- il y a 20 heures
Kaddour Haddadi (HK) avait carte blanche pour présenter « Le cœur à l’outrage » publié chez Riveneuve Editions. Le chanteur-auteur a enthousiasmé le public du Village du Livre avec son troisième livre, un roman d’amour dans lequel "Elsa et Mohamed tenaient-ils sans doute trop à la vie…". Il était accompagné de Saïd son complice de longue date, pour cette présentation animée par Pierre Chaillan , journaliste de l’Humanité. Réalisation : Abrahim Saravaki
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00:00Le Cadou Radaghi est ici parmi nous au village du Livre pour présenter son dernier ouvrage, son troisième.
00:10Donc après, j'écris donc j'existe en 2012 et Néapolis en 2014.
00:16Donc aujourd'hui, Le Cœur à l'outrage, édition Rive Neuve, vous êtes fidèles.
00:24Carte blanche à la fois avec des mots mais aussi avec de la musique.
00:29Merci à tous les deux. Le Cœur à l'outrage, c'est un plaidoyer contre la stigmatisation, contre la mise
00:38à l'écart, largement le grand mot de xénophobie.
00:43C'est un livre qui a été écrit au lendemain des attentats du 13 novembre, qui s'élève évidemment contre
00:50la barbarie terroriste
00:52et aussi contre la logique de l'état d'urgence permanent.
00:56Et tout ce qui a pu aller avec et qui a pu découler, en termes de lâcher le mot, de
01:02xénophobie, de peur de l'autre, d'enfermement.
01:05Il y avait, par rapport à ces attentats, deux manières de réagir.
01:08Il y avait celle qui, malheureusement, a été un peu la tendance et qui était portée par le Premier ministre
01:14de l'époque.
01:15« C'est la guerre, la guerre, la guerre. Et puis enfermez-vous. Et puis ayez peur. C'est la
01:18culture de la peur. »
01:19Et en ces temps-là, c'est vrai que la peur était légitime pour tout le monde.
01:25Quand le terrorisme vient de rappeler à nos portes, puisque dans nos salles de concert, nous on est musiciens,
01:28donc on comprend ce que ça veut dire.
01:31Mais on ne devait pas se laisser dominer par ce seul sentiment.
01:36Il y avait plein d'autres sentiments qu'on pouvait aller chercher au fond de nous pour pouvoir faire front
01:40ensemble.
01:41Et l'idée, c'était de se dire « se retrouver, c'est ça l'urgence. Être ensemble, c'est
01:46ça l'urgence. »
01:47Et dans ce monde où, voilà, si on prenait l'image un peu de cette tempête qui s'abattait sur
01:52nous,
01:53il y avait à la base de ce livre, il y avait cette citation de Sénèque que j'aime beaucoup.
01:57« La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe, mais c'est d'apprendre à danser
02:01sous la pluie. »
02:02Donc voilà, c'est une invitation à danser ensemble sous la pluie.
02:05On peut dire ça comme ça.
02:08Merci.
02:10Alors donc, ce livre, c'est l'histoire d'Elsa et de Mohamed.
02:15Elsa et Mohamed, ils se retrouvent dans un de ces cafés d'un quartier populaire le soir du 13 novembre.
02:22Et c'est comme ça que commence le livre.
02:27Ils sont nés.
02:29Ils sont nés tous les deux, une nuit de novembre, dans les bras l'un de l'autre.
02:34Ils sont venus au monde, un de ces jours maudits, dévastés par la peur.
02:38Et la terre, un instant, aurait tellement aimé retenir son souffle, et puis ne plus tourner.
02:44Et le temps, même lui, doit se sentir coupable de ne s'être arrêté.
02:48Ils sont nés à Paris, un vendredi 13, dans un petit roquet au coin d'une rue Calme, d'un
02:56quartier populaire.
02:58Ils sont nés entourés de quelques gens tranquilles, des gens sans histoire, d'illustres anonymes, des parisiens.
03:06Oh, pas de ceux que vous croiserez, de jour ou à la nuit tombée, sur les grands boulevards, ou sur
03:11les gens dans les Elysées.
03:13Non, des gens modestes, comprenez.
03:17Certains, il y a longtemps, ont vu le jour dans cette ville.
03:20D'autres sont venus d'Asie, d'Afrique, d'Europe de l'Est, du Sud, ou tout que l'on
03:25puisse venir quand on n'est pas né ici.
03:27Des êtres humains, probablement eux-mêmes enfants, parents, ancêtres ou descendants, d'exilés, de migrants.
03:38Sédentaires ou voyageurs seulement à des passages.
03:43Le cri des nouveaux-nés.
03:46L'avez-vous entendu ?
03:52Au milieu du fracas, des milliers d'autres cris et des vides en éclairs et des éclats de vie.
03:58Seront-ils nés pour rien ?
04:00Auront-ils un répit, une deuxième chance, un autre rendez-vous ?
04:07Au-dessus d'une table, entre les verres, les assiettes et les téléphones portables,
04:12leurs coups s'étaient posés, leurs mains s'étaient croisées,
04:16et tout comme leurs grands yeux ne pouvaient se quitter.
04:18C'est alors qu'ils pensaient, chacun s'en le dit, que la nuit serait longue à n'en jamais
04:25finir.
04:27D'une minute à l'autre,
04:34ils quitteront les lieux.
04:36Dans les rues de Paris, puis sur les quais de Seine, ils marcheront un peu.
04:41Ils rejoueront la scène de ces deux drôles d'oiseaux qui se croissent à le monde,
04:46et qui courent, et qui volent, et qui piaillent le rythme, et puis...
04:49Et puis après peut-être, si le chœur leur en dit, s'ils trouvent un bel endroit,
04:54un beau plancher en bois, et puis un bel orchestre,
04:57de la bonne musique, ils s'en iront danser.
05:08Bien plus tard dans la nuit, ils rentreront chez elle,
05:11ou chez lui, peu importe, ils ne s'arrêteront pas sur le pas de la porte,
05:16âme en fou, âme en fleur, ils s'aimeront des heures,
05:20ils s'aimeront encore aux premières aurores,
05:23et le croissant de lune, et l'étoile du matin s'endormiront alors.
05:29Leurs cœurs battront si fort,
05:31et leur souffle bruyant,
05:34pourront-ils entendre ?
05:37Le monde va mal,
05:39et les oiseaux rêveurs,
05:41ferait bien de trouver très vite un autre ailleurs,
05:44une autre planète,
05:45pour voir leurs amours honnêtes.
05:47Oui, monsieur, oui, madame,
05:51croyez-moi,
05:51ils sont nés,
05:52d'une façon soudaine,
05:54tous deux prématurés,
05:55projetés sur le sol,
05:56l'un tout contre l'autre.
05:58Ils sont nés à Paris,
06:00une nuit de terreur.
06:01Oh non,
06:02Paris n'est pas le centre du monde,
06:04et la vie et la mort ont élu domicile un peu partout sur terre.
06:09S'ils avaient pu choisir,
06:11seraient-ils nés la veille du côté de Beyrouth ?
06:24Alors en fait,
06:26donc Elsa et Mohamed,
06:27celle de la mort fou,
06:28celle de la mort tendre,
06:29et ce sont tous deux de grands férus de poésie,
06:34et Mohamed,
06:35ils se rencontrent à Paris,
06:36à la faculté,
06:38dans des études de lettres,
06:39qu'ils font tous les deux,
06:40et Mohamed se trouve un petit travail,
06:43dans une boutique,
06:43avec un nom très particulier.
06:46Un jour,
06:47il passe devant cette boutique,
06:49il y hante,
06:50il devient amoureux de ces lieux,
06:52et il se dit,
06:52tiens,
06:53c'est vrai que j'aimerais bien,
06:54j'aimerais bien y travailler un jour.
06:56Alors,
06:57Mohamed ne fait rien,
06:58comme tous les autres,
06:59donc il va envoyer sa lettre de motivation,
07:01mais comme lettre de motivation,
07:03il va envoyer un poème.
07:05Alors Mohamed rêve un jour d'écrire,
07:08de publier,
07:09il rêve même,
07:11il a la folie des grandeurs,
07:12vous savez,
07:12d'être panthéon de la grande littérature,
07:15de la grande poésie française,
07:16de voir son nom affiché au côté des plus grands,
07:19Aragon,
07:20Apollinaire,
07:22Prévert,
07:24Baudelaire,
07:26Mohamed,
07:26Gouja.
07:28Voilà,
07:28ça fait rire les gens,
07:29et c'est que ce rire-là même,
07:32lui donne une force,
07:33une motivation,
07:34qui lui permet de faire des choses folles,
07:36comme cette lettre de motivation.
07:43Il y a au coin de ma rue,
07:45une petite boutique,
07:48chaleureuse et accueillante,
07:49créative et bouillonnante,
07:51improbable et déroutante,
07:54incroyablement surprenante.
07:56Son histoire, je vous la livre,
07:58c'est vrai qu'elle ne manque pas de sel,
07:59elle est de sel qui vous en livre,
08:01de sel qui vous en sorcelle,
08:03quand Paris est sous la brume,
08:05quand il pleut,
08:06quand il fait froid,
08:07quand j'ai mal en mon stylo plume,
08:09quand mon crayon reste de bois,
08:11je sais,
08:12il y a un endroit,
08:13où il fait bon passer le temps,
08:16tourner les pages du bout des doigts,
08:17en chuchotant du bout des lèvres.
08:20L'épicerie des poètes,
08:22l'épicerie des poètes,
08:24en voilà un drôle de nom,
08:26en voilà une drôle d'idée,
08:27dont il voudrait se sustenter.
08:30Pas de quoi se remplir la pence,
08:32est-ce qu'un drame,
08:33à brever et nourrir son âme,
08:35ce n'est pas si mal quand on y pense.
08:38Une pincée de rêve en grand,
08:40deux, trois, quatre bouteilles en verre,
08:42des récits jetés à la mer,
08:44quelques paquets de mots futiles,
08:46quelques pieds sous la lampe à huile,
08:48et des biscuits de poésie,
08:50à grignoter toute la nuit.
08:54Oui,
08:56le poète est une espèce en voie de disparition,
08:59et l'épicier, lui, subit la loi de la grande distribution.
09:02Tous les deux, c'était écrit un beau matin,
09:04se sont alliés,
09:05et l'ami, ça te dirait de venir mon associé,
09:08ils se sont tapés dans la main,
09:10et ici même, vous le voyez,
09:11sans attendre leur lendemain,
09:13leur nouvelle vie a commencé.
09:28Allez, puisqu'il est poète,
09:30pour trois sous,
09:31que l'on soit sobre ou que l'on soit souple,
09:33on peut s'en livrer sans fin,
09:35enfin, s'abreuver de nos fins,
09:37délicatement choisis pour leur beauté,
09:39soigneusement priés,
09:40mille fois pesés,
09:41des mots qui parlent,
09:42des mots qui chantent,
09:43des mots malins qui jamais ne s'en mêlent,
09:46nommés de quoi je me mêle.
09:47Oui, c'est vrai, monsieur,
09:49je vous l'avoue,
09:50je m'y rends parfois discrètement à pas de loup,
09:54et j'ai l'air de rien dans les rayons.
09:57J'ouvre un bouquin,
09:58je m'assure qu'il n'y ait personne à l'horizon,
10:01et je pique.
10:03Oui, je pique des mots-clés,
10:05des vers et des idées,
10:06je pique des histoires entières,
10:08pas plus tard qu'avant-hier.
10:10Je pique et je pique or,
10:12ce n'est pas bien, je le sais,
10:13mais, n'est-ce pas l'avoisier qui disait
10:15que rien ne se perd,
10:17et rien ne se crée.
10:18Puis,
10:19vous livrez un secret.
10:23À l'épicerie des poètes,
10:24me croirez-vous,
10:26un jour de grande tempête,
10:27j'y ai croisé un homme fou.
10:29À ce chapitre de sa vie,
10:31il nourrisseait l'ambition
10:31de réciter des poésies
10:34et de chanter des chansons.
10:36« Monsieur est un rêveur,
10:38monsieur est un artiste. »
10:42« Oui, monsieur est un rêveur,
10:43et je ne crois pas en vérité
10:44que le rêve soit proscrit.
10:46Le rêve, c'est là tout ce qu'il nous reste. »
10:50Non,
10:52les mots,
10:53monsieur,
10:53il nous reste les mots.
10:55Un mot, c'est gratuit,
10:57un mot, c'est donner à tout le monde,
10:58et pourtant,
11:00un mot, un seul,
11:01pour vous coûter si cher.
11:04Les lettres,
11:05non,
11:06pas les lettres de noblesse,
11:07les belles,
11:09les merveilleuses,
11:10les imprudentes,
11:11enchanteresses,
11:12des lettres pour tout le monde,
11:14des lettres grandes, ouvertes.
11:16L'encre,
11:18il nous reste l'encre.
11:19Non,
11:19pas celle qui nous attache,
11:21pas celle qui fait tâche
11:23ou qui nous fait ombrage,
11:24non,
11:24l'encre du voyage,
11:25l'encre qui nous amène
11:26sous d'autres cieux,
11:28l'encre qui te dessine,
11:29toi,
11:29l'encre de mes yeux,
11:31le papier,
11:32il nous reste le papier.
11:36Pas le petit billet vert,
11:38bleu, jaune, gris,
11:39selon la mode,
11:40le pays,
11:40non,
11:41la page vierge,
11:42qui ne demande qu'à parler,
11:43qu'à recevoir et qu'à donner.
11:44Petites lettres à gondezelles,
11:47soyez toutes les bienvenues,
11:48vous qui venez de si loin,
11:50vous qui en avez tant vu,
11:51posez-vous,
11:52mes demoiselles,
11:53quelques instants dans mon refuge,
11:55donnez-moi des nouvelles du ciel,
11:57de la lune et du début.
12:01Et puis,
12:02il nous reste les livres,
12:06ceux qui nous prennent
12:08et nous enlèvent,
12:09quelques instants par-ci,
12:11par-là,
12:11loin de la loi du marche ou crève,
12:13et qui nous disent,
12:15assieds-toi
12:15et lis un peu,
12:18arrête-toi,
12:19ouvre les yeux
12:20et vois le monde
12:21tel qu'il n'a jamais été,
12:23tel qu'il n'est plus
12:24ou tel qu'il n'est pas encore.
12:26Oui,
12:27à l'épicerie des poètes,
12:29vous trouverez un peu tout ça
12:30et puis qui sait,
12:31un jour peut-être,
12:32croyez-moi autant que j'y crois,
12:34vous pourrez lire ces quelques vers
12:36signés
12:37Mohamed Boujard.
13:00Ce qu'il faut savoir,
13:04c'est que ce livre est un
13:07essai philosophique,
13:09je crois.
13:11excuse-moi,
13:11il est trop modeste pour dire ça,
13:13parce qu'ici,
13:13vous allez rencontrer
13:14beaucoup de gens
13:15qui font des essais.
13:17M. HK,
13:18lui,
13:18il a fait une réussite.
13:22Avec des cartes,
13:23ça, je crois.
13:25Ça fait 20 ans
13:27que je le connais,
13:27c'est la première fois
13:28qu'il dit un truc gentil.
13:31Donc voilà,
13:31il y a dans ce livre
13:32des grandes théories philosophiques
13:34qui font date
13:34dans l'histoire de l'humanité,
13:35je pense que vous pouvez le dire.
13:36Ah oui.
13:36Ah oui.
13:38Même si pour l'instant,
13:39elle reste très largement
13:40incomprise du grand public.
13:43Alors,
13:43il y a la théorie,
13:44notamment du
13:45« il y a toujours un mais ».
13:48Puisque
13:49Elsa et Mohamed
13:50s'aiment la mot fou,
13:51je vous le disais,
13:52mais il y a toujours un mais
13:54dans ces histoires
13:55trop parfaites
13:56pour être vraies.
13:57Il y a toujours
13:58un grain de sable
13:59qui vient mettre
14:00son petit grain de sel.
14:01Bien sûr,
14:03tous les mais
14:04ne sont pas inutiles.
14:05Il y en a
14:06des importants,
14:07des nécessaires.
14:08Dès lors qu'ils mettent
14:09l'accent sur des valeurs
14:10qui nous sont chères.
14:12Je vous aime,
14:13mais je ne peux me résoudre
14:14à fréquenter
14:14une femme mariée.
14:21Il y a des mais
14:23insurmontables,
14:24incontournables,
14:24irrémédiables.
14:25Je vous aime,
14:27mais je suis gai.
14:31Il y a des mais
14:32pour la forme,
14:33pour le principe
14:34de dire mais.
14:35Je vous aime,
14:36mais je vous aime.
14:40Il y a des mais printaniers,
14:41il y a des mais
14:42tout moins de mais.
14:43Il y a des mais répétitifs.
14:45Mais oui,
14:46je vous aime,
14:46mais oui,
14:47mais oui,
14:47oui,
14:48oui,
14:48mais,
14:49mais,
14:50mais,
14:50mais,
14:50mais,
14:51dans le cas présent,
14:52vous aurez remarqué
14:53que le mais répétitif
14:54est doublé
14:55d'un mais sans suite,
14:56charge à l'interlocuteur
14:57de deviner ce qu'il y a
14:59derrière ce mais.
15:00Il y a des mais sucrés,
15:02des mais gourmands.
15:04Je vous aime,
15:05mais j'en aime aussi
15:07une autre.
15:10Des mais introspectifs.
15:13Je vous aime,
15:14mais je me pose des questions
15:15sur moi,
15:16sur vous,
15:16sur nous.
15:18Avons-nous réellement
15:19pris le bon chemin
15:20au bon moment ?
15:21Ne croyez-vous pas
15:22que peut-être...
15:24Des mais truculents,
15:25des mais succulents,
15:27tout autant que des sucres lents.
15:29Je vous aime,
15:30mais je vous en prie,
15:31prenons notre temps.
15:33Les mais d'enfants.
15:34Mais,
15:35euh...
15:36Il y a le mais contenu
15:38et fair-play
15:39relevant d'une certaine éducation.
15:41Mais dis-moi, chérie,
15:43qui est donc
15:43cette charmante jeune fille
15:44entièrement nue
15:45dans notre vie ?
15:47Il y a le mais
15:48qui n'a peur de rien,
15:49enfin son cascadeur
15:50s'enfiler.
15:51Mais chérie,
15:51je te le jure,
15:52je ne la connais pas.
15:56Il y a...
15:59Il est souvent suivi,
16:00ce mais,
16:01par un autre
16:02qui vient de la bouche
16:04de ses soi-disant amis.
16:07Mais je te l'avais bien dit
16:08que ça finirait mal.
16:10la liste d'aimer
16:11pourrait être
16:11infiniment plus longue,
16:12mais je pense
16:14qu'il est temps
16:14maintenant
16:15de vous parler
16:15d'une autre
16:16grande,
16:17immense théorie
16:18philosophique.
16:21N'en applaudissez pas
16:22parce que là,
16:22c'est vraiment...
16:23Vous applaudirez après.
16:26Accrochez-vous,
16:27il va falloir suivre.
16:28Pour les moins érudits,
16:29faites attention.
16:31C'est...
16:31Dites échauffement.
16:32Vous attend déjà
16:33parler de la théorie
16:34du épuis-merde ?
16:36Non,
16:37apparemment...
16:38Ah,
16:38c'est pas...
16:39Le épuis-merde
16:40est une sorte
16:41de putoser de la pensée.
16:42Un truc pas très fin
16:44ni très subtil
16:44et somme toute
16:45assez radical,
16:46mais un truc
16:47qui, parfois,
16:48utilisé à bon escient,
16:49peut vous sauver la vie.
16:50Tenez,
16:51pour prendre un exemple
16:51tout à fait tordu,
16:53imaginez que vous soyez
16:54de nature
16:54à avoir le vertige
16:56et que,
16:57malgré cela,
16:57ne me demandez pas
16:58pourquoi vous avez
16:59pris l'avion ce matin.
17:00Pas un avion bleu,
17:01non,
17:01plutôt un avion militaire
17:03à 6 000 mètres
17:04d'altitude,
17:05pas le bol.
17:06Le moteur chauffe,
17:07les hélisses s'enraissent
17:07et la panne sèche.
17:09Distribution de parachute,
17:10vous voilà au bord du vide.
17:12Là, généralement,
17:13vertige ou pas vertige,
17:14vous criez
17:15épuis
17:17et vous sautez.
17:19Le épuis-merde,
17:20il faut bien le dire,
17:20comporte tout de même
17:21certains risques.
17:23Vous venez donc
17:24de sauter courageusement
17:25dans le vide,
17:25très bien.
17:26Il vous faut maintenant
17:27ouvrir ce
17:28plein de parachute
17:29de merde.
17:32Évidemment,
17:32vous n'aviez pas pris
17:33le temps de lire
17:34la notice,
17:34c'est pas bon.
17:36Vous voilà maintenant
17:37au chute libre
17:37à une vitesse approximative
17:39de 100 mètres
17:40par seconde.
17:41À ces moments précis,
17:42il ne vous reste
17:43que deux options.
17:44Soit vous cherchez
17:45à comprendre
17:45ou vous en faire rendre
17:46des questionnements
17:47du genre.
17:48Mais comment ai-je fait
17:48pour en arriver là ?
17:49En refaisant le film
17:50de votre journée,
17:51parfois même de votre vie,
17:52dans l'espoir
17:53de retrouver la trace
17:54du satané moment
17:55où tout a basculé,
17:56en ressassant,
17:57en radotant,
17:58bref,
17:58en broyant du noir.
18:00Ou alors,
18:01foutu par foutu,
18:03vous balancez à nouveau
18:06en vous décidant
18:08à profiter
18:09de vos dernières secondes
18:11en contemplant
18:12le monde vu de là-haut.
18:14La mer des nuages,
18:16les merveilleux paysages,
18:17le soleil couchant,
18:18la lune naissante
18:19à notre bout du ciel,
18:20et puis le doux
18:21qui sont vivants
18:22sur votre peau.
18:23Là,
18:24face à ce spectacle
18:25merveilleux,
18:26touché par la grâce
18:27de l'instant,
18:27vous pourriez même
18:28finir par en oublier
18:29le caractère inéluctable
18:30de cette chute
18:31et vous esclamez
18:32dans un dernier sourire.
18:33C'est génial !
18:39Voilà résumé
18:40en quelques mots
18:41cette fameuse théorie
18:41du népumère.
18:43Un lâcher-prise
18:44s'exprimant soudainement
18:46à un moment critique
18:46de notre existence.
18:48Nous faisons alors
18:48comprendre que nos
18:49pleurs de toujours,
18:50nos questionnements
18:51sans fin,
18:52nos tiraillements
18:53obsessionnels
18:54et tous ces principes
18:55que l'on a toujours
18:55cru ancrés en nous
18:56de façon immuable,
18:58sont en réalité
18:59des choses très relatives.
19:10Je me suis levé un matin
19:13sans le jour de l'existence
19:15J'ai levé la voix et le poing
19:17Quand la règle était le silence
19:19J'en ai vu monter dans des trains
19:21Partir dans un brouillard romance
19:24Je ne pouvais être ni qu'en puisse
19:25ni témoin
19:26Je suis entré en résistance
19:28Une voix pavée d'espérance
19:31Peuplée de femmes et d'hommes de mou
19:33Un choix comme une évidence
19:35Entre potences et corps de coup
19:37Je suis revenu de si loin
19:39J'ai mon grâce à mon étoile
19:41La mort m'a oublié en chemin
19:43À Dora et à Burenbal
19:4693 ans je peux croire
19:48Que ma fin n'est plus très loin
19:5093 ans voici ma mémoire
19:53Prenez-en le plus grand soin
19:55L'indignation obstinément
19:57Dans un monde au garde-à-vous
19:59Soyez de ceux qui marchent contre le vent
20:02Mes amis
20:02Indignez-vous
20:04Indignez-vous
20:09Indignez-vous
20:12C'est un vieux monsieur
20:14C'est un vieux monsieur
20:18C'est un vieux monsieur
20:30C'est un vieux monsieur
20:45C'est un vieux monsieur
20:54C'est un vieux monsieur
21:07C'est un vieux monsieur
21:21C'est un vieux monsieur
21:23C'est un vieux monsieur
21:24C'est un vieux monsieur
21:43C'est un vieux monsieur
22:01C'est un vieux monsieur
22:13C'est un vieux monsieur
22:41Amnésie généralisée
22:43Produit de consommation
22:43C'est un vieux monsieur
22:51Indignez-vous
22:54Indignez-vous
22:57C'est un vieux monsieur
23:01C'est un vieux monsieur
23:13C'est un vieux monsieur
23:43C'est un vieux monsieur