00:00Bonjour Bruno Dan, le résultat des élections mi-mandat aux Etats-Unis sont tombés et quel enseignement on peut prendre
00:10de ces élections ?
00:13Écoutez c'est un enseignement, c'est presque un match nul si je puis dire, c'est à dire que
00:18c'est une demi-victoire pour les démocrates
00:21puisqu'ils ont remporté la chambre des représentants donc ça va faire un contre-pouvoir au président Trump
00:30mais par contre ils n'ont pas gagné au Sénat et donc Trump conserve au Congrès de cette manière là,
00:41conserve au Congrès un point d'appui considérable
00:45parce que le Sénat pour le président c'est un point d'appui très important ce qui permet de prendre
00:51des décisions, de nommer des juges, des juges, etc.
00:57Donc c'est une demi-défaite, demi-victoire, c'est le bilan qu'on peut tirer.
01:08Cela étant, Trump a été battu à la chambre des représentants et il ne faut pas sous-estimer cette affaire,
01:16c'est quand même un coup de fin qui est donné à sa politique.
01:21Donc on peut dire que l'emprise politique de Donald Trump se fissure ?
01:25C'est un bien grand mot. Je trouve que si on regarde l'histoire des États-Unis, la plupart des
01:34présidents ont perdu ou sont en recul dans les élections du mid-term, du mi-mandat.
01:42C'était le cas d'Obama, rappelez-vous, en 2010. Il a perdu la chambre des représentants.
01:49Il a conservé lui aussi le Sénat, ce qui lui a permis ensuite de remporter la présidentielle dans la foulée.
01:57Donc comme c'est cet enjeu qui était derrière cette élection, c'est pour ça que ça suscitait tant d
02:02'intérêt,
02:03est-ce que Trump va pouvoir se présenter en 2020 à la présidentielle ?
02:08Et est-ce qu'il va pouvoir briller un deuxième mandat comme il le souhaite ?
02:13Malheureusement, le résultat de l'élection est trop étriqué, trop serré, pour dire que ça sera difficile pour Trump de
02:21briller un deuxième mandat.
02:23C'est pour ça que votre expression fissurée est un peu exagérée, même s'il a perdu quelques pouvoirs.
02:30Donc on peut dire au moins qu'on attend une cohabitation à l'américaine. Quelles seront les conséquences ?
02:37Non, ce n'est pas une cohabitation. Parce qu'une cohabitation, en France, c'est quand le président et la
02:45Chambre, enfin le Parlement,
02:47sont représentés par des forces opposées, divergentes. Là, ce n'est pas le cas.
02:55C'est simplement au sein du Congrès, il y a une divergence entre le Sénat, qui garde une majorité républicaine,
03:02qui renforce même sa majorité républicaine au Sénat, et la Chambre des représentants.
03:09Donc ce n'est pas tout à fait la même chose. Et donc c'est pour ça qu'on ne
03:13peut surtout pas prendre beaucoup de précautions
03:17pour dire que son pouvoir va se fissurer. C'est beaucoup plus balancé que cela, malheureusement.
03:29Donc, dans ce cas-là, on se demande qu'est-ce qui a permis au Donald Trump de résister ainsi
03:35?
03:35Voilà. Alors ça, c'est très important. Je pense que tout le monde, au début, quand Trump est arrivé au
03:41pouvoir,
03:41tout le monde s'est dit « Oh, ça, ça ne va pas durer longtemps. Il va très rapidement. Il
03:46y aura une procédure de destitution qui va arriver. »
03:49Et tout le monde était sûr de ça parce qu'au sein du fin du pouvoir américain, au sein de
03:55Wall Street, il y avait des divisions par rapport à Trump.
03:58Il y avait d'un côté, si je puis résumer les choses ainsi, des gens qui étaient sur une ligne
04:04mondialiste, favorable à la poursuite.
04:09Hillary Clinton était également sur cette ligne, à la poursuite de la domination des grands groupes américains,
04:16mais grâce à une politique mondialiste. Il y avait ce qui émergeait avec Trump et ce qui était, ce que
04:24j'appelle moi, le national-libéralisme.
04:27Et là, ce qui a permis à Trump de limiter les dégâts lors de cette élection, c'est qu'il
04:36y a une partie de Wall Street qui était contre lui au départ,
04:39mais vraiment contre lui. Toute la Silicon Valley, tous les grands groupes de pointe de la Silicon Valley,
04:46les Google, Amazon, Apple, surtout Apple, ils étaient vent debout contre Trump au départ.
04:58Et Trump, grâce à sa réforme fiscale, il a fait une réforme fiscale qui a favorisé beaucoup, c'est la
05:04profitabilité,
05:05si je puis dire, c'était déjà très profitable, mais la profitabilité de ces grands groupes, il est arrivé à,
05:12je ne dis pas mettre tout le monde,
05:14tous les mondialistes, les ex-mondialistes derrière lui, mais en tout cas à rallier une partie de Wall Street.
05:21Le Wall Street Journal, on croit qu'un quotidien comme le Wall Street Journal, non seulement il soutient maintenant Trump,
05:29il dit que Trump fait du bon travail, que l'économie américaine prospère, etc.
05:34Mais en plus, le Wall Street Journal a appuyé Bolsonaro au Brésil, le voisin, il y a quelques temps, ils
05:42ont été jusque là.
05:44Donc cette option, ce qui était considéré par le capitalisme américain comme une option nationale, libérale,
05:53à laquelle il ne voulait pas vraiment toucher au départ, cette option-là a marqué des points.
05:59Et Trump a marqué des points en ralliant, encore une fois, une partie de Wall Street à son panache, si
06:07je puis dire, si je puis appeler ça un panache.
06:09Est-ce qu'on peut dire, en face, quand même, il y a un espoir qui est né, et si
06:14la réponse est positive, c'est du quel côté ?
06:18Il y a effectivement, il ne faut pas, du côté, dans cette élection, il y a la défaite de Trump
06:24des Républicains à la Chambre des représentants,
06:29et il y a une multitude de candidats démocrates atypiques, qui ont été élus, atypiques parce que très à gauche,
06:35et ça, c'est très intéressant, très à gauche, ou membres de minorités, c'est complètement en dehors des habitudes,
06:49que des candidats, il y a même deux candidates musulmanes qui ont été élus, il y a beaucoup de femmes,
07:00Il y a beaucoup de femmes, donc des femmes qui se sont mobilisées contre les propos, contre la politique, l
07:09'état d'esprit sexiste du président,
07:11et se sont fortement mobilisées, et il y en a beaucoup qui ont intégré maintenant la Chambre des représentants,
07:16donc c'est là que se situe l'espoir, il y a même, alors il y a une déception, parce
07:21que le gouverneur, le candidat noir,
07:23très à gauche, démocrate de Floride, il a été battu en Floride, malheureusement,
07:34mais il y a d'autres endroits où le gouverneura a basculé des républicains vers les démocrates,
07:43avec des gens qui vont devenir gouverneurs, je crois que c'est dans le Colorado,
07:48qui sont des gens qui sont très marqués à gauche,
07:50Donc ça c'est intéressant, et ça peut avoir, je pense que c'est le meilleur investissement pour barrer la
08:00route effectivement à Trump,
08:02il y a eu aussi, et cette influence de la gauche du parti démocrate n'est pas pour rien,
08:08il y a eu aussi la campagne des démocrates, ou la campagne en général,
08:13a été, s'est focalisée sur le thème de la santé, de la protection, de l'instauration d'un système,
08:20parce que vous connaissez le système américain absolument épouvantable,
08:24où il faut, si vous êtes riche, ça va, vous pouvez vous couvrir, vous pouvez avoir une couverture santé,
08:29sinon parce que c'est une couverture santé totalement privée,
08:31Donc il y a, à l'initiative de Bernie Sanders, la revendication de créer ce qu'ils appellent,
08:39les américains appellent un Medicare for all, un Medicare pour tout le monde,
08:43Medicare c'est cette protection sociale pour les personnes, pour les retraités,
08:49qui n'ont pas les moyens de se payer d'assurance privée,
08:54et qui étaient déjà publiques, aujourd'hui,
08:57et la proposition c'est de faire de ce Medicare une assurance santé universelle pour tous,
09:06et ça, ça a monté très fort parce que, y compris dans l'électorat républicain,
09:11il y a des gens qui ont des difficultés avec leur police d'assurance privée et tout ça,
09:15et qui louchent vers ce genre de proposition avec beaucoup d'intérêt,
09:21Donc ça, ça c'est des choses pour l'avenir qui sont intéressantes, qui sont importantes.
09:26Donc l'espoir est dans la nouvelle génération, vous dites,
09:29qui est proche de Bernie Sanders dans le Parti démocrate.
09:32Oui, bien sûr, parce que, par contre, ça a été aussi l'une des causes de la demi-victoire seulement
09:40du Parti démocrate,
09:41c'est que la plupart, la majorité des élus qui étaient présentés par le Parti démocrate
09:46restent marqués par cette tendance centriste, la tendance à laquelle appartiennent Obama et Hillary Clinton,
09:55et qui, elle, a freiné les propositions nouvelles, novatrices du Parti démocrate.
10:05Donc c'est là, c'est au sein du Parti démocrate que risque de se jouer l'avenir pour les
10:13États-Unis,
10:14mais pas seulement pour les États-Unis, pour le reste du monde.
10:16Merci beaucoup, Bruno Dan.