied d'égalité
20:16bien loin de là
20:18parce que les pressions,
20:19c'est tous les jours
20:20que les journalistes
20:21et les journaux,
20:21les rédactions,
20:22les subissent
20:23et sous peine
20:25de mourir.
20:26Et c'est ce qui,
20:26malheureusement,
20:27arrive à certains d'entre nous.
20:29Voilà,
20:29on aura l'occasion,
20:30bien sûr,
20:31de reparler de cette question.
20:32C'est un nouveau pas,
20:33un nouveau démarrage,
20:34si on peut dire.
20:35Merci à vous.
20:36Merci à vous
20:37qui nous avez suivis.
20:38Au revoir.
20:38Merci.