- il y a 20 heures
Après le nouvel assassinat, ainsi que celui de sa compagne, d'un journaliste d'investigation qui enquêtait sur des faits de corruption présumés impliquant la mafia et des membres du gouvernement en Slovaquie, l'Union européenne tente de réagir. Analyse et propositions avec les eurodéputées Eva Joly ( Verts-ALE ) et Virginie Rozière ( S et D.)
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00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Les journalistes sont-ils en danger en Europe ?
00:18Après l'assassinat en octobre sur l'île de Malte de la journaliste Daphne Caruana Galizia,
00:23on en a parlé à plusieurs reprises, un nouvel assassinat,
00:26celui de journaliste d'investigation Yann Kussiak et de sa compagne.
00:32Martina Kusnirova a eu lieu en Slovaquie, c'était là à la fin du mois de février, 26 février.
00:37Alors, avec vous Eva Jolie, vous êtes députée Vert à Alliance Libre Europe.
00:43Bonjour, merci d'être avec nous.
00:45Bonjour.
00:45Vous êtes députée socialiste et démocrate.
00:48On va faire un peu le point, essayer d'être précis sur cette nouvelle affaire,
00:53la précédente également.
00:55Et qu'est-ce qu'on sait également, qu'est-ce qu'on sait exactement sur ce dernier assassinat ?
01:01Et j'allais dire, qu'est-ce qui doit être fait, et ça on en reparlera un peu plus longuement
01:05tout à l'heure,
01:05pour essayer d'enrayer cette criminalité ciblée contre les journalistes en Europe ?
01:10J'allais dire, Eva Jolie, qu'est-ce que ça nous dit déjà d'un seul coup ?
01:14Comment vous l'interprétez, comment vous ressentez cette sorte de dérive à laquelle on assiste ?
01:19On en parlait il y a quelques instants, depuis plusieurs mois, très spécifiquement, en Europe,
01:25et qui vise la presse, ce qui est tout de même un phénomène assez nouveau, jusqu'à l'assassinat.
01:30L'assassinat est évidemment extrême.
01:33Et en Slovaquie, on voit une réaction populaire très très forte.
01:38Il y a eu 40 000 personnes dans les rues, c'est-à-dire des démonstrations, des manifestations,
01:44qu'ils n'ont pas vues depuis 1989.
01:47Donc, c'est clair que l'assassinat des journalistes ne passe pas par l'opinion publique.
01:55Et ce que les politiques et les hommes d'affaires slovaques voulaient garder secret,
02:02par l'assassinat, est sur la table.
02:05Par exemple, le Parlement européen a envoyé une délégation,
02:10qui a passé plusieurs jours, six députés, qui a fait un rapport tout à fait complet.
02:17Le 8 et le 9 mars, il s'est allé sur place.
02:19Voilà, et qui raconte par exemple que Yann Kusiak, avant l'assassinat,
02:26avait déposé plainte pour menace contre un des hommes d'affaires dont il parlait dans ces articles.
02:34Et que cette plainte n'avait pas été traitée par la police.
02:39Et interrogé sur ça par d'autres journalistes,
02:43le ministre de l'Intérieur, M. Kalinac, avait répondu
02:48« De toute façon, Kusiak ne cherchait que de la merde, comme vous-même. »
02:55Donc, on voit bien là le mépris dans lequel le ministre de l'Intérieur,
03:00dont la corruption était connue, tenait le journalisme.
03:05Aujourd'hui, démissionné. On va reparler de tout ça, bien sûr, en détail avec vous.
03:13Votre réaction, comment vous ressentez cette montée, quand même,
03:17d'une violence très particulière allant jusqu'à l'extrême, comme on le disait,
03:20jusqu'à l'assassinat contre des journalistes dans l'Europe, enfin, au cœur de l'Europe ?
03:25Et on en parlait tout à l'heure aussi en aparté.
03:28N'oublions pas l'attentat contre Charlie Hebdo qui a eu lieu il y a deux ans, maintenant.
03:31Je pense qu'on voit une dégradation des conditions d'exercice de la liberté de la presse en Europe.
03:38On regarde souvent ce qui se passe dans d'autres pays à raison.
03:41La situation des journalistes en dehors de l'Union peut être extrêmement préoccupante,
03:44mais on doit aussi regarder lucidement ce qui est en train de se passer chez nous.
03:48On a en fait, je pense, un double phénomène qui peut permettre d'expliciter les conditions
03:56pour lesquelles, dans six mois, avec Daphné Caruana Galizia à Malte en octobre
04:00et Yann Koussiak en février en Slovaquie,
04:03on a eu cinq journalistes tués dans la dernière décennie et deux dans les six derniers mois.
04:08Pourquoi cette accélération, cette dégradation des conditions ?
04:11Je pense qu'on a, d'un côté, un mouvement de révélation de plus en plus fort,
04:17de scandale, la presse d'investigation joue son rôle.
04:21Il y a une forte pression des opinions publiques, des ONG, du journalisme d'investigation.
04:25D'ailleurs, c'est ce qui a permis aussi de faire bouger les lignes, pour nous,
04:28au Parlement européen, sur la question de la lutte contre la corruption
04:30et de la lutte contre l'évasion fiscale.
04:32Donc, ça met les journalistes sous les feux de la rampe
04:35et du coup, avec des réactions extrêmement violentes de mouvements mafieux
04:38ou de personnes corrompues qui veulent faire taire à tout prix les journalistes.
04:42Ça, cette réalité-là, c'est quelque part le terrible prix à payer pour le courage de ces journalistes.
04:52On ne s'en satisfait pas, mais malheureusement, c'est aujourd'hui le danger dans lequel ils se mettent
04:56et on essaie aussi au Parlement d'améliorer la protection des journalistes et de leurs sources.
05:01On va en parler tout à l'heure, bien sûr.
05:02Et puis, je crois qu'on a aussi un autre phénomène,
05:06et qui doit nous interroger, nous, en tant que politique,
05:08qui est de quel climat on crée autour de la question de l'information.
05:12Parce qu'on voit aussi qu'on a une dégradation de l'image des journalistes,
05:17des discours de plus en plus violents,
05:19y compris de la part de responsables politiques tout à fait...
05:21Anti-journalistiques, quoi.
05:22Tout à fait anti-journalistiques, et pas forcément de responsables politiques extrêmes,
05:26tout à fait établis, et je pense qu'on en parlera aussi,
05:30qui dénigrent.
05:31Alors, on peut critiquer les médias, c'est même nécessaire,
05:34parce que les médias ont un rôle d'intérêt général,
05:36et on doit, si on y voit des dysfonctionnements, les critiquer.
05:40Mais il faut aussi reconnaître l'utilité fondamentale de l'information
05:44et défendre cette profession de journaliste
05:47qui est absolument indispensable à la démocratie.
05:50Alors, dans ces deux cas, et notamment dans le dernier, bien sûr,
05:53on a une fusion, c'est important, effectivement,
05:55de prendre un peu de recul par rapport à ça,
05:57entre un personnel politique à la tête de l'État,
06:00qu'il ne s'agit pas de petits politiciens égarés, inconnus, etc.
06:04À la tête de l'État,
06:07et le crime organisé, tout simplement.
06:09Le crime organisé qui a pignon sur rue,
06:11on a cité la mafia, notamment la mafia calabraise.
06:14On est tout de même dans un cas aussi là, assez extrême,
06:18de corruption, le poisson pourri par la tête,
06:20comme dit le proverbe napolitain,
06:21mais de corruption à la tête de l'État.
06:23On n'est pas dans des petites affaires secondaires cantonales.
06:27Et donc, la difficulté d'exercer, de faire des enquêtes indépendantes
06:33lorsque l'objet de l'enquête sont les ministres ou les chefs de l'État.
06:38Et là, j'ai envie de dire qu'avoir un procureur européen est très important.
06:44Parce qu'avec une enquête menée à partir de Bruxelles,
06:49vous mettez la distance nécessaire entre les enquêteurs et les politiques.
06:55On n'a pas ce type de poste de fonction à l'heure actuelle dans l'Union européenne.
06:59Nous l'avons voté.
07:00Oui.
07:00Et il va être fonctionnel au 1er janvier 2020.
07:05Et donc, pour moi, ça c'est une nouvelle institution qui est un grand progrès.
07:08Et la Slovaquie a adhéré à l'institution du procureur européen.
07:14Parce qu'on voit bien, la Slovaquie était à la tête du Conseil
07:20au mois de juillet à décembre 2016.
07:24Alors que la mise en cause du ministre de l'Intérieur,
07:29qui a donc présidé les commissions intérieures pendant six mois, était connue.
07:36Vous vous en étiez ému, si je puis dire, déjà.
07:38Absolument.
07:39Lorsqu'il est venu à la commission au Libé présenter ses priorités,
07:44et que dans ses priorités, il y avait la lutte contre la commission,
07:47je n'ai pas résisté à la tentation de souligner la contradiction
07:52entre le fait d'être lui-même sous enquête,
07:56pour notamment des suspicions de malversation sur la TVA,
08:01et cette volonté-là, qui était donc, ce qu'on dit en anglais,
08:05c'est du « lip service ».
08:06Parce qu'en réalité, la corruption dans ce pays-là a bien gangrené l'État.
08:14Et l'opinion le sait.
08:16Moi, j'ai l'habitude de dire que la corruption,
08:19elle se lie dans le paysage,
08:22elle se lie dans le paysage urbain.
08:24Et les citoyens le savent bien.
08:26Ils savent bien que lorsque les appartements sont trop splendides,
08:30le parc automobile trop abondant,
08:33qu'il y a une raison.
08:35Et que cette raison n'est pas à chercher dans les affaires correctes
08:39qu'ils ont faites, ou la rémunération de ministres.
08:42Il est du côté de la corruption.
08:44– Alors là, j'allais dire que l'Europe est impliquée
08:48dans cette affaire slovaque encore d'une autre manière,
08:50puisque de l'argent venant de l'Europe
08:54aurait fait partie de ce circuit,
08:56à confirmer bien sûr,
08:57mais aurait fait partie de ce circuit de corruption.
08:59Donc on est là dans un système,
09:01on disait tout à l'heure,
09:02crime organisé, tête des États.
09:05Et l'Europe, l'Europe n'est pas responsable, bien entendu,
09:07mais en tous les cas, il y a de l'argent européen
09:09qui circule dans ces affaires.
09:10Ça paraît tout à fait incroyable et hallucinant, tout de même.
09:14– Oui, c'est avec la complicité des dirigeants slovaques
09:17pour détourner une partie des fonds européens
09:20au bénéfice de l'Andrangheta,
09:21donc Mafia Calabrese,
09:23qui a trouvé un nouveau terrain d'élection en Slovaquie
09:26pour organiser ces circuits de détournement.
09:28– Et Olaf a conduit plusieurs enquêtes
09:33concernant le fonds structurel pour la Slovaquie,
09:35mais comme vous le savez,
09:37Olaf ne peut pas poursuivre les auteurs,
09:40a transmis le dossier à la Slovaquie,
09:42qui n'en a rien fait.
09:43Donc, encore une fois,
09:45le procureur européen est indispensable.
09:48– Oui, on a un fossé, en fait, entre les règles,
09:50les lois, les textes, qui sont clairs.
09:52Et sur le papier, tout va bien.
09:54Et après, dans la pratique,
09:55quand on voit la manière dont ça fonctionne,
09:57mais ça, c'est dans les mains des États.
09:58Lorsqu'on a un État corrompu,
10:01il faut que toutes les règles qu'on peut décider
10:02ne sont pas oucues.
10:03– Ce n'est pas nouveau,
10:04les détournements de fonds européens.
10:06– Alors, petite question technique et presque policière.
10:10Du coup, on parle beaucoup, dans les deux affaires,
10:12d'ailleurs, de cette fameuse mafia italienne,
10:14qui semble aller à merveille.
10:16D'après ce que vous savez,
10:18que d'après vos informations,
10:19où on en est avec cette question,
10:21la pieuvre de la mafia en Méditerranée,
10:24notamment dans les...
10:25enfin non, la Slovakie, ce n'est pas un pays méditerranéen,
10:27semble plus vigoureuse que jamais.
10:30Où est-ce qu'on en est, à l'heure actuelle,
10:31j'allais dire, au niveau européen,
10:33de la lutte contre cette organisation
10:36la plus célèbre du crime organisé,
10:38qui a maintenant des ramifications partout,
10:39parce que des mafias, il y en a dans différents pays.
10:41– Ce qui est sûr,
10:42c'est que nous n'avons pas gagné cette bataille.
10:45Et nous ne l'avons pas gagnée,
10:47ni au niveau européen,
10:48ni au niveau français.
10:49Il faut lire le livre d'un répanti corse
10:53de Claude Chaussat,
10:57qui raconte la mafia corse de l'intérieur.
11:01Et on découvre aussi les assassinats
11:03pour un regard de travers.
11:05Donc, les méthodes violentes,
11:09les assassinats fréquents,
11:13ils sont légions aussi en France.
11:17Et c'est important de le rappeler.
11:19– Alors, revenons sur ce qui va être décidé
11:23au niveau européen.
11:24Il y a une résolution qui va être soumise à vote.
11:27En quelques mots,
11:29je ne sais pas, Virginie,
11:30expliquez-nous un petit peu
11:32qu'est-ce qu'il va y avoir de nouveau
11:34qui puisse permettre de changer la donne
11:37sur une question aussi grave,
11:39aussi complexe, aussi tordue que celle-ci.
11:42– Déjà, ça va vous remettre le...
11:43Donc, la résolution sera en débat aujourd'hui.
11:46La résolution sera votée la prochaine plénière,
11:47en avril.
11:49L'idée, elle est surtout
11:50de dresser un tableau sans concession
11:53de la réalité, déjà.
11:54Ne pas se voiler la face.
11:55Les faits sont trop graves
11:59pour détourner le regard.
12:00On a une situation catastrophique,
12:03mais de l'état de la corruption
12:06dans certains pays,
12:07et plus globalement aussi,
12:09comme je le disais tout à l'heure,
12:10d'une menace sur la liberté de la presse,
12:12on a vraiment les deux aspects,
12:13si vous voulez.
12:13La résolution sera vraiment
12:14sur la situation slovaque,
12:15mais plus généralement,
12:17on doit aussi se poser la question
12:18de quel statut on donne à l'information,
12:21quel statut on donne à tous ceux
12:22qui, justement, dévoilent ces scandales.
12:25Et là-dessus, on sait que ce sont
12:28des acteurs indispensables de la démocratie.
12:31Donc, au-delà de la résolution
12:33qui va vraiment se focaliser
12:34sur la situation slovaque,
12:37l'Union européenne doit avancer
12:39pour continuer à affirmer
12:41la nécessité d'avoir un journalisme
12:42d'investigation fort,
12:44protégé, légitime,
12:46dire que ce sont des acteurs nécessaires
12:48et protéger leurs sources.
12:49Parce qu'on a aussi, parfois,
12:50un nouveau discours
12:51où on salue le journalisme d'investigation
12:55et après, quand il s'agit
12:56de prendre des mesures concrètes,
12:58évidemment, on va parler
12:58de la question des lanceurs d'alerte,
13:00on a certains groupes politiques
13:02qui ont la main qui tremble un peu.
13:03C'est ça.
13:04Où on en est sur cette question
13:05des lanceurs d'alerte
13:06dont on parle régulièrement,
13:08bien entendu,
13:09où est-ce qu'on en est concrètement
13:10à l'heure actuelle ?
13:11Parce que c'est fait qu'on en parle.
13:12Comme vous le savez,
13:13dans les commissions d'enquête
13:15de ce Parlement,
13:16que ce soit Taxe 1, 2
13:17ou la commission PANA,
13:19dans les recommandations faites
13:20à la commission,
13:22en haute priorité,
13:24il y a la création d'un statut
13:26de lanceur d'alerte
13:27avec une directive qui développe
13:30et qui protège les lanceurs d'alerte.
13:33La commission a promis
13:34de sortir cette directive.
13:37Nous avons posé des questions
13:38il y a quelques jours
13:40et nous avons eu l'assurance
13:41que c'est vraiment dans le tuyau
13:43et que c'est imminent
13:45la sortie par la commission
13:46d'une proposition
13:47sur laquelle nous pouvons travailler.
13:50Et comme d'habitude,
13:51nous chercherons à améliorer
13:52la proposition de la commission.
13:55Et pour moi,
13:56nous pouvons peut-être intégrer
13:58la protection des journalistes
14:00dans cette directive.
14:01Vous sentez une volonté
14:02du côté de la commission européenne
14:04de faire quelque chose
14:04dans ce domaine-là
14:05ou plus ou moins ?
14:06Je pense que le message
14:07qu'on a envoyé
14:07avec le rapport que j'ai présenté
14:09qui a été voté en octobre
14:10qui demandait vraiment
14:11une protection ambitieuse
14:12sur les lanceurs d'alerte
14:13a quand même fait bouger les choses.
14:15Les conclusions
14:15des différentes commissions aussi.
14:18et des informations que nous avons
14:19le mois prochain,
14:20la commission mettra une proposition
14:21et une proposition législative
14:23ce qui était le cœur
14:24de la demande du Parlement
14:25d'avoir des règles claires
14:27et législatives
14:28pas juste des recommandations
14:29et qui s'occupent
14:30à l'ensemble des états membres.
14:32Et ça, on devrait l'avoir
14:33le mois prochain
14:34donc on attend avec impatience
14:37effectivement la proposition.
14:38On espère qu'elle ira loin.
14:42On verra.
14:43Oui, c'est ça.
14:44On verra.
14:44Mais moi, je peux vous dire
14:45ce qu'on attend, nous.
14:46on attend une protection
14:48contre des lanceurs d'alerte
14:50donc une garantie
14:51de la confidentialité
14:52de leur identité
14:52s'ils le souhaitent.
14:53C'est la première des choses.
14:54C'est vraiment de maintenir
14:55cette confidentialité-là
14:56parce que l'exposition
14:58aux pressions
14:59est quelque chose
15:00qui est extrêmement difficile
15:01à supporter,
15:03à vivre
15:04pour les lanceurs d'alerte.
15:05La deuxième chose,
15:06c'est qu'on sait
15:06que leur identité
15:08soit connue ou pas,
15:09les pressions
15:09et les représailles
15:11sont énormes.
15:12Et donc,
15:14pénaliser,
15:15sans que je ne dire
15:15que c'est...
15:16que c'est interdit
15:17et que si c'est fait,
15:19ça doit être condamné
15:20et que les dommages
15:21doivent être intégralement réparés.
15:22C'est ça qu'on veut.
15:24Et la troisième chose,
15:24Donc, création
15:25de nouveaux délits.
15:26L'effet de révéler
15:27l'identité, par exemple,
15:29doit être pénalement réprimé.
15:42Exactement.
15:43soit par le biais de la corruption
15:44ou par le biais
15:44de la démocratie
15:45et d'emprise
15:46sur les institutions
15:46dans beaucoup trop
15:48de pays européens.
15:51Et là aussi,
15:53il faut qu'on soit vigilant
15:53dans le cadre du débat
15:54qui va venir
15:56sur la question
15:57des fake news
15:58qui, par dérive,
16:00peut, à un moment donné,
16:01conduire à avoir
16:03un discours extrêmement violent.
16:05C'est très dangereux
16:07comme on a dit
16:08on peut voir
16:09les chèvres
16:09sur le fake news.
16:11Non, tout à fait.
16:12Il ne faut pas se tromper
16:13de solution là-dessus.
16:13On imagine bien
16:14l'utilisation
16:15qu'on aurait pu faire
16:16d'un texte pareil.
16:18Et puis, moi,
16:19je voudrais dire
16:19quelque chose quand même.
16:20On a,
16:20en tant que responsable politique,
16:22tout ça se posait
16:22la question du vocabulaire
16:23qu'on emploie.
16:24On a le droit
16:24d'être en désaccord
16:25avec les médias.
16:26Forcément,
16:26le débat public
16:26fait qu'il y a de la controverse
16:27et qu'il y a de la contradiction.
16:28Et de temps en temps,
16:29on peut être
16:30dans de la contradiction.
16:31Mais il faut
16:32qu'on fasse attention
16:32au mot qu'on emploie.
16:33Moi,
16:35quand on considère
16:36que la haine des médias
16:37est légitime,
16:37pour moi,
16:38c'est grave.
16:38Et de la même manière,
16:40quand vous avez
16:40un compte Twitter
16:41qui est attaché directement
16:42à la personne
16:43du président de la République
16:44qui glorifie
16:45la réponse agacée
16:47du président
16:47à un journaliste
16:48en parlant de headshot,
16:49c'est-à-dire
16:50de tir dans la tête,
16:52je pense que c'est grave.
16:53On est dans un climat
16:54où on ne peut pas se permettre
16:55d'employer des termes comme ça.
16:57On peut débattre,
16:57on peut affirmer
16:58des accords.
16:58On n'en pourrait pas
16:59vis-à-vis d'un policier,
17:00vis-à-vis d'un juge,
17:01vis-à-vis d'un magistrat.
17:01Voilà.
17:03Les journalistes
17:03sont une population
17:05exposée,
17:06nécessaire à la démocratie.
17:08On peut être...
17:09J'ai beaucoup de critiques
17:10à faire.
17:10Ce n'est pas la question.
17:11On peut critiquer les médias.
17:12Mais faisons attention
17:13aux termes qu'on emploie.
17:16On doit garder ça
17:17dans le champ
17:18du débat démocratique serein.
17:20Alors,
17:20deux autres petites questions
17:22rapides
17:23d'informations pures.
17:24Où en est l'affaire
17:25Daphné Caruana Galicia,
17:27qui a été assassinée,
17:28on le rappelle,
17:29à Chypre.
17:30Quelles sont
17:30les dernières informations
17:32que vous disposez
17:32sur l'enquête ?
17:33Des personnes ont été arrêtées ?
17:34Nous sommes maintenant
17:35plus de trois mois
17:36après les faits.
17:37Et les auteurs
17:38ne sont pas arrêtés.
17:39Nous pouvons les constater.
17:41Or,
17:41on sait qu'en matière
17:42d'assassinat,
17:43c'est les premiers jours
17:45qui comptent énormément
17:46pour identifier l'auteur.
17:48Donc,
17:49on peut craindre le pire.
17:50et là aussi,
17:52il y a une nouvelle commission
17:54spéciale créée
17:57ces jours-ci
17:58ici au Parlement
17:59qui va suivre
18:01les recommandations
18:02que nous avons faites
18:03dans les autres commissions
18:04et aussi la situation
18:06à Malte.
18:08C'est dans les suivis
18:11importants
18:12que nous devons avoir
18:12à ne pas oublier
18:13Daphné de Caruana.
18:15Bien sûr.
18:16Et j'ai proposé personnellement
18:18la création d'un prix
18:20pour les journalistes
18:21d'investigation
18:22qui porteraient son nom.
18:23Et donc,
18:24aujourd'hui,
18:25c'est entre les mains
18:26des précédents de groupe
18:28qui ont promis
18:29de l'examiner
18:30avec bienveillance.
18:31On va dire aussi un mot
18:32quand même
18:32parce qu'ils ne sont pas très loin.
18:33Ils ne sont pas membres
18:34de l'Union européenne,
18:35certes,
18:35mais ils sont membres
18:36du Conseil de l'Europe.
18:37Et à ce titre-là,
18:38ils sont chargés
18:39de surveiller la liberté
18:41de la presse
18:41et les principes démocratiques.
18:42C'est la Turquie quand même.
18:43Il y a un certain nombre
18:44de, comme vous le savez,
18:45de journalistes,
18:45enfin,
18:46la plus grande prison
18:46de journalistes du monde
18:48selon la triste expression consacrée.
18:51La situation...
18:52Même chose,
18:53j'allais dire.
18:54Votre Parlement
18:56a unanimement condamné
18:57les procédés en Turquie.
18:59Enfin, pour l'instant,
18:59il ne se passe pas grand-chose
19:00au-delà de ça
19:02en Europe
19:02de la part des institutions européennes
19:04dont tout de même,
19:05par l'intermédiaire du Conseil,
19:06la Turquie fait partie.
19:08Il y a une forme d'hypocrisie
19:10assez violente,
19:12je dirais,
19:14parce qu'aujourd'hui,
19:15la Turquie
19:16détient la clé
19:18des réfugiés syriens.
19:20Il y a
19:20plusieurs millions
19:22de réfugiés syriens
19:23en Turquie.
19:25Et je pense
19:26qu'il y a
19:27une crainte certaine
19:30qu'Erdogan
19:31ouvre les vannes
19:32et menace
19:33de nous les envoyer.
19:35Donc je pense
19:36qu'il y a
19:36un jeu là
19:37qui n'est pas très digne.
19:39Tout à fait.
19:39L'Union européenne
19:40paye le prix
19:43de son...
19:44paye le prix
19:47moral
19:47et en même temps
19:49géostratégique
19:50de son refus
19:51de mettre en œuvre
19:51une réelle solidarité
19:53pour l'accueil
19:53des réfugiés.
19:55L'Union européenne,
19:56500 millions d'habitants
19:58auraient eu la capacité
19:59si les États membres
19:59ne s'étaient pas réfugiés
20:00chacun sur leur logique
20:02d'agenda politique national
20:04à courte vue
20:05et leur égoïsme national
20:06d'accueillir
20:07ces populations de réfugiés.
20:08Elle en serait sortie
20:09grandie
20:10en y mettant
20:10les conditions
20:11pour un accueil digne
20:12et elle en serait sortie
20:13avec une indépendance
20:14géostratégique
20:16et une capacité
20:18à justement
20:18porter ses valeurs
20:19vis-à-vis
20:19de ses voisins immédiats
20:20comme la Turquie.
20:21Ce qui n'est pas le cas
20:22aujourd'hui.
20:22En se mettant
20:23dans les mains d'Erdogan,
20:24elle a abandonné
20:24sa capacité
20:25à intervenir
20:26que ce soit
20:27pour le sort
20:28qui est fait
20:28aux journalistes
20:29en Turquie,
20:30pour que ce soit
20:30la dérive autoritaire
20:31d'Erdogan,
20:31pour que ce soit
20:33le massacre des Kurdes
20:34aujourd'hui à Afrin
20:35que perpètre la Turquie
20:38sans que l'Union européenne
20:39puisse faire autre chose
20:40que simplement
20:41le déplorer
20:42peut-être bruyamment
20:43mais sans autre conséquence.
20:45C'est votre point de vue aussi
20:46Eva Jolie
20:46sur cette question
20:48de la Turquie
20:48et de l'attitude
20:51que l'Europe a
20:51C'est ce que je vous dis.
20:53nous avons
20:54les mains liées
20:55par l'effet
20:57de 3 millions
20:59de réfugiés
21:00dans les camps
21:00turcs
21:01et que
21:03Erdogan
21:03fait tourner.
21:04avoir une attitude
21:05très claire
21:06et positive
21:07et active
21:09sur cette question.
21:10En série
21:11de notre peu de courage
21:13et peu de solidarité
21:14pour l'accueil des réfugiés.
21:16Je vous remercie beaucoup
21:18Eva Jolie,
21:18Virginie Rosière.
21:19Merci beaucoup.
21:19On continuera bien sûr
21:20à suivre ces affaires
21:21en reparler avec vous.
21:22Merci.
21:23Bonne journée.
21:23Au revoir et merci
21:24à vous qui nous avez suivis.
21:25Au revoir.
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