00:02Bien, après quelques temps d'hibernation, et alors que commence un printemps dont on espère des fleurs,
00:10et pas seulement dans les jardins, bon, il est peut-être temps de reprendre la parole,
00:14d'autant, on le sait bien, et on le devine bien, que l'actualité s'y prête.
00:17Alors l'actualité, elle est parfois amusante quand on entend, comme hier soir, sur une de nos chaînes d'Information
00:24Continue,
00:24un de ses commentateurs qui ont des avis sur tout, même quand ils ne savent rien,
00:28nous expliquaient que, franchement, la grévitude en France, le réflexe de la grève,
00:35comme le dit François de Rugy, président de l'Assemblée Nationale, ancien écolo, devenu macroniste en échange d'un perchoir,
00:43eh bien, en Allemagne, non, ça ne se passe pas du tout comme ça.
00:46En Allemagne, les syndicats, le patronat travaillent ensemble, ils coélaborent les lois, les acquis sociaux, etc.,
00:55ou même les régressions sociales, mais ils font tout ensemble en bonne entente.
00:59Eh bien, dommage, parce que ce commentateur très informé, il n'avait sans doute pas vu,
01:03il n'avait pas eu le temps de prendre connaissance de la dépêche AFP qui était tombée dans l'après
01:07-midi,
01:08que d'ailleurs, on pouvait attendre si on était un petit peu, je veux dire, au courant des choses,
01:12où on nous annonçait, en Allemagne, une grève massive dans la fonction publique,
01:17qui allait toucher plus de 2 millions de salariés, avec des arrêts de travail dans les transports en commun,
01:25les crèches, le ramassage des ordures, les hôpitaux de plusieurs villes et régions,
01:28et surtout, une grève massive à la Lufthansa, la grande compagnie aérienne allemande,
01:33avec la moitié des vols annulés pendant plusieurs jours.
01:37Donc, voilà, et puis les syndicats allemands et les salariés allemands,
01:41ils réclament tout simplement 6% d'augmentation.
01:43Bon, alors, on n'est pas tout seul, hein,
01:46et la France, la gravitude, elle est aussi, la gréviculture, pardon,
01:50elle est aussi allemande, semble-t-il, mais ça, on fait semblant de l'ignorer,
01:54parce qu'effectivement, le modèle allemand qu'on nous vante tout le temps,
01:58j'irais, a bien des, rempli bien des fonctions idéologiques.
02:01Alors, bon, il faut être sérieux, ce qui se passe actuellement, c'est quoi ?
02:04C'est une bataille, c'est une bataille d'envergure qui touche à la question du service public à la
02:09SNCF et ailleurs.
02:11Il ne faut pas raconter d'histoire, l'objectif du gouvernement, l'objectif d'Emmanuel Macron,
02:15c'est un objectif libéral, c'est-à-dire de faire passer au privé un certain nombre de choses
02:21assumées actuellement par le service public, et c'est bien de cela qu'il s'agit.
02:25Avec une dimension, je dirais, idéologique, celle-là, c'est-à-dire une volonté libérale,
02:31et aussi une dimension politique.
02:32Il est bien clair que dans cette affaire, Emmanuel Macron veut mettre, je dirais,
02:37veut gagner contre les syndicats.
02:39Il veut gagner contre les syndicats, tous, y compris et essentiellement la CGT.
02:44Pourquoi ? Eh bien parce qu'on nous l'a expliqué à plusieurs reprises,
02:48du côté justement du pouvoir, mais aussi de commentateurs de droite, etc.
02:54Parce qu'au fond, cette bataille-là, c'est la mère de toutes les batailles,
02:59a-t-on dit.
02:59La mère de toutes les batailles, ça veut dire qu'il faut la gagner pour mettre à terre
03:03le mouvement syndical, ou tout au moins le marginaliser, et pouvoir faire passer les
03:07autres réformes à venir, s'agissant des retraites, de la formation professionnelle,
03:11de chômage, etc.
03:12Donc ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est pas seulement la SNCF, c'est très important,
03:17mais c'est aussi, je dirais, l'avenir de ce quinquennat, avec des réformes, entre guillemets,
03:26en train, qui vont être tout simplement des régressions sociales majeures.
03:29Et c'est de ça dont il est question.
03:31En même temps, ça passe pas, justement, comme une lettre à la poste.
03:34Pourquoi ? Parce que pour le moment, les syndicats à la SNCF restent unis, parce qu'ils
03:40mènent ensemble une bataille d'envergure, parce que dans le pays, ça bouge, ce qui inquiète
03:46d'ailleurs un certain nombre, encore là, de commentateurs ou d'éditorialistes.
03:52Alors, ce qui est amusant, c'est qu'au fond, ils font un peu le même diagnostic que nous,
03:56même s'ils n'en tirent pas les mêmes conclusions.
03:58Par exemple, dans l'Opinion, c'est Nicolas Béthoud, le directeur de l'Opinion, qui écrit
04:02« Le chef de l'État semble avoir brusquement pris conscience du danger que représente
04:07ce changement de climat.
04:08Alors, il communique plutôt deux fois qu'une, et son gouvernement avec lui. »
04:12Dans Les Echos, c'est Cécile Cornudet, éditorialiste, qui dit
04:17« Emmanuel Macron voulait être un président en retrait.
04:21Hélas, lui seul s'est expliqué le macronisme.
04:24Dès qu'il s'efface, c'est comme si on avait les paroles sans la musique. »
04:27Donc, on voit bien qu'on sent bien à droite, et auprès de ceux qui soutiennent bien évidemment
04:35la politique d'Emmanuel Macron, on sent bien quand même une véritable inquiétude.
04:39Et ils ont raison, parce que dans le pays, il y a évidemment un malaise profond,
04:44et je dirais que les réponses du macronisme ne suffisent pas.
04:48Au fond, on sait bien ce que va nous dire Emmanuel Macron jeudi soir, et ce qu'il va répéter
04:54dimanche soir.
04:55Alors, jeudi soir, ce sera dans une ambiance rurale, nous dit-on.
04:59Dimanche soir, ce sera avec BFM, RMC et Mediapart, donc ça fera un peu plus sérieux, un peu plus athélo.
05:05Mais tout ça, on sait bien ce qu'il va dire, c'est que les réformes sont nécessaires,
05:09que la SNCF, elle ne peut pas continuer comme ça, etc.
05:11Donc, tout ça est attendu, mais bien entendu, ce que joue Emmanuel Macron, c'est la bataille de l'opinion.
05:18Il veut convaincre les indécis, les Français qui s'interrogent, du bien fondé de sa politique.
05:23Donc, c'est le rouleau compresseur, c'est un rouleau compresseur de communication,
05:27c'est un rouleau compresseur politique et idéologique, et au fond, c'est de la vieille politique.
05:34On attend autre chose, et on attend surtout de ce printemps social,
05:37qu'il nous apporte un peu d'air frais, qu'il ouvre des portes.
05:41Musique
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