00:00...
00:11Younous Omarji, bonjour.
00:12Vous êtes député européen, membre de la gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:18Vous connaissez parfaitement la situation des Outre-mer.
00:22Vous étiez la tête de liste pour l'Union des Outre-mer lors des dernières élections européennes.
00:26Vous êtes né à l'île de la Réunion et vous avez débuté votre carrière politique.
00:31Alors, une parole malheureuse, on va dire, du président de la République, du nouveau président de la République, Emmanuel Macron,
00:36à propos des migrants qui quittent les Comores pour rejoindre l'île française de Mayotte,
00:41a braqué le projecteur, en fait, sur ce phénomène qui est très peu connu et qui se déroule dans l
00:47'océan Indien.
00:48On a beaucoup entendu parler de la « gaffe » du président Macron, assez peu de la question de l
00:54'immigration en elle-même.
00:55C'est pour ça que je voudrais qu'on y revienne avec vous.
00:58Alors, bon, je ne sais pas si vous, vous avez envie de revenir sur cette parole d'Emmanuel Macron.
01:06On ne va pas y passer tout l'entretien, mais un mot peut-être quand même sur la manière dont...
01:10Parce que ça a été mal reçu, notamment, évidemment, à Mayotte et dans les Comores.
01:14Oui, c'est peu de dire que c'est une gaffe.
01:19C'est une parole qui veut dire beaucoup, quand même, dire du Comorien.
01:26Et d'une certaine manière, assimiler ces populations lointaines à des produits, peut-être avariés, qu'on jette à la
01:40mer.
01:40C'est quelque chose de profondément révoltant et indigne,
01:45et qui a été très mal ressentie, évidemment, par les Comoriens,
01:50mais par l'ensemble des peuples de l'océan Indien,
01:53et je crois par l'ensemble des ultramarins.
01:57Et je crois que c'est une phrase qui restera au passif du président Macron.
02:03Mais, ce qui est intéressant, c'est que cela a permis de mettre le projecteur sur la tragédie.
02:14Voilà, la tragédie.
02:15La tragédie qui se joue dans l'océan Indien,
02:19qui est aujourd'hui l'un des plus grands cimetières marins du monde.
02:25Les Français ne le savent peut-être pas.
02:27J'ai pris les chiffres.
02:30Depuis 1995, il y a entre 7000 et 12000 morts.
02:38Lorsqu'on dit entre 7000 et 12000 morts,
02:41c'est que certainement, il y en a beaucoup plus,
02:45et qu'on ne peut pas véritablement évaluer.
02:48Plus de 5000 migrants sont morts en Méditerranée en 2016.
02:5512000 dans l'océan Indien,
02:57sans qu'à peu près personne ne s'en émeuve.
03:02Et il s'agit d'un drame qui met en cause la France.
03:09Puisque les Comoriens veulent rejoindre l'île française de Mayotte, comme vous le savez.
03:15Je veux bien qu'on fasse, pour tous ceux qui nous regardent et qui nous écoutent,
03:19un petit point géographique.
03:21Parce qu'on n'est pas forcément familiarisé avec la géographie de Mayotte.
03:24Le président Macron non plus, d'ailleurs.
03:25Voilà, non, le président Macron non plus.
03:27Alors, rappelons que l'archipel des Comores est un archipel qui se trouve au nord-ouest,
03:32en gros, du canal du Mozambique, au nord-ouest de Madagascar,
03:35entre Madagascar et le continent africain,
03:37qui est un certain nombre d'îles aux Comores,
03:41dont fait partie Mayotte, qui est un département français,
03:44les Comores étant, par ailleurs, un État indépendant.
03:47Absolument.
03:47Donc, le chemin de migration va des Comores, des îles des Comores,
03:53jusqu'au département français de Mayotte,
03:55qui, rappelons-le, ajoutons, le département français de Mayotte,
03:59est aussi un territoire ultramarin européen,
04:01c'est-à-dire qu'on est en Union européenne quand on est à Mayotte.
04:04Une région ultra-périphérique.
04:05Voilà, c'est une région ultra-périphérique.
04:06Les Comores sont un archipel, avec plusieurs îles,
04:11et parmi ces îles, il y a l'île d'Anjouan.
04:13Et c'est en particulier du sud d'Anjouan dont proviennent la majorité des migrants,
04:21qui vont rejoindre une autre île, Mayotte,
04:25qui a été détachée de l'archipel des Comores,
04:29et qui est aujourd'hui, il est vrai, une région ultra-périphérique française.
04:34Donc, ça concerne aussi l'Europe.
04:37Sauf que vous savez que les régions ultra-périphériques françaises
04:41ne font pas partie de l'espace Schengen.
04:45Ça veut dire que c'est une affaire qui est de compétence de l'État membre,
04:52de la France, puisqu'il n'y a pas Frontex, par exemple, à Mayotte et dans l'océan Indien.
04:59C'est à la France de se débrouiller ?
05:01Non, c'est à la France de surveiller ses frontières
05:03et de gérer les problèmes qui peuvent naître des traversées des migrants.
05:09Alors, quelles sont les raisons de cette migration des populations importantes ?
05:15Parce que, rappelons que Mayotte est une petite île,
05:17une population de 212, 210, 212 000 habitants à l'heure actuelle.
05:23C'est une petite île, il y a un certain nombre de migrants
05:27qui, effectivement, viennent des Comores, vous venez de dire à l'instant.
05:30Quelles sont les raisons de cette migration ?
05:31Oui, c'est une petite île, avec une population autour de 225 000 habitants,
05:37mais avec une progression démographique considérable,
05:41puisque autour de 2050, la population va presque doubler.
05:45La population de Mayotte sera autour de 500 000 habitants en 2050.
05:50Et la population des Comores, elle, est d'ores et déjà à près de 800 000 habitants.
05:56Cette immigration est une immigration de la misère.
06:01Les Comores sont l'un des pays les plus pauvres au monde.
06:06Et c'est aussi une immigration, entre guillemets, politique,
06:10puisque pour les Comoriens, Mayotte reste Comorienne,
06:14puisque les Comores n'ont jamais reconnu Mayotte comme région française
06:21et comme étant séparés des Comores.
06:26Donc, un Comorien, lorsqu'il va à Mayotte,
06:31il va dans une île qui fait partie de son pays.
06:36Mais c'est une immigration de la misère.
06:39C'est une tragédie qui se joue parce que, d'un côté, vous avez une île
06:45qui, malgré ses difficultés, est très attractive pour les Comoriens.
06:50Parce que se trouvent là des services publics,
06:53se trouvent là des hôpitaux, se trouvent là des maternités,
06:58se trouvent là des écoles pour les enfants.
07:01Et de l'autre côté, il n'y a pas grand-chose.
07:04C'est la raison pour laquelle la France, de mon point de vue,
07:07a un devoir de suite, après l'indépendance.
07:11C'est-à-dire que la France, comme l'Union européenne,
07:15doivent aider de manière renforcée les Comores
07:20pour aller vers le développement.
07:22Il n'y a pas d'autre solution que celle-là.
07:25Et c'est ce que j'ai défendu d'ailleurs auprès du commissaire Mimicha
07:29pour lui dire qu'en renforçant l'aide vers les Comores,
07:33l'aide publique au développement,
07:35par la mise en œuvre des accords de Cotonou,
07:38eh bien, nous aiderons de manière indirecte Mayotte
07:41puisque la pression pourra être un peu atténuée.
07:46Mais l'Europe doit aussi être attentive
07:50à ce que la France respecte les droits fondamentaux des étrangers.
07:56Vous savez que les Comoriens qui arrivent à Mayotte
08:01sont souvent dans des situations où leurs droits sont niés.
08:07Les étrangers sont protégés par des conventions internationales,
08:11mais nous avons aussi le devoir de respecter les droits fondamentaux.
08:17et nous ne pouvons pas accepter qu'à Mayotte,
08:22le droit, les droits fondamentaux des étrangers,
08:26des Comoriens, des enjouannés,
08:29soignés et que la France, parfois, ferme les yeux.
08:34Tout ça dans un contexte où la situation à Mayotte même
08:37est une situation complexe.
08:39Il y a eu des mouvements sociaux,
08:40il y a eu une grève générale il y a un peu plus d'un an,
08:42un an et demi maintenant.
08:42Donc même chose, j'allais dire, le pays qui accueille
08:46n'est pas un pays qui est non plus en pleine forme,
08:49j'allais dire, économique.
08:51Absolument. C'est une souffrance pour tout le monde.
08:52Et donc c'est en difficulté, voilà.
08:53Et c'est une très grande souffrance pour les Mahorais
08:56qui sont confrontés à des difficultés considérables.
09:00Vous êtes dans une situation à la Guyanaise,
09:02en pire, où vous avez des services publics
09:05qui sont exempts,
09:07où vous avez des problèmes d'insécurité,
09:09où vous avez un chômage des jeunes considérables,
09:13ou des problèmes d'assainissement.
09:16Enfin, il faut voir que la situation à Mayotte
09:18est indigne pour un territoire de la République.
09:22J'invite les Français à s'y rendre
09:25pour se rendre compte de la réalité d'un département français.
09:32Cela fait honte.
09:34Eh bien, il faut que la France assume
09:37de manière renforcée
09:39ses obligations, ses devoirs,
09:43par une politique encore plus intense
09:46d'investissement dans les services publics.
09:49Parce que, autrement,
09:52nous prenons le risque
09:53de graves déchirements dans ce pays.
09:57De tensions, évidemment.
09:57Et de tensions entre les différents...
09:59Et l'Europe aussi a un rôle à jouer.
10:01Oui, alors je rappelle que le Parlement vous a confié la rédaction
10:04plus largement d'un rapport
10:06pour promouvoir la cohésion et le développement
10:08des régions ultramarines de l'Europe.
10:11Cela entre entièrement dans ce travail-là.
10:14Oui, un exemple concret.
10:17Ce sont des îles,
10:19vous l'avez rappelé,
10:20dans l'océan Indien,
10:22dans le canal du Mozambique,
10:24entourées d'eau très poissonneuse.
10:26La pêche pourrait être un horizon
10:30de développement pour ces pays.
10:32Or, la réalité,
10:33c'est que ce sont les flottes européennes
10:36et françaises
10:38qui tirent le principal bénéfice
10:40de cette richesse
10:42sans que la possibilité ne soit laissée
10:45aux industries de pêche
10:47de se développer
10:50à cause de règlements européens
10:52absolument absurdes.
10:54Mon rapport fait un certain nombre
10:56de propositions
10:57qui, je l'espère,
10:59permettront à une industrie
11:01de la pêche de se développer
11:02et à faire en sorte
11:04que la pêche soit au bénéfice
11:06des populations locales
11:08pour aller,
11:09pour satisfaire les besoins alimentaires.
11:14Il y a beaucoup de choses
11:15à faire dans ce pays.
11:16Il serait injuste de dire
11:18que les gouvernements successifs
11:20n'ont rien fait
11:21parce que ce sont des situations complexes
11:24et où il faut,
11:26dans un temps très court,
11:28apporter des réponses,
11:29des solutions
11:30de tous les côtés.
11:33Mais je crois
11:34que le coût
11:35des non-solutions
11:37est beaucoup plus lourd
11:39que l'effort
11:41que nous devons faire.
11:42et j'invite
11:44le nouveau gouvernement
11:45à honorer
11:47les engagements
11:48qu'il a pris
11:49auprès des ultramarins
11:50et en particulier
11:51auprès des maoreux.
11:52Merci, Yunus Omarji.
11:54Bien sûr,
11:54on continuera
11:55à suivre la situation
11:56dans cette partie
11:57de l'océan Indien,
11:58de même que dans
11:59tous les territoires ultramarins
12:00qui nous concernent.
12:01La France, bien entendu,
12:03pratiquement la France,
12:04il faut le dire,
12:04et l'Europe
12:05parce que la France
12:06est aujourd'hui
12:06avec ces territoires
12:07dans la mesure
12:08où le Royaume-Uni,
12:10qui a aussi
12:10des territoires ultramarins
12:13va quitter
12:14l'Union Européenne,
12:15la France va devenir
12:16le principal pays
12:18au sein de l'Europe
12:19avec ses problématiques
12:21ultramarines
12:21de très loin
12:22devant tous les autres
12:23pays européens.
12:23Absolument.
12:24Donc on aura besoin
12:25d'en parler.
12:25Bien sûr,
12:26et ça sera avec plaisir.
12:27Merci,
12:28merci à vous,
12:28au revoir.
12:28Merci.
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