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  • il y a 20 heures
Le nouveau président français est présenté comme un champion de la modernité, dont les réformes seraient capables de "remettre la France au travail". Mais qui sont ses modèles ? Où se situe vraiment son inspiration ? Bruno Odent, journaliste à l'Humanité, auteur de « Europe, état d’urgence », répond à ces questions et analyse dans notre interview les conséquences qu'aurait cette politique. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Bonjour Bruno Dan, ça y est Emmanuel Macron est élu comme président de la République et il est
00:10présenté comme un champion de la modernité dont les réformes seraient capables de remettre la
00:17France au travail. Mais qui sont ces modèles ? Où se situe vraiment son inspiration ? Il ressemble
00:24beaucoup au modèle allemand que vous exposez dans vos livres. Quel est votre avis ? Effectivement il y a
00:31une inspiration dans le modèle allemand mais surtout c'est quelque chose qui a déjà été mis en oeuvre
00:38il y a plus de 20 ans. C'est donc absolument le contraire de la modernité. Il y a plus
00:44de 20 ans,
00:44je ne sais pas si vous vous souvenez, il y avait Tony Blair, Gerhard Schröder qui arrivaient et leur discours
00:49c'était exactement le même que celui du président aujourd'hui. C'est-à-dire ni droite ni gauche,
00:55il faut l'efficacité etc. Moyennant quoi ils ont mis l'un et l'autre des réformes, en place des
01:02réformes
01:02qui ont été extrêmement douloureuses pour leur population et qui ont rendu, qui ont eu des conséquences
01:08du coup politiques très très graves. Mais pour ce qui concerne effectivement, pour ce qui concerne le
01:15modèle allemand, ce n'est pas un hasard si ceux qui ont félicité le plus rapidement possible,
01:20c'était un certain Peter Hartz, l'auteur des réformes en Allemagne, qui ont fait son félicité de la victoire
01:27de Macron ou même Wolfgang Schäuble ces derniers jours qui se dit prêt à travailler avec lui
01:33mais qui se dit en accord sur un certain nombre de réformes que veut faire Macron sur la zone euro.
01:42Alors voilà, ces réformes, ces réformes Schröder des années 2000, elles ont abouti en fait,
01:52quand je disais qu'elles ont fait souffrir les populations, elles ont abouti en fait à un appauvrissement
01:57de fait d'une partie importante de la population allemande et d'une partie de 60 à 70% de
02:04la population allemande.
02:06C'est-à-dire que les statistiques ont repéré qu'en 10 ans, pour quelques 60 à 70% des
02:14salariés allemands,
02:15leur niveau de vie a baissé, leur rémunération ont été gelée.
02:20Et les syndicats, c'est aussi dans cette direction que veut travailler Emmanuel Macron,
02:26les syndicats n'ont plus eu voix au chapitre dans le sens de véritables conventions collectives,
02:33de véritables accords tarifaires.
02:35Parce que les réformes Schröder ont multiplié la possibilité d'exemption des accords tarifaires.
02:41Donc évidemment, il y a plein d'entreprises qui ont recours à ces exemptions
02:45et il n'y a eu pas autant d'accords tarifaires qu'il y a d'entreprises,
02:49mais enfin il y a eu beaucoup plus d'exemptionités, beaucoup plus d'exceptions.
02:52Et les rapports de force dans les entreprises ont été effectivement beaucoup plus compliqués.
02:58Les syndicats allemands qui représentaient, il y avait un taux de syndicalisation en Allemagne autrefois
03:02qui était de 35-40% des salariés, aujourd'hui il est tombé à 17%.
03:08Alors c'est effectivement, c'est beaucoup mieux que la France encore, bien sûr,
03:13mais c'est 17%, c'est faible, les syndicats allemands ont été affaiblis par ça,
03:18les populations allemandes appauvris, les syndicats affaiblis, etc.
03:22Et donc voilà, c'est ça les conséquences de ces réformes libérales
03:28qui ont été conduites par Schröder.
03:32Et que veut aujourd'hui, que voudrait aujourd'hui imiter notre président ?
03:39Et en plus, sur le plan même de l'efficacité économique,
03:43ça appauvrit la population, mais sur le plan de l'efficacité économique,
03:46on a l'Allemagne dans cette période inscrit dans sa constitution
03:50la limitation des déficits publics publics à 0,5%.
03:56Donc ça veut dire qu'il y a, c'est l'austérité permanente,
04:02en particulier pour les régions, les landes d'or,
04:05et on voit dans les régions d'or, l'éducation, il y a, dans l'éducation,
04:10il y a, c'est absolument...
04:13Des failles ?
04:14Impensables, impensables, de que dans un pays aussi riche que l'Allemagne,
04:18il y ait des écoles où il pleut à l'intérieur.
04:21Dans un pays aussi riche que l'Allemagne,
04:23il y a plein d'autoroutes avec des nids de poules, etc.
04:27Il y a plein de ponts qui sont hors d'État,
04:32on a du barret parce qu'ils étaient hors d'État,
04:34qu'ils risquent de s'écrouler.
04:35Il y a une situation des services publics
04:38qui est extrêmement dégradée.
04:41Voilà. Donc, ça, à la fois,
04:44une partie de la population gravement approfie, précarisée,
04:47et de l'autre côté,
04:49les services publics ont été extrêmement dégradés.
04:53C'est ça le bilan de ce catastrophique,
04:58de cet air Schröder.
05:00Et c'est en cela que copier ce modèle-là,
05:05se mettre sur ce modèle-là,
05:06qui aujourd'hui en Allemagne est de plus en plus contesté,
05:09même y compris par Martin Schulz,
05:11le candidat SPD à la chancellerie.
05:15Il doit, il vient enfin sur ce terrain,
05:17en contestant ces réformes Schröder.
05:20Et c'est à ce moment-là que nous,
05:22nous avons en France un président
05:23qui veut retour vers le passé,
05:28qui veut retourner à ce passé.
05:30Quand même, la Vème République,
05:33ce n'est pas un modèle idéal.
05:34Il n'empêche que ce vieux système politique français
05:37a besoin d'être secoué.
05:39Le mouvement d'Emmanuel Macron
05:41ne répondit pas à cette inspiration réelle
05:44à faire la politique d'autrement.
05:47Ça, tout à fait exact.
05:49Le système politique français est à bout de souffle
05:53et on a besoin de le renouveler complètement
05:56et de remettre tout à plat
05:58à travers une sixième république.
06:01Je rappelle quand même que le résultat
06:03du premier tour de l'élection présidentielle,
06:05c'était quelque 26% des électeurs
06:08qui se sont prononcés pour une telle perspective,
06:11puisque les électeurs de Jean-Luc Mélenchon,
06:1519,5%,
06:16et les électeurs de Benoît Hamon,
06:186,5%,
06:19dans les deux programmes,
06:21il y avait en tête des deux programmes
06:22la sixième république.
06:24Donc il y a une aspiration très forte
06:25à une sixième république.
06:27Mais ce que fait Emmanuel Macron,
06:28c'est exactement l'inverse de ça.
06:31C'est au contraire,
06:32marche arrière toute vers
06:34une cinquième république
06:35encore plus présidentielle,
06:38encore plus autoritaire, etc.
06:40Son idée, ça correspond en fait
06:42à quelque chose qui a déjà été expérimenté
06:45aussi dans d'autres pays européens
06:47et qui est extrêmement lourd de conséquences,
06:50lourd de risques.
06:51C'est ce qu'on appelle la grande coalition.
06:54Le ni droite ni gauche,
06:56le mouvement d'Emmanuel Macron,
06:58ni droite ni gauche,
06:59c'est en fait un accord,
07:01une alliance de grandes coalitions
07:03qui existent déjà en Allemagne,
07:06qui existent dans d'autres pays européens,
07:08même en Italie,
07:10ce que fait Renzi,
07:11c'est dans son...
07:13Lui-même, Renzi,
07:14vient de la démocratie chrétienne,
07:16dans son mouvement,
07:17il y a des gens qui viennent de la gauche,
07:18dans son parti,
07:19le parti démocrate,
07:20il y a des gens qui viennent de la gauche.
07:23Ces mouvements,
07:24ces grandes coalitions,
07:25c'est extrêmement ringard
07:27et terrible pour la démocratie
07:30parce que, bon,
07:31on voit en Autriche,
07:33il y avait une grande coalition
07:34entre le SPE,
07:36le parti social-démocrate autrichien,
07:38et le parti chrétien-démocrate autrichien.
07:41Résultat,
07:42aux dernières élections présidentielles,
07:45on a failli avoir le triomphe.
07:48Là, c'était pas...
07:49c'était 53,
07:5153, 47%.
07:52On a failli
07:53l'extrême droite autrichienne
07:56et monter jusqu'à 47% des voix.
08:00Donc,
08:01ces modèles,
08:03ce modèle de grande coalition
08:05est extrêmement lourd de conséquences.
08:08Il risque de nourrir,
08:10en France aussi,
08:11de nourrir une montée
08:13des mécanismes du comportement populaire
08:15et donc une montée de l'extrême droite.
08:17Mais,
08:19que fait-on
08:20pour répondre à l'urgence,
08:22pour éviter la montée en puissance
08:24de ces dangers considérables
08:26que vous avez exposés ?
08:27Dans l'immédiat,
08:28il y a urgence
08:29parce que
08:32le président a été élu.
08:34Il veut disposer
08:36d'une majorité
08:37à l'Assemblée
08:38le 11 et le 18 juin prochains
08:41pour avancer très vite
08:43et procéder
08:45par ordonnance
08:47pour réformer,
08:49pour torpiller
08:50le Code du travail français.
08:52Donc,
08:52il faut faire très vite.
08:53Il faut très vite
08:54instaurer une force
08:56de gauche
08:57qui soit capable
08:58de lui résister
09:00à l'Assemblée.
09:01Parce que,
09:02bon,
09:02je rappelle que
09:02les ordonnances,
09:04certes,
09:04c'est une méthode
09:05de gouvernement autoritaire,
09:07mais au moins,
09:08il a besoin
09:09d'obtenir
09:10l'autorisation
09:11du Parlement
09:12au départ
09:13pour engager
09:15ces ordonnances
09:15et l'autorisation
09:17et ensuite,
09:18pour conclure
09:20ces ordonnances,
09:22il a besoin aussi
09:23de l'aval du Parlement.
09:24Le rôle du Parlement
09:26est très important.
09:27Et donc,
09:27d'où la nécessité
09:28d'avoir le maximum
09:30de députés
09:32de gauche
09:33au Parlement
09:34qui s'opposent
09:35réellement
09:36à cette orientation.
09:38Mais pour bien résister,
09:41il ne faut pas tomber,
09:42surtout pas tomber,
09:44dans le piège
09:45tendu
09:46par Emmanuel Racont
09:48qui veut recomposer
09:49le paysage politique
09:50à sa main.
09:52Le nouveau président
09:53aura déjà gagné
09:56si à gauche
09:57on se souciait
09:58davantage
09:59de qui va piloter
10:00la recomposition
10:02qu'il désire
10:04que d'unité
10:06pour la mettre
10:08en échec.
10:10Donc,
10:11voilà,
10:12c'est l'heure
10:13n'est plus
10:13au calcul politicien,
10:16c'est désavoué
10:18totalement
10:18par les Français
10:19de toute façon,
10:20mais à surmonter
10:22ces divisions
10:22pour élire
10:23le plus possible
10:24de députés,
10:25France Insoumise,
10:27communistes,
10:28écologistes,
10:29membres d'ensemble,
10:31etc.
10:31les 11 et 18 juin.
10:33Je rappelle
10:34le titre
10:34de votre dernier livre
10:36« L'Europe
10:37est à l'urgence
10:38aux éditions
10:39du Temps des cerises
10:412016.
10:43Merci beaucoup.
10:44d'avoir regardé cette vidéo ! »

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