- il y a 13 heures
Oubbi Boucheraya Bachir est le représentant, en France, du Front Polisario, le mouvement qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental, ex-colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975. Il analyse les raisons de l’impasse du processus de paix, la nouvelle donne diplomatique créée par le retour du Maroc dans l’Union africaine, les causes des tensions sur le terrain, les plus fortes constatées depuis le cessez-le feu, en 1991.
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00:02Oubi Bouchraya Bachir, bonjour. Merci d'avoir répondu positivement à l'invitation de l'Humanité.fr.
00:09Vous êtes responsable en France du Front Polisario.
00:12Alors le Front Polisario, c'est le mouvement qui réclame l'indépendance du Sahara occidental,
00:18une ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975.
00:23Aujourd'hui, le Maroc occupe toujours 80% de ce territoire et refuse la perspective d'un référendum d'autodétermination
00:33pourtant inscrite dans les résolutions de l'ONU.
00:36Aujourd'hui, en fait, le processus de paix au Sahara occidental est bloqué.
00:42Et tout récemment, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a appelé le Maroc et le
00:49Front Polisario que vous représentez
00:51à ouvrir à nouveau un dialogue de paix pour aboutir à une issue dans ce conflit, le dernier conflit de
01:01décolonisation en Afrique.
01:03Comment vous avez reçu ces demandes de l'Union africaine ?
01:08Bonjour, je tiens tout d'abord à vous remercier pour cette interview et cet accueil.
01:17La décision du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine la semaine dernière
01:23était en fait une nouvelle interpellation, pas seulement au Maroc, mais aussi à l'égard des Nations unies
01:31pour qu'ils assument leurs responsabilités et permettre au référendum d'autodétermination
01:39de s'organiser le plus vite possible au Sahara occidental.
01:44Mais je crois que la nouveauté ou un peu le point important ou singulier dans cette décision,
01:53c'est que c'est la première décision prise par cette instance qui appartient à l'Union africaine
01:59après l'admission du Maroc à l'Union africaine janvier ce dernier.
02:03Je crois que c'était un peu en sorte, en quelque sorte un test pour la bonne volonté du Maroc
02:11après avoir adhéré à l'Union africaine.
02:14Et je crois que dans ce test, le Maroc lamentablement a échoué
02:19parce qu'il n'a pas pris part dans cette décision.
02:25Il était invité comme une partie prenante dans ce conflit,
02:29mais il a évité de répondre à l'invitation du Conseil de sécurité et de paix.
02:35Et malgré ça, des décisions très importantes ont été prises par le Conseil.
02:41Alors pour bien comprendre, le Maroc est revenu au mois de janvier dans l'Union africaine,
02:45une enceinte qu'il avait quittée il y a plusieurs décennies après la décision de l'Union africaine,
02:51l'OUA à l'époque, l'organisation de l'unité africaine,
02:54d'admettre la République arabe sahraoui démocratique.
02:58Pour vous, est-ce que ça rebat quand même les cartes diplomatiques,
03:02ce retour du Maroc dans l'Union africaine ?
03:04Nous, dès le départ, le Maroc c'est un pays africain.
03:09Il a décidé de boycotter l'organisation de l'Union africaine
03:13à cause de l'admission de la RAST au sein de cette organisation.
03:18Et la position unanime des pays africains d'accorder ce statut à la RAST,
03:25mais aussi de parler au nom de l'Afrique unanime et de plaider au nom du peuple du Sahara occidental
03:31et son droit à l'indépendance et de la détermination.
03:34Le problème qui s'est posé en juillet 2016 au sommet de Kigali,
03:40c'est que le Maroc voulait se faire admettre par les Africains au sein de cette organisation
03:48sans ratifier l'acte constitutif de cette organisation.
03:53Alors, pour cela que la démarche n'a pas été, n'a pas donné de suite.
03:58Le Maroc a été appelé à suivre la procédure et ratifier l'acte constitutif de l'Union africaine.
04:09L'acte constitutif de l'Union africaine, bien sûr, stipule des clauses très claires.
04:15Le respect des frontières héritées de l'ère coloniale, le respect de l'indépendance des États membres.
04:20Et le Maroc, donc, il a adhéré à cette charte, à cet acte constitutif.
04:27Mais nous croyions au départ, nous n'avions pas vraiment les indices suffisants
04:36pour accréditer une bonne volonté du Maroc de revenir à la famille africaine
04:43ou être membre de l'organisation de l'Union africaine.
04:48Nous avons exprimé nos réserves au départ parce que nous savons bien que le Maroc, jusqu'à maintenant,
04:55n'a pas la volonté politique de coopérer pour qu'il y ait une résolution conforme à la légalité internationale.
05:03Mais comme le Maroc a ratifié l'acte constitutif,
05:07donc il y avait un boulevard devant lui pour se faire admettre à l'Union africaine.
05:13Mais je crois que seulement à partir de maintenant, on aura les tests pour vérifier si le Maroc est vraiment
05:22sérieux
05:23pour que cette nouvelle appartenance à la famille africaine soit une opportunité pour la paix
05:33et pas une opportunité pour le Maroc de faire revenir les Africains et les pays africains à la case de
05:40départ,
05:40c'est-à-dire s'aimer une division au sein des pays africains
05:44et générer un blocage ou un impasse chez cette organisation qui a fait beaucoup de progrès durant les années dernières.
05:54Malheureusement, à partir de la décision du Conseil de paix et de sécurité africaine
05:58et particulièrement à partir du sommet de CIA, la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique
06:09qui voulait faire une réunion ministérielle de partenariat entre l'ONU et l'Union africaine,
06:17le Maroc a essayé aussi de boycotter cette réunion et la réunion malheureusement a été reportée syndiée
06:25à cause de cette condition marocaine.
06:32Alors on voit bien qu'il y a ces tensions institutionnelles et sur le terrain aussi,
06:36la tension n'a jamais été aussi forte depuis le cessez-le-feu en 1991
06:40et récemment cette tension s'est cristallisée autour de la zone tampon de Guerguerate
06:46tout au sud du Sahara occidental, à la frontière avec la Mauritanie
06:51où les forces armées royales faisaient face aux combattants armés du Front Polisario.
06:57Est-ce que vous pouvez nous expliquer les raisons de la cristallisation de la tension dans cette zone
07:03et ce que vous pensez du récent retrait marocain de cette zone tampon de Guerguerate ?
07:09Donc toute la zone et surtout autour du mur de la honte marocain érigée par le Maroc les années 80
07:18un peu pour empêcher la pénétration profonde de l'armée saharaui à l'intérieur du territoire
07:27est érigée par un accord qui s'inscrit dans l'ensemble des accords de paix
07:32qui est l'accord numéro 1, 2 cessez-le-feu entre le Polisario et le Maroc.
07:38C'est-à-dire que l'article numéro 1 stipule qu'aucune des parties n'est censée modifier la nature
07:46de cette zone
07:49au moment où la signature de l'accord.
07:53Le Maroc, le 11 août 2016, a décidé d'une façon unilatérale de construire et goudronner une route
08:03entre ce point-ci de Guerguerate dans le mur des défenses marocaines avec la frontière nord de la Mauritanie.
08:16En soi, c'est une violation flagrante des termes de ce seul effet.
08:21Le Polisario a pris tout le temps entre le 11 jusqu'à le 28 août pour interpeller l'ONU.
08:31Notre président a envoyé entre 4 ou 5 lettres au secrétaire général de l'ONU.
08:39La Minoursu aussi a été saisie pour cette violation.
08:43Il n'y a pas de réaction directe pour empêcher le Maroc de stopper cette démarche.
08:51Pour cela, le Polisario a décidé de déployer des troupes saharauis
08:55pour empêcher le Maroc d'avancer avec cette violation.
09:03D'abord, il faut bien souligner que même cette route qui permet le commerce entre les zones occupées saharauis
09:12et le nord de la Mauritanie et par la suite dans toute l'Afrique occidentale,
09:17en soi, c'est une violation de ce seul effet.
09:19Parce qu'en 1991, le moment où la signature des accords n'existait pas telle route au Sahara occidental.
09:28Mais nous, de bonne foi, on a laissé faire les choses.
09:33Mais comme en 2016, le Maroc continue à refuser la tenue du référendum de détermination,
09:43continue à violer les droits de l'homme sans qu'il y ait un mécanisme de monitoring
09:48à partir de l'ONU pour superviser les droits de l'homme.
09:52Le Maroc continue à piller les ressources naturelles du Sahara occidental.
09:57Le moment est venu pour faire une interpellation majeure de la communauté internationale et de l'ONU
10:04que notre patience est arrivée à ses limites et qu'on ne peut pas considérer que l'ONU,
10:10la mission des Nations Unies, devienne un instrument pour éterniser l'occupation de notre territoire.
10:20Le Maroc a décidé d'une façon aussi unilatérale de se retirer de la zone février dernier
10:30et faire en sorte pour qu'il soit perçu de la part de la communauté internationale comme une concession gigantesque.
10:41Alors pour nous, c'est de la poudre aux yeux.
10:44Le Gergarate, ça fait juste un élément, un détail de tout un ensemble, c'est-à-dire le processus en
10:51place pour résoudre, pour décoloniser le Sahara occidental.
10:55Et on l'a fait d'une façon très claire, on l'a dit, on le répète, que pour qu
11:03'il y ait un retrait ou une solution de la tension dans la zone du Gergarate,
11:12il faut qu'on s'assoie tous et on parle de tout.
11:15Gergarate, c'est un élément de tout un ensemble.
11:18Il faut discuter de tout.
11:20Alors justement, dans cet ensemble, il y a aussi tous les enjeux économiques liés, vous l'avez dit, aux ressources,
11:26notamment aux ressources naturelles du Sahara occidental.
11:30Le Front Polisario a engagé un recours contre l'accord de libéralisation qui lie le Maroc à l'Union européenne
11:39dans les domaines de l'agriculture et de la pêche, un accord qui avait été signé en 2012.
11:44Vous avez d'abord eu gain de cause devant la Cour de justice de l'Union européenne,
11:49puisque l'exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental par la force occupante est illégale au regard du droit international.
11:57Et donc cette Cour de justice européenne a annulé dans un premier temps l'accord,
12:03ce qui a déclenché une crise diplomatique entre le Maroc et l'Union européenne.
12:07Un appel a été interjeté.
12:10Et à la fin de l'année 2016, à la fin de l'année dernière, la Cour de justice de
12:14l'Union européenne a émis un arrêt qui est très paradoxal
12:18et qui dit que cet accord n'aurait pas dû être annulé puisqu'il ne s'applique pas en droit
12:24au Sahara occidental.
12:26Du coup, les deux parties crient victoire, mais qu'est-ce qu'il en est réellement ?
12:30Je crois que la décision du Maroc de créer victoire au départ, c'était un peu pour gérer d'une
12:41façon très limitée dans le temps et l'espace
12:46à cause des raisons un peu diplomatiques, parce que le Maroc s'est préparé pour l'Union africaine,
12:53s'est préparé pour le procès de Gdémisie, qui est beaucoup de choses, donc il ne fallait pas avoir quand
12:59même aussi un nouveau front de confrontation avec l'Europe.
13:03Pour cela que le Maroc a essayé d'en faire un peu une victoire, un peu relativiser l'impact de
13:12ce coup.
13:13Mais après, jusqu'à maintenant, exactement le mois dernier, ce mois, on commence à voir la véritable version et la
13:22véritable perception,
13:23le jugement du Maroc vis-à-vis de cet arrêt de la Cour.
13:26C'est-à-dire que c'était pas seulement une interpellation, mais c'était une affirmation qui s'inscrit dans
13:35le droit européen,
13:36et ça c'est nouveau, parce que le point fort de la lutte du peuple du Sahara occidental, c'était
13:41toujours au sein du droit international.
13:43Et pour cela que le Maroc se permettait de passer des accords avec l'Europe, parce qu'il n'y
13:52avait pas assez d'éléments ou de juridictions européennes en la matière.
13:59Maintenant, après la décision du tribunal 2015, et maintenant la décision de la Cour de justice européenne,
14:10il y a des bases solides d'une juridiction européenne concernant le Sahara occidental,
14:16qu'on peut le résumer dans trois éléments principaux.
14:20D'abord, le Maroc est une puissance occupante, il n'a pas de souveraineté sur le Sahara occidental,
14:26c'est une puissance occupante, ça c'est très important.
14:30Le deuxième élément, c'est le peuple du Sahara occidental, ce que le peuple du Sahara occidental a,
14:35la souveraineté totale sur ses ressources naturelles.
14:38Le troisième élément, c'est que ce peuple est bien représenté par le Front Polisario,
14:45comme unique et seul représentant légitime de ce peuple.
14:48Ce sont trois éléments qui sont très importants maintenant et qui commencent à constituer ce qu'on va appeler désormais
14:58la juridiction européenne vis-à-vis du statut, mais aussi de la cause sahraoui.
15:06Le Maroc est obligé et les pays européens sont obligés maintenant à revenir sur l'accord de 2012
15:17et trouver une formule pour exclure le Sahara occidental de l'application de cet accord.
15:25Il n'y a pas une formule intermédiaire parce que la justice a tranché.
15:31Peut-être que dans le passé, nous n'avions pas une vision un peu claire
15:39ou une décision très claire ou ferme comme elle est aujourd'hui,
15:45peut-être qu'il y avait des possibilités d'un peu manœuvrer et trouver des formules.
15:50Mais maintenant, il n'y a pas de formule en dehors de l'esprit de la décision de la Cour
15:56européenne,
15:57c'est-à-dire exclure le territoire du Sahara occidental de tout échange éventuel économique avec le Maroc.
16:05Mais aussi, ce qui est important, si l'Europe veut maintenir des accords
16:12qui impliquent le territoire du Sahara occidental, il faut s'adresser au peuple du Sahara occidental,
16:19il faut s'adresser à son représentant légitime qui est le Front Polisario.
16:24Moi, je crois que le Maroc n'avait, il n'a pas aujourd'hui, aucune raison de crier victoire
16:31parce que tout le raisonnement expansionniste marocain s'est fait sur la base de ce qu'ils appellent
16:41la marocanité du Sahara occidental.
16:43Alors que la décision est très claire, que le Sahara occidental ne fait pas partie du Maroc.
16:49C'est un territoire distinct et dans les accords économiques, il a une statique.
16:57Donc c'est un peu parti tiers dans cette association entre le Maroc et l'Union européenne.
17:07Récemment, Christopher Ross, l'envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara occidental, a jeté l'éponge.
17:14Les relations étaient très tendues entre le Maroc et ce représentant onusien.
17:21Plusieurs projets qu'il avait porté ont échoué, notamment par exemple l'extension du mandat de la mine urso,
17:29la force onusienne au monitoring, à l'observation des droits de l'homme.
17:34Les relations étaient aussi très tendues avec le précédent secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
17:41Antonio Gutiérrez est le nouveau secrétaire général de l'ONU.
17:45Il est considéré par certains dirigeants du Front Polisario comme ayant un profil trop pro-marocain.
17:51Quelle est votre appréciation de ces changements à l'échelle des Nations unies ?
17:56Nous, on est toujours positifs, optimistes.
18:03On a l'obligation comme des combattants des libérations d'être toujours optimistes.
18:09Je crois qu'à priori, le nouveau secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutiérrez,
18:16a donc tous les atouts de pouvoir relancer le processus de paix au Sahara occidental.
18:27D'abord, il connaît bien le dossier parce qu'il était le directeur de l'ACR, le haut commissariat pour
18:39les réfugiés.
18:40Il a visité la région, notamment les camps de réfugiés saharaouis au sud-ouest de l'Algérie.
18:48Il a eu des rapports constants avec la problématique du Sahara occidental dans son ensemble depuis beaucoup d'années.
18:57Mais il a aussi contribué à la résolution du conflit en Timor-Leste,
19:06qui est un conflit presque identique au conflit du Sahara occidental.
19:12Donc, politique du point de vue d'information, il est très bien informé.
19:16Ce n'est pas comme Ban Ki-moon, par exemple, qui a passé huit ans au poste et dans la
19:24dernière année,
19:24il s'est réveillé pour se rendre compte qu'il y a un problème sérieux ici.
19:28Il faut le résoudre.
19:31Ça, c'est d'une partie.
19:34Et nous, on s'engage à faciliter la tâche de Guterres, à faciliter la tâche de Christophe Ross,
19:42s'il est maintenu dans son poste, mais aussi à faciliter la tâche d'une éventuelle désignation
19:51d'un nouveau envoyé personnel du secrétaire général,
19:55mais que ce soit dans le cadre de la légalité internationale,
19:59que ce soit dans le cadre du respect des résolutions des Nations Unies.
20:04Voilà notre position et on croit qu'une résolution de ce conflit
20:14bénéfie non seulement le peuple du Sahara occidental,
20:17mais toute la région de l'Afrique du Nord et la Méditerranée en général.
20:24En ce moment même se tient devant la cour d'appel de Salé, dans la banlieue de Rabat,
20:28le procès de 25 militants saraouis des territoires occupés,
20:33qui avaient été arrêtés en 2010 au moment du violent démantèlement
20:39du camp de protestation de Gdaï-Mizik.
20:42Dans un premier temps, en 2013, ils avaient été condamnés par un tribunal militaire
20:47à des peines allant jusqu'à la perpétuité.
20:50Ce jugement, sous la pression de la communauté internationale,
20:54a été cassé par la cour de cassation marocaine.
20:57Ils sont aujourd'hui rejugés.
20:59Ils sont accusés du meurtre de 11 membres des forces de l'ordre
21:04qui ont trouvé la mort le 8 novembre 2013 au moment du démantèlement du camp.
21:11La cour, le procureur, mais aussi les partis civils
21:15laissent entendre que ce camp de Gdaï-Mizik
21:18aurait été finalement le fruit d'une conspiration
21:22planifiée par le front polisario depuis l'Algérie.
21:25Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur cette affaire de Gdaï-Mizik ?
21:28Je crois que le Gdaï-Mizik, c'était un résultat naturel, normal,
21:37de toute une politique d'occupation, de colonisation massive
21:43que le Maroc mène au Sahara occidental depuis 1975,
21:47mais qui a été accentuée un peu après le refus du Maroc
21:52de la tenue du référendum d'autodétermination
21:56et la politique sociale d'exclusion qui est pratiquée par le Maroc
22:02au sein des territoires occupés.
22:05On croit, et ça a été bien vérifié,
22:10qu'au départ, c'était des demandes d'ordre social,
22:20améliorer la situation des familles,
22:23bénéficier la population des richesses
22:25qui sont exploitées d'une façon massive
22:29par les autorités marocaines,
22:31mais après a pris une autre dimension.
22:37Il y a même des politologues qui le confirment
22:41comme le point de déclenchement du printemps arabe,
22:44donc Naoum Chomsky en l'occurrence.
22:50Avoir donc, faire recours toujours à cet argument facile
22:56comme quoi le camp de Gdémisic est une théorie de conspiration,
23:00le polisario, il ne le cache pas,
23:04donc on fera tout pour faire valoir les droits de notre peuple
23:10et pour libérer notre parti
23:13et on conspire avec soi,
23:17on conspire avec notre peuple.
23:20Et si mener une action de militance
23:24et mener une lutte de libération pour le Maroc,
23:27c'est une conspiration,
23:29eh bien, donc on l'accepte.
23:30Mais ça, c'est un acte de lutte
23:38et c'est un acte qui s'inscrit dans la guerre de libération
23:41que nous menons au Sahara-Occidenta depuis 1975.
23:48Vous l'avez dit maintenant
23:50qu'il y a des éléments de l'ordre qui ont été tués.
23:53Moi, je crois que la formule un peu la plus correcte,
23:57c'est « aurait été tué »
23:58parce que là, jusqu'à maintenant,
24:00on ne connaît pas l'identité claire
24:05de ces éléments de l'ordre qui ont été tués.
24:09Mais moi, je crois que la dimension que les musiques ont pris
24:13et la couverture médiatique
24:17et son poids maintenant,
24:19donc sa place dans l'histoire et dans la narrative même nationaliste saharaui,
24:26donc amène le Maroc d'exercer une sorte de vengeance
24:29vers les militants saharauis qui faisaient partie du comité
24:34que les autorités marocaines même dialoguaient avec.
24:39Ils voulaient trouver une solution,
24:41mais finalement, le Maroc a décidé de faire ce qu'il a fait
24:47le 8 novembre 2010.
24:51Et une grande partie de ces militants qui sont condamnés aujourd'hui
24:55sur la base d'être des criminels, des égorgeurs et tout ça,
25:00ils étaient enlevés la veuille du démantèlement du camp de la musique.
25:06Moi, je crois que le procès, dans sa version militaire,
25:12parce que là, on ne sait pas si c'est un procès maintenant à un appel
25:14ou si c'est un procès nouveau.
25:16Donc, c'est juste les avocats qui savent exactement
25:20comment ils peuvent le décrire.
25:23Mais moi, je crois que jusqu'à maintenant,
25:25donc, c'est le Maroc, nos prisonniers politiques,
25:29ils ont réussi à faire un jugement politique du Maroc
25:35et de l'occupation marocaine.
25:37Maintenant, on ne sait pas qui est jugé à Rabat.
25:40En fin de compte, c'est le Maroc, c'est l'occupation marocaine.
25:43Vous l'avez bien suivi, les détenus politiques ont fait preuve
25:48d'une maturité politique extraordinaire,
25:52donc d'indétermination.
25:54Ils n'ont pas été affectés par ces six ans d'emprisonnement.
26:00Ils étaient très clairs, ils jouaient le jeu,
26:05mais dans le cadre des revendications politiques,
26:10des revendications légales,
26:12qui s'inscrivent aussi dans tout un cadre juridique très clair.
26:19Et ça devient vraiment une patate chaude
26:22aux mains des autorités marocaines.
26:24Ils ne savent pas s'il faut libérer les prisonniers politiques
26:28ou il faut quand même donner quelque chose
26:31pour l'opinion publique marocaine
26:33qui a été mobilisée autour d'une histoire fabriquée de toutes pièces.
26:40Ces militants ont tué des éléments de l'ordre,
26:47des forces de l'ordre marocaines.
26:48Et le Maroc est prisonnier maintenant de sa propre thèse
26:53qui a élaboré contre ces détenus politiques,
26:57mais il est en carence totale de délivrer des preuves
27:03qu'ils peuvent condamner.
27:05Donc, il ne sait pas quoi faire.
27:07Les condamnés, ça serait la base sur aucune base.
27:11Parce que la seule base pour condamner les détenus politiques aujourd'hui,
27:17ce sont des aveux qui ont été arrachés sous la torture.
27:21Ça, il a été bien confirmé et bien vérifié
27:26par le comité de l'ONU contre la torture
27:28dans le cadre de Namas Farid,
27:31mais il peut s'appliquer facilement
27:33sur le reste des détenus politiques.
27:36Ils peuvent non plus le lâcher comme ça aussi,
27:42ou au moins lâcher l'ensemble du groupe,
27:45parce que ça serait contre la thèse
27:48qui a été bien véhiculée les six années dernières,
27:52comme quoi ce sont des criminels, des eugorgeurs et tout ça.
27:55Donc, le Maroc se trouve victime ou confronté
28:00à ses propres contradictions.
28:02On ne sait pas ce qu'il...
28:04Et en tout cas, ce n'est pas le juge ni le président de la cour
28:07qui vont décider.
28:08C'est une décision qui sera donc prise quelque part.
28:12On sait exactement où.
28:14Une toute dernière question.
28:17Vous avez décrit la situation de désespérance sociale
28:20qui prévaut dans les territoires occupés.
28:22Du côté des camps de réfugiés au sud-ouest de l'Algérie,
28:26les conditions de vie sont aussi très difficiles.
28:29Avec l'absence aussi de perspectives politiques à court terme,
28:33est-ce que vous ne craignez pas que cette situation sociale
28:37offre, comme ailleurs en Afrique,
28:40un terreau propice aux mouvements extrémistes,
28:43aux mouvements qui, aujourd'hui, sillonnent aussi
28:47la bande sahélo-saharienne,
28:49je pense en particulier à des mouvements djihadistes ?
28:52Moi, je crois que la désespérance
28:57ou le manque, l'absence d'une perspective claire
29:02des solutions et résolutions justes du conflit au Sahara occidental
29:09crée un challenge pour les autorités saharauies,
29:16pas dans le sens que ce soit un territoire propice
29:20pour le terrorisme, comme tout.
29:25Non, ça, ce n'est pas notre crainte.
29:27La crainte, c'est qu'on ait en France maintenant
29:29d'une opinion un peu de plus en plus importante
29:33chez le jeune saharaui qui nous pousse à reprendre les armes.
29:37Donc, le guerrerat a servi comme un peu un mouvement
29:42catalysateur de cet esprit chez le jeune.
29:47Voilà notre crainte maintenant.
29:49Donc, on ne peut pas contenir le jeune saharaui,
29:54pas seulement le jeune saharaui,
29:56mais la population dans son ensemble,
29:59mais particulièrement le jeune,
30:00et contenir leur volonté d'avoir des perspectives claires
30:06sur leur avenir.
30:08Moi, je crois que l'énergie de la jeunesse saharaui
30:10est dirigée surtout,
30:13et fait pression surtout,
30:16pour qu'on reprenne les armes
30:18pour imposer la volonté du peuple du Sahara occidental
30:24et pas dans ce sens.
30:27Vous allez, par exemple, me poser la question,
30:30vous faites partie d'une zone
30:32qui est déjà conditionnée par ce mouvement terroriste.
30:35A priori, vous êtes aussi censé avoir des difficultés dans ce sens.
30:43Moi, je crois qu'on a de la chance
30:46d'être une société issue
30:50d'une tradition nomade,
30:52bédouine et nomade.
30:55On a une certaine immunité un peu contre le terrorisme
31:03parce que la société nomade,
31:08vous connaissez donc les...
31:11La mosquée, par exemple, comme une institution religieuse
31:15n'existait jamais au Sahara occidental
31:17parce que là, on était des nomades.
31:19On a la tradition, la possibilité toujours
31:21d'avoir la possibilité d'interpréter la foi
31:27en fonction de ce qu'on pense sur le niveau individuel.
31:31On arrangeait des pierres devant le temple,
31:34on fait la prière,
31:35on n'a pas des imams,
31:37on a toutes les possibilités d'avoir,
31:40donc notre façon de concevoir
31:43et d'interpréter la foi musulmane dans ces cas.
31:47Il y a aussi beaucoup de choses,
31:49donc les modes de production,
31:51le statut de la femme et tout ça.
31:53On ne peut pas dire qu'on est à l'abri
31:59d'une façon totale
32:01de toute menace de radicalisation,
32:04mais aujourd'hui,
32:09le seul moyen de pression
32:14ou la seule façon qu'on voit
32:16ou le seul défi qu'on a
32:20au sein du Front Polisario
32:21ou du leadership saharaui,
32:23c'est que les jeunes réclament
32:25la possibilité de reprendre les armes
32:28pour combattre l'occupation marocaine.
32:31Il faut bien aussi le clarifier
32:34que nous, nous n'avons aucun problème
32:37avec le Maroc
32:38ni avec le peuple marocain.
32:41Nous croyons que tous les deux,
32:43le peuple saharaui et le peuple marocain,
32:45nous sommes des victimes
32:46des politiques,
32:49du système au Maroc
32:51qui a conduit à l'occupation
32:54du Sahara occidental
32:56et a donné suite aux souffrances
33:00que le peuple saharaui
33:02donc expérience maintenant,
33:03mais aussi le peuple marocain.
33:06Vous connaissez la situation économique,
33:09sociale,
33:13la démocratie des façades
33:15qui existe au Maroc.
33:16Je crois que tout le peuple
33:18est victime de cette politique
33:21et que nous, le Saharaoui,
33:23on a l'espoir,
33:24on l'a déjà démontré.
33:26Il y a des plans
33:27qui ont été présentés
33:29pour le Front Polisario
33:33qui se base
33:35sur cette idée
33:36comme quoi on est condamné,
33:38pas seulement le peuple saharaui,
33:40pas seulement le peuple marocain,
33:41mais tous les peuples de la région
33:43de vivre en paix
33:45et en fraternité
33:48dans cette région de l'Afrique du Nord.
33:50Merci beaucoup Oubi Bouchraya Bachir
33:53d'avoir répondu aux questions
33:54de l'humanité.
33:55Je vous en prie.
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