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  • il y a 20 heures
"Comment ? Qu'est ce que vous dites ? On ne vous entend pas !". Maurice Ulrich, éditorialiste de l'Humanité analyse la tenue du grand débat national et revient sur la lettre d'Emmanuel Macron aux Français, soulignant sa ressemblance avec celle de Louis XVI s'adressant à "ses sujets". Selon lui, il faut encore plus faire circuler la parole dans le pays. Réalisation : Abrahim Saravaki.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est donc aujourd'hui qu'Emmanuel Macron se rend dans l'heure pour lancer son grand débat.
00:05Alors on ne résiste pas au plaisir de citer un petit texte qui date d'un certain temps,
00:12c'est-à-dire le 27 avril 1789, une date qui éveille évidemment quelques idées.
00:18Alors voilà, nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difficultés
00:24où nous nous trouvons relativement à l'état de nos finances et pour établir, suivant nos voeux,
00:28un ordre confiant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur de nos sujets
00:34et la prospérité de notre royaume.
00:37Ces grands motifs nous ont déterminés à convoquer l'Assemblée des États de toutes les provinces de notre obéissance
00:43pour nous faire connaître les souhaits et les doléances de nos peuples.
00:47Alors, on aura reconnu sans doute ce texte, ou du moins on imagine où il vient,
00:52c'est la lettre agressée par le roi Louis XVI, donc le 27 avril 1889, pour la provocation des États
01:00généraux.
01:00On sait que les États généraux, que Louis XVI d'ailleurs voudra interrompre à un moment donné,
01:05avec cette fameuse phrase de Mirabeau, disant, nous sommes ici par la volonté du peuple
01:14et nous n'en sortirons que par la force des païonnettes.
01:17Donc, l'affaire se terminant par la prise de la Bastille est la suite que l'on sait.
01:22Voilà. Alors, Emmanuel Macron avait déjà dit dans une déclaration du 15 juillet 2015,
01:31il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent,
01:34dans la politique française, cet absent est la figure du roi.
01:38Donc, écoutez, on ne lui souhaite pas, quand même, d'incarner la figure de Louis XVI.
01:43Mais, seconde débat, comment faut-il le prendre ?
01:46Eh bien, là encore, on va revenir au XVIIIe siècle,
01:50et pour citer, voilà, ce petit texte,
01:54« Pour vous que je ne parle en mes écrits, ni de l'autorité, ni du culte, ni de la
01:59politique, ni de la morale,
02:01ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'opéra, ni des autres spectacles,
02:06ni de personnes qui tiennent à quelque chose, je puis tout imprimer librement,
02:09sous l'inspection de deux ou trois censeurs. »
02:12Alors, ce petit texte, c'est Beaumarchais, dans le mariage de Figaro.
02:16Eh bien, évidemment, on a le sentiment, après les limites qu'a tracé Emmanuel Macron au grand débat,
02:22en disant qu'il n'était pas question de revenir sur ce qui avait déjà été décidé et voté,
02:26et notamment l'ISF, mais aussi bien autre chose.
02:28On a bien envie de paraphraser Beaumarchais, en disant, pourvu que l'on ne parle ni de l'impôt sur
02:35la fortune,
02:35ni de la taxation du capital, ni du SMIC, et plus généralement des salaires,
02:40ni de l'évasion fiscale, ni de la remise en cause du code de travail,
02:43ni de la réforme des retraites et de l'assurance chômage,
02:47auquel il n'a pas renoncé, on voit dans quel sens.
02:50Eh bien, effectivement, on va pouvoir parler de tout.
02:53Alors, par rapport à ça, on pourrait se dire, bon, alors, terminez, circulez,
02:57il n'y a rien à voir, on ne discute pas.
02:58En réalité, on peut peut-être réfléchir autrement.
03:02C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas, évidemment, de s'inscrire dans la démarche macronienne,
03:07dont on voit bien qu'elle est balisée,
03:09et dont on voit bien que, quelles que soient les conclusions de ce grand débat,
03:13finalement, ça n'infléchira pas le cours de sa politique.
03:19Mais, ce qui est clair, c'est aussi que la parole, il faut qu'elle circule dans le pays.
03:24Alors, bien sûr, elle circule déjà.
03:25On l'entend sur les ronds-points, mais pas seulement.
03:28Chez les syndicats, à la CGT, chez bien d'autres,
03:32aujourd'hui, dans la justice,
03:34on l'entend dans les hôpitaux,
03:36augmenter les salaires, rétablir l'impôt sur la fortune,
03:39avoir une taxation plus juste de l'impôt sur le capital,
03:43avoir une progressivité de l'impôt sur le revenu,
03:45tout ça, ça se dit dans le pays, ça parle, le pays parle.
03:49Mais, évidemment, le gouvernement fait semblant de ne pas entendre.
03:52Les gens disent augmentation du SMIC,
03:53les gens disent rétablissement de l'impôt sur la fortune.
03:55Comment ? Qu'est-ce que vous dites ? On n'a pas entendu.
03:58Venez dans notre grand débat.
03:59Eh bien, la question, c'est pas, donc, de s'inscrire ou pas.
04:03La question, c'est de continuer à apporter cette parole.
04:06Et, au fond, je pense à cette phrase de Goethe,
04:09dans son second Faust,
04:11où Faust dit à un jeune étudiant,
04:13« Mon jeune ami, toute théorie est sèche,
04:16mais l'arbre de la vie est fleuri. »
04:18Alors, faisons fleurir l'arbre de la vie,
04:21faisons circuler la parole,
04:22allons bien au-delà de ce que veut le gouvernement,
04:24c'est-à-dire, allons-y sur tous les sujets qui fâchent,
04:28parlons et agissons.
04:31Sous-titrage Société Radio-Canada
04:32Sous-titrage Société Radio-Canada

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