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  • il y a 1 semaine
"Est-ce que c'est si grave que ça, d'emmener un Noir de Vintimille à Breil-sur-Roya ?".
L’agriculteur militant de la vallée de la Roya, dans les Alpes maritimes, était rejugé par la cour d'appel de Lyon après la consécration du « principe de fraternité » par le Conseil constitutionnel. Entretien.

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Transcription
00:00Bonjour Cédric Errou.
00:01Bonjour.
00:02Vous définissez comme agriculteur militant de la vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes,
00:07à la frontière franco-italienne.
00:09Alors après trois procès dans le cadre de votre aide aux personnes exilées,
00:13vous étiez rejugé par la Cour d'appel de Lyon,
00:17malgré la consécration du principe de fraternité retenu par le Conseil constitutionnel.
00:22Alors pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient pas,
00:25pouvez-vous nous rappeler ce qui nous était reproché ?
00:29Je suis un immigrationniste islamiste de la France
00:32et je suis acteur du grand remplacement.
00:36Et donc du coup, je suis envoyé par Soro pour remplacer les Français.
00:41Ce qui s'est passé, c'est qu'en 2015, la France rétablit le contrôle aux frontières.
00:49Et donc moi, j'habite dans cette merveilleuse vallée.
00:51Et un peu plus bas là, à quelques kilomètres, on est à Vincimi, l'Italie.
00:57Et donc plus bas, on a accès à l'autoroute.
01:00Donc je descends, je prends ma voiture, j'arrive à Vincimi, je prends l'autoroute et puis j'arrive à
01:04Nice.
01:04En fait, nous, on passe par l'Italie très régulièrement.
01:09Et puis on s'est retrouvé avec des gens, parce qu'au départ, on me dit militant, etc.
01:14Mais au départ, je n'étais pas du tout militant.
01:17Moi, je suis organisé plus de l'événementiel, du théâtre, des concerts, des trucs comme ça.
01:23Et puis je suis tombé par hasard sur des familles de personnes venues d'Afrique.
01:29Et j'ai pris dans ma voiture, je les ai emmenés en gare sans trop réfléchir,
01:32sans trop me poser de questions à la migration, etc.
01:36Et après est venue en fait cette espèce de double peur où on se dit,
01:41quand je remontais de mes livraisons, je prends l'autoroute, j'arrive à Vincimi,
01:45je remonte ma vallée de la Roya.
01:47Et que ce soit du côté français ou italien, en tout cas dans ma vallée de la Roya,
01:50on se retrouve de nuit avec des...
01:53C'est en 2016, il y avait beaucoup de gamins, avec des gamins en bord de route.
01:56Avec cette double peur, une peur d'un côté où on se dit la peur du gendarme
02:00et l'autre peur où on a peur pour les enfants qui sont là
02:03ou les familles qui sont là sur le bord de la route.
02:07Et on essaye en fait de contrebalancer ces deux peurs-là.
02:12Et moi, j'ai choisi de prendre la peur du gendarme
02:15plutôt que la peur du délaissement.
02:19Mais surtout au début, je ne savais pas du tout,
02:21je n'étais absolument pas expert.
02:22Moi, je suis agriculteur, je n'ai pas que moins de quatre.
02:26Et je sentais qu'il y avait quelque chose qui clochait.
02:29Je me disais, ce n'est pas normal qu'on nous interdise d'aider des gens.
02:33Ce n'est pas normal qu'on nous interdise de les héberger.
02:36Au début, on ne savait pas du tout ce qu'on pouvait faire.
02:37On ne savait pas si on pouvait les emmener à la maison.
02:40Je ne savais pas ce que c'était vraiment que la demande d'asile.
02:43On parle de demande d'asile, mais comment ça s'effectuait,
02:44comment ça se demandait, je ne savais pas.
02:46Enfin, je n'y connaissais rien.
02:49Et je sentais au fond de moi qu'il y avait un problème.
02:51Je me suis dit, autour de chez moi, il y avait quand même en 2016, 2017, 2019,
02:54enfin, les quatre dernières années,
02:57on avait des sentinelles qui couraient après des gamins,
03:00du contrôle aux facièles systématique.
03:03Et j'ai décidé à un moment, c'est un ami qui m'a conseillé,
03:06il m'a dit, tu sais, Cédric, tu devrais communiquer tout ce que tu fais.
03:08Parce que je m'étais fait arrêter la première fois en août 2016.
03:11Et je n'étais pas du tout médiatisé à l'époque,
03:13mais j'ai bénéficié de l'immunité humanitaire.
03:16Donc, il n'y avait pas ce délit de solidarité qui était appliqué.
03:20Donc, flagrant délit de passage de frontière.
03:22Et le procureur de Nice, prêtre, qui ne me poursuit pas,
03:27qui me fait bénéficier de l'immunité humanitaire.
03:29Donc, je suis assez confiant de tout ça.
03:31Je me dis, putain, le proc, il a compris, en fait,
03:33dans quel merdier on était dans la vallée.
03:36Et après, je suis sorti de ça.
03:38Et il y a Hubert Jourdan, un mec proche de moi
03:42qui fait l'accueil depuis très longtemps.
03:44Et qui me dit, c'est vrai que tu devrais médiatiser ton histoire.
03:47Il faut que ça se sache, en fait.
03:49Maintenant que la justice a approuvé ce que tu faisais,
03:51il faut que ça se sache.
03:53Donc, j'ai fait, moi, les médias, ce n'est pas trop mon truc et tout.
03:55Et je me suis dit, pourquoi pas ?
03:56C'était un moment où il y avait un journaliste du New York Times
04:00qui venait dans le coin,
04:02et Adam Nostister,
04:03qui parlait barguiner le français.
04:05Moi, je ne parlais pas beaucoup l'anglais.
04:07Enfin, pas du tout, en fait.
04:09Et du coup, il vient, il est là, machin.
04:12Et puis, il voit un peu, nous, on s'est un peu habitués à tout ça.
04:14Donc, je lui dis, bon, regarde comment ça se passe.
04:16Et à un moment, je lui montre comment ça se passait ici,
04:19les gamins qui courent de partout, etc.
04:21Et je dis, ben non, tu vas voir qu'est-ce qui se passe en gare.
04:22Et donc, je descends avec mon minibus depuis la France,
04:25France à France, avec des enfants,
04:27les gamins, c'est des érythréens, entre 12 et 16 ans.
04:31Et on arrive en gare de Cannes.
04:33Pourquoi Cannes ?
04:33Parce qu'on s'éloignait de Nice,
04:35parce que Nice, c'est une...
04:37On va dire que c'est particulier, on va dire.
04:40C'est une démocratie particulière.
04:43Et du coup, on va à Cannes.
04:46Et là, c'est la chasse au noir.
04:49On arrive là, on voit les vigiles qui commencent à nous signaler,
04:53la police ferroviaire qui vient sur moi,
04:56d'un coup, les gyrophares qui viennent,
04:57et on se barre en courant, on s'échappe,
04:59on rentre dans le fourgon, on se casse,
05:00et on va dans une autre gare.
05:01Et là, il voit ça, et lui, il s'y dit,
05:04mais on est où ?
05:05Et il sort son article,
05:06et ça fait la première phase du New York Times,
05:08et ça énerve beaucoup Valls à l'époque.
05:10Et Valls, ce qui fait,
05:11qui était ministre d'Intérieur,
05:12ce qui fait, il appelle le préfet des Alpes-Maritimes,
05:13il appelle le procureur,
05:14il a dit le guignol, là-bas, vous l'arrêtez.
05:17Mais le problème, c'est qu'il ne savait pas Valls,
05:20c'est que j'ai du sang breton,
05:21j'ai du sang allemand,
05:22j'ai du sang calabré,
05:23et je suis paysan.
05:25Ça fait beaucoup.
05:26Et c'est un mix, quand même,
05:27qui n'est pas génial, quoi.
05:30Et j'ai la tête dure, quoi.
05:33Et puis, du coup, je me suis dit,
05:35non, je ne vais pas fermer ma gueule,
05:36je ne vais pas être complice par mon silence,
05:38et du coup, j'ai continué mon action, etc.
05:41Et là, il y a eu l'espèce de harcèlement systématique.
05:47En été 2017, j'étais en garde à vue tous les 15 jours, en fait.
05:50La garde à vue était ma routine,
05:51j'ai fait 11 garde à vue.
05:52Il y a eu 5 perquisitions,
05:54il y a eu 2500 personnes qui sont venues jusqu'ici,
05:56j'ai été contrôlé pendant deux ans,
06:00autour de mon domicile.
06:02Je suis toujours mis en examen depuis trois ans.
06:06J'ai reçu le rapport de la police,
06:09ils ont mis la voiture de mes parents sous balise GPS,
06:12ils ont mis mes voitures sous balise GPS,
06:14ils ont mis mes téléphones complètes aux écoutes,
06:16ils ont appelé tous mes clients
06:17pour les dissuader de m'acheter mes produits,
06:19ils ont dit, attention, vos chèques,
06:20ça va vous en porter des problèmes.
06:21Tous mes clients ont été convoqués depuis l'année 2013,
06:23toutes les personnes qui m'ont fait des chèques,
06:26et ils m'ont mis la pression pour que je ferme ma gueule,
06:30et tout ça pour arriver à quoi ?
06:31À ce que je sois relaxé.
06:33C'est pour ça que dans ce procès,
06:35ce relax, ce n'est pas la relaxe de Cédric Ayrou,
06:37c'est la condamnation de l'État.
06:39Et ce relax, c'est que la justice dénonce les irrégularités d'État.
06:44Ce n'est pas Cédric Ayrou qui a été relaxé,
06:46c'est la justice qui a été condamnée.
06:47Et on attend de voir un peu ce qu'il y a exactement dans le...
06:51Parce qu'on n'a pas lu encore les motivations du juge pour me relaxer,
06:57mais on les attend avec impatience pour voir un peu comment ils justifient tout ça,
07:02parce qu'il y a de l'entrée sur le territoire.
07:04Et ce qu'on a défendu, nous, dans notre défense,
07:07c'est que leur problème, c'est que ça n'a pas été matérialisé,
07:11c'est que j'ai été jugé sur cet article du New York Times.
07:14En fait, c'est à cause de la presse.
07:16La seule matérialité de l'infraction, ça a été des articles de presse.
07:19Et c'est pour ça qu'ils étaient un peu comme des cons pendant le procès.
07:22C'est bon, vous avez qui exactement ?
07:24On ne sait pas trop, mais des migrants, des Noirs.
07:27Mais quand on parle de conditions administratives, c'est bien précis.
07:30Et ce qu'on a expliqué au tribunal, c'est de définir un statut administratif
07:37selon une couleur de peau ou le côté migrant.
07:41Ça ne veut absolument rien dire sur un point de vue administratif,
07:45parce qu'une personne qui demande la protection internationale
07:48ne peut pas être considérée dans un texte de loi en situation irrégulière.
07:51Et il y a un truc qu'ils prennent avant tout aussi,
07:53c'est cette liberté à être fraternelle,
07:57et surtout ce devoir de porter assistance à des personnes en danger.
08:02Et il y a un fait de nécessité d'aider les gens.
08:09Ce que j'ai essayé d'expliquer au juge, ça a été ça,
08:12c'était de dire, est-ce que c'est si grave que ça
08:16de prendre un Noir à 26 minutes et de l'emmener à Breil ?
08:20Est-ce que ce n'est pas plus grave que la justice dise
08:22« N'aidez pas les Noirs, absolument pas »,
08:24parce que, possiblement, elles sont en situation irrégulière.
08:28Vous savez que d'être Noir en France maintenant, c'est compliqué.
08:30D'être Noir dans la Roya, c'est encore plus compliqué.
08:34Et un Noir qui habite dans la maîle de la Roya, qui est français,
08:36il est considéré comme un migrant, comme une personne en situation irrégulière.
08:39Donc, ça veut dire quoi ?
08:40Si la justice m'avait condamné, ça va être le métal,
08:42c'était de dire, attention, il est Noir,
08:44donc potentiellement en situation irrégulière.
08:46Et en plus, il est dans la Roya, donc migrant, forcément.
08:49Et donc, du coup, si vous allez bord de la route, ne vous arrêtez pas.
08:51Qu'il soit avec ses enfants ou pas, il vous demande de vous arrêter absolument.
08:54Ne l'accompagnez pas, ne rentrez pas chez vous.
08:59Alors que ce Noir, potentiellement, il est français.
09:03C'est pour ça qu'il faut faire attention.
09:05Des fois, qu'on a des a priori sur des actions bien précises
09:09et se dire, comme les gens qui disent « Ce n'est pas normal que Cédric Ayrault ait été relaxé,
09:12etc. »
09:13et les conséquences, si j'avais été condamné.
09:15Et ça, il faut s'est posé.
09:17Et d'une part, voilà.
09:20Et au-delà, Cédric, au-delà du procès, Cédric Ayrault,
09:24cette relaxe, c'est aussi la reconnaissance
09:26comme quoi le délit de solidarité n'existe pas.
09:30Oui, c'est beau quand même.
09:32Définitivement.
09:33Je veux bien d'entendre des belles histoires un peu, là.
09:37Ben oui, c'est beau, quoi.
09:40C'est beau parce que qu'est-ce que la France, en fait ?
09:45Et tu vois, on entend…
09:46Moi, ce qui me dérange dans le débat politique de politiciens,
09:50c'est qu'il y a une espèce de…
09:52La France serait protégée par la droite et l'extrême droite
09:56parce qu'attention, la France, ça se protège, nos valeurs.
09:59Mais ce que j'ai fait, en fait, c'est protéger la France et ses valeurs, en fait.
10:01Et la France, ce n'est pas juste un morceau de terre inerte.
10:04La France a des valeurs, ça a une devise,
10:06une devise qui porte à deux voix.
10:08Et ce que j'ai fait vivre, ce que j'ai fait danser,
10:10c'est notre devise, c'est liberté, égalité, fraternité.
10:14Et c'est ça qui est beau, quoi.
10:15C'est de reprendre un peu possession de valeurs.
10:18Et puis peut-être que la France a des valeurs ancrées de gauche, peut-être.
10:23Oui, et puis les exiliants des droits, forcément,
10:27et ceux qui viennent en aide, qui leur viennent en aide,
10:30ne font que leur permettre d'y accéder, quoi.
10:32C'est simplement une aide, ouais.
10:36Alors, cet acharnement, le 11 mars dernier,
10:39le parquet général réclamait 8 à 10 mois de prison, quand même,
10:42avec sursis, une peine extrêmement lourde,
10:46en justifiant qu'il n'y avait pas de but exclusivement humanitaire,
10:50mais une revendication idéologique militante.
10:53Donc ça, c'est vraiment, c'est vraiment,
10:55comment tu expliques cet acharnement au bout de trois ans ?
11:00C'est que, enfin, en fait, ce qui est troublant,
11:07parce qu'Ex, en fait, il a repris un peu le ex pendant mon appel,
11:11en fait, pendant l'appel, et en fait, il m'avait condamné,
11:13il en a dit, c'est vrai qu'Hérou fait ça,
11:15il n'avait pas dit que ce n'était pas exclusivement humanitaire,
11:17il a dit que c'est humanitaire, mais il a une contrepartie,
11:19parce que ça doit se faire sans contrepartie, c'est normal,
11:21on ne va pas faire payer des gens, voilà.
11:23Et c'est sans contrepartie financière, etc.,
11:27mais Cédric Hérou jouit d'une contrepartie,
11:30c'est d'une contrepartie militante.
11:32Ça veut dire, en fait, c'est assez plateur,
11:34ça veut dire qu'on gagne un peu sur le combat, etc.,
11:36mais en fait, la justice se permet de mettre des citoyens
11:41qui ne sont pas militants et des citoyens qui sont militants.
11:45Mais à un moment, quand on dit que quelqu'un est militant,
11:48c'est souvent le contre-pouvoir, en fait.
11:49Qu'on dit, lui, c'est un militant, c'est que c'est le contre-pouvoir, c'est ça.
11:52Et en fait, quand une démocratie commence à ne plus respecter
11:55le contre-pouvoir, c'est là où ça pose problème.
11:59C'est qu'il y a un moment, si on respecte la démocratie,
12:00on respecte le contre-pouvoir.
12:02Et ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord
12:04qu'on est forcément ennemi.
12:05Et je pense que la démocratie, c'est de savoir être ami
12:08entre pouvoir et contre-pouvoir,
12:10et savoir se respecter entre pouvoir et contre-pouvoir.
12:13Et c'est pour ça que ce procès, il est intéressant,
12:15en fait, cette histoire sur le délit de solidarité est intéressante,
12:19parce qu'on parle de devises,
12:20on parle d'action politique,
12:24parce que c'est une action politique et humanitaire,
12:26ce que je fais.
12:27Il dit, monsieur Héros, c'est un combat politique.
12:29Je suis dit, ouais, ouais, pour moi,
12:31choisir où j'achète mon pain, où j'achète mes légumes,
12:34c'est du politique.
12:35Bien sûr que c'est du politique,
12:36parce que même la vie est politique,
12:39quand tu as l'inconscience de comment on la vit.
12:42Où c'est dangereux, c'est ça,
12:43c'est qu'ils ont voulu me condamner
12:44parce que j'avais des idées opposées
12:46à celles du gouvernement et de l'État.
12:48Et ce qui est marrant,
12:49c'est qu'en fait, on a réussi à prouver
12:51que c'était l'État qui était dans l'illégalité.
12:54C'est que contre le préfet,
12:55le préfet m'a poursuivi, il a perdu.
12:58Là, ils m'ont poursuivi,
13:00ils ont perdu.
13:02Et surtout, nous, on a gagné,
13:03mon avocat Ziaouloumi,
13:04il a fait condamner le préfet plus de 400 fois
13:06pour rentrer à la demande d'asile.
13:07Et le préfet, c'était quasiment quotidien
13:11de ces condamnations, en fait.
13:13Et on a réussi à prouver
13:14qu'il renvoyait, il enfermait des enfants
13:16contre leur gré,
13:18et il les renvoyait en Italie
13:19contre leur gré,
13:20cachés par de la police italienne.
13:22C'est quand même grave, quoi.
13:24C'est qu'on a une personne
13:26qui représente l'État
13:29qui enfermait des gamins
13:31et qui les mettait dans un train
13:33pour les cacher de la police italienne.
13:34En fait, il faisait du passage de la séquestration
13:36et du passage de frontières.
13:38Et là, c'est quand c'est l'État qui le fait
13:42qui sait, en fait,
13:43qui nous défend de l'État, en fait,
13:44quand l'État est dans l'inégalité.
13:46Et c'est là où il faut se poser la question.
13:47C'est pour ça qu'il faut respecter le contre-pouvoir.
13:49Le contre-pouvoir peut surgir de nulle part aussi.
13:53Là, il va surgir d'une ferme, quoi.
13:55Mais la démocratie, c'est ça.
13:57C'est un pouvoir et contre-pouvoir, quoi.
14:02Alors, maintenant que tu as bénéficié,
14:03que tu as bénéficié
14:04cette contrepartie militante,
14:08c'est quoi le quotidien aujourd'hui de Cédric Errou,
14:11confiné dans la vallée de la Roya ?
14:14On est bien confiné.
14:15C'est bien.
14:19Nous, qu'est-ce qu'on a fait depuis tout ce bordel, là ?
14:22En fait, ce qui s'est passé aussi,
14:24c'est qu'il y a des gens qui sont restés chez moi
14:26et ces gens se faisaient chier
14:29et devenaient dépressifs.
14:31On s'est dit, putain, il faut trouver une activité.
14:33Et je me suis dit, bon, si je l'ai fait bosser avec moi,
14:36mon exploitation agricole,
14:38forcément, tous les flics qui sont autour, etc.,
14:40ils vont dire, travail dissimulé,
14:41exploitation, de la misère humaine, etc., etc.
14:43Donc, on va être en procès.
14:45Et j'ai fait un peu un tour de France
14:47avec le film de Michel Toesca, Libre.
14:49Donc, je l'ai accompagné en les salles de cinéma.
14:51J'ai vu plein de petits villages, de villes, etc.
14:53J'ai vu plein d'associations,
14:54dont des communautés Emmaüs.
14:55Et je me suis dit, tiens, intéressant, quoi, quand même.
14:57Le fonctionnement m'intéressait.
14:59Et de ce truc d'indépendance financière,
15:03de sortir la précarité en se retroussant les manches
15:06et en étant acteur de sa vie
15:08et pas juste là, attendre à ce que l'argent tombe.
15:11En fait, être acteur, moi, j'aime bien donner la possibilité
15:16aujourd'hui d'être acteur.
15:17Et du coup, on s'est rapprochés d'Emmaüs.
15:20Et on leur dit, le problème, c'est que nous,
15:21on ne veut pas faire de la récupération de meubles, tout ça.
15:23On veut faire un truc que vous ne vous faites pas vraiment,
15:26mais on veut faire de l'agriculture.
15:27En fait, on a été la première communauté agricole de France,
15:31Emmaüs, quoi.
15:32Et on fait uniquement de l'agriculture.
15:34Il y a plein de communautés qui font de l'agriculture,
15:35mais uniquement de l'agriculture, on est la seule.
15:37Et du coup, moi, j'ai laissé mon exploitation agricole à l'association.
15:41Je suis devenu responsable de communautés.
15:44Et du coup, on est une communauté Emmaüs
15:46et on donne à manger aux gentils petits niçois.
15:50Et on livre nos salades, on livre nos œufs,
15:54on livre nos fèves, on livre nos légumes, les laitées.
15:58Et ça fait plaisir, surtout dans le confinement,
16:02à un moment où ça a été assez grave de le vivre,
16:08ce côté où la liberté était entravée.
16:13On n'avait pas le droit de sortir.
16:15Nous, ça n'a pas changé grand-chose,
16:16sauf qu'on avait besoin de nous.
16:18Et les gars de la maison, quand je leur ai dit
16:19« bon, les gars, il faudra un peu renvoyer,
16:21parce qu'on a vraiment besoin de nous.
16:24Et à Nice, ils ont besoin d'eux à fond.
16:28Il n'y a plus d'eux.
16:29Il faut qu'on se bouche pour planter les salades,
16:30le jardin, etc.
16:31Il faut qu'on en voit, qu'on met les bouchées doubles.
16:33Il y a une fierté d'être important.
16:36La sociabilisation, sortir la marginalisation
16:38et la précarité, c'est la sociabilisation.
16:42Être sociable, c'est avoir un devoir,
16:46une importance dans la société.
16:47Et c'est comment trouver,
16:49comment donner la possibilité à des gens
16:50d'être importants.
16:52Et je pense que ce qu'on invente ici,
16:54qui est déjà inventé d'un peu partout aussi,
16:56qui existe,
16:57mais cette façon de produire,
17:00en respectant la terre, les hommes et les plantes,
17:03et cette façon de consommer.
17:05Et ce n'est pas parce qu'on a des précaires à la maison
17:07qu'on va bouffer de la bouffe de merde.
17:10On bouffe du bio, on bouffe du bon.
17:13Et on vend du bon aussi.
17:16Et voilà, je crois qu'il faut réinventer
17:18des petits mondes et s'inspirer de choses
17:22que d'autres ont fait,
17:23essayer de faire son cocktail à soi
17:25et trouver des petites solutions.
17:28Parce qu'ici, c'est une petite solution,
17:29il y a six compagnons qui sont là.
17:31Mais c'est des solutions pour moi
17:33qui ont du sens.
17:35Et donc, voilà, ce qu'on fait tous les jours,
17:37on cultive, on récolte
17:39et on livre nos biocop à Nice
17:42et nos AMAP et nos marchés.
17:46Super, ça donne envie.
17:48Merci Cédric Heroux
17:49de nous avoir accordé un petit peu de ton temps.
17:52Et puis, on continuera évidemment
17:54à te suivre dans tes initiatives.
18:00Et puis, on te dit à très bientôt.
18:02Ouais, merci à toi.
18:03Merci.
18:04Au revoir.
18:05Ciao, ciao.
18:06Ciao, à bientôt.
18:07Sous-titrage Société Radio-Canada

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