00:02Bonjour Charles Puy. Bonjour.
00:05A l'initiative du Président de la République, les états généraux d'alimentation sont organisés et arrangés cette semaine.
00:13Quels sont les résultats de ces états généraux pour les paysans et pour les consommateurs ?
00:20Alors il faut savoir qu'il s'agissait d'un bilan d'étape et que les discussions continuent dans le
00:28cadre de ces états généraux jusqu'à la fin du mois de novembre.
00:32Mais ce qu'a dit le Président de la République, c'est en gros, paysans, organisez-vous pour vendre et
00:43essayez d'obtenir en regroupant l'offre de meilleurs prix de la part des distributeurs.
00:50Sauf que cela est difficile à obtenir parce que, par exemple, le prix du blé, ça dépend des cours mondiaux
00:59et ça ne dépend pas du tout de l'offre et de la demande en France
01:04puisque la France exporte les deux tiers de sa production de blé et on voit bien.
01:10Et pour, par exemple, un produit comme la tomate de serre, certes, les producteurs français pourraient s'organiser et dire
01:18aux distributeurs
01:20« on vous vend à tel prix et pas moins »,
01:22sauf que les distributeurs ont tout loisir d'importer des tomates de Belgique, des Pays-Bas, de Pologne, d'Espagne
01:30ou même du Maroc
01:31et donc de laisser les producteurs français avec leurs tomates en serre sans les vendre.
01:37Donc on voit bien que les choses ne sont jamais si simples que ça.
01:40Que peut-on attendre de renforcement des organisations, des producteurs que le président de la République demande aux agriculteurs ?
01:50Ce qui est curieux, c'est de voir Emmanuel Macron demander ça aux producteurs aujourd'hui
01:56parce qu'il y a neuf ans, dans ce rapport, qui est le rapport de la commission Attali,
02:04alors je précise que cette commission a été mise en place à la demande de Nicolas Sarkozy, président de la
02:13République en 2007
02:16qui lui-même était l'objet d'une demande de Michel-Édouard Leclerc
02:21qui lui disait que, en mettant la pression sur les paysans, on pourrait avoir des prix plus bas pour les
02:28consommateurs.
02:29On n'a pas eu des prix plus bas pour les consommateurs,
02:32mais depuis la loi qui a été votée à partir de ce rapport d'Emmanuel Macron qui fait 210 pages,
02:40eh bien, les négociations annuelles avec la grande distribution ont été beaucoup plus dures
02:46et plus défavorables à l'industrie agroalimentaire et par conséquence aux paysans.
02:52Et je trouve assez scandaleux que l'homme qui a produit ce rapport et donc fait des préconisations pour ruiner
03:01les paysans
03:01vienne dire aujourd'hui, eh bien, il est temps de s'occuper des paysans.
03:05D'autant plus que, et là je suis un peu désolé, mais depuis qu'Emmanuel Macron est candidat à la
03:13présidence de la République,
03:14j'ai été le seul journaliste, le seul dans ce pays, à faire état régulièrement de ce rapport
03:21alors que c'est une mine de renseignements pour savoir comment fonctionne Emmanuel Macron.
03:29Quelles sont les réactions syndicales dans le milieu professionnel à ce sujet ?
03:35Alors, la FNSEA a été très prudente.
03:39D'autres organisations disent espérer qu'il y aura du renouveau.
03:45Moi, je n'y crois pas.
03:47Et j'ai été surpris, par exemple, qu'un homme comme José Bové puisse dire
03:54« Le président de la République, Emmanuel Macron, ouvre la voie à une refonte de l'agriculture et de l
04:01'alimentation
04:02en cohérence avec les enjeux du réchauffement climatique, les besoins des agriculteurs, les attentes des consommateurs. »
04:10C'est un changement radical, non pas de discours, mais de projet.
04:14Jamais depuis la création de la politique agricole commune en 1962, nous n'avons vu de propositions aussi ambitieuses.
04:23Je suis assez estomaqué de dire cela sous la plume de José Bové.
04:29D'autant plus qu'il dit aussi, en annonçant sa volonté de voir la Commission européenne stopper les négociations bilatérales
04:38avec le Mercosur.
04:39Alors, le Mercosur, c'est les pays d'Amérique du Sud.
04:42Emmanuel Macron envoie un signal fort à ses partenaires européens.
04:46Nous ne pourrons assurer notre souveraineté alimentaire sans reposer la question de l'Organisation mondiale des échanges.
04:54Or, Macron ne dit pas ça. Macron dit « On va regarder et puis après on verra ».
04:59Donc, c'est une interprétation qui donne le beau rôle à Macron, un rôle qu'il n'a jamais tenu.
05:04Je suis assez estomaqué par cette réaction d'un député européen qui est José Bové.
05:12Qu'est-ce qu'il dit en résumé, ces États généraux ?
05:16Il dit quoi ? Il dit que vous organisez les paysans, vous vendez plus cher et la distribution, il distribuera
05:25moins cher. Comment c'est possible ?
05:27Non, il est question que le consommateur paye au final un peu plus cher pour que le paysan puisse être
05:34rémunéré correctement.
05:36Ce qui, de mon point de vue, n'est pas un scandale.
05:38Mais, vu les bénéfices que fait la grande distribution sur un certain nombre de produits, comme la pomme par exemple,
05:47eh bien, on pourrait avoir des produits moins chers et, pour autant, mieux payer les producteurs.
05:54Alors, ça, c'est connu depuis longtemps, sauf qu'on se sert beaucoup des importations pour maintenir les prix bas
06:01en France.
06:02Qu'il se passe dans les semaines prochaines ?
06:04Je ne suis pas devin. Je ne suis pas optimiste pour les paysans.
06:10Certains ont envie d'y croire. Moi, je demande à voir.
06:13Et donc, comme journaliste, je resterai très vigilant et je continuerai de donner des informations sur le site de l
06:21'humanité.fr
06:22et, au besoin, évidemment, avec des vidéos comme celle d'aujourd'hui.
06:27Est-ce que ces modifications, ces prises de position, est-ce que ça amènera à un changement rapide
06:35ou, c'est dans leur projet, dans leur idée, c'est de voir les années suivantes ?
06:41Ça n'amènera rien dans les prochains mois alors qu'il y a urgence.
06:46Après, on ne sait pas. Il faut attendre et voir.
06:48Mais, vu ce qu'a dit Emmanuel Macron à la Halle aux fruits et légumes de Rungis,
06:57son discours peut être interprété de plusieurs manières
07:02et donc, je pense qu'il est en train de rouler les paysans dans la farine, quelque part.
07:08Y a-t-il une modification de la loi sur la concurrence ?
07:13Peut-être, mais ce n'est pas sûr.
07:15Il a dit, on verrait.
07:16Si les producteurs s'organisent suffisamment,
07:19peut-être qu'on modifiera la loi pour les aider à mieux se défendre.
07:23Mais ça reste très précaire, tout ça.
07:26Donc, on attend.
07:27À voir, absolument.
07:29Merci beaucoup, Gérard Lopil.