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  • il y a 4 semaines
Selon les Nations Unies, le Yémen connait la pire des catastrophes humanitaires qu'a connue le monde depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. 60% des armes utilisées contre les populations civiles viennent d'Europe. Comment en sortir ? Entretien avec le député européen Patrick Le Hyaric ( GUE-GVN ).

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Transcription
00:11Patrick Le Yarig, bonjour. Vous êtes, je le rappelle, député européen, gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:18La guerre que mènent l'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis au Yémen durent depuis plus de trois ans
00:25maintenant, 2015.
00:26C'est une guerre qui se déroule en grande partie en secret, on en parle peu, et pourtant on est
00:32au Yémen face à une des pires catastrophes humanitaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
00:37Ce n'est pas nous qui le disons, c'est l'ONU tout simplement, pour qui c'est la pire
00:40guerre, ce qui se passe au Yémen actuellement au monde.
00:44Une guerre qui a non seulement fait déjà beaucoup de morts, on dit 15, 16 000 morts, mais qui frappe
00:49de plein fouet les populations civiles et tout particulièrement les enfants.
00:54C'est l'une de ces caractéristiques, d'où naît le drame qu'on connaît aujourd'hui.
00:59Oui, on a aujourd'hui à peu près 500 000 enfants qui sont en situation de famine, désastreusement en situation
01:10de famine.
01:11Il y a quelques images, très peu d'images, dans un certain nombre de télés qui montrent la situation dans
01:18les hôpitaux,
01:19des enfants décharnés, des hôpitaux qui n'ont pas les moyens de se soigner.
01:24D'où cela naît, ça naît du fait que des groupes terroristes, en concurrence d'ailleurs au Yémen, sont apparus.
01:35Et au lieu de traiter ça au niveau de négociations internationales sous l'égide des Nations Unies pour éradiquer le
01:46terrorisme,
01:46aujourd'hui on a donné les pleins pouvoirs à l'Arabie saoudite pour bombarder, et elle bombarde avec des armes
01:53occidentales, dont des armes françaises.
01:55On va en reparler dans le détail, on va rappeler les chiffres.
01:59Il y a à l'heure actuelle 7 millions de personnes au Yémen, c'est-à-dire un quart de
02:03la population qui est menacée de famine,
02:05un quart de la population menacée de famine.
02:08Les trois quarts des habitants ont besoin d'aide humanitaire, pratiquement toute la population du Yémen a besoin de cette
02:13aide.
02:14Là-dessus se sont rajoutés un certain nombre de phénomènes épidémiques.
02:17Le choléra sévit à l'heure actuelle, il touche particulièrement les enfants.
02:22Ce qui est extraordinaire, vous le disiez à l'instant, c'est que l'ONU se dit impuissante dans la
02:27situation,
02:28compte tenu du soutien américain à l'Arabie saoudite.
02:31Comment vous voyez les choses à l'heure actuelle ?
02:33Elle se dit impuissante de ce fait-là, du fait de l'attitude des États-Unis qui sont alliés à
02:39l'Arabie saoudite,
02:41du fait de l'attitude d'un certain nombre de pays européens, dont la France qui fournit des armes
02:46et qui sur cet enjeu ne dit strictement rien.
02:51Et donc il n'y a pas d'autre solution aujourd'hui que l'ONU s'autosaisisse,
02:56du Conseil de sécurité jusqu'à l'Assemblée générale.
02:59Et parmi les mesures qu'il faut prendre d'urgence, c'est cesser de fournir des armes qui tuent aujourd
03:05'hui ces populations.
03:06D'autre part, on dit que dans certains cas, on utilise la politique des visas.
03:13Eh bien l'Union européenne, elle pourrait prendre l'initiative de sélectionner un certain nombre de personnalités,
03:19d'Arabie saoudite notamment, qui ne devraient plus pouvoir circuler notamment vers l'Union européenne.
03:26Donc il y a des dispositions de court terme qu'il faudrait prendre d'urgence.
03:31Mais pour cela, il faudrait avoir la volonté politique.
03:34Oui, parce que, redisons-le, l'Europe a un rôle direct dans cette guerre par les ventes d'armes.
03:40Je crois que 60% des armes utilisées aujourd'hui par l'Arabie saoudite viennent d'Europe et pas de
03:45n'importe quel pays.
03:47Elles viennent de France, elles viennent d'Espagne, elles viennent d'Allemagne, elles viennent de Grande-Bretagne.
03:53Donc l'Europe est directement impliquée dans cette guerre en fait.
03:56Elle est impliquée et elle ne dit rien parce qu'elle a un accord commercial dans le cadre de l
04:03'accord de coopération avec les pays du Golfe qui date de 1998.
04:08Mais là aussi, si elle en avait la volonté, et une volonté politique certes,
04:15mais si elle prenait en compte la situation humanitaire, si c'était une Europe humaniste et si elle traitait la
04:22question comme cela se devrait être traité,
04:26eh bien elle suspendrait cet accord de coopération.
04:28Et cet accord de coopération permet aussi la fourniture d'armes.
04:33Donc, dans les dispositions qu'il faudrait prendre, c'est la suspension de cet accord.
04:38Mais est-ce qu'il n'y a pas tout de même, en ce qui concerne le commerce des armes,
04:43déjà des garde-fous, j'allais dire, européens à l'heure actuelle ?
04:47Est-ce qu'on fournit obligatoirement ?
04:49Ou est-ce que le fait qu'un pays soit en guerre empêche de fournir des armes ou empêcherait de
04:54fournir des armes ?
04:56Ou à des pays qui sont soupçonnés de crimes de guerre, ce qui est quand même le cas de l
04:59'Arabie Saoudite aujourd'hui au Yémen ?
05:01Oui, dès lors qu'on est dans cette situation et dès lors que ça provoque la mort, la quasi-destruction
05:08de secteurs entiers, de la population, de villes entières, il faut prendre la question autrement.
05:17Certes, il faut combattre le terrorisme, mais ceci ne peut se faire que dans le cadre d'une coalition internationale
05:23sous l'égide de l'ONU et non pas être sous-traitée uniquement à l'Arabie Saoudite.
05:32Parce qu'en plus de la question à laquelle on est confronté aujourd'hui, c'est que le Yémen est
05:38devenu un théâtre d'opérations
05:40où des grandes puissances se battent entre elles.
05:43Et donc, non seulement il faut critiquer les États-Unis pour ce qu'ils fassent et le soutien qu'ils
05:50font,
05:50mais il faut traiter de l'ensemble des questions de la région, dont l'accord sur le nucléaire iranien.
05:58Parce que sinon, les grandes puissances, elles vont mener sur un terrain, sur un terrain d'opérations comme celui-là,
06:05au détriment des populations, et bien leur conflit.
06:08L'Iran y est, la Russie y est, les Européens y sont, même secondairement, mais ils y sont.
06:18Peut-être même ils sont primairement, ceci devrait être vérifié, mais il n'y a que l'ONU qui puisse
06:24le faire.
06:25Par conséquent, on ne peut pas sortir de cette situation sans prendre des dispositions de court terme
06:30et sans dire qu'il faut une conférence internationale de paix aux Proches et au Moyen-Orient.
06:37C'est une question aujourd'hui vitale pour le Yémen, mais pour l'ensemble des pays autour.
06:42Ce que vous dites là, c'est la raison pour laquelle on n'en parle pas, de ce conflit, parce
06:46qu'il est volontairement passé sous silence, tout simplement.
06:48Il est passé sous silence parce que, d'abord, ça met en cause beaucoup d'intérêt.
06:53D'autre part, ça mettrait en lumière le deux poids, deux mesures, puisqu'il y a des cas où, par
06:59exemple, la Russie,
07:01mais d'autres, les pays d'Amérique latine, Cuba, où on prend des sanctions.
07:05On ne sait pas toujours exactement pourquoi, mais dans ce cas avéré là, on voit bien qu'on ne veut
07:12prendre aucune disposition pour faire arrêter le bras des guerriers.
07:17Vous le disiez il y a deux secondes, on commençait un peu à analyser la situation.
07:22Sur le fond, bien sûr, rivalité régionale, rivalité internationale.
07:26On est sur un des points les plus chauds aujourd'hui politiquement et militairement de la planète.
07:31Oui, la région du Proche et du Moyen-Orient contient en elle beaucoup d'étincelles qui ne demandent qu'à
07:42se déployer.
07:43Et leur déploiement créerait aujourd'hui des déflagrations, des conflagrations même,
07:51puisqu'on a une multitude de théâtres après ce qui s'est passé en Irak, ce que nous connaissons aujourd
07:58'hui en Syrie.
08:00Ce qui existe là au Yémen.
08:04Donc l'ensemble de la situation est explosif.
08:07Et le fait de ne pas vouloir, de ne pas avoir voulu en son temps régler la question de la
08:14terre,
08:15d'une terre pour les Palestiniens, d'un pays et d'un État pour les Palestiniens,
08:19reste cette arrête en travers non seulement du Proche et du Moyen-Orient, mais en travers du monde entier.
08:25Donc il y a une cohérence, un enchevêtrement de problèmes qu'il faudrait traiter absolument aujourd'hui.
08:34Et ça peut se faire dans une conférence de paix.
08:36C'est ça, c'est central.
08:37C'est ce que vous voyez aujourd'hui qui pourrait en tous les cas permettre d'abord de focaliser l
08:42'attention,
08:42l'intérêt aussi de tout le monde sur la situation au Proche-Orient,
08:47dans ces différentes dimensions, celles que vous êtes en train de dire.
08:50Oui, ça mériterait d'être discuté. Ceci, ce sont des propositions, bien évidemment, à discuter.
08:56Il faudrait que les diplomaties discutent entre elles.
09:00Il faut le mouvement associatif pour la paix.
09:05Il faut associer toute une série de gens, des historiens, des géographes, des intellectuels,
09:11les partis politiques dans leur ensemble.
09:16Mais je ne vois pas d'autre solution aujourd'hui que de créer les conditions pour que les gens se
09:23mettent autour d'une table.
09:24Et de ce point de vue, l'Union européenne aurait des atouts pour le faire.
09:29Et dans cette Union européenne, un pays comme la France, qui, à cause de son histoire,
09:35mais pas seulement, le Royaume-Uni aussi, à cause de leur histoire, à cause de ce qu'ils ont fait,
09:43les moyens de prédation qu'ils ont utilisés dans ces régions, à cause aussi d'un certain nombre de liens
09:48politiques et diplomatiques,
09:51devraient appeler à cette conférence.
09:54Quelle pourrait être, pour terminer, la mesure humanitaire la plus urgente,
10:00enfin, elle est plus qu'urgente, on aurait dû la prendre déjà il y a un certain temps,
10:04qui pourrait être mise en place aujourd'hui pour que, sous une égide internationale,
10:08effectivement, on essaie de répondre à l'urgence qui se pose là-bas pour les adultes et les enfants.
10:15Bien sûr, c'est arrêter la fourniture d'armes.
10:20Deuxièmement, créer les conditions d'un arrêt des combats et créer des couloirs pour apporter de l'aide alimentaire et
10:30de l'aide médicale.
10:31Ça, c'est urgence et de première urgence.
10:33Mais il y a des ports au Yémen aujourd'hui qui sont contrôlés par des groupes
10:38qui empêchent l'acheminement d'aide humanitaire ou d'aide, notamment, de médicaments.
10:44Mais il y a des contrôles de ports par des groupes terroristes, mais aussi par des puissances.
10:52Hier, il en a été question ici au Parlement européen, le débat a eu lieu sur le Yémen.
10:56Vous avez trouvé qu'il y avait eu un début de sensibilisation un peu des élus européens ?
11:00Oui, le fait qu'on ait eu un débat est déjà une bonne chose.
11:02Mais maintenant, il faudrait des actes.
11:04Il faudrait que la haute représentante ait les missions pour engager des pourparlers
11:09et qu'elle puisse réunir les ministres des Affaires étrangères
11:12et qu'il y ait des actes concrets qui se prennent parce que c'est urgent.
11:15On ne peut pas laisser cette situation dramatique dont trop peu de gens en parlent.
11:19Merci Patrick Léaï.
11:25Sous-titrage Société Radio-Canada
11:25Sous-titrage Société Radio-Canada

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