00:00C'est un jeune homme de 18 ans, un jeune étudiant, Étienne de la Boétie, qui fut le contemporain et
00:07qui sera l'ami de Montaigne,
00:09qui en 1548 publie un texte qui reste toujours remarquable et qui s'appelle « Le discours de la servitude
00:16volontaire » assez largement connu.
00:20Trois siècles plus tard, au XVIIIe siècle, au siècle des Lumières, c'est un philosophe matérialiste, le baron Dolbach,
00:27qui lui publie un petit texte assez amusant qui s'appelle « De l'art de ramper à l'usage
00:33des courtisans ».
00:35Et bien qu'on nous pardonne, mais on ne pouvait s'empêcher d'y penser l'autre soir en voyant
00:40à la télévision un député de la majorité,
00:43donc de La République en Marche, venant lui du Parti Socialiste, d'ailleurs mais rallié à Emmanuel Macron,
00:50et qui donc nous expliquait que finalement le rôle des députés à l'Assemblée, ce n'était pas tant d
00:55'essayer de faire quelques propositions,
00:57mais que d'aller porter aussi la parole et la politique du gouvernement dans les campagnes, dans les circonscriptions, dans
01:04les départements.
01:05C'est qu'une singulière conception du rôle du Parlement.
01:08Alors, c'est une conception extrêmement restrictive et que l'on sache, il ne s'agit pas que quand on
01:14est un élu de la nation
01:15et qu'on est censé élaborer les lois et les votés, que l'on sache qu'on n'est pas
01:21là essentiellement pour aller porter la bonne parole de l'exécutif,
01:25même quand on est dans la majorité.
01:26Mais est-ce que ce député, par exemple, il n'avait pas aussi des choses à dire sur la façon
01:31dont Édouard Philippe a commencé la restitution,
01:34selon lui, des conclusions du grand débat ou de cette grande consultation ?
01:40Eh bien, prenons par exemple la question des impôts.
01:42Édouard Philippe n'a retenu, semble-t-il, qu'une chose, ou d'autres petites choses secondaires,
01:47mais une chose essentielle, c'est qu'il y aurait une exaspération fiscale et donc la nécessité de baisser les
01:53impôts.
01:53Alors certes, s'il s'agissait de supprimer la TVA sur les produits de première nécessité, on serait d'accord,
01:59mais il s'agit bien d'autre chose parce qu'en réalité, la moitié des Français, enfin un peu moins
02:04de la moitié,
02:04ne sont pas imposables au titre de l'impôt sur le revenu parce qu'ils ne gagnent pas assez.
02:09Donc quand il s'agit de baisser les impôts, ça veut dire quoi ?
02:12Ça veut dire qu'on va effectivement alléger la charge fiscale pour ceux qui gagnent davantage,
02:18pas forcément beaucoup, mais davantage,
02:20et qu'on va bien évidemment éviter le rétablissement de l'impôt sur la fortune dont il a pourtant été
02:26beaucoup question,
02:27et surtout que l'on va avoir moins de recettes de l'État pour financer à la fois des aides
02:33sociales
02:33et aussi essentiellement les services publics qui, eux, rendent service aux plus modestes et aux plus démunis.
02:40Donc voilà, notre député, il n'avait rien à dire là-dessus,
02:43ce qui est quand même un petit peu dommage, mais surtout de la part de quelqu'un venant de la
02:50gauche.
02:51Mais cette restitution, par Étoile Philippe, elle a quand même toutes les allures d'une arnaque.
02:57Parce qu'en réalité, on a le sentiment que l'exécutif va sortir du chapeau du grand débat le lapin
03:03qu'il y a mis lui-même avant.
03:05En d'autres termes, on va effectivement s'en servir pour discuter justement la question fiscale,
03:12mais dans le sens dont on vient de parler,
03:13et aussi sans doute pour quelques ajustements institutionnels,
03:16mais qui en réalité vont aller dans le sens de ce que veut Emmanuel Macron depuis le début.
03:21Donc en gros, on aura fait parler, soi-disant, les Français pendant trois mois
03:24pour en venir là où on voulait arriver.
03:28Mais il y a en plus une manipulation politique là-dedans.
03:31Étoile Philippe, lundi, a dit ceci.
03:34Ces réunions, il parle des réunions du grand débat, ont fait honneur à leurs participants.
03:39Elles ont fait honneur au débat démocratique en étant très loin des exemples de violences
03:43que d'autres se complaisent à donner chaque samedi.
03:46Eh bien, on voit bien la ficelle, la ficelle est très grosse.
03:49Il s'agit quoi ? Il s'agit de figer les gilets jaunes et ceux qui protestent
03:53dans une position de gaulois réfractaires,
03:56qui ne veulent surtout pas du changement,
03:57qui sont hostiles aux réformes,
03:59qui seraient incapables de construire une politique.
04:02Et les autres, bien sûr, ceux qui ont participé,
04:04ceux qui sont attachés au débat démocratique,
04:07qui sont prêts à construire des solutions,
04:09et surtout à construire des solutions qui seraient Macron compatibles.
04:13Donc, on a à la fois une arnaque sur le fond,
04:18et on a une opération politique qui s'apparente à une véritable manipulation.
04:22Alors, effectivement, on aurait pu penser aussi que notre député,
04:27Olivier Véran, pardon, finalement, on a dit son nom,
04:32notre député de la République En Marche aurait pu aussi se poser des questions par rapport à ça.
04:36Mais non, qu'est-ce qu'il a dit ?
04:38Eh bien, bizarrement, cette phrase curieuse,
04:40je suis moi aussi impatient de connaître les réponses qu'apportera le président.
04:45Eh bien, quand on est député de la nation,
04:47quand on est un élu de la République,
04:49on ne se contente pas d'attendre les réponses du président,
04:53comme la parole révélée,
04:55eh bien, donc, on joue son rôle politique et citoyen.