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  • il y a 12 heures
Depuis mi-mai, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, vante les "accords de performance collective" rendus possibles par les ordonnances réformant le Code du travail de 2017, au tout début de quinquennat.

Ce dispositif a remplacé les "accords de maintien de l'emploi" visant à "préserver" ou de "développer" l'emploi. Il peut : aménager la durée du travail; aménager la rémunération; déterminer les conditions de la mobilité professionnelle ou géographique interne à l'entreprise. A défaut de précisions, l'accord est valable cinq ans. En cas de refus, le salarié est licencié.

La compagnie aérienne Ryanair fait à nouveau parler d'elle... La direction de Malta Air, qui opère pour la compagnie irlandaise low cost en France, a proposé de baisser de 10% la rémunération de son personnel navigant commercial pendant cinq ans, un "chantage au licenciement", selon le syndicat majoritaire, Force ouvrière, de Ryanair France.

L'Humanité s'est entretenu avec Damien Mourgues, délégué syndical FO de Ryanair et Jean Hedou, secrétaire de la Fédération des transports FO. Entretien croisé.

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Transcription
00:00Bonjour Damien Mourgue, vous êtes délégué syndicale Force Ouvrière à Ryanair et la compagnie aérienne, dans un mail envoyé aux
00:08élus du personnel, menace de licencier 27 salariés, hôtesse, steward, si votre syndicat majoritaire, le SNPNC Force Ouvrière, ne s
00:18'engage pas rapidement à accepter une baisse des salaires.
00:21Eh bien en fait cela remonte au 11 mai où nous avons eu une habitation dans le cadre, nous supposons,
00:30d'une réunion bilatérale syndicale où la compagnie souhaitait nous faire un topo, une information sur l'aspect commercial, financier
00:41de la compagnie.
00:41On a expliqué un petit peu la situation, effectivement la compagnie n'a pas de vol, est à l'arrêt
00:49et donc la compagnie nous a expliqué qu'elle cherchait à réduire les coûts de toutes les manières possibles et
00:54donc initialement nous a dit, nous souhaitons réduire les salaires, bien sûr pour les membres d'équipage qui sont déjà
01:05au SMIC, ce n'est pas possible.
01:06En revanche pour les autres, chef de cabine, on vous demande de considérer une réduction de 20% sur votre
01:15salaire. On vous laisse quelques jours pour réfléchir et revenir avec nous avec une proposition.
01:19Ça c'était le 11, le 14, nous avons répondu que nous n'avions aucun document financier pour nous aider
01:31dans notre décision et que de toute manière les réductions de salaires devaient être adressées lors d'une réunion du
01:40comité social et économique.
01:42Ça c'était le 14 et donc le 15, nous avons reçu ce mail de la compagnie qui nous expliquait
01:48qu'ils étaient déçus quand ils nous ont demandé de travailler avec eux, de faire des propositions.
01:56Ils nous ont demandé plus d'informations sur la santé financière alors qu'une personne aveugle pouvait bien voir que
02:03le secteur aérien en tout cas a été en grande crise.
02:08Ensuite, effectivement, on nous a proposé des mesures visant à sauver notamment 27 personnes puisqu'il était expliqué que si
02:20nous n'acceptions pas, la police se retrouverait en France, en tout cas avec un surplus de 27 membres d
02:25'équipage.
02:25Donc parmi les mesures, il y avait effectivement une baisse, une réduction de 10% sur les salaires, 10%
02:33aussi en plus pour les nouvelles embauches,
02:37et une sorte de passage à un temps partiel à 80% qui réduirait le CIPRUS, 1539 euros, à 1231.
02:49Nous avions cinq jours pour répondre jusqu'au 20 mai et nous devions avoir répondu le 18, expliquant que, encore
02:57une fois,
02:57puisque ces propositions n'étaient pas faites dans le cadre du Conseil social et économique, nous n'avions toujours pas
03:04de documents dans la situation financière de la compagnie.
03:10Quelle est la situation économique de l'entreprise ?
03:12Effectivement, la compagnie s'attend à avoir une perte de 200 millions pour la période, effectivement, qui est la période
03:20pleine pour l'été.
03:23Après, la même semaine, la compagnie a révélé ses résultats pour l'année financière 2019 avec un milliard de bénéfices
03:34nets.
03:35Le Ryanair, aujourd'hui, c'est 15 milliards de trésorerie. Les caisses sont pleines de Ryanair. Ils n'ont aucun,
03:44aucun motif de demander aux salariés, aujourd'hui, de faire des efforts.
03:48Ils pourraient travailler parce qu'ils n'ont pas perdu un rond pendant la crise du Covid. En plus, c
03:53'est des salariés qui étaient au SMIC.
03:54Et là, ils veulent faire passer des plans de baisse de rémunération, y compris pour amener les salariés dans la
04:00misère,
04:01alors qu'ils avaient tous les moyens. Ils ont tous les moyens, aujourd'hui, pour faire autrement. C'est des
04:05salauds.
04:06Après avoir très largement utilisé le chômage partiel.
04:12Bien sûr. Bien sûr. C'est des gens qui, entre guillemets, ne connaissent pas le droit social, mais ils connaissent
04:18le droit de la finance.
04:20Ryanair est une entreprise qui a bénéficié d'aides publiques, notamment du chômage partiel, ces dernières semaines, ces derniers mois.
04:26Pour les hôtesses et les stewards payés au SMIC, notamment, la compagnie entend réduire leur temps de travail à 80
04:33%,
04:34une manière détournée encore de baisser les salaires. Comment cette proposition est vécue en interne ?
04:41Ce qu'il faut savoir, c'est que beaucoup de nos collègues sont jeunes et étrangers.
04:47Et c'est vrai qu'il y a une certaine peur, la menace de renvoyer jusqu'à 27 personnes,
04:58alors que l'on ignore les conditions du marché du travail, qui sont sûrement difficiles pour les prochains mois ou
05:07même années à venir.
05:09Donc voilà, effectivement, nos collègues ont peur.
05:13Les pouvoirs publics ont donné de l'argent public aux entreprises pendant les semaines qui viennent de se passer.
05:20Il faut exercer du contrôle.
05:23Ils ne leur ont pas quand même donné de l'argent public uniquement pour remplir les caisses de leur trésorerie,
05:28nous.
05:29Il y a bien une finalité sociale, ou alors, j'ai pas compris.
05:32Ou là, on ne nous l'a pas dit, peut-être.
05:34Et dans tous les cas, oui, il faut faire des contrôles.
05:37Oui, il faut s'opposer aux licenciements, bien sûr.
05:40Oui, il faut refuser les mises en cause des conditions de travail.
05:44Voilà ce que c'est Ryanair.
05:46Je dirais, les billets à 20 balles, ça a un coût.
05:50C'est que les salariés aujourd'hui, qui sont les hôtesses et les stewards, alors, ils ont les uniformes qui
05:56brillent, mais c'est des smicards.
05:59C'est des smicards.
06:00Les smicards, y compris, pour quand même que vos auditeurs en aient bien conscience, y compris au démarrage, quand ils
06:07sont arrivés en France, ils avaient des feuilles de paix qui n'étaient même pas au smic.
06:11Alors, la nouvelle loi, dénommée APC, pour Accord de performance collective, l'une des dispositions de cette fameuse réforme du
06:21Code du travail adoptée par ordonnance au début du quinquennat Macron,
06:25la loi fixe, encadre et dure cinq ans, doit être acceptée par la majorité des syndicats représentatifs, pour être validée.
06:34Alors, les dispositions, c'est d'accord, prévalent sur son contrat de travail des salariés et en cas de refus,
06:41celui-ci peut être licencié.
06:43Cette information, j'imagine qu'elle a circulé au sein de l'entreprise.
06:47Si on veut travailler ensemble, il faudra vous donner plus d'informations et faire des propositions raisonnables.
06:55Encore une fois, mettre les employés au niveau du seuil de pauvreté, on peut considérer que les efforts que le
07:04collègue, membre d'équipage payé au smic,
07:08les efforts qui leur sont demandés, ils les ont fournis déjà depuis qu'ils sont basés en France, puisque c
07:14'est le salaire qu'ils ont toujours eu.
07:16Madame Pellicot et M. Macron leur ont ouvert la porte, les autres, ils ont mis un piétan, maintenant ils s
07:20'en ouvrent.
07:21Donc, c'est bien clair que sur les bases du droit actuel, effectivement, s'il y a un accord dans
07:25l'entreprise qui prévoit qu'il y a des accords collectifs,
07:32les ACP, que Madame la ministre du Travail demande de tous ses meaux, effectivement, l'accord collectif pourrait l'emporter
07:42sur le droit individuel.
07:43Alors, ils disent « Ah ben non ! » Je dirais « Ah ben non ! » Je dirais «
07:45Attends, il y a un pays quoi ? » Il dit « C'est quoi ? » Ben non, non,
07:47non, non.
07:47Ce qu'aujourd'hui, le salarié qui refuse la modification de son contrat de travail, il est tiré.
07:53Dans la période actuelle, tout le monde le sait, en fonction des craintes qu'il y a, si ça, c
07:59'est pas du chantage, je serai bientôt à prendre la paix.
08:01L'appareil de production serait à terre. On aurait connu la guerre. Grosso modo, tout serait foutu.
08:10C'est du cinéma, tout ça. C'est du pipeau. Ce que les patrons, ce que le patronat n'a
08:17pas réussi à mettre en place jusqu'à présent,
08:19ils profitent de la crise sanitaire pour essayer de le mettre en place.
08:23Aujourd'hui, les patrons, ils passent à l'offensive. C'est ça qui est en train de se produire.
08:27Et ça, c'est inacceptable. Parce qu'ils veulent profiter d'une crise sanitaire, ni plus ni moins que pour
08:33mettre à bas le minimum de ce qu'on a encore pu garder.
08:38Donc, le danger, il est évident. Il est évident.
08:42Moi, ce que je souhaite, c'est surtout que les salariés soient bien conscients et qu'ils laissent pas faire.
08:46Quand vous êtes qualifiés aujourd'hui dans un secteur où 95% de l'activité est par terre,
08:57entre guillemets, faut pas se raconter d'histoire, hein, le chantage, il est vraiment là.
09:02C'est bien pour ça qu'on demande que les pouvoirs publics, ils interviennent.
09:05Parce que c'est à eux de faire respecter l'ordre public, aujourd'hui.
09:09C'est à eux de faire en sorte que, justement, on ne soit pas dans ces situations de chantage.
09:14Je fais ici, quelque part, que M. le maire refuse le chantage et considère que c'est pas des méthodes.
09:20Eh bien, si c'est pas des méthodes, qu'ils fassent respecter l'ordre public.
09:23Si M. Djibari considère, lui aussi, qu'il ne respecte pas le droit et les règles,
09:30qu'ils fassent respecter l'ordre public.
09:32Très bien, merci M. Edou.
09:34Et puis, de toute façon, on continuera à suivre votre actualité dans les jours qui viennent.
09:40Pas de soucis.
09:41Et je vous dis à très bientôt, au revoir.
09:45A bientôt, en souhaitant que Ryanair se remette, je dirais, dans le droit chemin.
09:52On sera attentif à tout ça.
09:56Merci beaucoup.
09:57A bientôt.
09:58Au revoir.
09:58Au revoir.

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