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  • il y a 13 heures
Pierre Barbancey, grand reporter à l'Humanité, analyse les vraies raisons de l'invasion turque dans la région d'Afrin, l'enclave Kurde du nord de la Syrie. Une offensive lancée avec le consentement de la Russie et la « compréhension » des Américains.
Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Bonjour Pierre, va avancer.
00:03Bonjour.
00:03Depuis ce dimanche, la Turquie et ses alliés, l'armée syrienne libre, ont attaqué la région Afrin,
00:12du nord-ouest de la Syrie, pour libérer, ils disent, une région qui est gérée par les Kurdes,
00:21qui sont liés au PKK.
00:25Et après, on constate un consentement des Russes, parce qu'ils ont retiré leur armée,
00:31et compréhension de soucis légitimes des Turcs par les Américains.
00:36Expliquez-nous, s'il vous plaît, qu'est-ce qui se passe derrière ?
00:39On peut commencer par expliquer la région Rojava, c'est où ?
00:44Rojava, c'est le nord de la Syrie, qu'on considère comme étant le Kurdistan syrien,
00:50qui est composé en réalité maintenant de trois cantons, dont Afrin, qui est attaqué aujourd'hui.
00:57Donc le Kurdistan syrien, qui est maintenant sous la domination d'un parti kurde,
01:03qui s'appelle le Parti de l'Union démocratique, le PYD,
01:06et dont la branche armée est composée, c'est des unités de force populaire,
01:09donc les YPG pour les hommes et les YPJ pour les femmes,
01:13dont on avait beaucoup entendu parler, évidemment, au moment du siège de la ville de Kobané,
01:17le siège qui avait été mené par l'État islamique et par Daech.
01:22Donc il y a un véritable enjeu pour l'ensemble de la région,
01:26il y a un véritable enjeu évidemment aussi pour la Turquie,
01:29et je trouve que ce qui se passe actuellement est assez dramatique,
01:33évidemment, vu les bombardements et vu l'entrée de l'armée turque dans ce canton d'Afrine,
01:37donc ce canton d'Afrine qui n'est pas relié aux deux autres cantons kurdes,
01:42et donc c'est ça que veut empêcher et reliter la Turquie aujourd'hui.
01:45C'est séparé par qui ? Par l'armée syrienne ?
01:49C'est séparé par l'armée syrienne, et donc depuis le début,
01:53même la Turquie avait déjà bombardé des positions des YPG,
01:57et ce qui a été créé il y a plusieurs mois maintenant,
02:00les forces démocratiques syriennes, c'est-à-dire qui regroupent les forces des YPG,
02:04et certaines milices arabes, puisque les populations là-bas ne sont pas à 100% kurdes,
02:09mais il y a aussi évidemment des populations arabes qui y vivent.
02:13Donc le principal objectif d'abord pour la Turquie aujourd'hui,
02:16c'est d'empêcher la réunification des trois cantons,
02:19et donc il y a un continuum dans ce kurdistan syrien que les Kurdes appellent le Rojava.
02:24Ça, c'est la première chose.
02:26La deuxième, et c'est vrai que c'est difficile à comprendre,
02:30je conçois que ce soit difficile,
02:32il y a énormément d'acteurs, il y a des acteurs locaux,
02:35il y a des acteurs régionaux, il y a des acteurs internationaux,
02:38qui n'ont pas toujours les mêmes positions,
02:40qui peuvent se retrouver une fois ensemble sur une position,
02:43qui vont s'affronter sur une autre.
02:45Par exemple, les Américains, les États-Unis,
02:47aujourd'hui soutiennent les forces démocratiques syriennes,
02:50et avaient annoncé leur volonté de créer un contingent de 30 000 hommes
02:54pour tenir la frontière.
02:57À la place de qui ?
02:58Normalement, à la place de l'armée syrienne,
03:01à la place de Damas.
03:03Donc, évidemment, ça ne plaît pas aux Turcs.
03:06Pourquoi ça ne plaît pas aux Turcs ?
03:07Parce que les Turcs disent que le parti de l'Union démocratique
03:11est lié au parti des travailleurs du Kurdistan,
03:14le PKK, qui est la bête noire d'Erdogan, le président turc.
03:19Vous, que vous avez visité plusieurs fois ces régions,
03:22vous étiez en contact,
03:24est-ce que c'est vrai ou c'est un mensonge ?
03:26Alors, ils ne sont pas liés organiquement.
03:28Ça, c'est très clair, contrairement à d'autres parties,
03:31dans d'autres régions du Kurdistan qui peuvent l'être.
03:34D'autres Kurdistan historiques.
03:36Il y a des liens qui existent, évidemment,
03:38et il est vrai aussi que, lors du siège de Kobané
03:41mené par l'État islamique,
03:43les forces des YPG à Kobané ont reçu l'aide
03:47de combattants du PKK qui sont venus,
03:49qui sont descendus de montagne,
03:51et qui ont mis leur expérience à disposition,
03:53qui ont formé des bataillons,
03:56qui ont encadré des bataillons,
03:57et surtout qui se sont mis à disposition.
03:59J'avais pu, moi-même, voir à Kobané,
04:01pendant le siège,
04:02puisque vous savez que j'y étais en novembre-décembre 2014,
04:06j'avais pu, moi-même, voir et m'entretenir
04:08avec des combattants du PKK.
04:10De là à dire que ces organisations sont exactement les mêmes,
04:13et il n'y a pas que franchit la Turquie,
04:16et ce qui est tout à fait étonnant, d'ailleurs,
04:18c'est que tous les pays ne le font pas,
04:21mais je vois que la France, par exemple,
04:23considère aussi que le PKK est une organisation terroriste.
04:27Or, c'est l'argument principal aujourd'hui d'Erdogan pour attaquer,
04:31pour dire, ça va devenir un sanctuaire du PKK,
04:34ces Kurdes syriens sont aussi liés avec le PKK,
04:37donc on ne doit pas accepter ça.
04:38Mais il s'appuie en faisant cela sur des déclarations
04:43des pays européens et des États-Unis
04:45qui ont placé le PKK sur la liste terroriste.
04:47Or, il faut se rappeler non seulement le siège de Kobadé,
04:50mais il faut se rappeler aussi que les yézidis,
04:53c'est-à-dire en Irak, à la frontière avec la Syrie,
04:58au nord-ouest de l'Irak,
05:01ont été sauvés d'un génocide annoncé
05:04que voulait perpétrer Daesh,
05:06que voulait perpétrer l'État islamique,
05:07parce que les forces du PKK sont descendues des montagnes
05:10et sont venues sauver les populations civiles.
05:12Alors, qu'est-ce qui est terroriste et qu'est-ce qui ne l'est pas ?
05:15Évidemment, c'est une définition qui est très politique.
05:19Et malheureusement, quasiment une semaine avant l'offensive
05:23lancée par la Turquie sur le canton d'Afrine,
05:25le président turc était à Paris,
05:26était reçu par le président français Emmanuel Macron.
05:29Et on peut se dire, et on l'a vu d'ailleurs
05:31lors de la conférence de presse des deux présidents,
05:34que lorsque le président Erdogan a entendu
05:36le président français Emmanuel Macron
05:38parler de la lutte contre les terrorismes
05:40et de commencer non pas par Daesh,
05:42et de désigner d'abord comme ennemi principal
05:44le parti des travailleurs du Kurdistan,
05:46c'était presque un blanc-seing donné à la Turquie
05:49pour aller attaquer Afrine.
05:50C'est comme la Russie.
05:52Apparemment, l'attaque a commencé
05:56quand l'aéroport d'Edelib
05:59était confié ou libéré
06:03aux armées russes et aux syriens.
06:06Est-ce qu'il y a un marchandage derrière cette table ?
06:09Le marchandage, je ne crois pas, n'est pas là.
06:11D'abord, il est vrai qu'après une période
06:13de tension forte entre la Turquie et la Syrie,
06:15il y a eu un rapprochement entre Ankara et Moscou
06:19ces derniers mois.
06:21Donc, ça veut bien dire quelque chose
06:23par rapport à la situation,
06:24parce que le fait que Daesh ait été défait,
06:27même s'il n'est pas encore complètement terminé,
06:28mais le fait que Daesh ne rayonne plus
06:30comme il le faisait auparavant,
06:31ouvre une nouvelle page,
06:33une page que moi j'appelle évidemment l'après-Daesh.
06:36On en avait eu déjà des confirmations
06:38lors des problèmes avec le Liban.
06:42Et donc, il y a un rapprochement Ankara-Moscou
06:45et qui fait que, à Afrin, aujourd'hui,
06:48l'espace aérien d'Afrin est surveillé par les Russes.
06:52Si l'armée turque peut envoyer ses avions et bombarder,
06:56c'est bien qu'il y a de fait une autorisation qui est donnée.
06:59Donc, voilà, toute l'ambiguïté.
07:01Jusqu'à quand ? C'est toute la question.
07:03Je ne pense pas que les Russes vont laisser les Turcs
07:05finir le travail, au mauvais sens du terme.
07:08Je pense que c'est aussi une façon de faire,
07:12pour les Russes qui soutiennent le pouvoir en place à Damas,
07:15d'arriver à négocier quelque chose,
07:18notamment sur la tenue des frontières,
07:19pour que Damas ne soit pas exclu
07:21de cette région nord de la Syrie,
07:24et de faire en sorte que des négociations puissent s'entamer,
07:26d'autant plus, comme vous l'avez dit,
07:28que les Américains soutiennent aujourd'hui les forces démocratiques syriennes,
07:31et qu'elles voulaient créer cette force de tremper l'homme à la frontière.
07:35Donc, tout ça se joue dans cette partie-là,
07:38alors qu'à Idlib même,
07:39donc cette partie qui est frontalière aussi avec la Turquie,
07:42mais qui est une partie arabe et non pas kurde,
07:45se sont réfugiés dans toutes les négociations qu'il y a eu,
07:49notamment à Alep et dans d'autres villes de Syrie,
07:51lorsqu'il y a eu des combats qui ont été menés,
07:53et de l'avancée de l'armée syrienne soutenue par la Russie,
07:57mais soutenue aussi par l'Iran et les forces iraniennes,
08:00une partie de ces islamistes sont partis à Idlib,
08:03dans des corridors à accompagner pour se réfugier là-bas.
08:06Or, à Idlib, c'est le front al-Nosra,
08:09ou ses avatars, ou les nouveaux noms qu'ils peuvent prendre,
08:12qui règnent en maître,
08:14et donc se pose toute la question qui avait été posée
08:16il y a déjà plus d'un an,
08:18et notamment lors du siège d'Alep,
08:20où les pays occidentaux et les Etats-Unis
08:22refusaient de mettre sur un même plan
08:24le front al-Nosra,
08:25qui n'est autre qu'une dénommation d'Al-Qaïda en Syrie,
08:28sur le même plan que l'Etat islamique,
08:31et s'était refusé à combattre réellement
08:33Djabat al-Nosra, le front al-Nosra,
08:35qui maintenant se trouve à Idlib,
08:36et qui reste l'une des dernières grosses poches
08:38tenues par les islamistes en Syrie.
08:41Mais on voit bien aussi que l'armée turque,
08:43il ne faut pas l'oublier,
08:44que l'offensive menée par la Turquie aujourd'hui
08:46ne se fait pas seule.
08:47La Turquie est accompagnée, vous l'avez dit tout à l'heure,
08:50de gens qui se réclament de l'armée libre syrienne,
08:55qui en fait sont des islamistes
08:57qui ont été formés par la Turquie,
08:59et armés, et qui participent aujourd'hui au pouvoir.
09:01Alors en Chine, c'était des officiers syriens
09:04qui ont quitté l'armée.
09:06Alors en Chine, l'armée de l'armée libre syrienne
09:08était aussi, oui, beaucoup une émanation
09:09des pays occidentaux qui voulaient trouver un moyen là,
09:12mais cette force a été très vite dépassée,
09:14notamment parce que le jeu régional,
09:16et notamment de ceux des pays du Golfe,
09:18Arabie Saoudite et Qatar notamment,
09:21ont renversé les situations
09:23et ont renforcé en réalité tous les islamistes.
09:27Alors aujourd'hui même,
09:28la situation est différente,
09:29seul le Qatar aujourd'hui soutient la Turquie
09:32dans son offensive,
09:35mais encore une fois,
09:36un des paradoxes et une des ambiguïtés,
09:38c'est que les Américains sont évidemment très gênés,
09:41parce qu'ils ont en face d'eux une armée turque
09:43qui est un des piliers de l'OTAN,
09:45du traité de l'Organisation de l'Atlantique Nord,
09:49donc on voit mal deux alliés de l'OTAN
09:51se combattre aujourd'hui.
09:53Donc on est dans un paradoxe qui est total,
09:55mais à mon avis,
09:57d'ici quelques jours,
09:58mais malheureusement les dégâts seront considérables,
10:00en termes humains évidemment,
10:01puisque les populations civiles sont touchées,
10:04mais aussi en termes politiques,
10:05les dégâts vont être assez terribles,
10:07mais on voit l'impuissance des contradictions,
10:09puisque le Conseil de sécurité de l'ONU
10:11qui s'est réuni le 22 janvier,
10:17lundi 22 janvier,
10:18n'a pas fait de déclaration,
10:20n'a pas fait de condamnation,
10:21simplement demander de la retenue,
10:23ce qui signifie de l'impuissance.
10:26Est-ce que le choix d'attaque ce dimanche
10:30par rapport aux discussions de Suu Kyi,
10:35c'est volontaire ?
10:38Est-ce que la fin d'opération aussi,
10:41c'est un petit peu,
10:42il faut que ce soit avant ?
10:43Est-ce que ces discussions en Russie
10:46pour la Syrie,
10:48est-ce que c'est remis en question ?
10:50Est-ce que ça devient un sans résultat ?
10:53Ou peut-être ça va nourrir mieux ?
10:55Alors non, parce que d'abord,
10:57l'offensive a été lancée le samedi 20,
11:00et le jeudi,
11:01donc deux jours avant,
11:03le chef des services de renseignement turc
11:05et le ministre des Affaires étrangères turc
11:08se trouvait à Moscou.
11:10Donc il y a eu une discussion,
11:14vraisemblablement sur cette question-là.
11:15On ne peut pas penser que les Turcs
11:16n'ont pas averti les Russes
11:18de l'offensive qui allait être menée.
11:21C'est-à-dire que certains n'ont pour ça
11:22qu'un certain nombre de militaires russes
11:24ont été retirés de cette zone d'Afrique.
11:28Pour Sochi, effectivement,
11:29la Turquie, dans le nouveau rôle
11:31qui a été le sien depuis quelques mois,
11:34ça a été de participer,
11:35en représentant un peu
11:37d'un certain nombre de groupes islamistes
11:39ou de groupes de l'opposition,
11:41de participer à des négociations
11:43qui étaient puces d'ordre militaire
11:44au Kazakhstan, à Astana,
11:47avec l'Iran et avec la Russie notamment,
11:49pour arriver à créer des zones
11:52de ce qu'ils appelaient
11:52des zones de désescalade
11:54et de faire en sorte que le conflit
11:55commence à s'atténuer.
11:58Il y a Sochi qui est prévu maintenant
11:59à la fin du mois de janvier.
12:01On peut effectivement penser
12:02que la Turquie veut y arriver
12:05en position de force
12:06et en ayant de quoi négocier
12:09un certain nombre de choses.
12:10Ce trouvent exclues, évidemment,
12:11les pays occidentaux.
12:13Et donc on voit, par exemple,
12:15la France qui essaie de rejouer un rôle
12:16après l'attitude terrible
12:19de la diplomatie française
12:21dans cette région,
12:22ce qu'elle continue à faire,
12:23à mon sens,
12:24même si elle prend acte
12:26de la nouvelle situation en cours
12:28de l'après-Daesh,
12:30de ce que fait la Turquie,
12:32des problèmes entre l'Arabie Saoudite
12:34et le Qatar,
12:36du fait que l'armée syrienne a avancé
12:37et qu'aujourd'hui,
12:38la défaite de Damas
12:40n'est plus à l'ordre du jour.
12:42Ce qui peut être à l'ordre du jour,
12:44c'est qui va diriger la Syrie demain.
12:46Donc, justement,
12:47des paramètres plus politiques.
12:49Donc, de savoir si Sochi
12:51va aider à reprendre
12:53des discussions à Genève
12:54dans le cadre de l'ONU
12:55ou si Sochi va devenir
12:57les mêmes un processus réel.
13:00Un processus à part.
13:02Un processus à part
13:03ou le processus
13:04qui va remplacer
13:05le processus politique.
13:06Mais on peut penser
13:06que les États-Unis et les Occidentaux
13:07ne l'excepteront pas.
13:09ne l'excepteront pas.
13:09D'accord.
13:10Merci beaucoup.
13:11Est-ce que vous avez
13:13d'autres éléments
13:14que moi,
13:14je n'ai pas pensé
13:15à vous poser la question ?
13:16Non, il y a un élément
13:18je pense qu'il faudrait rajouter.
13:21C'est que je pense
13:21que tout découle aussi
13:22d'une certaine manière
13:23du fait que,
13:24en Turquie,
13:25le président Erdogan,
13:27en fait,
13:28n'a jamais su régler
13:29la question kurde.
13:31À un moment donné,
13:32des négociations
13:32avaient été entamées,
13:33puis la guerre a repris
13:34aussi pour des raisons politiques,
13:36parce qu'Erdogan voulait absolument
13:38avoir une majorité
13:39au Parlement
13:40qui lui permettait
13:41de devenir président
13:42et de modifier la Constitution.
13:43Le fait qu'aujourd'hui
13:44il ne sache pas discuter
13:45avec le PKK,
13:46qui est une force représentative,
13:48qui est une force qui existe.
13:49Le fait même
13:50que quand il met en prison
13:51des élus
13:52qu'on appelle procurde,
13:53ceux du HDP,
13:55et dont les numéros 1
13:57sont aujourd'hui en prison,
13:59montre bien
14:00que la Turquie,
14:00aujourd'hui,
14:00ne règle pas cette question.
14:02Il préfère attaquer comme ça
14:03et préfère essayer
14:04de régler militairement
14:05et par la violence
14:06et par la force.
14:07Et aujourd'hui,
14:08ces derniers jours,
14:09il y a eu beaucoup
14:09d'arrestations en Turquie
14:10contre,
14:11y compris des gens
14:13qui, sur Internet,
14:14intervenaient
14:14pour dénoncer
14:15l'intervention turque
14:17en Syrie.
14:18Donc je pense que
14:20pour l'instant,
14:23Recep Erdogan
14:23a l'air tranquille
14:26parce qu'il n'y a
14:27aucune vraie condamnation
14:28de ce qu'il est en train de faire.
14:29Tout ça pourrait se renverser
14:31quand même vite fait
14:31parce qu'il joue
14:32un jeu un peu isolé
14:33contre l'ensemble du monde,
14:35je dirais,
14:35même si les raisons
14:36sont un peu différentes,
14:37c'est en tout cas
14:38contre l'ensemble du monde,
14:39et que tout ça
14:40pourrait se retourner
14:40contre lui
14:41et au niveau international
14:42et aussi au niveau national
14:44parce que s'il ne parvient pas
14:45à ses objectifs clairs
14:47dans le nord de la Syrie,
14:49il en pâtira en termes politiques
14:50dans son propre pays.
14:53Mais par contre,
14:55Recep Erdogan,
14:56hier ou avant-hier,
14:57dans Bursa,
14:58a fait une déclaration
15:00au peuple réuni.
15:02Il disait que moi,
15:03je n'ai aucun problème
15:04avec les Kurdes.
15:05J'ai des problèmes
15:06avec les terroristes
15:07et il a énuméré
15:08que depuis qu'il est arrivé
15:10au pouvoir,
15:11c'est les Kurdes
15:12qui sont dans le journal,
15:13télé,
15:14et députés,
15:16élus,
15:16machin,
15:16tout ça.
15:17Est-ce que c'est vrai ?
15:18Ça veut dire,
15:19ma question est,
15:21est-ce que AKP
15:22et Arparti
15:24et la personne d'Erdogan
15:27a eu une influence
15:28dans le milieu kurde
15:29comme il dit ou non ?
15:31Oui,
15:31il a eu une influence
15:34dans le milieu kurde,
15:34notamment en s'appuyant
15:36sur les commerçants.
15:38En s'appuyant sur les commerçants
15:39et en début,
15:40en faisant des négociations,
15:42ça a créé un climat
15:44beaucoup plus propice
15:45au commerce.
15:46Et il est vrai
15:47que dans les premières élections
15:48où il participait,
15:49avec son parti de l'AKP,
15:51dans ces régions-là,
15:52l'AKP a fait
15:53un certain nombre de voix
15:54parce que ça représentait
15:55peut-être la voie de la paix.
15:58Mais très vite,
15:59les choses sont apparues
16:01peut-être qu'elles sont.
16:02C'est-à-dire que
16:04il ne s'est pas senti
16:05attaché complètement
16:06aux faits kurdes,
16:08mais plutôt
16:08par un règlement politicien
16:10qui lui permettait
16:11de rester en place
16:12en Turquie.
16:13Ce n'était pas exactement
16:13la même chose.
16:14Et donc il s'est dit
16:15que s'il renversait
16:16à la vapeur,
16:17qu'il remettait
16:17de la violence
16:19et mettre
16:20les accusations
16:21sur le dos
16:22du PKK,
16:23il allait arriver
16:23à diviser
16:24le peuple kurde
16:25par rapport au PKK.
16:26Mais ça n'est absolument
16:27pas le cas.
16:28Et même les tentatives
16:29qui ont été créées
16:29d'avoir d'autres partis,
16:32notamment des partis
16:33islamistes kurdes,
16:33n'ont pas fonctionné.
16:35Et même s'ils existent,
16:36ils n'ont pas fonctionné
16:37aujourd'hui majoritairement.
16:38le peuple kurde
16:39est derrière le PKK
16:40et derrière
16:41Adulah Ocalan,
16:42d'ailleurs,
16:43dont la libération
16:44serait un plus
16:45pour la paix
16:46dans cette région
16:47et un plus
16:48pour le règlement
16:48de toutes les questions
16:49en Turquie.
16:50est-ce qu'il y a
16:53une explication
16:54pour que ce peuple kurde
16:55qui représente
16:5720 millions
16:57habitants
16:58de Turquie,
17:00ne réagit pas
17:01à une manière
17:02qu'il a l'habitude
17:03avec ses forces politiques
17:05armées
17:08pour Afrique ?
17:10C'est très compliqué
17:12parce que
17:14le maillage militaire...
17:16Est-ce que c'est un signe
17:17qu'Ordogan
17:18est bien implanté
17:20dans la région
17:20des Kurdes ?
17:23Non,
17:23ce n'est pas un signe.
17:24C'est un signe surtout
17:24que sa présence militaire
17:25est très forte
17:26et que même
17:27les manifestations
17:28pacifiques
17:30de dénonciation
17:30de l'intervention afrine
17:31sont interdites.
17:33Elles n'ont pas lieu.
17:34Donc,
17:34c'est très difficile.
17:35Il est vrai aussi
17:36que le PKK
17:38a pu être affaibli
17:39par tous les combats
17:40qui ont été menés.
17:40Certains de ses combattants,
17:41c'est vrai,
17:42se trouvaient au Rojava
17:43contre Daesh.
17:44Ils ont mené
17:45une lutte
17:45contre l'État islamique
17:46absolument exemplaire.
17:48Que ce qui se passe
17:49au Kurdistan d'Irak
17:50où sont implantées
17:50les bases du PKK
17:51dans les montagnes,
17:52ce qui se passe
17:53au Kurdistan d'Irak
17:53n'aide pas non plus
17:55dans la mesure
17:56où les parties kurdes
17:57en Irak
17:58sont aussi divisées.
18:00Donc,
18:00je pense que ça montre
18:01que les choses
18:02peuvent bouger
18:03et sont très difficiles
18:03et très délicates.
18:04Mais ça montre surtout
18:05qu'aujourd'hui
18:06au Kurdistan turc,
18:08c'est plutôt
18:09la main de fer
18:09d'Ardohan
18:10qui règne.
18:11Et dans l'opposition,
18:13Rallishtar Orlo,
18:14Kamal Rallishtar Orlo,
18:15il a souhaité
18:16une réussite
18:18pour nos soldats,
18:19comme il dit.
18:20Donc,
18:22est-ce que
18:23le PKK
18:24ne s'est pas isolé
18:27dans la société turque
18:28à ce moment
18:29devant cette...
18:31Non, mais le nationalisme turc
18:33existe quand même,
18:34même si, évidemment,
18:35après le coup d'État
18:36manqué de juillet 2016,
18:40l'armée a été attaquée
18:42d'une certaine manière
18:43par la KP,
18:45mais le nationalisme,
18:46représenté soit
18:47par la social-démocratie
18:49kémaliste,
18:50existe toujours.
18:52Et donc,
18:53évidemment,
18:54que dès qu'une opération
18:56militaire turque
18:57est lancée,
18:58on peut être sûr
18:58que ces parties-là
18:59vont le soutenir.
19:01Moi, je pense
19:01que ça n'a strictement
19:02rien d'étonnant.
19:04Ça n'a rien à ce qui peut...
19:05C'est très difficile
19:06en Turquie aujourd'hui,
19:07notamment après la répression
19:08du coup d'État
19:09dont je viens de parler,
19:10une répression qui se poursuit
19:11contre les journaux,
19:12contre les journalistes,
19:13contre les magistrats,
19:14contre les militaires,
19:15contre tous ceux
19:16qui expriment
19:16une voix différente.
19:18Donc,
19:18y compris,
19:19même si le CHP
19:22turc
19:22soutient l'offensive,
19:24il n'empêche
19:24qu'elle est dans la ligne
19:25de mire aussi
19:25du pouvoir actuel
19:26en Turquie.
19:27Merci.
19:28Merci.
19:28Sous-titrage Société Radio-Canada
19:30...

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